‹ Les MousquetairesChapitre 35 sur 66 · ATHOS, ARAMIS · texte numérisé non relu

ATHOS, ARAMIS

aramis. Que dites-vous de ce questionneur?

athos. C’est un provincial qui s’ennuie.

aramis. Ou un espion qui s'informe.

athos. C'est possible.

aramis. Et vous lui avez répondu ainsi.

athos. Rien ne m'autorisait à lui répondre autrement; il a été poli envers nous et je l’ai été envers lui.

aramis. N'importe, dans notre position, Athos, il faut nous défier de tout le monde.

athos. C'est bien plutôt à vous qu'il faut faire cette recommandation ; vous avez prononcé le nom de de Win ter.

aramis. Eh bien!

athos. Eh bien ! c'est à ce nom que le jeune homme s'est arrêté.

aramis. Vous avez remarqué cela?

athos. Parfaitement

aramis. Raison de plus alors, quaud il nous a parlé, pour l'inviter à passer son chemin.

athos. Une querelle?

aramis. Et depuis quand une querelle vous fait-elle peur?

athos. line querelle me fait toujours peur quand on m'attend quelque part cl que celle querelle peut m'empêcher d’arriver... D’ailleurs voulez-vous que je vous avoue une chose?

ARAMIS. Laquelle?

Autos. J'avais parfaitement reconnu le jeune homme pour le messager de monsieur Mazarin.

aramis. Ah ! vraiment !

athos. Mais je v oulais le voir de près.

aramis. Pourquoi cela ?

athos. Aramis, vous allez vous moquer de moi... Aramis, vous allez dire que je répète toujours la même chose. Aramis, vous allez me prendre pour le plus peureux des visionnaires.

ARAMIS. Après?

athos. A qui trouvez-vous que ce jeune homme ressemble, autant toutefois qu'un homme peut ressembler à une femme ?

aramis. Oh! pardieu, je crois que vous avez raison, Athos; cette bouche fine et reni trée, ce nez taillé comme le bec d'un oiseau de proie... ces veux qui semblent toujours aux ordres de l'esprit et jamais b ceux du cœur... si c'était le moine...

athos. Malgré moi j’ai eu cette pensée.

aramis. Et vous n'avez pasécrasé le serpenteau?

athos. Êtes -vous fou?... sans savoir...

D’ailleurs, fussions-nous certains, ce jeune homme ue nous a rien fait.

aramis. Ah! voilà où je reconnais mon Athos... puéril à force de grandeur, imprudent à force de loyauté... Eh bien, que je sache que c’est lui, moi, et je lui brise la tête contre la première pierre que je trouve !

athos. Chut! deWinter.

aramis. Si nous lui en parlions? il doit connaître son neveu, lui.

ATnos. Nous aurions l'air d'enfants peureux.

t aramis. C'est vrai... Laissons aller ici choses et défions-nous du jeune homme, si nous le retrouvons... Mais est-bien de Winter?

1 athos. Oui, vous voyez; voilà nos laquai. 1 ; qui débouchent à vingt pas derrière lui, à l'angle du bastion. Je reconnais Grimaud à sa j tête raide et à ses longues jambes , et mon petit Blaisois à son air provincial. C’est lui j qui porte nos carabines.

aramis. C’est vrai; mais qu'a donc notrt ami ? il ressemble à ces damnés du Dante, à | qui Satan a disloqué le cou, et qui regarde» i leurs talons... Que chcrclie-l-il donc aima i derrière lui?

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