‹ Les mots de VoltaireChapitre 11 sur 62 · Recliercbe métaphysiqne · texte numérisé non relu

Recliercbe métaphysiqne

quelque vaine qu'elle puisse être,, uu assez grand avantage. L'étude des choses qui sont si fort audessus de nous, rendent les intérêts de ce monde bien petits à nos yeux ; et, quand on a le plaisir de se perdre dans l'immensité, on ne se soucie guère de ce qui se passe dans les rues de Paris.

Nous sommes parvenus à regarder comme un homme hardi celui qui pense que deux et deux font quatre.

Nous arrivons à un très petit nombre de certitudes. Il y a quelque chose, donc il y a quelque cliosa d'éternel, car rien n'est produit de rien. Voilà une vérité certaine sur laquelle votre esprit S3 repose. Tout ouvrage qui nous montre des moyens et une fm annonce un ouvrier ; donc cet univers composé de ressorts, de moyens dont chacun a sa fin, découvre un ouvrier très puissant, très intelligent. Voilà une probabilité qui approche de la plus grande certitude.

Un système] qui n'est pas démontré n'est qu'une tolie ingénieuse.

Pourquoi dire tout haut : je sais, quand on dit tout bas: j'ignore.

Quand on est seul vis-à-vis de l'infini on est bien pauvre.

Ce qu'on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d'être expliqué d'aucune.

Quel livre immense on composerait de tous les faits qu'on a crus et dont il fallait douter!

0 philosophes, les expériences de physique bien constatées, les arts et métiers, voilà la vraie philosophie!

Il est beau d'approfondir un sujet qu'on méprise.

Je n'aime que la philosophie d'usage; je préfère l'architecte qui me bâtit une maison agréable et commode, au mathématicien qui quarre une courbe à double courbure dont je n'ai que faire.

La nature est un grand opéra, dont les décorations font un effet d'optique.

On s'est moqué fort longtemps des qualités

occultes ; on doit se moquer de ceux qui n'y croient pas.

11 fallait respecter les qualités occultes; car depuis le brin d'herbe que l'ambre attire, jusqu'à la route que tant d'astres suivent dans l'espace ; depuis la formation d'une mite dans un fromage jusqu'à la galaxie ; soit que vous considériez une pierre qui tombe, soit que vous suiviez le cours d'une comète traversant les cieux, tout est qualité occulte.

Les systèmes sont comme les rats qui peuvent passer par vingt petits trous et qui en trouvent enfin deux ou trois qui ne peuvent les admettre.

Toute secte, en quelque genre que ce puisse être, est le ralliement du doute et de l'erreur.

De cent événements que la fourberie ose prédire, si la fortune en amène un seul, les autres sont oubliés et celui-là reste comme un gage de la faveur de Dieu et comme la preuve d'un prodige.

La véritable parure de la philosophie est Tordre, la clarté et surtout la vérité.

Il est évident qu'on ne peut savoir l'avenir,

parce qu on ne peut savoir ce qui n est pas ; mais il est clair aussi qu'on peut conjecturer un événement.

La nature étant partout la môme, les hommes ont dû nécessairement adopter les mêmes vérités et les mêmes erreurs dans les choses qui tombent le plus sous les sens, et qui frappent le plus Timaginatiun.

On nous donne des maîtres en tout genre, excepté des maîtres à penser.

Dieu nous a donné un principe de raison universelle comme il adonné des plumes aux oiseaux et la fourrure aux ours.

Ce n'est point par de la métaphysique qu'on détrompera les hommes; il faut prouver la vérité par les faits.

L'idée d'un être purement immatériel n'a pu se présenter à des esprits qui ne connaissaient que la matière. Tous les arts de la main ont sans doute précédé la métaphysique de plusieurs siècles.

11 y a des événements qui ont des effets e4

PHILOSOPHIE — RI:LI<JI0N — SCIENCES <3o

d'autres qui n'en ont pas. Il en est de leur chaîne comme d'un arbre généalogique ; on y voit des branches qui s'éteignent à la première génération, et d'autres qui continuent la race. Plusieurs événements restent sans filiation.

