‹ Les moustiques, histoire naturelle et médicaleChapitre 12 sur 414 · Larve adufle · texte numérisé non relu

Larve adufle

de Sinnd inni ornatii m , vue par la face dorsale, d'après Meinerl. — «, yeux; b, ocelles; c, antennes ; '/, organes rotatoires; e, appareil do fixation: /', papilles anales.

nÉl-INITION, CLASSiKICAÏlON

lo

Au bout d'un mois environ, la larve a atleinl toule sa cioissance. A l'aide de sa salive, elle se construit alors une sorte de cocon qu'elle lixe sur une pierre ou une feuille et dans le([uel elle accomplit sa nymphose. Ce cocon est tapissé intéi ieurement d'un feutrage soyeux; il est piriforme et a sa grosse extrémité tournée en aval, tandis que la petite extrémité, par laquelle il adhère, est dirigée en amont. Il est d'abord entièrement clos, mais quand la nymphe sort de la peau de la larve, elle fait sauter une sorte de calotte à la grosse extrémité, puis projette dans le courant la partie antérieure de son corps, qui porte deux panaches de filaments respiratoires (tig. 12, a).

La nymphose dure de deux à trois semaines. Dans les derniers jours, la peau de la nymphe se gonfle d'air et prend une forme de plus en plus arrondie : cet air, extrait de l'eau, est vraisemblablement rejeté par les stigmates de la Mouche. Quand ce phénomène est achevé, la peau de la nymphe se déchire le long du dos et il s'en échappe une bulle de gaz, au centre de laquelle se trouve l'Insecte parfait : la bulle d'air monte à la surface de l'eau et met ainsi en liberté la Siuiulie, qui s'envole aussitôt. Cette curieuse éclosion a été observée par Verda t, dès 1824 (1 ) .

Certaines larves passent l'hiver et ne subissent leurs métamorphoses qu'au printemps. C'est ainsi, et sans doute aussi par l'hibernation de quelques adultes, que se fait la persistance de l'espèce, d'une année à l'autre. Les premiers Insectes se montrent au printemps, puis les générations se succèdent durant tout l'été et une partie de l'automne. Les femelles sont d'abord en très grand nombre , puis les mâles

(1) F. J. Verdat, Mémoire pour servir à l'hisloirc des Simulics. Biilleliii des sciences naturelles, I, p. 293-296, 1824.

panactie de tubes respiratoires (trompe transformée) ; />, spiculcs dorsaux :

c, fils du tissu interne làctie du cocon.

deviennent plus abondants et, vers la fin de la saison , on ne trouve plus guère que des mâles.

Ces Insectes abondent en diverses parties du monde, depuis les tropiques jusqu'aux régions les plus froides. On les connaît sous le nom de Moucherons, de Sand-Flies, de Black F lies, de Bu/faio-Gnats. On les trouve de préférence dans les localités humides et marécageuses; on les voit parfois en nombre extraordinaire, posés sur les buissons et les arbres bas, au voisinage des rivières. Les mâles sont inofïensifs et se posent sur les feuilles ou sur les fleurs ; ils se nourrissent du nectar des plantes ou du raiellat des Pucerons ; ils aiment l'éclat du soleil et volent haut dans l'air par bandes nombreuses, en décrivant des trajets sinueux ou des « danses » que chacun a pu observer, notamment dans les bois, en juin et juillet. La femelle reste à des niveaux plus bas : elle est excessivement vorace et malfaisante. Elle possède un rostre raccourci, qui lui permet de s'attaquer, comme le font les Moustiques, à l'Homme et aux animaux ; elle s'en prend tout aussi bien aux Chenilles molles (1) et à d'autres larves d'Insectes. Sa piqûre produit une petite vésicule et rend le bétail furieux : les animaux qu'elle assaille courent affolés dans toutes les directions et se frottent la peau contre les rochers et les arbres.

La famille des Simulidae ne renferme que le seul genre Simulium Latreille, qui est représenté dans toutes les parties du monde.

Dans l'Europe tempérée, on n'a guère à redouter les Sirnulies. Pourtant, S. columbaczensc (Schônbauer) est un véritable fléau pour la basse Hongrie et le nord-est delà Serbie, où l'on croit qu'il prend naissance dans le vieux château de Golubatz, sur les bords du Danube (2). Il n'a pas plus de 3'°"o à 4™" de longueur. Il s'observe en extrême abondance, au point de former de véritables nuages obscurcissant le ciel. Il pique le bétail aux yeux, aux naseaux, à la bouche, à l'anus, partout où la peau est fine; entraîné par l'air inspiré, il pénètre dans les fosses nasales, dans la bouche, dans la trachée et cause fréquemment la mort (3).

