Les criminalistes
L'industrie occupée à tromper la loi est toujours plus forte que l'autorité.
Le corps le plus auguste, quand la faction l'entraîne, fait toujours plus de fautes qu'un seul homme.
Point de liberté chez les hommes, sans celle d'expliquer sa pensée.
Parce que les hommes peuvent abuser de l'écriture, faut-il leur en interdire l'usage ? J'aimerais autant qu'on vous rendit muet pour vous empêcher de faire de mauvais arguments.
On a beau faire ; quand une fois une nation se met à penser, il est impossible de l'en empêcher.
Ne parlez jamais au public que pour dire des vérités neuves et utiles, avec l'éloquence du sentiment et de la raison.
Qui mène le genre humain dans les pays policés? Ceux, qui savent lire et écrire.
Dans une république digne de ce nom la liberté
de publier ses pensées est le droit naturel du citoyen.
Il n'appartient qu'cà la liberté de connaître la vérité et de la dire.
Les maîtres d'erreur ont toujours eu recours à l'autorité quand il s'agissait de raison. Les exemples de ceux qui ont été condamnés pour avoir instruit le genre humain sont presque aussi nombreux en physique qu'en morale.
La seule manière d'empêcher les hommes d'être absurdes et méchants c'est de les éclairer.
Il est plus aisé de mener cent mille hommes au combat que de soumettre Tesprit d'un persuadé.
Ne craignons point de répéter ce qu'il est nécessaire de savoir; il y a des choses qu'il faut river, dans la tête des hommes, à coups redoublés.
Quelle plus belle vengeance à prendre de la sottise et de la persécution que de les éclairer?
Il suffit d'être novateur pour être austère. Les
mêmes esprits qui bouleverseraient un état pour établir une opinion souvent absurde anathémathisent les plaisirs innocents nécessaires à une grande ville et des arts qui contribuent à la splendeur d'une nation.
Qu'importe qu'il y ait beaucoup ou peu d'hommes sur la terre? l'essentiel est que cette pauvre espèce soit la moins malheureuse qu'il est possible.
11 est plus aisé d'écrire sur l'argent que d'en avoir : et ceux qui en gagnent, se moquent beaucoup de ceux qui ne savent qu'en parler.
Argent, mot dont on se sert pour exprimer de l'or.
Les premiers voyages ont eu pour objet d'unir toutes les nations : les derniers ont été entrepris pour nous détruire au bout du monde.
La grande usure est la marque infaillible de la pauvreté.
Lorsqu'un état puissant ne doit qu'à lui-même, la confiance et la circulation suffisent pour payer.
La sottise, la folie et les vices font partout une partie des revenus publics.
Il n'y avait autrefois de ressource pour les petits, que de servir les grands. Aujourd'hui l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans,
Un écrivain fait un beau livre plein de profonds raisonnements sur le commerce ruineux de l'Europe avec les grandes Indes : un négociant d'un trait de plume y envoie, sans raisonner, des effets; il s'enrichit et ne lit point le livre.
L'argent est fait pour circuler, pour faire éclore les arts, pour acheter l'industrie des hommes : qui le garde est mauvais citoyen. C'est en ne le gardant pas qu'on se rend utile à sa patrie et à soi-même.
Un papier de crédit est dans le gouvernement, dans l'État, dans le commerce et dans la circulation, ce que les cabestans sont dans les carrières. Ils enlèvent des fardeaux que les hommes n'auraient pas pu remuer k bras.
La dépense doit être le thermomètre de la for-
tune ; et le luxe en général est la marque infaillible d'un Empire puissant.
Changer le prix des espèces, c'est faire de la fausse monnaie ; répandre dans le public plus de papiers de crédit que la masse et la circulation des espèces et des denrées ne le comportent, c'est encore faire de la fausse monnaie.
Le prix des monnaies est le pouls d'un État, et une manière assez sûre de reconnaître ses forces.
Quand le commerce est en peu de mains, on voit quelques fortunes prodigieuses, et beaucoup de misère : lorsqu'il est plus étendu, l'opulence est générale, les grandes fortunes rares.