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« Cher grand-père, Constanlin Makarytcli ! je te fais un bout de lettre. C'est pour vous saluer pour la fête de Noël et je te souhaite tout le bien du bon Dieu. Je n'ai plus ni papa, ni maman, lu m'es seul resté. »
Vanka tourne les yeux vers la fenêtre obscure, où se reflète la lueur de sa chandelle, et voilà qu'il se représente, comme s'il le voyait, son grand-père Constantin Makarytch, veilleur de nuit chez MM. Jivarev. C'est un tout petit vieux de soixante-cinq ans, maigriot, extraordinairement vif et remuant, qui sourit toujours avec de tout petits yeux d'ivrogne. Le jour, il dort dans la cuisine des gens ou dit des sornettes aux cuisinières; la nuit, enveloppé d'une ample touloupe, il tourne autour des bâtiments et des enclos, agitant sa crécelle i; la vieille chienne Kachtanka et le mâtin Vioune, appelé ainsi- à cause de sa couleur noire et de son corps allongé, le suivent, baissant la tête. Лчоипе est un chien particulièrement caressant et poli ; il regarde avec la même douceur les étrangers et ses maîtres; pourtant on n'a pas foi en ses reliques: la plus jésuitique malice se cache sous sa débonnaireté et sous sa déférence. Aucun chien, mieux que lui, ne sait, à pas de loup, s'approcher à temps et
1. Les veilleurs de nuit sont munis d'une crécelle ou claquetle analogue à celle de nos marchands d'oubliés.
2. Le mol vioune est un nom de poisson. Il dcsiijne la loche.
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mordre une jambe; aucun cliien ne se glisse plus furtivement dans la cave aux provisions ou ne vole une poule au moujik. On lui a, à maintes reprises, à moitié cassé les pattes de derrière, on Га suspendu deux fois, il ne se j)asse pas de semaine qu'on ne le fouaille à mort, il revient de tout.
A l'heure qu'il est, certainement le grand-père de Vankaest debout devant la porte cochère, et regarde, clignant les yeux, les jolies fenêtres brillantes de l'église du village. Chaussé de bottçs de feutre, il trépigne sur place et badine avec les domestiques; sa crécelle pend à sa ceinture. Il bat des bras pour se réchauffer, frissonne, ricane en petit vieux, et pince une femme de chambre ou une cuisinière.
— Ne prendrons-nous pas une prise? dit-il, tendant sa tabatière aux femmes.
Elles prisent et éternuent. Le grand-père entre dans un transport de joie indescriptible, ne se tient pas de rire, et s'écrie :
— Mouche, mouche-toi! Le tabac л^а te geler au nez ! On fait aussi priser les chiens. Kachtanka éternue,
secoue le museau et s'en va, offensée. Vioune, puli, n'éternue pas et tourne la queue d'un air satisfait.
Et le temps est splendide !... L'air est calme, transparent et frais; la nuit est sombre, mais on distingue pourtanttout le village avecses toits blancs, ses spirales de fumée sortant des cheminées, ses arbres argentés
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de g-'ivre et ses tas de neige. Tout lo ciel est semé d'étoiles joyeuses qui scintillent, et la voie lactée se dessine si nette qu'il semble qu'on l'ait savonnée pour un fête et frottée de neige...
Л^апка soupire, mouille sa plume, et continue à écrire: « Hier soir, j'ai eu une tripotée. Le patron m'a traîné par les cheveux à la porte et m'a flanqué des coups de forme, parce que je balançais le petit dans le berceau, et malheureusement je me suis endormi. Aussi, dans la semaine, la patronne m'avait commandé de nettoyer un hareng- et j'ai commencé par la queue, alors elle a pris le hareng et elle m'a fourré son museau sous le bec. Les ouvriers ne font que se moquer de moi. Ils m'envoient au kabak chercher de la vodka et me disent de voler les concombres du patron , ensuite le patron me bat avec tout ce qui lui tombe sous la main. Et pour nourriture, rien de rien. Le malin, on nous donne du pain; à midi, de la kacha, et le soir, encore du pain ; tant qu'à du thé et des choux, ce sont les patrons eux-mêmes qui les goufflent. On me fait dormir dans le corridor, et quand le gosse pleure, je ne dors pas du tout, il faut que je balance le berceau. Cher grand-père! fais-moi une grâce divine, retire-moi d'ici, ramène-moi chez nous, au village, je n'en peux plus... Je te salue jusqu'à terre et je prierai Dieu éternellement, emmènemoi d'ici ou je meurs... »