(1) De Geer, Mémoires pour servir ù l'hiatoire des Insectes, I, p. 328. 1772.

(2) On l'appelle MvBA en serbe, miisca reu en roumain ; les Allemands du sud de la Hongrie le nomment Mùcke ou Schnocke.

(3) Des accidents semblables s'observent aussi chez les petits enfants, suivant Schônbauer, notamment chez les nourrissons que leurs mères, tandis qu'elles travaillent aux champs, déposent sur l'herbe ou suspendent dans un hamac à une branche d'arbre.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

En 1795, Schônbauer attribuait la mort soit à une inflammation, soit à une oblitération des voies aériennes; Tômôsvâry, en 1885, a émis l'opinion qu'elle devait être plutôt attribuée au nombre immense des piqûres, dont chacune est atrocement douloureuse et produit une petite hémorrhagie ou un empoisonnement du sang. La femelle pique avec tant d'ardeur qu'elle enfonce dans la peau sa tète presque entière et que, après s'être gorgée de sang, elle tombe inerte sur le sol.

Les ravages exercés en Laponie par S. reptans (Linné) sont également connus : Pries les a décrits en 1824, et beaucoup d'autres auteurs, voyageurs ou naturalistes, ont fait le récit de ses méfaits. L'Insecte vit en troupes innombrables, qui suivent le voyageur durant un long trajet, ne lui laissent aucun répit, pénètrent par le col ou par les manches jusque sous ses vêtements et souvent se jettent résolùment sur lui.

Au Groenland, à Terre-Neuve et dans d'autres régions septentrionales, il en est exactement de même, du fait d'espèces encore mal définies. Pendant les mois d'été, ces Insectes abondent sur la côte, dans les vallées, près des marais, des rivières et des forêts; ils sont plus rares dans les lieux habités ou défrichés et manquent totalement dans les lieux élevés et bien ventilés. On ne saurait descendre à terre sans s'être au préalable recouvert la tête et le cou d'une gaze protectrice et même sans mettre des gants et serrer avec une ficelle ou un caoutchouc le bas du pantalon autour des chevilles.

Le vol de ces tyrans ailés est silencieux, contrairement à ce qui a lieu pour les Moustiques. Leur action sur la peau est également différente. Au point qu'ils attaquent, on observe toujours une érosion de l'épiderme, à peu près sur un tiers de millimètre de longueur; cette déchirure de l'épiderme est entourée d'une rougeur un peu vive et il se produit par la petite plaie une hémorrhagie .qui peut être considérée comme très salutaire. En efïet, dans les cas exceptionnels où elle fait défaut, il survient un œdème formidable avec un mouvement fébrile très accentué. La face peut alors se tuméfier extrêmement, comme dans le cas d'érysipèle ; les paupières se rejoignent et la vision est, de ce fait, totalement abolie. On raconte que des officiers et des marins, surpris isolément

au milieu des bois et aveuglés par les Simulies, n'ont pu retrouver leur chemin et sont morts.

La grande île d'Anticosti,. située à l'embouchure du Saint- Laurent, est rendue à peu près inhabitable par les myriades de Simulies et autres Diptères suceurs de sang qui l'envahissent à certaines époques de l'année. Les Simulies apparaissent vers le 15 juin et disparaissent vers le 13 août ; du moins, elles ne sont gênantes que pendant cette période de deux mois. Leur larve n'est pas aquatique, mais se développe dans la terre et la Mousse très humide. Aussi ces Insectes ne se i-encontrent-ils pas exclusivement au voisinage des nappes d'eau ; ils abondent plutôt dans les forêts, dont le sol plus ou moins humide offre aux femelles de bonnes conditions pour leur ponte. Ils rendent le séjour sous bois littéralement impossible ; on ne parvient à s'en débarrasser momentanément qu'en faisant une « boucane «, c'est-à-dire une forte fumée qui les éloigne.

En Assam, le Peepsa (Simulium indicum Bêcher) n'est pas moins redouté que les Insectes dont il vient d'être question.

Schiner mentionne 8 espèces de Simulium en Autriche-Hongrie ; van der Wulp n'en signale que 4 en Hollande ; on a indiqué jusqu'à 28 espèces européennes.

