Le supplice de Damiens
Dès qu'une fois la prévention est établie, la raison perd tous ses droits. Les noms, en tout genre, font plus d'impression que les choses.
lime semble que tousles honnêtes gens aiment centfois mieuxun homme lourd, mais sage, qu'un mauvais plaisant.
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Les princes dans leurs écrits sont au rang des autres hommes. Si Alexandre et Séiniramis^ avaient fait des ouvrages ennuyeux, ils seraient négligés. On trouve plus aisément des courtisans que des lecteurs.
C'est par le caractère et non par l'esprit que l'on fait fortune.
Il est dangereux d'avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort.
Ceux qui se plaignent de la fortune n'ont souvent à se plaindre que d'eux-mêmes.
Il y a des sottises convenues qu'on réimprime tous les jours sans conséquence et qui servent même à l'éducation de la jeunesse.
MOKALE — MŒURS
Credidip)'opter qiwdlocutus suiUy y 3ii cru parce que j'ai parlé, est la devise des hommes. On répète une sottise, et à force de la redire, on en est persuadé.
L'erreur s'établit de bouche en bouche, et de plume en plume : il faut des siècles pour la détruire.
Qui nous a donné le sentiment du juste et de Finjuste? Dieu, qui nous a donné un cerveau et un cœur. Mais quand votre raison vous apprend-elle qu'il y a vice et vertu ? quand elle nous apprend que deux et deux font quatre.
Situ es juste, tu as tout dit; ta force, ta prudence, ta tempérance, sont des qualités utiles. Si tu les as tant mieux pour toi ; mais si tu es juste, tant mieux pour les autres.
Des lois absurdes, ridicules, barbares, vous en trouverezpartout ; des lois contre le s mœurs, nulle part.
Dieu a mis dans tous les cœurs la connaissance du bien, avec quelque inclination pour le nïal.
Au milieu de tous les doutes qu'on tourne depuis quatre mille ans en quatre mille manières, le plus sûr est de ne jamais rien faire contre sa conscience. Avec ce secret, on jouit de la vie et on ne craint rien à la mort.
Un Dieu adoré de cœur et de bouche et tous les devoirs remplis, font de Tunivers un temple et des frères de tous les hommes.
L'homme en général a toujours été ce qu'il est : cela ne veut pas dire qu'il ait toujours eu de belles villes, des canons de vingt-quatre livres de balle, des opéras comiques et des couvents de religieuses. Mais il a toujours eu le même instinct qui le porte à s'aimer dans soi-même, dans la compagne de son plaisir, dans ses enfants, dans ses petits-lils. dans les œuvres de ses mains.
Faire un vœu pour toute sa vie, c'est se faire esclave.
Le même esprit qui mène à la connaissance de la v^érité est celui qui porte à remplir ses devoirs.
Il faut que le dernier paysan apprenne à aimer
le bien public, quand le roi donne l'exemple. Qu'on leur prêche chaque jour cet évangile, ils le sentiront, et ils Taimeront. 11 y a dans l'âme la plus brute un rayon de justice.
On disputera sur le physique et sur le moral pendant l'éternité, mais l'instinct gouvernera toujours toute la terre; car les passions sont la production de l'instinct, et les passions régneront toujours.
Il y a des vices qu'il vaut beaucoup mieux ignorer que punir.
Sois droit ou redressé.
Ce qui est méprisable est dangereux, quand il n'est pas assez méprisé.
On écrase quelquefois ce qu'on dédaigne.
Il me semble que je vous donnerais une fort bonne recette si je vous disais : Défiez-vous de toutes les inventions des charlatans, adorez Dieu, soyezhonnête homme, et croyez que deux et deux font quatre.
Il a fallu des siècles pour connaître une partie
des lois de la nature ; un jour suffit pour connaître les devoirs de l'homme.
— 1(37 — Pourquoitoutes ces plaisanteries sur 1 areligion?
On n'en a jamais fait sur la morale.
L'homme n'est point né méchant; il le devient comme il devient malade.
Au milieu de tant de saccagements et de destructions, nous voyons un amour de l'ordre qui anime en secret le genre humain et qui a prévenu sa ruine totale.
