‹ Les mots de VoltaireChapitre 1 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rien n'est plus propre à me consoler des misères de cette vie, que de songer continuellement que tout est zéro.

11 faut combattre jusqu'au dernier moment la nature et la fortune, et ne jamais désespérer de rien jusqu'à ce que l'on soit mort.

La fin d'un vieil inutile, infirme, est une chose bien pitoyable.

Le nombre des gens qui remercient Dieu est

petit, ceux qui se donnent au diable comjjosent la grande partie du monde.

r/ 11 faut vingt ans pour amener l'homme de l'état de plante, où il est dans le ventre de sa mère, et de Tétat de pur animal qui est le partage de sa première enfance, jusqu'à celui où la maturité et la raison commencent à poindre. 11 a fallu trente siècles pour connaître un peu sa structure. 11 faudrait Téternité pour connaître quelque 'chose de son âme. 11 ne faut qu'un instant pour le tuer.

On dit quelquefois d'un homme : il est mort comme un chien; mais vraiment un chien est très heureux de mourir sans tout cet attirail dont on persécute le dernier moment de notre vie. 11 faut avoir fait ses dispositions de bonne heure et ensuite n'y plus penser du tout.

Que d'autres cherchent à louer les morts fastueuses de ceux qui entrent dans la destruction avec insensibilité : c'est le sort de tous les animaux. Nous ne mourons comme eux avec indifférence, que quand l'âge ou la maladie nous rend semblables à eux par la stupidité de nos organes. Quiconque fait une grande perte a de grands regrets; s'il les étoutïe, c'est quil porte la vanité jusque dans les bras de la mort.

Ces contradictions qui sont clans l'homme, ces délicatesses de Tamour-propre, ces élans de l'âme pour le souverain bien, ces guerres intestines de nos âmes, dont les Pascal, les Nicole, nous ont rebattu les oreilles, sont inconnus de la plus grande partie du genre humain : c'est le partage de quelques oisifs.

Les sauvages ne s'avisent point de se tuer par dégoût de la vie, c'est un raffinement des gens d'esprit.

Tout est égal. Si le bonheur était attaché à l'opulence, celui qui a dix millions serait dix mille fois plus heureux, de compte fait, que celui qui n'a que dix mille pistoles ; comme l'auteur de six volumes n'a pas souvent plus de réputation que l'auteur d'un seul.

Pourquoi faut-il qu'un grain d'opium donne souvent plus de félicité que tous les traités de philosophie?

Les apôtres du suicide nous disent qu'il est très permis de quitter sa maison quand on en est las. D'accord; mais la plupart des hommes aiment mieux coucher dans une vilaine maison que de dormir à la belle étoile.

Dieu nous a donné le vivre, c'est à nous à nous donner le bien-vivre.

La plupart des hommes meurent sans avoir vécu.

Peu d'hommes savent vivre avec eux-mêmes et jouir de leur liberté : c'est un trésor dont ils sont tous embarrassés. Le paysan le vend pour quatre sous par jour, le lieutenant pour vingt, le capitaine pour un écu de six francs, le colonel pour avoir le droit de se ruiner.

Le corps d'un athlète et l'àme d'un sage, voilà ce qu'il faut pour être heureux.

Etre raisonnable et froid, c'est presque tout un : cela n'est pas à l'honneur de la raison.

Ne ressemblons-nous pas quelquefois à ces diables que Milton nous représente dévorés d'ennuis, de rage et d'inquiétude, de douleurs, et raisonnant encore sur la métaphysique au milieu de leurs tourments.

Peut-on changer de caractère ? Oui, si on change de corps.

Quand on ne réfléchit pas, on se croit maître de tout; quand on y réfléchit, on voit qu'on nest maître de rien.

Les pauvres humains sont des balles de paume avec lesquelles la fortune joue.

Il n'y a que les enfants et les imbéciles qui ne pensent qu'au présent.

Le bonheur est une idée abstraite, composée de quelques sensations de plaisir.

Un esprit mélancolique qui a souffert une injustice voit l'univers couvert de damnés, comme un jeune voluptueux soupant avec sa dame, au sortir de l'Opéra, n'imagine pas qu il y ait des infortunés.

On prétend qu'on est moins malheureux quand on ne l'est pas seul ; ce n'est pas par malignité, c'est par besoin. On se sent alors entraîné vers un infortuné, comme vers son semblable.