Coquillett en décrit 8 pour les États-Unis : les deux plus, importunes pour l'Homme sont Simulium venustum Say, qui abonde dans les forêts du nord, et S. invenustum Walker, qui est plus fréquent dans le sud. Bien que très répandu aux environs de Washington et malgré qu'il soit très importun en voltigeant autour du visage ou en courant sur la peau, le premier de ces Insectes ne semble pas capable de mordre l'Homme ; il n'en est pas de même pour S. invenustum, auquel on peut attribuer sûrement au moins un cas de mort. Une autre espèce du nord-ouest des Etats-Unis se nourrit du sang des chrysalides de Pieiismcnapia, d'après Hagen.

Blina observé à Pondichéry (1) une épidémie d'ophtalmie purulente, qu'il attribue à une petite Simulie. La maladie est très raie pendant la saison chaude, mais devient fréquente pendant la saison des pluies. C'est précisément l'époque où les Simulies naissent par myriades dans les rizières et les mares : entraînés par la brise, ces

(1) D'après un renseignement fourni par le D' Kermorgant, Inspecteur du Service de santé des colonies. Blin dit avoir fait ses observations dans les i< établissements français de l'Inde », sans préciser davantage.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

Insectes volent à l'aventure et restent englués là où ils rencontrent par hasard un liquide : aussi les trouve-t on souvent collés sur la conjonctive de l'Homme et des animaux. Us apportent avec eux quelque germe infectieux, qui se multiplie rapidement dans la conjonctive et détermine une ophtalmie purulente.

Moins de 12 heures après la pénétration de l'Insecle dans l'œil, la conjonctive palpébrale est déjà injectée et i)résente une teinte rouge orangé spéciale. Puis l'inflammation se généralise, le larmoiement devient abondant, les larmes prennent une teinte jaunâtre, les paupières se tuméfient considérablement, l'écoulement augmente encore et devient purulent; il y a une photophobie intense et du chémosis. La cornée finit par perdre son poli; sur les centaines de cas qu'il a observés, Blin ne l'a vue que deux fois se perforer, mais cet accident doit être fréquent chez les Hindous qui se font soigner par les empiriques. La maladie est contagieuse à un haut degré, d'autant plus qu'elle est plus rapprochée de son début.

L'ophtalmie des sables ou des armées, qui s'observe si souvent en Afrique et même en Europe, reconnaît vraisemblablement une origine analogue, du moins dans certains cas : l'intensité de la chaleur ou la réverbération de la lumière solaire, généralement invoquées comme cause de cette maladie, ne peuvent tenir lieu d'explication, puisqu'il s'agit notoirement d'une affection microbienne. On sait que la conjonctivite granuleuse, si répandue dans le nord de l'Afrique, est propagée par les Mouches qui voltigent d'un individu à l'autre et viennent avec une prédilection marquée sucer les mucosités accumulées dans le coin de l'œil.

Montoya y Florez a montré que la pinta ou car até, cette singulière dermatose polychrome qui sévit en Colombie et dans d'autres pays de l'Amérique du sud, était due au développement de certains Champignons du type des Aspergillus dans les couches épidermiques. Il pense que la transmission de l'agent pathogène s'opère par la piqûre des Simulies, des Culicides et des Punaises (1).

( 1 ) « Sur les bords des grands fleuves, des espèces de Cousins appelés « Gegenes » (g. SiniuUuiu) et a Zancudos » ig. Culex) forment dans l'air des nuages imnienses. On y trouve aussi, en abondance, plusieurs espèces de Punaises (g. Acantlnu). Ces divers Insectes jouent un rôle très actif, dans la transmission des caratés. » —

E. Baret et R. Blanchard, Sur quelques Diplùres suceurs de sHng, observés à Terre-Neuve. Archives de t'arasitoloijie, III, p. 202-206, 19U0.

Edw. Bêcher, Description of ;i new species of ttie dipterous gcnus Simniium from Assam. P roceedinga of the Astatic Sor. of Heinjal. ]>. t62, 1884.

BuN, Epidémie d'opiitalmie purulente observée dans les établissements français de l'Inde, attribuée à un petit Diptère du groupe des Simulies ou Mouclicrons. Annales d'hyg.-et de méd. rolonidles, II, p. 103 108, 1899.

Fr. Brauer, On the Peepsa, a small dipterous Insect, injurious, to Man in Assam. Proceedings of the Asiatic Soc. of ISengal. p. 161, 188i.

