SCÈNE V
Les Mêmes, ATHOS, ARAMIS.
ATIIOS, i ortant du cabinet avec Aramis.
Milord, dites à Sa Majesté que pour une si belle cause nous irons jusqu'au bout du inonde.
la REINE. Oh! mon Dieu! ces messieurs nous écoutaient. . .
DE winter. Et vous voyez, madame, que l’on pouvait tout dire devant eux.
la reine. Merci, messieurs, merci! Milord, les noms de ces deux braves gentilshommes, que je les garde religieusement dans ma mémoire...
de winter. M. le comte de la Fère, M. le chevalier d'Herblay.
la reine. Messieurs, j’avais autour de moi, il y a quelques années, des courtisans, des armées, des trésors... A un signe de ma main tout cela s’employait pour mon service. . . aujourd’hui , regardez autour de moi : |xmr accomplir un dessein d’où dépend le sa ut du royaume et la vie d'un roi. je n'ai plus que ord de AV inter, un ami de vingt ans. et vous, messieurs, que je ne connais que depuis quelques secondes.
athos. C’est assez, madame, si la vie de trois hommes peut aux regards du Seigneur racheter celle de votre royal époux... Maintenant, ordonnez, que faut-il que nous fassions?...
I.A reine, à Aramis. Mais vous, monsieur, avez-vous donc, comme le comte de la Père, compassion de uni de malheur?
aramis. Moi, madame, d'habitude, partout où va M. le comte de la Fère, je le suis sans même lui demander où il va... mais lorsqu’il s’agi du service de Votre Majesté, je ne le suis pas, madame, je le précède.
la reine. Eli bien ! messieurs, puisque vous voulez bien vous dévouer au service d’une pauvre princesse que le monde entier abandonne, voilà ce qu’il s’agit de faire
le roi est seul au milieu d’Ecossais dont il se défie, quoiqu’il soit écossais lui- même.
Je demande beaucoup... je demande trop, peut-être, quoique je n'aie aucun titre pour demander... mais enfin, si vous consentez a servir celte grande cause de la royauté attaquée dans le roi Charles. .. passez en Angleterre, messieurs, joiguez le roi... soyez ses amis, soyez ses gardiens, marchez à ses côtés dans la bataille, marchez devant et derritue lui dans sa maison, où des embûches se pressent, pins périlleuses que tous les risques èe la guerre... et en échange de ce sacrifice que vous tue ferez, messieurs .. je vous promets, non de vous récompenser, ce mol \ us blesserait, j'en suis sûre; d’ailleurs, il sied mal à l'exilé qui implore de parler de recoinpeuse, mais de vous aimer comme une sieur vous aimerait, et de vous préférer à tout ce qui ne sera pas mes enfants ou mon époux.
ATHOS. Madame, quand faut-il que nous partions?
la reine. Ainsi, vous consentez... Ah!
messieurs, voici le premier moment d'espoir que j’ai éprouvé depuis cinq ans... vous le comprenez, ce n’est plus sou trône, ce n'est plus sa couronne que je vous recommande...
c'est la vie de mon Charles, de mon epoux, de mon roi, que je remets entre vos mains.
athos. Madame, tout ce que deux hommes qui ne reculeront devant aucun danger peuvent faire, allendcz-lc de nous.
LA reine, leur tendant la main que le i Jeux gentilshommes baisent à genoux.
Encore une fois, oh! de toute mou Âme...
merci, messieurs.
df. winter. Votre Majesté veut-elle que je je la reconduise ?
la reine. Non, vous pourriez être reconnu.
athos. Mais nous, madame, nous ne courons pas le même risque.
i.a reine. J’ai ma litière, messieurs.
athos, s'inclinant. Alors, nous suivrons humblement , et de loin , la litière de Vou e Majesté.
la REINE. Adieu, comte; dites au roi que mes jour» ne sont qu’une longue souffrance, mes nuits qu'une longue insomnie... que toute ma vie n'est qu’une éternelle prière, mais qu'au moment où Dieu noua réunira...
soit sur la terre, soit au cicL.. tout sera oubbé.
Elle sort suivie ua instant apres de deux gentilshommes.