VÉRITÉ
« Si J'avais la main remplie de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. »
(Supplément.)
Voici comment Voltaire expliquait le mot de Fontenelle, dans sa lettre à Helvétius du 15 septembre 1763:
« Quand il disait que s'il avait la main pleine érités il n'en lâcherait aucune, c'était parce qu'il
de vérités il nen lâcherait aucune, c'était parce qu'il en avait lâché ; et qu'on lui avait donné sur les doigts. »
(Édit. Garnier, t. XLII, p. 570.)
(( Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut. »
(Supplément.)
L'humble refrain de Monvel pouvait s'enorgueillir d'une ancienne et illustre généalogie.
Voici d'abord comment s'exprime Horace, dans son épître VI du P*" livre (v. 15-16) :
Insani sapiens noraen ferat, sequus iniqui.
Ultra quam satis est, virtutem si petat ipsam...
(Le sage mérite le nom de fou, lejuste celui d'injuste, s'il recherche la vertu plus qu'il ne convient.)
Saint Paul donnait ce précepte aux Romains, dans son Epitre^ cliap. XII, v. 3 :
(c Dicoenim... Non plus quam oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem. »
(Car je vous le dis... Ne soyez pas plus sage qu'il ne faut, mais soyez-le avec modération.)
Montaigne, dans ses Essais, paraphrase ainsi ces deux citations (liv. P*", ch. xxix) :
« Nous pouvons saisir la vertu, de façon qu'elle en deviendra vicieuse, si nous l'embrassons d'un désir trop aspre et violent : ceulx qui disent qu'il n'y a iamais a'excez en la vertu, d'autant que ce n'est plus vertu si l'excez y est, se louent des paroles . »
En 1666, dans le Misanthrope^ Molière fait dire à Philinte (acte P% scène i'\ vers 151-152).:
La parfaite raison fait toute extrémité, Et veut que l'on soit sage avec sobriété.
Vient ensuite, par ordre chronologique, Quinault, qui, dans Armr'ûîe e<i2(3Aiaa(i, tragédie lyrique (15 février 1686), fait chanter par une bergère, près de Renaud endormi (acte II, fin de la scène iv) :
Laissons au tendre amour la jeunesse en partage, La sagesse a son temps, il ne vient que trop tôt ;
Ce n'est pas être sage,
D'être plus sage qu'il ne faut.
(( Les mortels sont égaux : ce n'est point la naissance, C'est la seule vertu qui fait la différence. »
Ces vers figurent dans deux tragédies de Voltaire : (l'abord dans Eviphyle, qui fut jouée le 7 mars 1732 (acte II, scène i*"^, rôle d'Alcméon), puis dans le Fanatisme ou Mahomet, représenté en avril 1741 (acte P^ scène iv, rôle d'Omar).
jE'W/)/iï//e n'ayant eu qu'un demi-succès, Voltaire retira la pièce après quelques représentations, mais il y reprit d'assez nombreux vers qu'il replaça dans d'autres ouvrages et dont plusieurs sont restés proverbiaux.
Les deux vers que nous venons de citer étaient suivis de ceux-ci :
C'est elle qui met l'homme au rang des demi-dieux ;
Et qui sert son pays n'a pas besoin d'aïeux...
Mes grandeurs sont à moi : mon sort est mon ouvrage...
Je n'ai plus rien du sang qui m'a donné la vie ;
Il a dans les combats coulé pour la patrie;
Je vois ce que je suis, et non ce que je fus ,
Et crois valoir au moins des rois que j'ai vaincus.
Dans Mérope (20 février 1743), Polyphonte disait, à la scène i''*^ du IIP acte :
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux ; Qui yert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux. Je n'ai plus rien du sang qui m'a donné la vie: Ce sang s'est épuisé, versé pour la patrie :
Ce sang coula pour vous ; et, malgré vos refus, Je crois valoir au moins les rois que j'ai vaincus.