A cVAlembert
Il faut avouer en général que le ton de la plaisanterie est de toutes les clefs de la musique française, celle qui se chante le plus aisément.
La manie des Français a été fort longtemps de croire que toute l'Europe devait s'occuper de leurs intrigues galantes.
C'est une chose particulière aux Français que de simples dépêches aient été souvent d'excellents ouvrages.
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Le Français est de tous les peuples celui qui se plaît le plus à écraser ceux qui le servent, en quelque genre que ce puisse être.
Nous sommes venus les derniers presque en tout genre.
Il est temps que nous quittions l'indigne usage de calomnier toutes les sectes et d'insulter toutes les nations.
En France, la nation toujours asservie à d'anciens préjugés est toujours la dernière à recevoir
les vérités et les usai^es utiles qui lui viennent des autres pays.
Un des grands défauts qu'on reproche à la nation française, c'est que les hommes de mérite qu elle a produits ont été presque toujours opprimés ou avilis et qu'on leur a préféré des misérables.
Mallieur aux politi({ues qui ne connaissent pas le prix des beaux- arts ! La terre est couverte de nations aussi puissantes que nous. D'où vient cependant que nous les regardons presque toutes avec peu d'estime? C'est par la raison qu'on méprise dans la société un homme riche dont l'esprit est sans goût et sans culture.
Je suis en possession depuis longtemps de dire hardiment ce que je pense, et je mépriserai toujours les fanatiques, en (jnelque genre que ce puisse être. Ce qui me déplaît dans presque tous les livres de notre nation, c'est que j)ersonne n'ose mettre son âaie sur le papier, c'est que les auteurs feignent de respecter ce qu'ils méprisent; vos historiens surtout sont de plates gens.
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L'esprit de société est le partage naturel des Français; c'est un mérite et un plaisir dont les
autres peuples ont senti le besoin. La langue française est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté et de délicatesse tous les objets de la conversation des honnêtes gens, et par là elle contribue dans toute l'Europe à un des plus grands agréments de la vie.
Il n'y a rien de si sot, de si méprisable qu'un Velche, mais il n'y a rien de si aimable et de si généreux qu'un Français.
Les Français seront toujours moitié tigres et moitié singes. Ils se réjouiront également à la Grève et aux grands danseurs de corde du boulevard.
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L'extrême facilité introduite dans le commerce du monde, l'affabilité, la simplicité, la culture de l'esprit ont fait de Paris une ville qui, pour la douceur de la vie, l'emporte probablement de beaucoup sur Rome et sur Athènes, dans le temps de leur splendeur.
Je ne sais rien de si sage que ce peuple de Paris accusé d'être frivole. Quand il a vu les malheurs accumulés sur terre et sur mer , il s'est mis à se réjouir et a fort ])ien fait; voilà la vraie philosophie.
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Paris a toujours été à peu près ce qu'il est, le centre du luxe et de la misère ; c'est un grand jeu de Pharaon où ceux qui taillent emboursent l'argent des pontes.
Vous ne savez pas, vous autres Parisiens, combien de mitres, de robes, de bonnets carrés, se sont ligués dans les provinces contre le sens commun !
Le vulgaire de Paris n a rien au-dessus d'un autre vulgaire ; mais il y a dans Paris un nombre assez considérable d'esprits cultivés pour mener la foule.
IP était du nombre de ces philosophes obscurs dont Paris est plein, qui jugent sainement de tout, qui vivent entre eux dans la paix et dans la communication de la raison, ignorés des grands, et très redoutés de ces charlatans en tout genre qui veulent dominer sur les esprits.
Les Parisiens passent leur temps à élever des statues et à les briser ; ils se divertissent à siffler et à battre des mains; et avec bien moins d'esprit que les Athéniens, ils en ont tous les défauts,' et sont encore plus excessifs.