‹ Les MousquetairesChapitre 53 sur 66 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, ARAMIS, puis le Colonel

1 TOM 1.1 N SON enrclnppé d'un manteau noir et coi/lé d un chapeau à orges bords.

le roi. Juvon! soyez le bienvenu, Juxon...

Allons, Parry, ne pleure plus; voici Dieu qui vient à nous... Entrez, mon père... venez, mon dernier ami; je n'espérais pas qu'ils vous permettraient de me voir.

aramis. Quel est cet homme, sire?

le roi. Parry, mon vieux serviteur... un homme dévoué et que je vous recommande après ma morL

ARAMIS. Alors, si c’est Parry, je n'ai plus rien à craindre; permettez-moi donc, sire, de saluer Votre Majesté, et de lui dire pour quelle cause je viens.

Il se découvre,

Charles. Le chevalier d’Hcrblayt Ah!

comment êtes-vous parvenu jusqu'ici... Mon Dieu, s'ils vous reconnaissaient vous seriez perdu.

aramis. Ne songez pas à moi, ne songez qu'à vous, sire; vos amis veillent, vous le voyez.

CHARLES. Je le savais, mais je n’y pouvais croire.

ARAMIS. Comment le saviez-vous, sire?

CHARLES. Parmi les ouvriers, Parry a reconnu le comte de la Fèrc,

ARAMIS. Dieu!

MAGASIN THfeATRAL.

tu

Charles. Mai* comment cela se fait-il?

expliquez-moi cela ; est-il donc seul?

aramis. Non, sire, il est avec deux de nos amis qui se sont joints à nous et se sont dévoués à votre cause.

Charles. Mnisques’est-ilfaiL.. que comptez-vous faire ?

aramis. Sire, hier au soir, au moment où devant les fenêtres de Votre Majesté s’arrêtaient les voilures des charpentiers, vous avez dû entendre un cri.

Charles. Oui, je me souviens. ■ aramis. f.e cri, c’est le chef des travaux qui l’a jxmssé ; une poutre a roulé de la voiture et lui a lu ise la cuisse.

Charles. Iih bien!

aramis. Pour que la besogne allât plus vite, il devait ramener quatre mûriers au maître charpentier; mais sa blessure l'a forcé d'envoyer h sa place l'un des hommes avec une lettre de recommandation... nous avons acheté cette lettre avec laquelle nous nous sommes présentés au maître charpentier qui nous a reçus.

Charles. Mais quel est votre espoir?

aramis. Votre Majesté dit qu’elle a vu le comte de la Père?

chaules. Oui.

aramis. Eh bien ! le comte de la Fère perce le mur... Au-dessous de la fenêtre de Votre Majesté est un tambour pareil à nn entresol... le comte pénètre dans ce tambour, lève une une planche du parquet. Votre Majesté passe par l’ouverture, on referme la planche, vous gagnez un des compartiments de l’échafaud. . . un habit d'ouvrier est préparé, vous descendez avec nous, et en même temps que nous...

CHARLES. Mais il vous faudra un temps énorme pour en arriver là.

aramis. Le temps ne nous manquera pas, sire.

Charles. Vous oubliez que c'est pour huit heures.

aramis. Oui, pour huit heures, mais l'exécuteur ne se trouvera point.

Charles. Où est-il donc ?

aramis. Dans une salle basse de l’hôtellerie de la Corne du Cerf, gardé par nos trois laquais.

Charles. En vérité vous êtes des hommes merveilleux, et l'on m'eût raconté ces choses que je ne les eusse pas crues; mais une fois hors de la prison, nos moyens de fuite ?

aramis. Une felouque que nous avons frétée nous attend, étroite comme une pirogue, légère comme une hirondelle.

CHARLES. Où cela?

aramis. A Greenwich. Trois nuits de suite, le patron et l'équipage se tiennent à notre disposition; une fois a bord, nous profitons de la marée, nous descendons la Tamise, et en deux heures nous sommes en pleine mer.

I CHARLES. Et qui a fait ce plan ?

aramis. Le plus adroit, le plus brave, et je dirais presque le plus dévoué de nous quaLre, le chevalier d'Artagnan.

Charles. Un homme que je ne connais pas!

Oh! mon Dieu, vous ne voulez donc pas que je meure puisque vous faites en ma faveur de pareils miracles !

aramis. Maintenant, sire, n’oubliez pas que nous veillons pour votre salut... le moindre signe, le moindre geste, le moindre chant de ceux qui s'approchent de Votre Majesté, épiez tout... écoutez tout, commentez tout chari.es. Chevalier, que puis-je vous dire?

aucune parole, vint-elle du plus profond de mon coeur, n'exprimerait jamais ma reconnaissance. Si vous réussissez, je ne vous dirai pas que vous sauvez un roi. Non, vue du point où je la vols, la couronne , je vous le jure, est bien peu de chose... mais vous conservez un mari à sa femme, un père à ses enfants... Chevalier, touchez ma main.

aramis. Oh ! sire!

Charles. Et la reine... qu’est-elle devenue, pauvre femme, au milieu de ce malheur?

aramis. A l'instant même où Votre Majesté venait de quitter la place de Whitebal nous avons arraché la reine i ce funeste spectacle et nous l'avons conduite à notre hôtellerie. A peine a-t-elle connu nos projets qu'elle s’est éloignée précipitamment de nous, et depuis ce moment nous ne l'avons pas revue.

Charles. Pauvre Henriette, qu'est-elle devenue?

le colonel tomlinson , entrant. Eh bien, est-ce fini, messieurs?

Charles. Pourquoi cela, monsieur le colonel Tomlinson ?

le colonel. Parce qu'une femme munie d'un laissez-passer du général Cromwell demande à lui parler.

Charles. Une femme ! qui cela peut-il être?

Faites entrer, monsieur.

le colonel. Rappelez-vous que vous n’avez plus qu'une heure.

Charles. C'est bien, colonel le colonel. Entrez, madame.

Oo referme U porte.

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