PAILLE PAS
On pourrait faire remonter cette formule aux récits plus ou moins véridiques qui furent faits, au lendemain de la prise» de la Bastille, des horreurs que recelait cette mystérieuse prison.
Voici la description que donnait le Moniteur du 24 juillet 1789, des cachots de cet « antre du despotisme », où Ton trouva des « entraves faisant le tourment des condamnés )),un « corselet de fer » et autres « machines non moins cruellement combinées » :
« Le malheureux habitant d'un de ces lieux horribles, privé d'air et de la clarté du jour, plongé dans une; atmosphère infecte et humide^ au milieu d'un limon où pullulaient les crapauds, entouré de rats et d'araignées, y trouvait bientôt la lîn de sa déplorable existence. L'ameublement de ces antres hideux consistait en une énorme pierre recouverte de paille^ qui servait de lit aux prisonniers. »
]\L Frantz Funck-Brentano, dans ses Légendes et archives de la Bastille (chap. II, et chap. VII, p. 266), et M. Sardou, dans la préface de ce curieux volume, ont fait justice de ces récits fabuleux, que M. Louis Blanc s'est empressé d'accueillir avec une complaisante crédulité.
Cet historien parle de chaînes usées par des mains innocentes : elles provenaient de deux statues de captifs placées près de l'horloge. Le cercle de fer rivé au corps de Latude était un bandage orthopédique. Un prétendu instrument de torture était un pacifique tournebroche, et le fameux corselet de fer, un fragment d'armure du XV siècle.