‹ Les MousquetairesChapitre 54 sur 66 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les Mêmes, LA REINE, puis un Greffier, LE COLONEL et les Enfants do Roi.

la reine. Mon Charles !

Charles. Henriette! toi ici, c'estimpossible, mon Dieu, ou mes yeux me trompent, ou je suis si malheureux que je suis devenu fou.

la reine. Non, mon roi, vos yeux ne vous trompent point; non, Charles, vous n’êlcs pas devenu fou.

Charles. Mais qui vous a permis de pénétrer jusqu'à moi?

la reine. Le général Olivier Cromwell.

CHARLES. Cromwell!

aramis. Cromwell!

la reine. Ohl déjà il m’avait donné un laissez-passer pour vous joindre au camp; mais mon guide s’est égaré et nous sommes arrivés trop tard.

ouries. Cromwell? et vous n'avez pas rraint d’aller demander une faveur à cet imnmc?

la reine. Je ne craignais qu'ane chose, mon Charles, de ne point te ravoir. Instruite dis projeis rtc nos fidèles amis, il fallait aussi, moi , que j'arrivasse jusqu'à toi ; et pour y parvenir, je n’avais qu’un espoir, Cromwell.

Puis, s"is-en persuadé, cet homme n’est pas ce que tu crois, ou du moins, mon Dieu , il y a donc des visages iaqiénétrabies ! Tout à l’heure, prés de lui, l’œil attaché sur scs yeux, sondant tou- les replis de cette âme, ton Henriette, dont tu es la vie, l'a interrogé, prié, conjuré... eh bien! crois-moi, Charles, croyez-moi, chevalier, loin d'applaudir a cette mort publique, terrible, infamante, cette mort, il la repoussait)... et la main sur le livre sacré pour lui comme pour nous, car ce livre, c’est ta parole même de Dieu! il m’a juré qu'il ne voulait que votre salut et votre liberté, qui, au compte même de son ambition, lui sont plus utiles que votre mort. Charles, mon Charles, avons donc confiance en Dieu, et croyons qu’il nous a réunis pour que nous ne non* quittions plus et pour que je t'accompagne dans ta fuite ; pour que nous nous retrouvions loin de cette terre sanglante, libres , heureux , sur notre belle terre de France, qui est ma patrie et qui deviendra la tienne !

Charles. Mais enfin que t’a-t-il dit?

la reine. Il m’a chargé de vous répéter, sire , ce qu'il vous a déjà fait savoir vingt fois, assurc-t-il ; c’est qu'il était sinon le plus fidèle serviteur de Votre Majesté, du moins son plus loyal ennemi, et la preuve c’est qu'il n'était pas au nombre de vos juges.

aramis. Mais , madame , il a signé la sentance cependant

la reine. Il a signé?

ARAMIS. Oui.

la reine. Eh ! mon Dieu , pouvait-il faire autrement dans le poste qu'il occupe et sous les yeux qui l'enveloppaient ?

Charles. Cet homme est un abîme... mais n’importe, en attendant que la foudre éclaire cet abîme, vous voilà, Henriette... voilà un ami prés de moi... tandis qu’un autre...

Oo frappe au plancher.

aramis. Sire, entendez-vous le comte de la Fèrel...

Charles. Est-ce lui qui frappe ainsi sous mes pieds?

aramis. C'est lui-même, et vous pouvez lui répondre.

Le Roi frappe avec sa canoë.

Charles. Que va-t-ii faire?

aramis. Il va passer la journée ainsi ; ce soir, il lèvera une lame du parquet; Parry, de son côté, pourra l’aider.

parry. Mais je n'ai aucun instrument aramis. Voici un poignard, mais prenez garde de le trop émousser, vous pourriez en avoir besoin pour creuser autre chose que de la pierre.

la reine. Ah! l’heure sonne!

Charles, écoulant. Huit heures!

aramis. Vous voyez bien, sire, que tout est remisà demain, puisque huit heures étaient le moment fixé.

Charles. Oh! chère Henriette, retiens bien ce que je vais te dire. . .

la reine. Parle, mon roi...

Charles. Prie toute la vie pour ce gentilhomme que tu vois... toute la vie pour cet autre que tu entends sous nos pieds, toute la vie pour ces deux autres encore qui, quelque part qu'ils soient, veillent à mon salut.

aramis. Maintenant , sire , permettez-moi de me retirer; nos amis peuvent avoir besoin de moi; si vous redemandez encore une fois M. Juxon, je reviendrai.

Charles. Merci, chevalier ; recevez toute l’expression de ma reconnaissance.

la reine. Chevalier, jamais je n’oublierai un seul instant que la vie de mon époux je la dois à vous et à vos amis.

aramis. Ah ! madame! mais voilà le jour, je pourrais être reconnu; ce n’est pas pour moi que je crains, c’est pour Votre Majesté ; ma présence avérée dénoncerait le comploL la reine. Oui, oui, allez !

Charles. Au revoir, chevalier.

aramis. Dieu veille sur vous, sire.

la reine. Encore un mot, chevalier; pardon, mais vous comprenez les angoisses d’une épouse et d’une mère. . . Cet homme. . . le bourreau, il est bien séduit., acheté... en notre puissance... prisonnier? il ne peut fuir, s’é- j chapper, sortir, reparaître? i

aramis. Je réponds de tout, madame.

U va au fond; on entend des pas dans le corridor.

la reine. Quel est ce bruit?