-t>Il ne faut compter sur rien que sur les légumes de son jardin, encore y est-on souvent attrapé.

MOTS DE VOLTAIRI-:

^Amusez-vous de la vie, il faut jouer avec elle ; et quoique le jeu ne vaille pas la chandelle, il n y a pourtant pas d'autre parti à prendre.

De quelque côté qu'on se tourne, ce monde est plein d'anicroches.

Ce monde-ci est un vaste naufrage : sauve qui peut !

Nous sommes des ballons que la main du sort pousse aveuglément et d'une manière irrésistible. Nous faisons deux ou trois bonds, les uns sur du marbre, les autres sur du fumier, et puis nous sommes anéantis pour jamais.

C'est une étrange rage que celle de quelques messieurs qui veulent absolument que nous soyons misérables. Je n'aime point un charlatan qui veut me faire accroire que je suis malade pour me vendre ses pilules. Garde ta drogue, mon ami, et laisse-moi ma santé. Mais pourquoi me dis-tu des injures parce que je me porte bien , et que je ne veux point de ton orviétan?

Il ne faut jamais rien négliger de son plaisir, parce que la vie est triste.

La terre est un vaste théâtre où la même tra- .y'édie se joue sous des noms différents.

Je me confirme de plus en j^lus dans l'opinion que les plus grands hommes sont aussi sujets à se tromper que les plus bornés. Je pense qu'il en est de la force de l'esprit comme de celle du corps; les plus robustes la perdent quelquefois et les hommes les plus faibles donnent la main aux plus forts quand ceux-ci sont malades.

Tout est également frivole en ce monde ; mais il y a des inutilités qui passent pour solides, et ces inutilités-là ne sont pas à négliger.

Je crois, toutes réflexions faites, qu'il ne faut jamais penser à la mort ; cette pensée n'est bonne qu'à empoisonner la vie. La grande affaire est de ne point souffrir ; car, pour la mort, on ne sent pas plus cet instant C{ue celui du sommeil. Les gens qui rannoncent en cérémonie sont les ennemis du genre humain ; il faut répondre qu'ils n'approchent jamais de nous. La mort n est rien du tout; l'idée seule en est triste. N'y songeons donc jamais, et vivons au jour la journée. Levons-nous en disant : Que ferai-je aujourd'hui pour me procurer de la santé et de l'amusement ? C'est à quoi tout se réduit à l'âge où nous sommes.

Quand je vous aurai bien répété que la vie est un enfant qu'il faut bercer jusqu'à ce qu'il s'endorme, j'aurai dit tout ce que je sais.

11 faut être inspiré de Dieu pour savoir bien parfaitement son prétérit, son futur, et même son présent; notre espèce est fort curieuse et fort ignorante. Celui qui saurait l'avenir, saurait probablement de fort sottes et de fort tristes choses ; et entre autres l'heure de sa mort, ce qui n'est pas extrêmement plaisant à contempler. J'aime mieux, au fond de la boîte de Pandore, l'espérance que la science.

La force et la fortune ont toujours décidé de tout.

C'est à l'amusement qu'il faut toujours revenir, et sans ce point-là l'existence serait à charge; c'est ce qui fait que les cartes emploient le loisir de la prétendue bonne compagnie d'un bout de l'Europe à l'autre ; c'est ce qui fait vendre tant de romans. On ne peut guère rester sérieusement avec soimême. Si la nature ne nous avait fait un peu frivoles, nous serions très malheureux; c'est parce qu'on est frivole que la plupart des gens ne se pendent pas.

Ce monde-ci n'est qu'un fagot d'épines.

Il faut partir d'où l'on est et être le très humble et très obéissant serviteur des événements. Il arrive toujours quelque chose, à quoi on ne s'attend point et qui décide de la conduite des hommes.

On commence par être dupe, et on finit par être fripon dans le grand jeu de la vie humaine.

J'envie aux bêtes deux choses: leur ignorance du mal à venir, et de celui qu'on dit d'elles.

Vous savez que ma maxime est de remplir tous mes devoirs aujourd'hui parce que je ne suis pas sûr de vivre demain.

Le rôle de Démocrite est fort bon, quand il ne s'agit que des folies humaines; mais les barbaries font des Heraclite.

