‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 158 sur 258 · MANDARIN · texte numérisé non relu

MANDARIN

Tuer le mandarin.

On lit dans/e Père Goriot, de Balzac, roman qui date de 1835, ce dialogue entre Rastignac et Bianchon :

« — As-tu lu Rousseau ?

)) — Oui.

» — Te souviens-tu de ce passage où il demande à son lecteur ce qu'il ferait au cas où il pourrait s'enrichir en tuant à la Chine un vieux mandarin, sans bouger de Paris...»

(Édit. Houssiaux, 1870, 9'"° vol., p. 411.)

Rastignac était-il bien sur d'avoir vu cela dans Rousseau, et ne confondait-il pas avec un passage du Génie du christianisme^ où Chateaubriand s'exprimait ainsi :

(( O conscience ! ne serois-tu qu'un fantôme de l'imagination, ou la peur des châtiments d(?s hommes ? je m'interroge ; je me fais cette question : a Si tu pouvais par un seul désir, tuer un homme à la Chine et hériter de sa fortune en Europe, avec la conviction surnaturelle qu'on n'en saurait jamais rien, consentirais-tu à former ce désir ? »

L'auteur a beau se torturer l'esprit pour justifier un pareil crime, l'amour du bien l'emporte sur la tentation, et c'est ainsi qu'il démontre la réalité de la conscience.

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