‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 192 sur 258 · PLAIRE — PLAISIR · texte numérisé non relu

PLAIRE — PLAISIR

Notre femme a beaucoup d'appas, Celle du voisin n'en a guère...

Mais on aime ce qu'on n'a pas, Et ce qu'on a cesse de plaire.

Ce refrain est une traduction de deux vers de Lucrèce {De natura remun, liv. III, v. 1095-1096) :

Sed, dum abest, quod avemus, id exsuperare videtur Cetera; post aliud, quum contigit illud, avemus.

(( Maif? tant que les objets de nos désirs sont encore loin de nous, ils nous semblent bien au-dessus du reste: puis nous les tenons à peine que nous aspirons à un autre bien. » (Trad. de Tédit. Nisard.)

« Car tel est notre bon plaisir. »

Sous Tancienne monarchie française, les ordonnances, édits, lettres patentes, etc., se terminaient presque invariablement ainsi : « Et afin que ce soit chose ferme et estable à toujours, nous avons fait mettre nostre scel à cesdites présentes... »

Cette phrase était souvent précédée d'une autre, plus courte, indiquant que ces décisions émanaient de la volonté du souverain, et dont on peut citer plusieurs variantes.

Voici celles que nous avons notées en feuilletant la collection des Ordonnances des rois de France de la troisième race (21 vol. in-foL, 1723-1849), qui s'arrête au règne de Louis XII :

T. VI, p. 613 : « Car ainsi nous plaist-il estre fait. » (Charles VI, à Saint- Victor-lez-Paris, 10 août 1381.) Pendant longtemps, à partir de cette époque, cette formule est celle qui reparaît le plus souvent. Quelquefois elle est ainsi modifiée :

(( Car ainsi le voulons (ît nous plaist estre fait. » (T. XV, p. 111.- Louis XI, septembre 1461.)

T. XVI, p. 286 : <c Car tel est nostre vouloir e4 franche volonté. » (Louis XI, à Tours, décembre 1464.)

Formule qui semble en quelque sorte préparer la suivantes :

T. XVII, p. 555 : « Car tel est nostre plaisir. » (Louis XI, à Amboise, 31 octobre 1472.)

C'est le plus ancien exemple de cette variante qui nous soit tombé sous les yeux.

M. Louis de Mas Latrie a publié une étude relative à cette formule dans le tome XLII de la Bibliothèque de VÊcole des Chartes (1881, p. 560 à 564). Il Fa trouvée souvent employée depuis le règne de Charles VIII jusqu'à celui de Louis XVI, mais nulle part, dans aucune pièce officielle, il n'a rencontré la variante si souvent citée : « Car tel est notre bon plaisir. » Ce n'est, selon lui, qu'après le rétablissement du régime monarchique, en 1804, que Napoléon Tadopta officiellement. Elle resta en usage sous la Restauration.

Nos recherches nous ont cependant fait découvrir, dès la lîn du règne de Louis XVI, quelques rares exemples de la fameuse formule dans des pièces parfaitement authentiques.

Ceux qui voudront en avoir la preuve n'ont qu'à se reporter aux minutes des lettres patentes ci-après désignées, conservées aux Archives nationales, dans le carton coté XiB 9082:

1** Liasse de décembre 1787.

Lettres de subrogation de il/""'' Langlois de Pomeure au lieu de M^^"" de Chavanne,.. en faveur des créanciers de Vigny de Gr avilies. — Donné à Ver-

sailles, le 3 novembre 1787. — Registrées en parlement le M décembre 1787.

2" Liasse de janvier 1788.

Lettres patentes con/irmatives d'un traité^ fait entre le chapitre de S^ Thugal de Laval et M, le duc de la Trénioille, — Versailles, juillet 1787. — Registrées le 11 janvier 1788.

S"" Liasse de février 1788.

Privilège de quatre étaux à boucher en faveur du sieur Maindorge. — Versailles, 27 janvier 1788. — Registre le 26 février 1788.

Ces trois pièces portent en toutes lettres : « Car tel est notre bon plaisir », et il est fort probable qu'on en trouverait d'autres exemples.

Comme Ta très justement fait observer M. de Mas Latrie (p. 562), il ne faut jamais s'en rapporter au textes des pièces imprimées. On risquerait fort d'être induit en erreur par des ouvrages qui semblent présenter de sérieuses garanties d'exactitude. Nous citerons noiammeniV Appendice que ^I. Chéruel a placé à la fin des Mémoires de Flêchier sur les Grands-Jours d'Auvergne (1665-1666) dans l'édition de 1856. Dans un extrait du Journal du greffier Dongois, on lit, à la pagci 334 : « Car tel est nostre bon plaisir. »

Or, la copie dont s'est servi M. Chéruel, cotée aux Archives U, 750, porte simplement au fol. 72, ligne 7 : (( Car tel est nostre plaisir. »

Autre exemple, emprunté à une de nos plus importantes publications : la Revue des questions historiques, La livraison du l'''" juillet 1882 contenait, reproduite d'après les r(?gistres du parlement, une lettre de Louis XIV en date du 11 avril 1655, portant la fameuse formule avec les mots « bon plaisir » (p. 611). Vérification faite, l'original, ou plutôt la copie transcrite

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