A Londres
Tout ce qui est un éternel sujet de dispute est d'une inutilité éternelle.
On peut être métaphysicien sans être géomètre. La métaphysique est plus amusante ; c'est souvent le roman de l'esprit.
— lOi —
La métaphysique n'est d'ordinaire que le roman de l'âme, et ce roman n'est pas si amusant que celui des Mille et une nuits.
Quand je dis à M. S'Gravesande : « Vaniias vanitatujii^et metapliysica ranitas», ilmerépondit : « Je suis bien fâché que vous ayez raison. »
Le fatras métaphysique, théologique, fanatique, est sans doute ce que nous avons de plus méprisable, et cependant on écrira surces chimères absurdes tant qu'il y aura des universités, des esprits faux, et de l'argent à gagner.
Nous ne raisonnons guère en métaphysique que sur des probabilités : nous nageons tous dans une mer dont nous n'avons jamais vu le rivage. Malheur à ceux qui se battent en nageant.
J'ignore comment j'ai été formé, et comment je suis né. J'ai ignoré absolument pendant le quart de ma vie les raisons de tout ce que j'ai vu, entendu et senti; et je n'ai été qu'un jDorroquet sifflé par d'autres perroquets.
Une s'agit que d'une bagatelle, que pensez-vous de Dieu?
11 me paraît toujoursabsurde de faire dépendre l'existence de Diead'(2 + b, divisé par z.
Dans le système qui admet un Dieu on n'a que des difficultés à surmonter; et dans tous les autres systèmes on a des absurdités à dévorer.
Il y a un Être nécessaire, éternel, soLirce de tous les êtres; existera-t-il moins parce que nous souffrons? existera-t-il moins parce que je suis incapable d'expliquer pourquoi nous souffrons?
Ce que le chancelier Bacon avait dit, qu'un peu de philosophie rend un homme athée, et que beaucoup de philosophie mène à la connaissance d'un Dieu, est vrai.
Je révère la Puissance éternelle, il ne m'appar-
tient pas de la borner; je n'affirme rien, je me contente de croire qu'il y a plus de choses possibles qu'on ne pense.
— dlé —
Si madame Guyon avait lu le conte de la bonne vieille qui apportait un réchaud pour brûlerie paradis et une cruche d'eau pour éteindre l'enfer, afin qu'on n armât Dieu que pour lui-même, elle n'aurait peut-être pas tant écrit.
C'est précisément parce que cet être suprême existe, que la nature doit être incompréhensible; car sll existe, il doit y avoir l'infini entre lui et nous. Nous devons admettre qu'il est, sans savoir ce qu'il est, et comment il opère.
Adorer Dieu; laisser à chacun la liberté de le servir selon ses idées; aimer ses semblables, les éclairer si l'on peut, les plaindre s'ils sont dans l'erreur; ne prêter aucune importance à des questions qui n'auraient jamais causé de troubles si l'on n'y avait attaché aucune gravité : voilà ma religion, qui vaut mieux que tous vos systèmes et tous vos symboles.
De tous les systèmes que les hommes ont inventés sur la Divinité, quel sera donc celui que j'embrasserai? Aucun, sinon celui de l'adorer.
Je ne conçois pas plus comment un corps a le
pouvoir cVen remuer unautre,queje ne conçoiscomment j'ai des idées. Ce sont pour moi deux choses également inexplicables, et toutes deux me prouvent également l'existence et la puissance d'un Être suprême, auteur du mouvement et de la pensée.
Ou les astres sont de grands géomètres ou l'éternel Géomètre a arrangé les astres.
Je rie prononce le nom de Dieu que comme un perroquet ou un imbécile, si je n'ai pas l'idée d'une cause nécessaire, immense, agissante, présente à tous ses effets, en tout lieu, en tout temps.
Dès qu'il existe quelque chose, il est démontré <{ue quelque chose est de toute éternité. Cette vérité sublime est devenue triviale.
Je serai toujours persuadé qu'une horloge prouve un horloger et que l'univers prouve un Dieu.
J'ose dire que, quand il nous est prouvé qu'un vaste édifice construit avec le plus grand art est bâti par un architecte quel qu'il soit, nous devons croire à cet architecte, quand même l'édifice serait teint de notre sang, souillé de nos crimes et qu'il nous écraserait dans sa chute.
Souvenez-vous de ces voyageurs qui, en abordant dans une île, y trouvèrent des figures de géométrie tracées sur le sable du rivage. « Courage, dirent-ils, voilà des pas d'hommes. » Nous autres Stoïciens, en voyant le monde, nous disons : « Voilà des pas de Dieu. »
Quand nous voyons une belle machine, nous disons qu il y a un bon machiniste, et que ce machiniste a un excellent entendement. Le monde est assurément une machine admirable ; donc il y a dans le monde une admirable intelligence, quelque part qu'elle soit. Cet argument est vieux, et n'en est pas plus mauvais.