Je crois qu'il y a dans tous les hommes, une horreur pour le mépris, aussi nécessaire pour la conservation de la société et pour le progrès des arts, que la faim et la soif le sont pour nous conserver la vie. L'amour de la gloire n'est pas si général, mais l'impossibilité de supporterle mépris paraît l'être.
Si la fougue d'une passion fait commettre une faute, la nature rendue à elle-même sent cette faute. Ceux qui disent que ce retour d'humanité n'est qu'une branche de l'amour-propre, font bien de l'honneur à l'amour-propre. Qu'on appellela raison et les remords comme on voudra, ils existent et ils sont les fondements de la loi naturelle.
L'amour-propre et toutes ses branches sont aussi nécessaires à l'homme que le sang qui coule dans ses veines ; et ceux qui veulent lui ôter les passions parce qu'elles sont dangereuses ressemblent à celui qui voudrait ôter à un homme tout son sang parce qu'il peut tomber en apoplexie.
Le courage n'est pas une vertu, mais une qualité heureuse commune aux scélérats et aux grands hommes.
Le bien de la société est la seule mesure du bien et du mal moral.
Aimer le bien public et le nôtre est non-seulement possible, mais inséparable Le véritable amour-propre et l'amour social sont le même.
Je ne sais point de plus beau spectacle que celui de la joie publique ; il n'y a point d'opéra qui en approche.
Le malheur des autres doit nous consoler. « Mais quand je suis heureux? dites-vous. » Le bonheur des autres doit vous intéresser.
Jeûner, prier, vertu de bonze ; secourir, vertu de citoyen.
C'est à celui qui domine sur les esprits par la force delà vérité, non à ceux qui font des esclaves par la violence ; c'est à celui qui connaît l'univers, non à ceux qui le défigurent, que nous devons nos respects.
Vous savez que chez moi les grands hommes sont les premiers et les héros les derniers. J'appelle grands hommes tous ceux qui ont excellé dans l'utile ou dans l'agréable. Les saccageurs de provinces ne sont que héros.
Les hommes sont comme les animaux : les gros mangent les petits, et les petits les piquent.
Il faut vivre un peu pour soi, pour sa société ; alors on est en paix. Qui se donne au monde est en guerre, et pour faire la guerre, il faut qu'il y ait prodigieusement à gagner, sans quoi on la fait en dupe.
11 faut plaire aux gens avec qui l'on vit.
Il faut rendre service aux hommes tant qu'on
MORALE — :\IŒURS 31
le peut, quoiqu'ils n'en valent guère la peine.
Il y a des gens devant qui on n ose pas se dire malheureux.
— 18C — C'est s'abaisser que de recevoir.
Ne nous enorgueillissons ni des méchancetés de nos ennemis ni des bontés de nos protecteurs ; on peut être, avec tout cela, un homme trèsmédiocre; on peut être récompensé et envié sans aucun mérite.
Toute vérité, comme tout mérite, a ses contemporains pour ennemis.
Quel homme dans Paris est animé de l'amour du bien public? On joue, on dupe, on médit, on fait de mauvaises chansons, et on s'endort dans la stupidité pour recommencer le lendemain son cercle de légèreté et d'indifférence.
L'empire de la coutume est bien plus vaste que celui de la nature.
11 y a toujours dans les grandes affaires un
prétexte qu'on met en avant, et une cause véritable qu on dissimule.
Les hommes se sont toujours contentés de l'àpeu-près en tout genre.
Ce n est pas T amour qu il fallait peindre aveugle, c'est Tamour-propre.
Les bœufs sont des aigles, quand il s'agit d'intérêt.
Il est bien certain que la naissance ne met pas 2)lus de différence entre les hommes qu'entre un ânon dont le père portait du fumier et un ânon dont le père portait des reliques. L'éducation fait la grande différence, les talents la font prodigieuse, la fortune encore plus.
Les richesses sont des emplâtres pour les blessures que nous font nos passions. Mais un philosophe est un homme bien sain qui n'a pas besoin d'emplâtres.
Le plaisir vient, on ne se le donne pas.
Buvez du vin de Champagne avec des gens
aimables, mais faites quelque chose qui vous mette en état déboire un jour du vin qui soit à vous.
On a bien raison d'appeler son bien fortune ; car un moment le donne, un moment Tôte.