‹ Les Moules Marines des Côtes de France: Leurs SalubritéChapitre 13 sur 35 · SAP NE · texte numérisé non relu

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naturelles ou gisements naturels, vont lutter avec les Fucus.

Quand la mer est agitée, la moule vit sans concurrence ; si l'endroit est à l’abri des courants, des grosses vagues, c’est le Fucus qui se trouve seul. Si, en un lieu, moules et Fucus peuvent vivre, ils luttent pour les meilleures places.

Mais la moule grandissant dans les milieux trop agités va dépenser beaucoup d’énergie pour s’accrocher à son support ; elle restera petite, maigre, coriace, à coquille petite et épaisse. La moule qui sera effleurée par une eau plus douce venant d’une rivière proche engraissera vite et aura une chair tendre. Ces dernières constatations sont primordiales pour la culture des moules.

Nous verrons, en étudiant les gisements naturels, qu'il est des bancs de moules qui se déplacent sans que l’on puisse toujours en donner une explication satisfaisante. *

Une des principales conditions de vie est celle de la nourriture. La moule se nourrit de plancton. Le plancton est composé de plantes et d’animaux microscopiques. L'eau, pour en être très riche, doit être sans cesse en mouvement, se renouveler ; d’où la nécessité des courants d’eau, et aussi la proximité des courants d’eau douce (fleuves ou simples ruisseaux) venant des terres et toujours riches en plancton. Cette eau mi-salée ou «doucain »est propice à tous les élevages de mollusques et elle est très fréquentée par de nombreuses variétés de poissons qui y trouvent eux aussi leur nourriture. Les eaux de ruissellement conduisent aux fleuves divers matériaux organiques et végétaux ; le fleuve les emmène à la mer. Ces notions premières sont toujours mises à contribution dans les divers procédés d’élevage des

moules.

Quels sont au juste les éléments qui composent le plancton favorable à la moule ?

M. Dupain trouve dans le contenu du tube digestif une * prédominance de naviculaires appartenant à des espèces les plus petites.

La moule, pour se nourrir en aliments et en oxygène établit un courant d’eau par les mouvements des cils vibratiles qui recouvrent les palpes labiaux. Le plancton et les divers débris organiques sont ainsi conduits à la bouche, tandis que les particules argileuses et divers détritus non utilisables sont réunis, ramassés et agglutinés par un mucus que secrètent les palpes labiaux et les branchies.

Ces grumeaux résiduels ne pénètrent pas dans l’appareil digestif ; ils sont rejetés à l’extérieur de la coquille. Il est possible de se rendre compte de la quantité d’eau qui circule chez le mollusque en le plaçant dans une eau à dosage d’argile connu.

Viallanes fit des expériences. La filtration de l’eau par la moule est considérable et elle l'emporte beaucoup sur la filtration de l’huître plate Ostrea edulis et sur celle de la portugaise Gryphea angulata. La conclusion expérimentale, qui concorde avec la pratique, c’est que, dans le même milieu, la moule triomphe en concurrence vitale de la portugaise et de l’huître plate (Docteur Lambert). Voici les chiffres donnés par Viallanes :

Dans un litre d’eau de mer est délayée 0 gr. 0546 d'argile sèche (proportion sensiblement normale) ;

24 heures, les trois espèces placées dans un tel milieu déposent respectivement :

uitre DAC SM RUE 0 gr.199 Huître portugaise ....... 1 gr.075 NLOLILO SRE D AE RNA r 1 gr.768

d’où, le pouvoir filtrant de l’huître plate étant pris par unité, on a

en TL Euitréplaten sm re 1 Huître portugaise ....... 55 MORE ere en d)

La moule s’alimentera donc sans difficulté dans une eau assez pauvre en plancton, là où des huîtres ne pourraient subsister.

RW. Dodgson fait l'expérience suivante pour contrôler la rapidité du courant d’eau passant par le siphon : il introduit au moyen d’une: pipette du sable dans le courant, à l’orifice postérieur du siphon : les grains de sable ont pu être projetés à 25 cm. de distance.

L'action combinée des courants produits par une couche continue de moules dans un réservoir ayant plusieurs centimètres de profondeur, maintient constamment l’eau en mouvement. Si les expériences de Viallanes nous montrent par le calcul que les moules peuvent filtrer 56 litres d’eau en 24 heures, Dodgson donne le chiffre déjà respectable de 45 litres ! Environ 2 litres à l'heure ! On peut également se rendre compte de l'importance et de la vitesse du courant, en répétant cette expérience citée par le Docteur Lambert.

Dans 5 litres d’eau troublée par une suspension assez forte d’argile fine, on place 10 grosses moules. En 15 minutes, l’eau est clarifiée.

On a pu noter la durée du passage de diverses substances à travers le tube digestif : les matières ingérées pourront apparaître à l’anus au bout d’un quart d'heure. Mais à cette nutrition par l’appareil digestif s’ajouterait, d’après Pütter, une « nutrition extérieure » à laquelle il donne même une plus grande importance. Le corps serait capable d’assimiler directement diverses substances organiques dissoutes dans l’eau de mer, principalement des albumines (Joubin 1912). Les diatomées en sont la source la plus considérable surtout après leur mort ; «les algues », dit Pütter, «sont la source

DS DR Oo

principale de la matière organique en solution dans l’eau de mer »; Ranson, toujours d’après le Docteur Lambert,

appuie cette théorie de l’absorption extérieure en montrant l’absorption directe par les branchies et autres

organes externes de l’huître des granulations protoplasmiques pigmentées du Navicula ostrearia Bery.

