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Le peuple juif

Je regarde les vœux comme un attentat contre la patrie et contre soi-même. Le vœu de pauvreté condamne les palais, comme le vœu d'humilité condamne l'orgueil, et comme le vœu d'anéantir sa race condamne la nature.

Nous avons institué des prêtres afin qu'ils fussent uniquement ce qu'ils doivent être, des précepteurs de morale pour nos enfants. C'est insulter la raison et les lois que de prononcer ces mots : gouvernement civil et ecclésiastique ; il faut dire : gouvernement civil et règlements ecclésiastiques ; et aucun de ces règlements ne doit être fait que par la puissance civile.

Voulez-vous que votre nation soit puissante et paisible ? Que la loi de l'État commande à la religion.

Si vous donnez trop de pouvoir à un corps soyez sûr qu'il en abusera. Que les moines de la Trappe soient répandus dans le monde, qu'ils confessent des princesses, qu'ils élèvent la jeunesse, qu'ils prêchent, qu'ils écrivent, ils seront au bout de dix ans semblables aux jésuites, et on sera obligé de les réprimer.

Un ordre religieux ne devrait pas faire partie de

l'histoire. C'est un des malheurs de notre police européenne quelesmoines,destinés parleur institut à être ignorés, aient fait autant de bruit que les princes, soit par leurs immenses richesses, soit par les troubles qu'ils ont excités depuis leur fondation.

Il y a toujours, dans les affaires, un prétexte qu'on met en avant et une cause véritable que l'on dissimule. Le prétexte de la punition des Jésuites était le danger prétendu de leurs mauvais livres que personne ne lit : la cause était le Crédit dont ils avaient longtemps abusé.

Quelques droits, beaucoup de prétentions, de la politique et de la patience, voilà ce qui reste aujourd'hui à Rome de cette ancienne puissance qui, six siècles auparavant, avait voulu soumettre l'Empire et l'Europe à la tiare.

Home ménage son crédit avec autant de politi-^ que, que la République romaine en mit à conquérir la moitié du monde connu.

Ce qui rend les lois variables, fautives, inconséquentes, c'est qu'elles ont été presque toutes établies sûr des besoins passagers, comme des remèdes appliqués au hasard, qui ont guéri un malade et qui en ont tué d'autres.

14G MOTS DE VOLTAIIiK

Quand on est parvenu à vivre sous une loi tolérable,la guerre vient, qui confond toutes les bornes, qui abime tout, et il faut recommencer comme des fourmis dont on a écrasé l'habitation.

11 n'est point de nation civilisée chez qui les lois faites pour protéger Tinnocence n'aient servi quelquefois à l'opprimer.

A la honte des hommes, on sait que les lois du jeu sont les seules qui soient partout justes, claires, inviolables, et exécutées.

Un recueil d'ordonnances n'est que l'histoire des variations.

Les hommes lesplusinstruits dans nos derniers temps, ont senti le besoin d'adoucir nos lois comme on a adouci nos mœurs.

11 y a deux sortes de justices, celles du barreau et celle du public. Au barreau Ton est débouté^ c'est-à-dire déchu de ses prétentions injustes, dehotat et t/eèotof/^ Le public juge l'hypocrisie, l'ingratitude, l'esprit de rapacité et de mensonge. A quoi condamne-t-il un tel coupable ? 11 le déboute de ses prétentions à la piété et à l'honneur.

Celte loi universelle dictée par la nature qu'il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de punir un innocent serait-elle bannie du cœur de quelques magistrats trop frappés de la multitude des délits ?

Lajurisprudence a été souvent établie au hasard, sans régularité, sans uniformité, comme on bâtit des chaumières dans un village.

Dans le civil, tout ce qui n'est pas soumis à une loi clairement énoncée est soumis au calcul des probabilités. Dans le criminel tout ce qui n'est pas prouvé évidemment y est soumis de même, mais avec une différence essentielle. Quelle est cette diiférence? Celle de la vie et de la mort, celle de l'honneur de toute une famille et de son opprobre.

Un juge subalterne fait souvent dire ce qu'il veut à un homme de campagne ; il le fait déposer suivant les idées qu'il a lui-même conçues; il lui dicte ses réponses sans s'en apercevoir.

En Angleterre, un simple emprisonnement fait mal à propos est réparé parle ministre qui l'a ordonné ; mais en France l'innocent qui a été plongé dans les cachots n'a nulle consolation à espérer,

nul dommage à répéter contre personne, quand c'est le ministère public qui Ta poursuivi; il reste flétri pour jamais dans la société.

Dans plusieurs états, la manière dont on s'y prend pour s'assurer d'un homme ressemble trop à une attaque de brigands.

Il ^ écarte, il affaiblit tout ce qui peut servir à justifier un malheureux; il aggrave tout ce qui peut servir à le condamner; son rapport n'est pas d'un juge, mais d'un ennemi. Il mérite d'être pendu à la place du citoyen qu'il fait pendre.

Rien ne fait mieux voir combien la jurisprudence a besoin d'être réformée que cette nécessité où l'on est de recueillir des arrêts.

Ce style gothique des édits et des lois est comme une cérémonie dans laquelle on porte des habits antiques; mais il ne faut point les porter ailleurs. On ferait même beaucoup mieux de faire parler le langage ordinaire aux lois, qui sont faites pour être entendues aisément.

Que toute loi soit claire, uniforme et précise : l'interpréter c'est presque toujours la corrompre.

i. Le criminaliste.

Il y a toujours de la démence dans les grands crimes.

La fatalité admise, il y a plus de raison que de justice à punir les criminels.

Le vice est toujours vice, comme la maladie est toujours maladie. Il faudra toujours réprimer les méchants: car s'ils sont déterminés au mal, on leur répondra qu'ils sont prédestinés au châtiment.

Il faut effrayer le crime; oui sans doute, mais le travail forcé etla honte durable l'intimident plus que la potence.

Un homme pendu n'est bon à rien, et un homme condamné aux ouvrages publics sert encore la patrie et c'est une leçon vivante.

Un bon gouvernement doit rendre les supplices utiles. Il est sage de faire travailler les criminels au bien public; leur mort ne produit aucun avantage qu'aux bourreaux.

On a vu des innocents condamnés parce que des

témoins imljéciles et timides n'avaient pas su d'abord s'expliquer et ensuite n'avaient pas osé se rétracter.Lajurisprudence criminelle de France tend des pièges continuels aux accusés.

Ces visigoths^ ont pour maxime que quatre quarts de preuves et huit huitièmes font deux preuves complètes et ils donnent à des ouï-dire le. nom de quarts de preuves et de huitièmes.

Je ne connais de tribunal infaillible que celui des honnêtes gens de différents pays, qui pensent de même et composent, sans le savoir, un corps qui ne peut errer, parce qu'ils n'ont pas l'esprit de corps.

Il est bien grand de décider des fortunes des hommes sur son tribunal, il est bien petit de vouloir avoir des malheureux dans son anti-chambre.

Il semble qiie, chez la plupart des peuples, les lois soient précisément comme les meubles antiques et précieux que l'on conserve avec soin, mais dont il y aurait du ridicule à se servir.

C'est beaucoup d'avoir réformé les lois; mais la chicane n'a pu être écrasée par la justice.

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