Une fable a quelque cours dans une génération ; elle s'établit dans la seconde; elle devient respectable dans la troisième; la quatrième lui élève des temples.

Pour peu qu'on creuse, on trouve un abîme infini. 11 faut admirer et se taire.

Il y a des erreurs qui ne sont que pour le peuple ; il y en a qui ne sont que pour les philosophes.

Tous les hommes naissent avec un nez et cinq doigts, et aucun ne naît avec la connaissance de Dieu : que cela soit déplorable ou non, telle est certainement la condition humaine.

Il y a dans toutes les académies une chaire vacante pour les vérités inconnues, comme Athènes avait un autel pour les dieux ignorés.

Ce qui ne peut être d'un usage universel, ce

Oi MOTS DE VOLTAIRE

qui n est pas à la portée du commun des hommes, ce qui n'est pas entendu par ceux qui ont le plus exercé leur faculté de penser, n'est pas nécessaire au genre humain.

Tous les événements sont produits les uns par les autres, je l'avoue ; si le passé est accouché du présent, le présent accouche du futur ; tout a des pères, mais tout n'a pas toujours des enfants. Il en est ici précisément comme d'un arbre généalogique ; chaque maison remonte, comme on sait, à Adam ; mais, dans la famille, il y a bien des gens qui sont morts sans laisser de postérité.

J'aime les fables des philosophes, je ris de celles des enfants, et je hais celles des imposteurs.

Si Dieu nous a faits à son image, nous ne la lui avons bien rendu.

La lumière est de tous les êtres ou de tous les modes du grand Être, celui qui nous donne l'idée la plus étendue de la divinité, tout loin qu'elle soit de la représenter. La lumière est réellement un messager rapide qui court dans le grand tout de mondes en mondes. Elle a quelques propriétés de la matière et des propriétés supérieures, et si quelque chose peut fournir une faible idée

PHILOSOPHIE — RELIGION — SCIENCES bO

commencée, une notion imparfaite de Dieu, c'est la lumière; elle est partout comme lui, elle agit partout comme lui.

Nous avons tous un procès avec la nature, qui sera terminé dans peu de temps : et presque personne n'examine les pièces de ce grand procès.

La vérité n'a pas de nom de parti : l'erreur peut admettre des mots de ralliement. Les sectes ont des noms, et la vérité est vérité.

Les hommes sont bien fous, mais les ecclésiastiques sont les premiers de la bande.

L'esprit de corps et la philosophie ne vont guère ensemble.

*- 51 — Les religions sont comme les jeux du trictrac et des échecs : elles nous viennent d'Asie.

Il faut avouer qu'en général le clergé a été corrigé par les protestants, comme un rival devient plus circonspect par la jalousie surveillante de son rival.

Lecaloyer. — Mais comment croyez-vous donc que ma religion s'est établie ?

66, ^rOTS DE VOLTAIRE.

VUomme lionnéic, — Comme toutes les autres. Unhomme (Vune imagination forte se fait suivre par quelques personnes d'une imagination faible. Le troupeau s augmente; le fanatisme commence;la fourberie achève. Un hommepuissantvient;ilvoit une foule qui s'est mis une selle sur le dos et un mors à la bouche : il monte sur elle et la conduit.

Il faut de bons laboureurs et de bons soldats, de bons manufacturiers et le moins de théologiens qu'il soit possible : tous ces pet'ts ergoteurs rendent une nation ridicule et méprisable.

Ces extravagances^ ont occupé des têtes qui avaient de la barbe dans des pays qui ont produit de grands hommes. C'est sur quoi un ccri^ain ami de la raison a dit plusieurs f< is que notre grand mal est de ne pas savoir encore à quel point nous sommes au-dessous des Hottentots sur certaines matières.

C'est le caractère des Barbares de croire la divinité malfaisante. Les hommes font Dieu à leur image.

C'est l'absurdité des dogmes chrétiens qui fait les athées.

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