Quand on a bien connu le monde, on conclut qu'on n'est bien que chez soi.

Il y a peut-être un état assez agréable dans le m onde, c'est celui d'imbécile. C'est une chose assez plaisante, qu'aucune personne d'esprit ne voudrait

lu M'JTS DE VOLT AIRE

d'un bonheur fondé sur la sottise: il est clair pourtant qu'on ferait un très bon marché.

Nous sommes tous comme des prisonniers condamnés à mort, qui s'amusent un moment sur le préau, jusqu'cà ce qu'on vienne les chercher pour les expédier.

Avec de la santé, de la gloire, de grands établissements, de l'esprit, des amis, on peut se livrer tout naturellement à une joie honnête.

11 faut être continuellement en guerre dans quelque état qu'on se trouve.

Je passe mon temps à faire des gambades sur le bord de mon tombeau, et c'est en vérité ce que font tous les hommes. Ils sont tous Jean qui pleure et qui rit; mais combien y en a-t-il malheureusement qui sont Jean qui mord, Jean qui vole, Jean qui calomnie, Jean qui tue?

On peut être assez sur que ce qui n'est pas d'une nécessité absolue pour tous les hommes, en tous les temps et en tous les lieux, n'est nécessaire à personne. Cette vérité est un oreiller sur lequel on peut dormir en repos.

MOIÎALE — MŒURS 11

On raisonnera toujours sur l'autre monde, mais sauve qui peut dans celui-ci.

C'est une grande consolation que de rendre ses derniers jours utiles, et ce plaisir tient lieu de tous les plaisirs.

Beaucoup de besoins et beaucoup d'industrie, l'instinct, la raison etles passions, voilàl'homme. Quand vous serez des Dieux, essayez de faire un homme sur un meilleur modèle.

>Ce n'est pas assez d'avoir le courage, il faut des distractions. L'amusementest un remède plus sûr que toute la fermeté d'esprit.

La boîte de Pandore est la plus belle fable de l'antiquité, l'espérance était au fond.

Je vous disais tout à l'heure que j'étais pénétré de reconnaissance et de joie; mais d'autres idées s'étant présentées nécessairement à moi, comme il arrive à tous les hommes, mes remerciements sontsuivisde mes murmures involontaires; j'éclate en gémissements et je me dissous en larmes, comme un enfant qui passe en un moment du rire à la plainte entre les bras de sa nourrice.

— GO

Si Jupiter a eu deux tonneaux, celui du mal était la tonne d'Heidelberg, et celui du bien fut à peine un quartaut.

Je ne veux point qu'on affecte de mépriser la mort ; je veux qu'on s'y résigne. La grande loi est de savoir souffrir ce qui est inévitable.

Il serait à désirer que tous ceux qui prennent le parti de sortir de la vie laissassent par écrit leurs raisons, avec un petit mot de philosophie ; cela ne serait pas inutile aux vivants et à l'histoire de l'esprit humain.

Tout le monde meurt au même âge ; car il est absolument égal, quand on en est là, d'avoir vécu vingt heures ou vingt mille siècles.

Quand on dit :je suis heureux dans ce moment, on abuse du mot : et cela ne veut dire que : j'ai du plaisir.

Ce n'est pas notre condition, c'est la trempe de notre âme qui nous rend heureux.

Heureux ceux qui, lorsqu'ils sont outragés, se contentent de rire !

Il semble que l'esprit de critique, lassé de ne persécuter que des particuliers, ait pris pour objet Funivers.

Il y a toujours des esprits mal faits et des cœurs pervers que toute espèce de gloire irrite, dont toute lumière blesse les yeux, et qui, par un orgueil secret, proportionné à leurs travers, haïssent la nature entière.

On trouve difficilement une personne qui voulût recommencer la même carrière qu'elle a courue et repasser par les mêmes événements.

Tout mal arrive avec des ailes et s'en retourne en boitant.

J'ai toujours eu pour maxime que l'occupation et le travail sont la seule ressource contre l'infortune.

On aime à murmurer. Il y a du plaisir à se plaindre ; mais il y en a plus à vivre.

C'est n'être bon à rien que de n'être bon qu'à soi.

1 i M<.)ïS DE VOLTAIRE

Le temps est toujours trop court pour les orandes âmes.

