II. — Vraisemblance de celte évaluation. — Durée nécessaire
à la transformation.
Cinq mille, tel serait le nombre de bateaux à moteur que devrait comprendre l'armement français dans un premier stade. Nous sommes en droit de nous demander s’il n’y a ni utopie, ni même opitimisme, à envisager pour l'avenir une transformation aussi considérable de notre flotte.
La situation de certains armements étrangers nous fixera à cet égard.
Deux pays offrent un champ d’observation particulièrement intéressant, ce sont le Danemark et la Norvège, la petite pêche y étant comme chez nous, très développée. Nous rappelons quelques chiffres les concernant :
Au Danemark, 14,375 bateaux pratiquent presque uniquement la pêche côtière, 2,780 sont munis de moteurs, soit une proportion de 19 %.
En Norvège, sur 23,000 unités, 5,400 sont des bateaux à moteur, soit 23 %.
La flotte de pêche française comptant 29,000 unités, 5,000 bateaux à moteur donneraient une proportion de 17 % (x).
C'est donc bien à, non une utopie, mais au contraire un minimum nécessaire pour nous permettre de rivaliser avec l'étranger.
Ce nombre atteint, il n’est pas douteux qu'il ne soit dans la suite largement dépassé, mais nous ne saurions, à cet égard,
émettre autre chose qu'une opinion, un sentiment tout per-
sonnel.
Quelle durée assigner à l’accomplissement de cette évolution première ?
(1) On peul encore remarquer qu'au Canada, où il existe 4,600 embarcations à moteur, le revenu des pêches est de 126 millions de francs, sensiblement égal à celui de la France.
Il est à remarquer que, quand le moteur apparaît, il s'impose avec rapidité
Au Danemark, en 1905, il existait à peine 700 bateaux mixtes, on en compte plus de 2,800 en 1913.
En France, à Arcachon, les quelques rares pinasses automobiles de 1907 se sont multipliées au point d’être au nombre de 265 en 1913. ;
Ces faits nous garantissent que, quand les exemples seront donnés, ils seront vite suivis. Mais encore faudra-t-il que le mouvement débute, et c’est surtout cette ère des tâtonnements, des essais timides, dans laquelle nous sommes à ce moment, qu'il importe d’abréger.
Tant de problèmes sont liés à celui de la transformation du bâtiment, tant d’autres réformes parallèles doivent être envisagées dont dépend l’avenir même de l’industrie des pêches, que la réponse à cette question est le secret de demain.
Le plus tôt sera le mieux ; le temps perdu, ce sont des jours de misère de plus pour le pêcheur, ce sont des millions de
moins pour la richesse nationale.