‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 201 sur 258 · REMÈDE · texte numérisé non relu

REMÈDE

(( Dans les extrêmes maladies, les traitements extrêmes, appliqués avec soin, sont les plus eflicaces. »

(Première section, aph. 6. i On retrouve à peu près la même idée dans Taphorisme 87 d(i la septième section :

<( Ce que hîs médicaments nti guérissent pas, le fer le guérit ; ce que le fer ne guérit pas, le feu le guérit; ctî que le fcm ne guérit pas doit être regardé comme; incurable. » (Trad. Littré, 1844.)

Rappelons que le premier aphorisme débute par ces mots :

« La vie est courte, l'art est long. »

connus surtout sous leur forme latine :

(( Vita brevis, ars longa. »

Dans la deuxième section (aph. 22) se trouve une formule qui est une des bases de la médecine classique:

(( Les maladies qui proviennent de plénitude sont guéries par évacuation, celles qui proviennent de vacuité, par réplétion, et, en général, les contraires par les contraires, »

Au principe : « Contraria contrariis curentur », on sait (jue le doctcîur saxon Samuel Hahnemann (1755- 1843) opposa celui-ci : aSiniilia similibus curentur -o, qui sert diî point de départ à la méthode homéopathi- (jue. 11 a exposé sa doctrine, qu'il avait pratiquée publiquement dès 1794, dans un ouvrage intitulé : Organon der rationellen Heilkunde [Orcjanon de la thérapeutique rationeUé),\iv\A\è à Dresde en 1810. [Voy. notamment, pour ce qui concerne les deux formules citées plus haut, rintroduction de la 5*' édition (Dresde, 1833), p. ()1-G2 et 76, et celle de la 2« éd. (1819), p. 57 de la traduction française de Brunnow, publiée en 1832.]

Le inonde renversé.

L'i(léi3 d'un (( monde renversé », c'est-à-dire d'un lieu chimérique où tout se passe à l'envers de ce que Ton a coutume de voir, remonte à l'antiquité. On la rencontre déjà dans les œuvres d'Hérodote. Au livre V de son Histoire (^ xcii), le Corinthien Sosiclès harangue ainsi les Spartiates :

« Assurément le ciel va se placer sous la terre, et la terre s'élever au-dessus du ciel, les hommes habiteront au fond de la mer, et les poissons prendront la place des hommes, puisque, bannissant toute justice, vous vous préparez à rétablir la tyrannie dans la cité. »

L'exemple suivant est emprunté à la première églogue de Virgile (v. 60-64) :

An te levés ergo paseentup in lethere cervi,

Et fréta destituent nudos in litore pisces ;

Ante, pererratis amborum finibus, exsul

Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim,

Quam nostro illius labatur pectore vultus.

(On verra les cerfs légers paître dans les airs ; les flots laisseront les poissons à sec sur les rives ; on verra, leurs frontières étant confondues, le Partlie exilé boire les eaux de l'Arar (la Saône), ou le Germain les eaux du Tigre (fleuve d'Asie), avant que son visage s'elTace de mon cœur.)

Molière s'inspirait peut-être de ces deux passages, quand il faisait dire à l'insupportable bavard Métaphraste, dans le Dépit amoureux, à la fin du IP acte (vers 765-775

Oh ! que les grands parleurs sont par moi détestés ! Mais quoi ? si les savants ne sont point écoutés, Si l'on veut que toujours ils aient la bouche close, ALEX. : . \X

Il faut donc renverser l'ordre de chaque chose : Que les poules dans peu dévorent les renards, Que les jeunes enfants remontrent aux vieillards, Qu'à poursuivre les loups les agnelets s'ébattent, Qu'un fou fasse les lois, que les femmes combattent, Que par les criminels les juges soient jugés. Et par les écoliers les maîtres fustigés.

Que le malade au sain présente le remède...

Et Boileau écrivait, dans sa l^*' satire, vers 125- 128 :

Avant qu'un tel dessein m'entre dans la pensée, On pourra voir la Seine à la Saint-Jean glacée, Arnauld à Charenton devenir Huguenot, Saint-Sorlin janséniste, et Saint-Pavin bigot.

Toutes choses, selon lui, d'une égale invraisemblance.

Plusieurs pièces de théâtre ont eu pour titre : le Monde renrer^sé,

La plus connu(î est celle de Le Sage et d'Orneval, qui fut jouée à la foire Saint-Laurent en 1718, puis remaniée par Anseaume pour T Opéra-Comique (2 avril 1753), et longtemps après, par Rozet, en 1810. La pièce originale, comédie satirique et à tiroirs écrite « sur le plan do M. de La Font », a été imprimée en 1721, dans le tome 111 du Théâtre de la Foire,

On y voyait Pierrot et Arlequin transportés dans un pays enchanté où les jeunes fdles se désolent de no j)ouvoir trouver des maris assez pauvres ; où toutes les femmes sont honnêtes et les maris fidèles ; où les philoso- ])lies sont follement gais et les procureurs intègres : c'était bien là véritablement un monde renversé !

D'après les frères Parfaict [Histoire de Vancien théâtre italien, 1753, p. 373), \m mx-ira Monde renversé (Il Monda a la roversa)hii traduit par Dominique sous

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