La moule ayant sa nourriture de choix et en quantité suffisante, peut-elle vivre dans tous les milieux ? Les faciles observations des habitats de la moule sur nos côtes nous donnent pour conclusion que la moule vit surtout sur des supports solides : rochers ou matériaux durs, dans des conditions précédemment énumérées. Sur la vase, elle vit avec beaucoup de difficultés et périt souvent enlisée. Comme nous le verrons, la moule y est bien, mais elle doit être protégée de l’envasement. On a admis que la moule ne vivait pas sur le sable. Le Docteur Lambert signale cependant une vaste colonie de moules très bien développées dans l'estuaire de Conway (pays de Galles), non seulement sur le sable, mais même complètement ensablées. Ces moules étaient groupées en paquets et plusieurs étaient à quatre pouces sous la surface. Dans certaines places « les bouquets » de moules signalaient seulement leur présence par l’agitation du sable causée par les courants afférents. Ce banc de moules ne découvrait jamais, même au bas de la « laisse d’une basse mer de vive-eau ». Ce sable n’était donc jamais dense, tassé, ce qui ne mettait pas la vie des moules en danger. La moule peut donc vivre dans du sable agité constamment.

La moule choisira de préférence un support solide où elle pourra se fixer avec son byssus. Balayée par les vagues, par le courant, elle dépense une grande énergie pour s’y maintenir. Quand cet effort est constant, le byssus est court, gros, fourni ; les muscles sont forts mais la moule est petite dans sa coquille épaisse, à

PRIE NEPS

couleur claire ; la chair en sera coriace, amère. Tout au contraire, la moule sur un support abrité, n'ayant plus à lutter contre les éléments, va rapidement engraisser, combler la coquille, et sa chair plus tendre sera plus délicate. La moule préfère-t-elle les eaux douces ? Cette question fut en grande partie résolue précédemment : l’eau douce apporte une nourriture abondante. On a pu dire que les sujets les plus éloignés de la côte, sont toujours les plus beaux ; oui, mais ce n’est pas dû, croyons-nous, à une question de salinité, mais à une question de nourriture : cette constatation qui se fait dans l'Atlantique trouve son explication du fait que les moules les plus éloignées de la côte restent plus longtemps immergées et se nourrissent par conséquent pendant plus longtemps ; cette même explication joue pour les moules de fond qui sont plus grosses que les moules émergeant.

Bouxin, qui a étudié le degré de salinité favorable aux moules, dit que ces mollusques peuvent facilement supporter une eau de mer contenant 30% d’eau douce, de densité égale à 1,0182. Dodgson donne le chiffre de 1,014.

Quand cette densité varie brusquement les coquillages crèvent. Toutefois les moules ne peuvent pas vivre dans une eau trop salée nitrop douce (60% d’eau douce).

Le milieu optimum serait une eau adoucie à densité égale à 1,020.

Hunstmann et R.W. Dodgson, dans leurs études biologiques sur Mytilus edulis citent l'influence de la lumière.

D’après Hunstmann, les moules ont un phototropisme négatif ; les moules exposées au soleil poussent moins que celles placées à l’ombre. La croissance optima a lieu au demi-jour. Chez les sujets ensoleillés, la coquille est plus épaisse. Pourcel parle de phototropisme positif : l’ombre nuirait à la croissance et il remarque la tendance

Fonteneau 3

des moules à se fixer en des points près de la surface et pouvant émerger. :

Dodgson, dans ses études remarquables sur les mo]lusques, voit différemment l'influence de la lumière : une variation de luminosité, en quelque sens qu’elle se produise sur des moules en action de filtrer l’eau, amène une brusque diminution et même un arrêt du travail que l’on constate par la cessation des courants afférents. Il fait une autre observation non moins importante : la moule ouvre d’autant plus ses valves que la lumière est plus faible ; elle semble avoir besoin de lumière pour y assimiler.

Nous avons vu l'influence de l’air qui est nulle parce qu'il entre en jeu la question alimentaire : une moule constamment immergée donne une croissance optima.

La température agit considérablement et semble avoir plus d’influence que nous le dit Dodgson. D’après lui, quand l’eau est au-dessus de 00 centigrade, les moules vivent normalement. Ses observations s’arrêtent à 26° et il ne signale aucune température optima pour l’accomplissement des fonctions de la moule. Hunstmann indique les températures comprises entre 10° centigrades et 200 centigrades. Cependant, des mytiliculteurs avertis de la baie de l’Aiguillon, assurent qu’au-dessous de 50, la moule se refuse à se nourrir et qu'elle ne tarde pas à périr si la température du milieu reste assez longtemps au-dessous de ce degré. Les moules à découvert, surprises par une forte gelée d’hiver, sont tuées, de même que les moules dont l’eau est prise en glace ; c’est une observation que nos mytiliculteurs font couramment par les hivers rudes. Ces moules peuvent alors constituer un réel danger alimentaire après un long transport, comme nous le verrons bientôt.

Il existe aussi une température maxima, et, toujours dans la même région, les mytiliculteurs auraient des

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