‹ Les mouettes; piece en trois actesChapitre 21 sur 39 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

MADAME DARNOT, ADRIENNE,

GILBERTE, KERVIL, YVONNE, rentrent chargés

d'instruments de pêche.

YVONNE

Devinez où nous l'avons découverte ?

MADAME DARNOT

Dans sa cabane de la plage?

YVONNE

Toute soiih»... Ello regardait la mer en pleurant, en tremblant. Ses dents claquaient.

ADRIENNE

Pourquoi pleurais-lu, Gilberte?

GILBERTE, boudeuse et les larmes aux yeux.

Pour rien... J'étais toute seule. Domino courait loin, loin, derrière les oiseaux. J'ai eu beau l'appeler, ■ il n'est pas revenu. Et puis ma pelle rouge s'est cassée...

KERVIL

Gomme vous, Gilberte me paraît sensible et susceptible. Quand elle s'attriste, c'est le délicieux portrait de vous-même aux heures de mélancolie.

YVONNE, grave, et sévère.

A la longue l'air marin excite un ])eu les nerfs des enfants délicates.

MADAME DARNOT, brusque.

J'ai envie de l'emmener en Touraine, dès maintenant?

KERVIL

Xc NOUS alarmez pas ainsi, madame Darnot! En voilà uiu^ idée !

ADRIENNE, fort tendre.

Gilberte, tu n'as pas envie de quitter le docteur Kervil, n'est-ce pas?

GILBERTE

Non... J'aime encore mieux ne pas revoir ma tante Angustine.

ADRIENNE

Docteur, vous pouvez être fier... Gilberte adore l'abbesse et cache même dans son paroissien un brin de chanvre arraché secrètement à la discipline de cette sainte personne. Et un fétiche qui vient de la tante I

MADAME DARNOT

Je lui connais un autre fétiche, moi, et tout aussi précieux. Elle cache, entre deux pages de son atlas, la moitié d'un lys que M. Kervil cueillit, dimanche, dans le jardin.

YVONNE, ironique.

Vraiment?... Et l'autre moitié?

GILBERTE, vivement.

Je l'ai donnée à mère pour son calepin.

MADAME DARNOT

Ah:

(Embarras général.)

A-DRIENNE, hautaine et vexée.

Ces lys gardent longtemps leur parfum violent que j'aime respirer. Dès que j'en puis avoir, j'en fais sécher ainsi des morceaux.

KERVIL

Je vous assure, madame Darnot : je n'ai i4en noté

LKS MOUETTKS

(l insolilo dans la santé de votre [)etite-tillc. ElU^ peut fort bien denioui*er ici... Pour vous plaire, nous lui prescrirons un calmant.

ADRIENNE

N'est-ce pas?

YVONNE, hostile.

Les calmants ordinaires n'ont pas beaucoup d'effet sur les enfants arthritiques et nerveuses...

KERVIL

Si lu l'affirmes!

ADRIENNE, impatiente.

Yvonne veut jouer à la doctoresse... Elle est tout à fait drôle... (Un peu hargneuse.) Tout à fait drôle...

YVONNE, offensée.

Tant que ça?

(Silence.) MADAME DARNOT

A vivre avec la pensée de son mari, comme elle vit, Yvonne doit apprendre bien des choses.

KERVIL

Elle s'assimile surtout des vérités théoriques. Dans la pratique je lui dame le i^ion.

(Il essaie de rire.) ADRIENNE

Je le crois facilement.

YVONNE

Ceci n'tst pas de moi, mais de lui : il conseille le^

lotioivfi ;\ l'eau de Cologne pour apaiser les crises de nerfs.

KERVIL

En effet...

MADAME DARNOT

Viens, Gilberte, nous allons te parfumer vigoureusement. Adrienne, vous ne montez pas?

Mais je veux retourner à ma cabane. Le docteur a promis de me montrer une bataille de crabes dans le bas-fond, quand la mer se sera retirée.

ADRIENNE

Nous redescendons aussitôt.

GILBERTE

Alors, houp, au galop!

KERVIL

M"^ Darnot!... Elle n'a pas l'air malade, cette enfantlà!

Page 1