Nous sommes bons; on abuse de notre bonté, mais ne nous corrigeons pas.

Le plus beau privilège de l'humanité, c'est de pouvoir faire du bien.

La vie a tant d'amertume qu'il ne faut pas que ceux qui peuvent l'adoucir y versent du poison. Les fripons sont emmiellés, faut-il que les honnêtes gens soient difficiles ?

Quelle plus belle vengeance à prendre de la sottise et de la persécution que de les éclairer?

Tant de sectes, tant de savants ne pourront jamais penser d'une manière uniforme, mais nous pourrons nous supporter et même nous aimer.

Je ne connais de véritables grands hommes que ceux qui ont rendu de grands services au genre humain.

On aime la gloire et l'immortalité comme on aime ses enfants posthumes.

11 ne faut songer qu'à vivre avec soi-même et avec ses amis, et non à s'établir une seconde existence très chimérique dans l'esprit des autres hommes. Le bonheur ou le malheur est réel, et la réputation n'est qu'un songe.

Un homme qui 'néglige sa réputation est indigne d'en avoir.

On souhaite d'être ignoré, mais c'est quand il n'est plus temps. Dès que les trompettes de la renommée ont corné le nom d'un pauvre homme, adieu son repos pour jamais.

C'est le propre des grands hommes d'avoir de méprisables ennemis.

La Renommée est une déesse qui n'acquiert le sens commun qu'avec le temps ; encore même ne l'acquiert-elle pas toujours.

Les grands objets de rambition ne connaissent point la honte.

L'estime des hommes se mesure par les difficultés surmontées.

On ne peut guère plier les hommes à l'admiration sans exciter l'envie.

Il ne se fait rien de grand dans le monde, que par le génie et la fermeté d'un seul homme qui lutte contre les préjugés de la multitude.

L'amitié est le mariage de l'âme, et ce mariage est sujet au divorce.

Les bienfaits sont un feu qui ne brûle que de près.

On reconnaît les amis au besoin.

Si la première loi de l'amitié est de la cultiver, la seconde loi est de pardonner quand on a manqué à la première.

Rien n'est si triste qu'un soupçon vague. Il faut savoir sur quoi compter. Demi-confidence est torture. Il faut tout ou rien, en cela comme en amitié.

Il n'y a que les anciens amis de bons.

De vieux amis qui se brouillent se déshonorent.

Heureux qui ne vit que pour ses amis ; malheureux qui ne vit que pour le public !

Il n'y a que les gens peu répandus qui sachent aimer.

On meurt en détail, après avoir vu mourir tous ses amis, et ce songe pénible de la vie est bientôt fini.

Les esprits faux sont insupportables ; les cœurs faux sont en horreur.

Il faut verser son sang pour servir ses amis et pour se venger de ses ennemis, sans quoi on n'est pas digne d'être homme.

— las —

Un homme qui n'a qu'à s'en prendre à lui d'avoir suivi un mauvais conseil, est souvent assez injuste pour en punir l'auteur.

Plus on vipillit. plus il faut s'occuper. Il vaut mieux mourir que de traîner dans l'oisiveté une vieillesse insipide : travailler, c'est vivre.

Si les vieillards doivent être hardis, ils doivent être non moins prompts ; c'est le bel âge pour dépêcher de la besogne.

Plus on vieillit, dit-on, plus on a le cœur dur; cela peut être vrai pour des ministres d'État, pour des évêques et pour des moines ; mais cela est bien faux, pour ceux qui ont mis leur bonheur dans les douceurs de la société et lesdevoirs de la vie.

N'être point occupé et n'exister pas,c'estla même chose pour riiomme. Toute la différence consiste dans les occupations douces ou tumultueuses, dangereuses ou utiles.

Les gens de bonne compagnie ne font point de prosélytes ; ils sont tiêdes, ils ne songent qu'cà plaire. Dieu leur demandera un jour compte de leurs talents.

Les paresseux ne sont jamais que des gens médiocres en quelque genre que ce puisse être.

^rORALE — MŒUR« 10

La fin de la vie est triste, le commencement doit être compté pour rien, et le milieu est presque toujours un orage.

Presque toutes les enfances, comme toutes les dé(;répitudes se ressemblent ; les premières donnent toujours quelque espérance que les secondes ôtent entièrement.

