‹ Les MousquetairesChapitre 49 sur 66 · I.E roi. Et avec qui a-t-il été fait · texte numérisé non relu

I.E roi. Et avec qui a-t-il été fait

athos. Avec le secrétaire de monsieur Cromwell.

de WINTER. Avec Mordaunt?

atiios. Oui, milord.

LE Roi. IS'est-ce pas ce jeune homme qui me poursuit avec tant d'acharnement , de Winter?

DE WINTER. Ilélas I lui I...

le roi. Que iui a. -je donc fait? je ne me le rappelle plus.

de winter. Sur ma demande, Votre Majesté l'a déclaré Pétard, et lui a défendu de préiend e aux biens et de porter le nom de son père.

le roi. Ab ! c'est vrai... mais c'était justice et je ne me rei'cns pas... Vous dites donc, monsieur le rom oT

atiios. Je dis, sire, que couché près de la tente du comte de Eceven, j’ai tout vu, tout entendu.

le roi. Et quand doit se consommer cet odieux marche ?

atiios. Cette nuit même... Comme Votre Majesté le voit, il n'v a pas de temps à perdre.

LE ROI. l’as de temps à' perdre ! pourquoi faire, puisque vous dites que iesuis vendu?...

ATUoS. l’our profiter de la nuit, sire, pour traverser la Ty ne, jiour rejoindre en Ecosse lord Montrosc , qui ne vous vendra pas, lui.

le roi. El que ferai-je en Ecosse? une guerre de partisan ; comte, une pareille guerre est indigne d'un roi.

athos. (.'exemple de liobert Bruce est là pour vous absoudre, sire.

le roi. Non, comte... non, il va trop longtemps que je lutte... je suis au bout de mes forces, ils m'ont vendu, qu’ils me livrent.

et que la honte de leur trahison retombe sur eux.

athos. Sire, peut-être est-ce ainsi que doit parler un roi , mais ce u’est point ainsi que doit agir un époux et un père... Sire, nous avons traversé la mer; sire , nous sommes venus au nom de votre femme et de vos enfants; je vous dis : Venez sire, Dieu le veut.

le roi. Vous l'emportez, comte ; que me conseillez-vous?

athos. Sire, Votre Majesté a-t-elle dans toute l’armée un régiment... un seul, sur lequel elle puisse compter?

le roi. De Winter, croyez-vous à la fidélité du vôtre?

de winter. Sire.ce ne sont que des hommes... et ces hommes sont devenus bien faibles ou bien méritants... Je croisà leur fidélité, mais je n’en réponds pis .. Je leur Confierais ma vie, maisj'hésite à leur confier celle de Votre Majesté.

atiios. Eh! ne comptons que sur nous, alors; nous sommes trois hommes dévoués et résolus, nous suffirons... Que Votre Majesté munie à cheval, qu'elle se phee an milieu de nous... nous traverserons la Tyne, nous gagnerons l'Ecosse, el nous sommes sauvés.

le roi. Est-ce votre avis, de M inier ?

DE WINTER. Oui, sire!

le roi. Est-ce le vôtre, monsieur d'Herblay?

aramis. Oui, sire !

le roi. Qu’il soit donc fait comme vous le désirez; parlons.

atiios Attendez, sire.

LE llol. Quoi donc?

atiios. I.cs sentinelles qui veillent h la porte de Votre .Majesté pourraient donner l'alarme en voyant s'éloigner le roi... Il faut les enlever.

le Bol Les sentinelles?

atiios. Sire, j’ai vu tout à l'heure l'officier ui les a placées où elles sont, leur compter e l'argent

le roi. Oh ! mon Dieu !

DE winter. Et comment les enlever...

athos. Avez-vous seulement quatre homme:, sur lesquels vous puissiez compter , milord?

de winter. Oui , mais dans mes propres serviteurs.

athos. Allez les prendre, et faites le coup.

DE WINTER. J'y vais.

Il sort.

aramis. Et nous, comte, qu'allons-nous faire pendant ce temps?

LE roi. Venez, messieurs, je vaisvousoccuper à quelque chose.

tt va à usa armoire;il en tire deux plaques de l’ordre Aft la Jarretière.

attios. Que faites vous, sire ?

le roi. A genoux, comte.

atiios. Sire, ces ordres ne peuvent être pour nous.

LE ROI. Et pourquoi cela?...

ath S. Ces ordres sont presque royaux.

le roi. Passez-moi en revue tous les rois du inonde mes frères... qui m'abandonnent en ce moment, et trouvez-moi plus grands cœurs que les vôtres! Non, non, messieurs, vous ne vous rendez pas justice, mais cela me regarde, moi... A genoux, comte.