L'être qui raisonne, appelé homme, ne peut être l'ouvrage que d'un maître très intelligent appelé Dieu.
Tous les philosophes, tous les initiés reconnaissaient un Dieu suprême et tout puissant. Ils étaient tous revenus, par la raison, au point dont les hommes sauvages étaient partis par instinct.
Le vulgaire imagine Dieu comme un roi qui tient son lit de justice dans sa cour. Les cœurs tendres se le représentent comme un père qui a soin de ses enfants. Le saj^e ne lui attribue
aucune affection humaine. Il reconnaît une puissance nécessaire, éternelle, qui anime toute la nature ; et il se résigne.
A quoi servirait l'athéisme? Certainement, il ne rendra pas les hommes meilleurs.
L'athéisme et le fanatisme sont deux monstres qui j)euYent dévorer et déchirer la société ; mais, l'athée, dans son erreur, conserve sa raison qui lui coupe les griffes, et le fanatique est atteint d'une folie continuelle qui aiguise les siennes.
-13ÊI- L'athéisme est le vice de quelques gens d'esprit, et la superstition le vice des sots.
Il est des athées par principe dont l'esprit n'a point corrompu le cœur.
— lêi -
J'ai toujours regardé Fathéisme comme le plus grand égarement de la raison, parce qu'il est aussi ridicule de dire que l'arrangement du monde ne prouve pas un artisan suprême, qu'il serait impertinent de dire qu une horloge ne prouve pas un horloger.
Mes amis, une fausse science fait des athées.
une vraie science prosterne riiomme devant la Divinité.
L'athéisme ne peut faire aucun Lien à la morale et peut lui faire beaucoup de mal. Jl est presque aussi dangereux que le fanatisme.
Il est de l'intérêt de la Providence que la vertu soit quelquefois récompensée.
Je pense qu'il est toujours très bon de soutenir l'existence d'un Dieu rémunérateur et vengeur; la société a besoin de cette opinion. Je ne sais si vous connaissez ce vers :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
— im —
Il peut se trouver des gens qui, ne croyant pas plus à l'honneur et cà l'humanité qu'à Dieu, seront leurs dieux à eux-mêmes, et s'immoleront tout ce qu'ils croiront pouvoir s'immoler impunément.
Telle est la faiblesse du genre humain et telle sa perversité, qu'il vaut mieux sans doute pour lui d'être subjugué par toutes les superstitions
l)Ossibles, pourvu qu elles ne soient point meurtrières, que de vivre sans religion.
En fait de religion et de morale, admettre des dieux inutiles qui ne punissent ni ne récompensent, et n en admettre point du tout, c'est précisément la même chose.
— i'iâ —
Le cœur le plus bas et le plus capable de tous les crimes lâches est celui d'un athée hypocrite.
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Le merveilleux est la raison du peuple. Les sages contredisent en secret, et le peuple les fait taire.
Prier Dieu, c'est se tlatter qu'avec des paroles on changera toute la nature.
La vraie philosophie est de savoir s'arrêter où il faut et de ne jamais marcher qu'avec un guide sur. Jl reste assez de terrain à parcourir sans voyager dans les espaces imaginaires.
Je ne vois pas quel besoin j'ai d'une âme. Qu'aije à faire de ce petit être subalterne, quand je suis animé par Dieu même ?
On est bientôt parvenu à ne se jamais entendre, quand on prononce le mot âme ; il a fait naître mille questions qui forcent les savants à se taire, et qui autorisent les charlatans à parler.
— l'iS —
Quand je dis âme, c'est pour me conformera l'usage, car nous ne sommes peut-être que des machines qui pensons avec la tête comme nous marchons avec les pieds. Nous ne marchons point quand nous avons la goutte, nous ne pensons point quand la moelle du cerveau est malade.
Si une tulipe pouvait parler et qu'elle te dît : « Ma végétation et moi nous sommes deux êtres joints évidemment ensemble», ne te moquerais-tu pas de la tulipe ?
Quelle notion tous les premiers peuples aurontils eue de l'âme ? Celle qu'ont tous nos gens de campagne, avant qu'ils aient entendu le catéchisme, ou même après qu'ils l'ont entendu.
Le dogme de l'immortalité de l'âme est l'idée la plus consolante et en même temps la plus réprimante que l'esprit humain ait pu recevoir.
Cette âme était faite pour un corps, disaient les
Si MOTS DE VOLTAIRE
Indiens, donc elle ne pouvait exister sans corps. Si après la dissolution de son étui, on ne lui en donne pas un autre, elle devient entièrement inutile. Il fallait, en ce cas,que Dieu fût continuellement occupé à créer de nouvelles âmes. Il se délivrait de ce soin en faisant servir les anciennes. Il en créait de nouvelles quand les races se multipliaient. Le calcul était bon jusque là; mais lorsque les races diminuaient, il se trouvait une grande difficulté. Que faisait-on des âmes qui n'avaient plus de logement?