Nous n'avons que deux jours à vivre, ce n'est pas la peine de les passer à ramper sous des coquins méprisables.

C'est ne vivre qu'à demi que de n'oser penser qu'à demi.

Je m'aperçois tous les jours que le travail est la vie de l'homme. La société amuse et dissipe. Le travail ramasse les forces de l'âme et rend heureux.

11 n'y a que deux sortes de bonheur dans ce monde, celui des sots qui s'enivrent stupidement de leurs illusions fanatiques, et celui des philosophes. 11 est impossible à un être qui pense de vouloir tâter de la première espèce de bon-

heur, qui tient de l'abrutissement. Plus vous vous éclairez, et plus vous jouissez.

On ne connaît pas ses forces.

Les hommes ne font jamais ni tout ce qu'ils veulent ni tout ce qu'ils peuvent.

Il faut examiner Tétat où l'on est et non l'état où Ton ne peut être.

Un homme éclairé qui demande conseil peut être comparé à Moïse, qui prenait des guides quoi qu'il eût la colonne de feu.

Il est plus aisé de dire des injures que des raisons.

On ne prend la liberté de donner des conseils qu'à ceux qu'on estime.

La solidité consiste dans l'uniformité des idées; un homme de bon sens, dit-on, doit toujours penser de la même façon : si on en était réduit là, il vaudrait mieux n'être pas né.

11 y a très peu d'hommes originaux; presque tous se gouvernent, pensent, et sentent par l'influence de la coutume et de l'éducation. Rien n'est si rare qu'un esprit qui marche dans une route nouvelle. Mais parmi cette foule d'hommes qui vont de compagnie, chacun a de petites différences dans la démarche, que les vues fines aperçoivent.

Fayn quœ sentiat est le plus beau privilège de l'humanité.

Il y a l'infini entre celui qui a lu avec fruit et celui qui n'a rien lu : le premier foule à ses pieds les préjugés, et le second en est la victime.

11 est bien plus aisé de mener les hommes par les idées qu'ils ont, qu'en voulant leur en donner de nouvelles.

On rougirait bientôt de ses décisions, si l'on voulait réfléchir sur les raisons par lesquelles on se détermine.

Les hommes s'attachent plus aux vérités qu'ils croient avoir découvertes, qu'à celles qu'on leur a enseignées.

Les morts se moquent de la calomnie, mais les vivants peuvent en mourir.

On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité.

Les uns rient tout bas, les autres rient tout haut; ceux qui rient sous cape persécutent quelquefois ceux qui ont ri trop fort, et qui ont réveillé leurs voisins par leurs éclats.

Ce nest pas assez de haïr le] mauvais goût, il faut détester les hypocrites elles persécuteurs; il faut les rendre odieux et en purger la terre.

En vérité, la plupart des hommes ressemblent aux moines qui pensent qu'il n'y a rien d'intéressant dans le monde que ce qui se passe dans leur couvent.

Pourquoi mentir sur des bagatelles ? Il ne faut mentir que quand il s'agit d'une couronne ou de sa maîtresse.

Jamais de paix avec un sot méchant ; pour peu qu'on soit honnête, ils prétendent qu'on les craint.

Lorsqu'un des académiciens de Paris voulut entrer dans l'enceinte pour examiner la chose de plus près, et qu il fut repoussé par les archers : Laissez entrer monsieur, dit le bourreau*; cest un amateur ; c'est-à-dire c'est un curieux : ce n'est pas par méchanceté qu'il vient ici ; ce n'est pas par un retour sur soi-même, pour goûter le plaisir de n'être pas écartelé ; c'est uniquement par curiosité, comme on va voir des expériences de physique.

La voix publique suffit pour devoir attribuer à un homme une bonne action ; mais elle ne suffit pas pour lui imputer un crime.

Que faut-il pour être heureux dans la vie à venir ? être juste. Pour être heureuxdans «elle-ci autant que le permet la misère de notre nature, que faut-il être ? indulgent.

Dans quel cas est-il permis de reprocher à un homme les désordres de sa vie ? C'est dans ce seul cas-ci peut-être : quand ses mœurs démentent ce quil enseigne.

Il est peut-être plus commun encore de se tromper soi-même que de chercher à tromper les autres.

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