ATHOS. Vous l’ordonnez, sire.

I.E ROI, tirant m n épée. Je ne vous dirai pas... je vous fais chevalier, soyez brave, fidèle et loyal, je vous dirai : Vous êtes brave, fidèle et lovai, je vous fais chevalier... A votre tour, monsieur d’Herblay...

Aramis as met à genoux ; lu même moment, de W inter parait au fond avec quatre hommes.

LA SENTINELLE. Qui vive?

l)E vvtnter. Charles et loyauté.

LA sentinelle. Avance/ à l'ordre.

ARAMts, te relevant. Merci, sire.

atiios, étendant la main vert les sentinettes. Ecoutez!...

Pendant ce temps , de AVinter et ses hommes se sont emparés d'une des sentinelles ; mais l'autre, qui a entendu le bruit, met sa pique en arrêt.

LA SENTINELLE. Qui vive?

ARAMts, r/ui est sorti de ta tente derrière elle, lui mettant ton poignard sur la poitrine. Si tu dis un mot tu es mort.

ATHOS, aux hommes de de tVinter. Emmenez ces deux sentinelles, et gardez-les à tue. ^

ARAMts. Et au premier mot, au premier signe , au premier geste qu’elles feront pour donner l’alarme, tuez-les.

de wiNTEti. Maintenant, sire , nous sommes prêts.

On emmène les deux hommes.

LE roi. Il faut doue fuir !

athos. Fnir à travers une armée, sire, dans tous les paysdu monde cela s'appelle charger. le roi. Allons donc, messieurs.

de vvinter, à Aramis. Est-ce que l'un de nous est blessé? je vois à terre des taches de sang.

athos, gui a déjà fait quelques pas en dehors. Ecoulez, sire, écoutez.

le roi. Qu'y a-t-il?

athos. .l'entends le piétinement d'une troupe nombreuse, j’entends le hennissement des chevaux

aramis. Il est trop tard; nous sommes cernés.

DE VVINTER fait deux pas en avant tandis que le roi c. ses deux compagnons écoutent, puis il revient. C’est l’ennemi!

LE roi. Ainsi, tout est perdu •

athos. Il y a encore nn moyen, sire.

i.e roi. Lequel ?

athos. Que Votre Majesté au lieu de garder son costume si connu , prenne celui Je l'un de nous et nous donne le sien ; tandis qu'on s'acharnera !t celui qu'on prendra pour le roi, peut-être te roi parviendra-t-il à se sauver.

aramis. L’avis est bon, sire, et si Votre Majesté veut bien faire à l'un de nous cet honneur....

LE roi. Que pensez-vous de ce conseil, de AVinter ?

DE vvinter. Je pense que s'il y a un mo\ en au monde de vous sauver , le comte de la Fère vient de !e proposer.

LE roi. Mais c'est la mort ou tout au moins la prison pour celui qui prendra ma place.

de vvinter C’est l'honneur d'avoir sauvé son roi .. Choisissez, sire.

le ROI. Venez, de AVinter.

de vvinter. Oli ! merci, mon roi !

atiios. C'est juste, il y a plus longtemps qu’il le sert que nous.

aramis. Hâtez-vous, sire; nous garderons l'entrée de votre tente, (j'ii.i deux se placent en sentinelle, Cépéeàla main; pendant ce temps, le roi donne à de feinter son eordondu Saint Esprit, son chapeau et ton pourpoint; en éehange de H'inter donne au roi tes mêmes objets, plus la cuirasse de cuivre. Au moment où l'échange se termine et où le Roi sort par le fond de ta tente, on t oit tenir un patrouille composée de six hommes. ) Qui vive ?

athos Qui vive?

D'artagnan, fi ordaunl au fond. Singulier pays que le vôtre, monsieur, où l'on | lire toujours la bourse et jamais l’épée.

POBthos. Il parait que c'est l'usage en ' Angleterre.

Mordaunt. Par l’épée ou par l'argent peu importe, messieurs; vous voyez que le camp ! est li nous.

d'artagnan. C’est égal voilà une étrange | guerre.

atiios et aramis. Qui vive donc ?

mordaunt. Charles et loyauté !

aiu vus et ATHOS. Un ne passe pas. mordaunt. Comment, on ne passe pas?

d'artagnan. A la bonne heure, rela so gâte à la fin, et je commence à croire que nous tirerons l'épée.

mordaunt. Qui donc a changé le mot d'ordre?

