SCÈNE VI
DE WINTER, puis MORDAUNT. de winter. Pauvre reine! (Mordaunt
parait et te tient debout sur le seuil de la parle; de ll'inter e/uitte la fenêtre, et aperceront Mordaunt. j Qui est là ?.. . que voulezvous, monsieur?...
MORDAUNT.Oh! oh! ne me reconnaîtriezvous point par hasard?
de winter. Si fait, monsieur... et la preuve, r'est que je vous répéterai à Paris ce que je vous ai dit à Loudres; votre persécution me lasse, retirez-vous donc, ou je vais appeler mes gens.
mordaunt. Ah! mon oncle!
de winter. Je ne suis pas votre oncle, je ne vous connais pas.
MORDAun r. Appelez vos gens, si vous voulez; vous ne me ferez pas chasser à Paris, comme vous l'avez fait à Londres. Quant i nier que je suis votre neveu, vous y regarderezàdeux fois, maintenant que j’ai appris certaines choses que j’ignorais il y a un an.
de wintfr Et que m'importe, àmoi, ce qne vous avez appris!
mordaunt. Oh! il vous importe beaucoup... j’en suis stlr, et vous aile/ être de mon av îs tout à l'heure. Quand je me suis présenté chez vous la première fois à Ixmdres. .. c’était pour vous demander ce qu'était devenu mon bien... quand je me suis présenté chez vous pour la seconde fois, c’était pour vous demander ce qui avait souillé mon nom... et ces deux fois, je le reconnais comme vous l’avez dit, vous m'avez fait chasser... mais cette fois, je me présente chez vous pour vous faire une question bien autrement terrible que toutes ces questions .. je me présente pour vous dire, comme llicu a dit au premier meurtrier : Caïn, qu’as-tu fait de ton frère?... Milord, qu’avez-vous fait de votre soeur?
de winter. De votre mère !
mordaunt Oui.de. ma tnère, milord.
de winter. Cherchez ce quelle est devenue, malheureux, et demandez-le à l'enfer, peut-être que l'enfer vous répondra.
MORDAUNT, t'arancant r ers de I Vinter.
Je l'ai demandé au bourreau de Itétliune, et le bourreau de Béthune m'a répondu... Ah!
vous me comprenez maintenant ; avec ce mot tout s'explique, avec cette clef l’abîme s'ouvre . . Ma mère avait hérité de son mari, vous avez assassiné ma mère... Mou nom m’assurait le bien paternel, vous in 'avez dégradé de mon nom... Je ne m'étonne plus maintenant que vous ne me reconnaissiez pas, il est malséant d'ap|ielcr son neveu quand on est spoliateur, l'homme qu'on a fait pauvre., .quand on est meurtrier , l'homme qu'on a fait orphelin.
DF. winter. Vous voulez pénétrer dans cet horrible secret, monsieur? eh bien ! soit; tachez donc quelle était cette femme dont vous venez auourd'hui me demander compte...
cette femme avait empoisonné mon frère , et pour hériter de moi, elle allait m’assassiner à muu tour... Que direz-vous à cela ?
mordaunt. Je dirai que c’était ma mère.
DE winter. Elle a fait poignarder par un homme autrefois bon, juste et pur, le malheureux duc du Buckingham... Que direzvous à ce crime dont j'ai ia preuve ?
mordaunt. C'était ma mère ! de winter Revenue en France après cet assassinat, elle a empoisonné dans le couvent des Augustincsde Béthune, une femme qu'aimait un de ses ennemis; ce crime vous persuadera-t-il de la justice du châtiment... Ce crime j'en ai la preuve.
mordaunt. C’était ma mère !
de winter. Enfin, chargée de meurtres, de débauches, odieuse à tous, menaçante encore comme une panthère altérée de sang, elle a succombé sous les coups d hommes qu elle avait désespérés, et qui jamais ne lui avaient causé le moindre dommage... elle a trouvé, à défaut de ses juges naturels, des juges que ses attentats hideux ont évoqués. Et ce bourreau qui vous a tout raconté.. . s'il vous a en cfTet tout raconté, a dû vous dire qu’il a tressailli de joie en vengeant sur elle la honte et le suicide de son frère... Fille pervertie, épouse adultère, so-ur dénaturée, homicide, empoisonneuse, exécrable à tous les gens qui 1 avaient connue, à toutes les nations qui l avaient reçue dans leur sein, elle est morte maudite du ciel et de la terre. ; voilà ce qu'était cette femme.
mordaunt. Taisez-vous, monsieur; c’était ma mère; scs désordres.je ne les connais pas; ses vices, je ne les connais pas ; ses crimes, je ne les connais pas, c'était ma mère! donc, je vous en préviens, écoutez bien les paroles que je vais vous dire , et qu’elles se gravent dans votre mémoire de manière à ce que vous ne les oubliiez jamais... ce meurtre qui m’a tout ravi, qui m'a fait sans nom, qui m’a fait pauvre... ce meurtre qui m'a fait corrompu,
méchant , implacable j'en demanderai
compte à vos complices quand je les connaîtrai, à tous mes ennemis enfin, sans en excepter le roi Charles I er .
de winter. Voulez-vous m’assassiner , monsieur? en ce cas, je vous reconnaîtrai véritablement pour mon neveu... car vous serez bien le fils de votre mère.
mordaunt. >on, je ne vous tuerai pas, en ce moment du moins... rar sans vous je ne découvrirais pas les autres... mais quand je saurai le nom des quatre hommes d’Armentières, tremblez monsieur, tremblez pour vous et pour vos complices ! j'en ai déjà poignardé un sans pitié, sans miséricorde, et c’était le moins coupable de vous tous. Il
de winter. Mon Dieu ! je vous remercie... qu'il uc connaisse que moi.
MAGASIN THÉÂTRAL
îrotstrmf 'ïablrou.
La digne de Boulogne.
On voit à droite ta premier plan , une maison do pêcheur; au troisième plan, le brick le Parlement. An fond, b l’ancre, la corvette V Eclair ; à gauche, un escalier qui conduit eu phare.