P. Combes, Les Moustiques do l'ile d'Anticosli. Beiiie scientifique, (4), VI, p. 751, 1896.

D. W. CoQUiLLETT, The Bullalo-Gnats, or Black-Flies, of the United States. Bulletin of the Departmen t of agriculture, Birision of en tomology, X, new sériés, p. 66, 1898.

H. A. Hagen, Siinuliwm feeding upon clirysalids. Enlomol. inonihlij Magazine, XIX, p. 254, 1883.

Al. Laboulbisne, Note sur l'Insecte Diptère nuisible de Terre-Neuve, signalé par M. le Docteur Treille. Archives de méd. navale, XXXVIII, p. 222, 1882.

L. de Nicéville. Note on the « Potu » or « Pipsa » Fly (Simuliu ni indiciini Bêcher). Indian Muséum Notes, IV, p. 54-58. 1896.

J.-A. ScHÔNBAUER, (leschichte der schadiichen Koliinihalczer Mïicken iui Bannat, als ein Beytrag zur Nalurgeschichte von Ungarn. Wien, in-4" de VI- 100 p., avec une planche, 1795.

Edm. TôMôsv.iRY, Die Kolumbaczer Miicke. Ung.-Weisskirchen, in-8" de 24 p., avec une planche, 1885.

G. Treille, Quelques considérations sur un Insecte Diptère nuisible de Terre- Neuve. Archives de méd. navale, XXXVIII, p. 216, 1882.

NEMATOCERA POLYNEURA

Ailes à nervures longitudinales nombreuses.

Insectes au corps léger et élancé, le plus souvent crépusculaires et nocturnes, parfois matutinaux, rarement diurnes ; ils préfèrent les endroits ombragés el les heures tièdes du soir. Pièces buccales constituant un rostre généralement très court, mais parfois très allongé (Culicidae). Tète petite, non holoptique, c'est-à-dire à yeux non confluents, même chez le mâle. Antennes très développées, formées de 15 articles environ : le basilaire est enfoncé dans le tégument ; le second article est arrondi et bien différent des autres ;

MoNTOYA Y Florez, Rccherchcs .sur les caratés de Colombie. Thèse de Paris, 1898; cf. p. 14.

Par Punaises, il faut entendre ici les Acariens, particulièrement les I.xodides. Dans une communication verbale, Montoya y Florez m'a désigné la « Chinche garrapata » et la « Chinche cucaracha », c'est-à-dire des Acariens, comme espèces spécialement incriminées par lui.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

ces derniers sont filiformes et ornés de verticilles de poils sensoriels, dont la disposition diffère d'un sexe à l'autre. Yeux unicolores, généralement de couleur foncée (1), arrondis, ovales ou réniformes, et alors à concavité antéro-latérale circonscrivant l'espace sur lequel les antennes prennent insertion ; ils envahissent le reste de la tête et sont ordinairement contigus dans les deux sexes, sur les lignes médianes, dorsale et ventrale, mais sans se fusionner, ce qui établit la distinction avec l'holopticisme véritable. Ailes dépourvues de tegulae, celles-ci étant représentées par un ligament rudimentaire situé entre la racine de l'aile et le scutellum; l'alula, l'antitegula et l'incisure axillaire subissent diverses variations ; on observe de même de notables différences dans la nervation, qui atteint sa plus grande complication chez les Tipulidae. Pattes parfois très longues, mais grêles et faibles comparativement à celles des autres Diptères ; elles sont peu propres à la marche ou à la course et ne servent guère que de support à l'animal ; elles sont de structure assez uniforme et ne présentent guère de caractères taxonomiques, sauf chez quelques Chironomidae (Ceratopogon) . Les pulvilli font défaut; l'empodium n'existe pas toujours : il est très petit chez quelques CuUcidae (Mocklonyx) et, suivant les espèces, existe ou fait défaut chez les Ceratopogon ; il en est déjà de même chez les espèces qu'on trouve dans l'ambre à l'état fossile.

Larves encéphales, sauf chez les Tipulidae, où la tête est enfoncée dans le thorax; et encore, chez ceux-ci, les larves de Ptychoptera sont-elles encéphales. La plupart de ces larves vivent dans l'eau ; quelques-unes sont amphibies. En raison de ces différences d'habitat, l'aspect extérieur des larves varie notablement ; l'appareil respiratoire subit lui-même de profondes modifications.

