‹ Les mots de VoltaireChapitre 17 sur 62 · L'homme · texte numérisé non relu

L'homme

crins, et les hommes sans barbe, ne viennent pas du même homme.

La nature est comme ces grands princes qui comptent pour rien la perte de quatre cent mille hommes, pourvu qu'ils viennent à bout de leurs augustes desseins.

Heureux les philosophes qui peuvent rire et même faire rire ! Si on n'avait pas ce palliatif contre les misères, les sottises atroces, et même les horreurs dont on est quelquefois environné, où en serait-on ?

Malheur aux philosophes qui ne savent pas se dérider le front! Je regarde Taustérité comme une maladie : j'aime encore mieux mille fois être languissant et sujet à la lièvre, comme je le suis, que de penser tristement. Il me semble que la vertu, l'étude et la gaieté sont trois sœurs qu'il ne faut point séparer : ces trois divinités sont vos suivantes; je les prends pour maîtresses.

Il est bien malhonnête de se haïr pour des syllogismes.

Les philosophes n'ayant aucun intérêt particulier, ne peuvent parler qu'en faveur de la raison et de l'intérêt public.

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Qu'est ce que la magie ? Le secret de faire ce que ne peut faire la nature; c'est la chose impossible; aussi a-t-on cru à la magie clans tous les temps.

De quelque côté que nous nous tournions, il faut avouer que nous n'existons que cVhier.

Le genre humain serait trop malheureux s'il était aussi commun de commettre des choses atroces que de les croire.

Rien n'est plus vrai, monseigneur, que nous sommes, dans ce monde, sous la direction d'une puissance aussi invisible que forte, à peu près comme des poulets qu'on a mis en mue pour un certain temps, pour les mettre à la broche ensuite, et qui ne comprendront jamais par quel caprice le cuisinier les a fait ainsi encager ; je parie <iue si les poulets raisonnent et font un système sur leur cage, aucun ne devinera que c'est pour être mangés qu'on les a mis là.

Je ne connais que deux sortes d'êtres immuables sur la terre, les géomètres elles animaux: ils sont conduits par deux règles invariables, la démonstration et l'instinct; et encore les géomètres ont-ils eu quelques disputes, mais les animaux n'ont jamais varié.

92 MOTS DE YOLTAmE

L'âire n'est jamais forte que quand elle est éclairée.

C'est le sort du genre humain que la vérité soit persécutée dès qu'elle commence à paraître.

Jamais les philosophes ne feront une secte de religion. Pourquoi? C'est qu'ils n'écrivent point pour le peuple et qu'ils sont sans enthousiasme.

Dans toutes les compagnies, le nombre des philosophes est toujours la plus petit.

Les rêves sont les intermèdes de la comédie que joue la raison humaine. Alors l'imagination, se trouvant seule, fait la parodie de la pièce que la raison jouait pendant le jour.

Nous ne sommes heureux que depuis que nous sommes libres et tolérants.

Rien n'est plus contraire à la religion que la contrainte.

Les rites établis divisent aujourd'hui le genre humain et la morale les réunit.

Lavoluptéetla superstition ontleur source dans la faiblesse.

Que votre religion soit toujours de la morale saine dans la théorie et de la bienfaisance dans la pratique.

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La morale qui vient de Dieu réunit tous les esprits, etledogmequi vient des hommes les divise.

Point de religion sans prières.

Il n'y a point de religion dans laquelle on n'ait recommandé l'aumône.

La vérité ne pardonne point, mais elle ne punit qu'en se montrant. C'est par sa lumière qu'elle confond ceux qui veulent l'obscurcir.

Il faut combattre sans cesse. Quand on a détruit une erreur, il se trouve toujours quelqu'un qui la ressuscite,

Les hérésies semblent être le fruit d'un peu de science et de loisir.

Ceux qai fuient le monde sont sages, ceux qui se consacrent à Dieu sont respectables.

C'est l'extrême jeunesse qui peuple les cloîtres : c'est dans un âge ou il n'est permis nulle part de jouir de ses biens, qu'il est permis de disposer de sa liberté pour jamais.

Les apothéoses ne peuvent avoir été imaginées que très longtemps après les premiers cultes. Il n'est pas naturel de faire d'abord un dieu, d'un homme que nous avons vu naître comme nous, souffrir comme nous les maladies, les chagrins, les misères de l'humanité, subir les mêmes besoins humiliants, mourir et devenir la pâture des vers.

En matière de religion, l'enthousiasme commence toujours le bâtiment, mais l'habileté l'achève.

Le stoïcisme ne nous a donné qu'un Epictète, et la philosophie chrétienne forme des milliers ^'Epictètesqui ne savent pas qu'ils le sont et dont la vertu est poussée jusqu'à ignorer leur vertu même.

Toutes les nations policées ont admis des dieux récompenseurs etpunisseurs, et je suis citoyen du monde.

PHILOSOPHIE — RELIGION — SCIENCES Do

Un véritable Épicurien était un homme doux modéré, juste, aimable, duquel aucune société n'avait à se plaindre et qui ne payait pas des bourreaux par assassiner en public ceux qui ne pensaient pas comme lui.

La morale d'Aristote est comme toutes les autres, fort bonne : car il n'y a pas deux morales.

11 dit ^ expressément que la piété est le milieu entre l'athéisme et la superstiton.

On doit ces progrès - à quelques sages, à quelques génies répandus en petit nombre dans quelques parties de l'Europe, presque tous longtemps obscurs, et souventpersécutés ; ils ont éclairé et consolé la terre pendant que les guerres la désolaient.

Il me semble qu'eux seuls ^ ont un peu adouci les mœurs des hommes, et que sans eux nous aurions deux ou trois Saint-Barthélémy de siècle en siècle. Eux seuls ont prêché la tolérance dans le temps que toutes les sectes sont intolérantes autant qu'elles le peuvent.

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Les philosophes sont les médecins des âmes dont les fanatiques sont les empoisonneurs.

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