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Les sages à qui on demande ce que c'est que l'âme, répondent qu'ils n'en savent rien. Si on leur demande ce que c est que la matière, ils font la même réponse. Il est vrai que des professeurs et surtout des écoliers savent parfaitement tout cela.
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Je sais certainement que le pouvoir suprême qui régit la nature a donné à mon individu la faculté de sentir, de penser et d'expliquer mes pensées. Et quand on me demande si après ma mort ces facultés subsisteront, je suis presque tenté d'abord de demander à mon tour si le chant du rossignol subsiste quand l'oiseau a été dévoré par un aigle.
Il me semble que pour savoir par soi-même si l'âme est immortelle, il faut d'abord être bien
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certain qu'elle existe ; et c'est de quoi je n'ai aucune connaissance, sinon par la foi qui tranche toutes les difficultés.
S'il y a une preuve contre l'immatérialité de l'âme, c'est cette maladie du cerveau; on a une fluxion sur Ta me comme sur les dents. Nous sommes de pauvres machines.
Je n'assure point que j'aie des démonstrations contre la spiritualité et l'immortalité de l'âme ; mais toutes les vraisemblances sont contre elles.
La grande difficulté est plutôt de savoir comment un être, quel qu'il soit, peut penser, que de savoir comment la matière peut devenir pensante.
La difficulté est moins de concevoir comment ce corps de fange a des sentiments et des idées, que de concevoir comment un être, quel qu'il soit, a des idées et des sentiments.
Dire que Dieu ne peut rendre la matière pensante, c'est dire la chose la plus insolemment absurde. Nous ne sommes pas assurés que Dieu en ait usé ainsi; nous sommes seulement assurés qu'il le peut.
— loi -
Dieu a organisé les corps pour penser comme pour manger et pour digérer.
— im — I
Nous osons mettre en question si Tàme intelligente est esirril ou matière, si elle est créée avant nous, si, après nous avoir animés un jour sur la terre, elle vit après nous dans Téternité. Ces questions paraissent sublimes, que sontelles? Des questions d'aveugles qui disent à d'autres aveugles : qu'est-ce que la lumière?
— Ifô —
Il ^ prétendait qu'il est de la dernière évidence que l'homme est, comme tous les autres animaux et tous les végétaux et peut-être comme toutes les autres choses de l'univers, fait pour être et pour n'être plus.
— IC/i —
Quelques penseurs pensent que la pensée n'est point l'essence de l'homme ; ils disent qu'il y a beaucoup d'idiots non pensants qui sont hommes, et si bien hommes qu'ils font des hommes sans pouvoir jamais faire un raisonnement.
La liberté n'est autre chose que le pouvoir de i faire ce qu'on veut : or ce pouvoir ne peut jamais être celui de contredire les lois éternelles établies par le grand Etre ; il ne peut être que celui de les accomplir.
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Ilya des gens qui, étant frappés de cette vérité ^ en accordent la moitié, comme des débiteurs qui offrent moitié à leurs créanciers et demandent répit pour le reste. Il y a, disent-ils, des événenements nécessaires et d'autres qui ne le sont pas. Il serait plaisant qu'une partie de ce monde fût arrangée et que l'autre ne le fût point.
Je vous avouerai qu'après avoir erré bien longtemps dans ce labyrinthe, après avoir cassé mille fois mon fil, j'en suis revenu à dire que le bien de la société exige que l'homme se croie libre.
J'avais grande envie que nous fussions libres. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour le croire. L'expérience et la raison me convainquent que nous sommes des machines faites pour aller un certain temps, comme il plaît à Dieu.
On a trouvé des hommes et des animaux partout où la terre est habitable ; qui les y a mis? On l'a déjà dit; c'est celui qui fait croître l'herbe des champs; et on ne devait pas être plus surpris de trouver en Amérique des hommes que des mouches.
Il n'y a pas eu plus de langue primitive que de chênes primitifs et que d'herbe primitive. 1. Le fatalisme.
Toute espèce chez les animaux a son instinct presque toujours assez uniforme et qui ne se perfectionne que jusqu'à des bornes fort étroites; mais la raison de l'homme s'élance jusqu'à la Divinité.
L'homme n'est pas comme les autres animaux qui n'ont que l'instinct de l'amour-propre et celui de l'accouplement; non seulement il a cet amourpropre nécessaire pour la conservation, mais il a aussi pour son espèce une bienveillance naturelle qui ne se remarque point dans les bêtes.
Les hommes ont toujours transporté dans le ciel toutes les sottises de la terre, soit sottises atroces, soit sottises ridicules.
Il y a certainement quelque différence entre les idées de Xeirton et des crottes de mulet.
On chante dans quelques temples gothiques ces vers nouveaux d'un énergumène - :
Illic secum liabitans in penetralibiis Se rex ipse suo contuitii beat.
Dans son appartement ce monarque suprême Se voit avec plaisir et vit avec lui-même.
C'est, au fond, peindre Dieu comme un fat qui