AttA.iiiS. Le roi !

MORDAUNT. Pourquoi cela?

athos. Parce que vous êtes des traîtres.

d’artagnan. Des traître;!

i pqrthos. Il a dit des traîtres, je crois.

36 MAGASIN THEATRAL

d’artagnan. Voilà une dure parole, messieurs, et nous allons , j'en ai peur, vous la faire rentrer dans la gorge.

aramis Venez-y !

moriiai kt. Bien. . . faites tète , messieurs ; nous, à la tente du roi! (A ses hommes.) Venez! (Aili osromb 'lit' Ariagnan. Aramts Porthos.

Tous qutrre sont d'égale force... Tout à cou/) Mrdnant parait au fond de la tente, l es hommes qui suivent Mnrdauntprennent de l! i lier et crient: Le roi! le roi! preltcz-le vivant! regardant de IVinter pour le roi. ) Non.ce n’est pas le roi.. . non, vous vous trompez; n'csi-cc pas, milord de Winter, que von- n 'êtes pas le roi? N'e-t-ce pas, milord de Winter, que vous êtes mon oncle?

|>E WINTER, reiulant devant Alordaunt.

Le vengeur !

MoRIiauvT. Souviens-toi de ma mère!...

(Il lue de IVin er d’un coup de pistolet. A la lueur des flambeaux les quatre amis se ri cou naissent , passent l'épée de la main droite ri gauche, et disent en même temps : ) Mousquetaires!

D'ARTAGNAN, bas, ri Al h os. Rendez-vous, Atlios; vous rendre à moi, ce n’est pas vous rendre.

POtirHos. Aramis, vous comprenez!

aramis. Je me rends.

MORDAUNT, agenouillé prés du corps de de ii inter. Deux !

athos, montrant Mordaunt. Voyez-vous ce jeune homme ?

d’artagnan. Le fils de Milady , n’est-ce pas?

piirthos. Lemoine.

aramis. Oui !

d'artagnan. Ne soudiez pas un mot, ne faites pas un geste, ne risquez point un regard pour moi ni l’orthos... car Milady n’est pas morte, et son âtnc vit dans le corps de ce démon.

Pendant ce temps le Roi a été entouré, repoussé sur le devant de la scène.

LE ROt. Qui de vous osera le premier porter la main sur son roi?

GROSLOW, entrant. CharlesStuart, rendezmoi votre épée.

le roi. Colonel Groslow, le roi ne se rend pas; l’homme cède à la force, voilà tout Il brise son épée.

GROSLOW. Victoire, messieurs! le roi est prisonnier, nous tenons le roi.

MORDAUNT, se retournant. Leroi!... Le roi est-il pris?

plusieurs voix. Oui! oui!

mordaunt. Bien ! il ne nous manque plus que...

Il aperçoit les quatre amis.

atiios. Il nous a vus.

ARAMIS. Laissez-moi le tuer.

d’artagnan, regardant ses amis. Mordious!... (.4 Mordaunt.) Bonne prise, ami Mordaunt, bonne prise... nous en tenons chacun un, monsieur Duvallon et moi... des chevaliers de la Jarretière, rien que cela.

mordaunt. Mais ce sont des Français, ce me semble.

d'artagnan. Des Français...

atiios. Je le suis.

d'artagnan. F.h bien ! ils sont prisonniers de compatriotes.

le ROI, ri Athos et d Aramis. Salut , messieurs ; la nuit a été malheureuse, mais ce n’est pas votre faute. Dieu merci. Où est uion vieux de W inter?...

mordaunt. Cherche où est Straffort?

LE ROI, apercevant le cadavre. En effet. ..

comme Slraiïort il a reçu le prix de sa fidélité! (Il s'agenouille devant de IFinler, soulève sa té e et t'embrasse au front. I Adieu, cœur fidèle, qui es allé chercher là-haut la récompense du dévouement et ine préparer celle du martyre, adieu !

d’artagnan. De Winter est donc tué?

atiios. Oui, par son neveu.

d’artagnan. C'est le premier de nous qui s'eu va; qu'il dorme en paix, c'était un brave.

le roi. Maintenant, messieurs, conduisezmoi où vous voudrez.

groslow. L’ordre du général Cromwell est de vous conduire à Londres.

LE ROI. Quand dois-je partir ?

groslow. A l'instant même.

le roi. Allons !

atiios, au Roi qui s'éloigne. Salut à la Majesté tombée.

d'artagnan. Mordious, Athos, vous nous ferez tous égorger.

