‹ Les mots de VoltaireChapitre 43 sur 62 · Lieutenant de police · texte numérisé non relu

Lieutenant de police

combien peu ce monde est consolant. On ne peut y vivre qu'avec des illusions ; et dès qu'on a un peu vécu, toutes les illusions s'envolent. J'ai congu qu'il n'y avait de bon pour la vieillesse qu'une occupation dont on fût toujours sûr, et qui nous menât jusqu'au bout en nous empêchant de nous

Je n'ai jamais écrit en théologien : je n'ai été qu'un citoyen zélé et plus encore un citoyen de l'univers.

Je suis assez semblable aux girouettes qui ne se fixent que quand elles sontrouillées.

Je n'ai point cette roideur d'esprit des vieillards : je Suis flexible comme une anguille, et vif comme un lézard, et travaillant toujours comme un écureuil. Dès qu'on me fait apercevoir d'une sottise, j'en mets vite une autre à la place.

La nature s'est avisée de faire à mon âme un très mauvais étui : mais je lui pardonne de tout mon cœur iDuisque cela entrait nécessairement dans le plan du meilleur des mondes possibles.

J^xttends le Peut-être de Rahclaù le plus doucement que je peux.

Plus j'approche de ma fin, plus je chéris ma liberté; et si je ne la trouvais pas au pied des Alpes, j'irais la chercher au pied du mont Caucase. J'ai sous ma fenêtre un aigle qui ne bouge d epuis cinq ans, et qui n'a nulle envie d'aller dans le pays des aigles : je suis comme lui.

Je baisse, je baisse, je fonds : j'ai acquis de la gaîté et j'ai perdu du robuste.

Je crois que j'étais né plaisant, et que c'est dommage que je me sois adonné parfois au sérieux.

Excepté de fendre le bois, il n'y a sorte de métier que je ne fasse.

Je suis obligé en conscience de vous dire^ que je ne suis pas né plus malin que vous et que dans le fond je suis bon homme. Il est vrai que, ayant fait réflexion depuis quelques années qu'on ne gagnait guère à l'être, je me suis mis à être un peu gai parce qu'on m'a dit que cela est bon pour la santé.

Je ne sais plus comment m'y prendre pour

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