SCÈNE PREMIÈRE
DE WINTER , couché dans son manteau devant l’entrée de la tente du Roi, ARA*
fond, paysage de plaines et de montagnes.
MIS , causant avec une Sentinelle , puis ATI10S, puis MORDAUNT, en chef de patrouille, ONE SENTINELLE, D’AR- TAGNAN, PORTHOS, LE ROI, dans sa
LES MOUSQUETAIRES un Sergent, Soi.
lente, GROSLOW,
DATS, ETC. ..
aramis, à la Sentinelle. Et vous dites, mon aini , que depuis deux ans vous n êtes
point payé. . ...
LA sentinelle. Non, monsieur... et cest dur, avec une guerre comme celle que nous
faisons. ....
aramis. Oui, je le sais bien... Mais lorsque le roi Charles remontera sur le trône , d récompensera ses fidèles Ecossais.
LA sentinelle. Oui, s’il y remonte.
aramis. Espérons que Dieu donnerai avantage ii la cause de la justice.
athos, s'avançant vivement par-derrtere la maison. Aramis !
aramis. Eh bien î
athos. Pas un instant à perdre, il faut prévenir le roi.
aramis. Que se passe-t-il donc?
athos. Ce serait trop long à vous dire...
Où est de Winter? . .
aramis. Venez... ( Donnant une detnt-ptstôle d la Sentinelle.) Tenez, mon ami, voici une deini-pistole pour boire h la santé du roi.
la sentinelle. Qu'elle soit la bienvenue; il y avait longtemps que je n’avais vu la pareille , de la dernière qui m’est passée entre
les mains. . ,
ATHOS, touchant de Tl inter a i épaule.
De M inier !... de Winter!...
DE winter, s'éveillant. Ah! cest vous, comte c’est vous, chevalier... Avez-vous remarqué comme le soleil est rouge en se couchant, ce soir?
athos. Milord, dans une position aussi précaire que la nôtre, c-’est la terre qu’il faut examiner et non le ciel... Avez-vous étudié nos Ecossais?
de winter. Quels Ecossais?...
athos. Eh pardieu! les nôtres... les Ecossais du comte de Lœven.
DE WINTER. Non 1
athos. Vous croyez donc à leur fidélité 7 DE WINTER. Sans doute! (On entend, la marche d'une patrouille.) Voyez avec quelle régularité le service se faiL.. (On entend tin 1 er l' heure dans le lointain.) Sept heures... et à l’heure sonnant, voilà qu’on relève les sentinelles.
athos. En effet
On relève successivement les sentinelles; enfin la sentinelle s’approche de la tente du roi Charles.
LA SENTINELLE. Qui vive?
LE CHEF DE PATROUILLE, qui n'est autre que ülordaunt. Charles et loyauté... La
consigne ? , ,
la sentinelle. Ne laisser approcher de la tente du roi que ceux qui auront le mot d’ordre.
le CHEF DE PATROUILLE , donnant une
bourse d ta Sentinelle. Tiens, voilà ce qui a été promis.
athos, qui a écouté. De 1 argent .
DE WJ NT ER , à Aramis , tandis qu Athos fait quelques pas pour s'assurer que la patrouille s'éloigne. Dites -moi. chevalier, n’est-ce pas une tradition en France que la veille du jour où il fut assassiné... Henri I\ , qui jouait aux échecs avec monsieur de Bassompiére, vit des taches de sang sur 1 échl-
^ aramis. Oui, milord. .. et le maréchal ma, dans ma jeunesse, mainte fois raconté la chose
à moi-méme. , , ,
de winter. C’est cela, et le lendemain
Henri IV fut tué. . . .
aramis. Quel rapport celte vision a-t-elle
avec vous, comte ?
de wtnter. Aücuu... mais vous savez, chevalier, que l’homme le plus fort a des heures de tristesse, pendant lesquelles il n est pas maître de lui-méme. Mais ne parlons plus de cela; comte, vous aviez quelque chose à me dire.
athos. Je voulais parler au roL de winter. Après avoir travaillé toute la soirée, le roi dort
athos. Milord, j’ai à lui révéler des chose»
de la plus haute importance.
de wtnter. Ces choses ne peuvent etro remises à demain ?
athos. Il faut qu’il les sache à 1 inslan même, et peut-être est-il déjà trop tard.
de winter, soulève le rideau de ta tente.
Alors, entrez, comte.
A 1» lueur d’une lampe, ou voit une table charge de papiers. Le Roi dort appo.vé aur celle table.
ATHOS, en soupirant. Sire.
le roi, s'éveillant. C’est vous, comte ?
athos. Oui, sire!
le ROI. Vous veillez tandis que je dors, el vous venez m’apporter quelque nouvelle.
athos. Hélas! oui, Votre Majesté a devmé
juste. •
le roi. Alors, la nouvelle est mauvaise.
athos. Oui , sire.
l.E roi, se levant. N’importe ; le messager est le bienvenu, et vous ne pouvez entrer chez moi sans me faire toujours plaisir, vous dont le dévouement ne connaît fias de patrie et résiste au malheur, vous qui m’i tes envoyé par ma bonne Henriette , que Dieu fasse làbas plus heureuse que je oc le suis ici. , Parlez donc avec assuiance, monsieur.
athos. Sire, monsieur Cromwell est arrivé hier à Newcastle.
LE roi. Je le sais.
athos. Votre Majesté sait-elle pourquoi d est venu ?
Ll, ROI. Pour me combattre.
athos. Pour vous acheter.
LE ROI. Que ditos-Tous, comte ?
ATHOS. Je dis, sire, qu’il est di) à l’armée écossaise quatre cent mille litres sterling.
l.E roi. l'our solde a riérée, oui... Depuis plus de deux ans. mes braies et fidèles Ecossais se battent pour l'honneur.
ATHOS. Eh bien, sire, quoique l'honneur soit une belle chose, i s se sont lassés de se battre pour lui .. El ce soir...
leroi. Eh bien, ce soir...
atiius. Ce soir, iis ont vendu Votre Majesté pour deux cent mille livres sterling... c'està-dire pour la moitié de ce qui leur est dû.
DE winter. Que dit-il; aramis. Je m’en doutais.
le Rot. I.es écossais m’ont vendu... impossible... I es Ecossas vendre leur roi pour deux cent mille livres...
athos. Les Juifs ont bien vendu leur Dieu pour trente deniers.
LE ROI. Et quel est le Judas qui a fait ce marché ?
athos. Le comte de l.irvcn.