Le Roi sort de scène.

MORDAUNT, à d'Artagnan et à Porthos.

Venez-vous chez le général, messieurs? il aura des compliments à vous faire.

d'artagnan. Avec bien du plaisir, monsieur... mais il faut d'abord que nous mettions nos prisonniers en lieu de sûreté...

Savez-vous, monsieur, queccs gentilshommes valent chacun deux mille pistoles?

mordaunt. Oh! soyez tranquille; mes soldaLs les garderont, et les garderont bien...

je vous réponds d'eux !

d’artagnan. Je ne voudrais pas leur donner cette peine, et je les garderai encore mieux moi-mémo... D'ailleurs, que faut-il? une bonne chambre fermée de barreaux...

comme celle-ci, par exemple, avec des sentinelles, ou leur simple parole qu'ils ne chercheront pas à fuir... car dans notre pays la parole vaut le jeu, dit un proverbe... Je t ais

mettre ordre à cela, monsieur; après cpioi, j'aurai l'honneur de me présenter chez le généra], et de lui demander ses ordres pour retourner en France.

mordaunt. Vous comptez donc partir bientôt?

d’artagnan. Notre mission est finie, et rien ne nous arrête plus en Angleterre que le bon plaisir du grand homme près lequel nous avons été envoyés.

mordaunt. Bien, messieurs. (A un Sergent.) Sergent Harry, prenez dix hommes avec vous et gardez cette porte... et sous aucun prétexte ne laissez sortir les deux prisonniers.

LE sergent. Et les deux autres ?

mordaunt. Us sont libres... Maintenant, connaissez-vous cette maison ?

le sergent. J'y ai commandé un poste.

mordaunt. A-t-elle une autre sortie que celle-ci î

le sergent. Non.

mordaunt. Ils ne peuvent donc fuir? le sergint. Impossible!

mordaunt. Bien. Savez-vous où est le général Cromwell?

LE sergent. A Newcastle, probablement mordaunt, torlant. Mon cheval ! mon cheval !

Pendant ce temps , d'Artagnan a fait rentrer les deux amis dans la maison dont il a fermé la porte et a mis la clef dans sa poche, Porthos le regarde faire.

d'artagnan. Ami Porthos, pendant que je vais garder religieusement le seuil de cette porte, vous allez me faire le plaisir... Approchez-vous plus près, que ces deux drôles-!à n'entendent pas ce que nous disons... Vous allez me faire le plaisir de réunir Grimaud, Mousqueton et Blaisois.

pce ; nos. C'est facile ; je leur ai indiqué un < droit où ils doivent s'occuper de nous pr. . arcr b souper.

d'artagnan. Bon, nous souperons demain matin... Allez les trouver, Porthos; qu’ils tiennent nos chevaux prêts à tout événement derrière cette maison.

PORTHOS. Pourquoi ne couchons-nous pas ici?

d'artagnan. Parce que l’air y est malsain.

porthos. Bahl

d'artagnan. C'est comme j’ai l'honneur de vous le dire.

porthos. Alors, c’est autre chose.

11 s'éloigne et sort.

D’artagnan, seul au r le plut haut degré. Le sergent Harry et lee hommes se sont établis devant la maison. Maintenant, voyons ce que font U ces drôles... (Il descend une marche.) Mes amis, désirez-vous quelque chose?

le sergent. Non, monsieur.

d'artagnan. Alors, pourquoi vous tenezvous là, s'il vous plaît?

le sergent. Parce que nous avons l'ordre de vous aider à garder les prisonniers.

d’artagnan. Vraiment., et qui vous • donné cet ordre ?

le sergent. Monsieur Mordaunt d’artagnan. Je le reconnais à cette attention délicate... Tenez, mon ami.

le sergent. Qu 'est-ce que cela?

d’artagnan. Une demi-couronne, mon ami, pour boire à la santé de monsieur Mor-j daunt. ,

le sergent. Les puritains ne boivent pas;

U met U pièce (Du* sa poche.

PORTHOS, reparaissant. C’est fait!

d’artagnan. Silence donc!

porthos. Je n’ai pas dit ce qui était fait d’artagnan. 11 vaudrait mieux... Tenex, Porthos rentrez et ne sortez plus que quand vous m’entendrez tambouriner sur la porte la marche des Mousquetaires.

porthos. Bien, je rentre... Mais vous, que faites-vous là?

d’artagnan. Moi, rien... je regarde 1a lune.

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