Charles. On dirait celui d'une troupe d'hommes armés...

aramis. Ils viennent., ils se rapprochent!

LA reine. La porte s’ouvre... (On voit un homme masqué te placer eur le seuil.) Ah! mon Dieu!...

On voit l'antichambre pleine de garde,. Un Coromi,aaire-grefiier du Parlement entre avec Tomlinson.

U déploie en entrent un parchemin.

MAGASIN THÉÂTRAL

aramis. Que signifie cela?

le greffier , entrant. Arrêt du Parlement...

Charles. Assez, monsieur ; je me tiens le jugement pour lu !

la reine. Mais c’est donc pour aujourd'hui?

LE greffier. Le roi n’a-t-il pasétéprévenu que c’était pour ce malin huit heures?

aramis. Sur mon âme, ont-ils laissé s'échapper le bourreau ?

LA reine, comme à elle-même. Ce n’était qu'un sursis de quelques heures, je le sais bien ; mais quelques heures le sauvaient ; j’avais entendu dire... me suis-je donc trompée... Quel était donc cet h- •mine qui vient d’apparaître sur le seuil terrible, sous son masque noir ?

LE colonel. Le bourreau de Londres a disparu ; mais â sa place un homme s’est offert... on ne relardeia donc que du temps demandé par Charles Stuart pour mettre ordre à ses affaires temporelles... car les autres doivent être finies.

aramis. Ah! mon Dieu!

Charles, l' embrassant. Courage!... Monsieur, je suis prûL.. je ne désire qu'une chose, c’est d’embrasser mes enfants... que depuis trois ans je n’ai pas vus et que je ne reverrai qu’au ciel !

le colonel. Ils attendent depuis un quart d'heure.

la reine, tombant à genoux. Ah ! mon Dieu!...

aramis. Où est Dieu, sire?... que fait Dieu?

ciiari.es. Ne te désole pas ainsi, mon enfant; tu demandes où est Dieu , tu ne le vois point parce que les passions de la terre te le cachenL.. Tu demandes ce qu’il fait ; il regarde ton dévouement et mon martyre, et crois-moi, l'un et l'autre auront leur récompense ; prends-t’en donc de ce qui t'arrive aux hommes et non à Dieu; ce sont les hommes qui me font mourir, ce sont les hommes qui le font pleurer!

la reine , priant. Ayez pitié! ayez pitié!

ayez pitié !

Charles. Henriette, ne brisez point ma force avec vos larmes qui me déchirent le coeur ; vous n’êtes plus la femme de Charles Stuart, vous êtes la reine d'Angleterre!

On amène les Enfanta du Roi.

la reine. Mes enfants!

ciiari.es. Mou fils, vous avez vu beaucoup de gens dans les rues et dans les salles de ce palais; vous voyez encore ceux qui nous entourent; ces gens vont tuer votre père. Ne me dites pas que vous ne l'oubüercz

jamais, car ceux-là peut-être vous appelleront un jour à porter la couronne qu'ils arrachent en ce moment de ma tète ; ne l'acceptez pas, mon fils, si vous deviez rentrer dans ce palais escorté de la haine et de la colère; soyez alors bon, clément, oublieux, et détournez les yeux quand vous croirez voir passer mou ombre sous ces voûtes, car si vous aviez un règne de vengeance cl de représailles vous ne pourriez même dans votre lit mourir sans crainte et sans remords, comme je vais mourir, moi, sur un échafaud !

lit maintenant, votre main dau es miennes...

jurez, mon fils... (L enfant pousse un sanglot en te cachant dans te tein de son père.) Et vous, ma fille (il prend à son tour la jeune Henriette), loi, mon enfant, ne m'oubliez jamais! [1m jeune princesse embras e ton pire qui la prend par la main et ia remet dont les brut de la Heine.) Maintenant, Henriette, nos enfants n'ont plus que leur mère... adieu!...

I.A reine. Oh ! vivant! vivant là, dans mes bras, là, sur mon cieur, et dans un instant. . Non, non, messieurs, c'est impossible!... car enfin, cet homme, c’est votre roi, c’est celui qui était tout-puissant, c’est celui qui tenait la vie d’un peuple entre ses mains... celui-là, on ne peut |ws le tuer, il est inviolable, sacré!... Mon Dieu, c'est votre image sur la terre... mon Dieu, j'en appelle à vous... c'est mon Charles, mon époux, c'est le père. île mes enfants... Aies enfants, priez, mes enfants, à genoux!... < Lee enfants t'agenouillent ; la lleine veut te mettre à ycnuu.c. let forces lui manquent.) Oh! à moi!... à moi!... je me meurs !...

Elle tombe à genoux, les bras étendus et elle s’évanouit en poussant un cri.

Charles. Parry, je te confie la reine...

On voit rilomme masqué traverser le théâtre avec les gardes. Le cortège passe par la grande fenêtre de Wbitehall et va se ranger sur l’échafaud construit en dehors de celte fenêtre.

CHARLES, nu Colonel. Je ne veux pas que la mort me surprenne, attendez que je m’agenouille et que je prononce ces mois : sou-

viens-toi... alors (/4 A rn mit.) Chevalier,

un dernier service, votre bras. — Messieurs, je vous suis , marchons !

Il passe à son tour par la galerie attenant à la fenêtre. La Reine sort peu à peu de son évanouissement et cherche à reprendre sa mémoire.

CHARLES , dons la coulitte. Souvicns-loi!

La Reine pousse un grand cri et retombe.

UNE voix , dans la coulitte. Trois 1

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