Nymphes d'aspect variable. Sans insister sur leurs caractères, il est une particularité que nous devons pourtant signaler, car elle est importante au point de vue de la détermination. Chez la nymphe des Tipulidae et Psychodidae, les pattes en voie d'évolution sont allongées, serrées les unes contre les autres et étalées sur les seg-

(I) Cette teinte sombre de l'œil n'est pas en rapport avec les mœurs crépusculaires ou nocturnes des Nématocères : certains Diptères diurnes, qui vivent même en plein soleil, comme les Syrphidae et quelques Bombyliidae [Anthrax] ont souvent les yeux presque noirs.

ments de l'abdomen ; chez la nymphe des Dixidae, Chironomidae et Ciilicidae, elles sont au contraire repliées partiellement sur ellesmêmes, de manière à former avec les ailes et le thorax une masse plus ou moins compacte : une telle nymphe est considérablement renflée dans sa moitié antérieure, ce qui lui donne l'aspect d'un clou à grosse tète ou d'un point d'interrogation. Cette disposition s'observe chez les types qui, à l'état adulte, sont remarquables par la longueur de leurs pattes ; les Tipulidae font pourtant exception à cette règle.

JTipulidae. — Némalocères de grande taille. Antennes à 13 articles, longues, filiformes et pourvues de longs poils ou pectinées (fig. 13). Palpes à 4 articles, le dernier étant beaucoup plus long que les autres. Trompe charnue, légèrement saillante. Ocelles généralement absents. Thorax pourvu d'une suture en forme de V.

Fig. 13. - Tête de Tipula, d'après "'g- 1*- - Aile de Tipula, d'après van der Wulp. ^er Wulp.

Pattes extrêmement longues et fragiles ; tibias souvent munis d'un éperon à leur extrémité. Ailes longues, à nervation très compliquée (fig. 14) : la cellule discoidale existe le plus souvent, les basales sont très longues ; la nervure anale ou sixième nervure longitudinale est présente, sauf chez Ptychoptera. La larve (1) a la tête incomplète et la lèvre inférieure formée d'une lame triangulaire dentée ; elle vit dans la terre ou le bois pourri (Tipula), dans la vase {Limnobia), sur les feuilles ou dans l'eau. La nymphe a les pattes allongées sous l'abdomen. L'adulte fréquente les eaux et visite les fleurs; on le trouve aussi dans les grottes et sous les roches.

(1) Cf. Fr. Braueb, Die Zweillûgler des kais. Muséums zu Wien. Denkschrifleii (1er niuth. iwl. Clatise. der Àkad. (ter Wisx. in Wicn, XLVIl, p. 1-100, pl. I, fig. 4-0, 1883, larve de Tipula.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

Dans les genres Elephantomyia Osten-Sacken, Geranomyia Haliday, Toxorrhim Lœw, Ptychoptera Meigen, le rostre est bien développé, mais ces Insectes semblent incapables de sucer le sang. Certaines espèces (Erioptera, Limnoina, Trichocera) a dansent » dans les airs au crépuscule.

Le genre Ptychoptera présente plusieurs particularités intéressantes qui en font un véritable type de transition et expliquent l'opinion de Brauer, d'après lequel ce genre devrait être rattaché à la famille des Culieidae. La larve a des yeux comme les larves encéphales (Grobben) ; ses ganglions cérébroïdes sont situés en partie

Fig. 13. — a, b, tête et aile de PlUebotomus Papatasii Scopoli; c, aile de Psychoda sexpunctata Curtis. D'après van der Wulp.

dans la tête, en partie dans le premier segment thoracique ; à ce titre, elle établit la transition entre les larves encéphales et les larves à tête incomplète. Elle ressemble d'ailleurs beaucoup à la larve de Psychoda. La nymphe a les pattes allongées sous l'abdomen.

Psychodidae. — Très petits Insectes, que Latreille réunissait aux Cecidomyidae. Antennes longues, très velues. Pas d'ocelles. Corps couvert de gros et longs poils. Pattes longues, tibias sans éperon. Ailes larges et velues, avec nombreuses nervures longitudinales. La larve vit dans les Champignons et les substances végétales en putréfaction. L'adulte se voit fréquemment sur les murs et les vitres.

Par leurs yeux souvent réniformes {Pericoma, Psychoda), par la nervation de leurs ailes, par leurs nervures couvei tes de poils ou d'écaillés, par la présence chez l'adulte de cinq tubes deMalpighi, ces Insectes ressemblent beaucoup aux Cnlicidae. Principaux genres européens : Pericoma Walker, Phlebotomus Rondani, Psiichoda Latreille.

Le genre Phlebotomus (fig. 13) comprend des Insectes à trompe proéminente et cornée, qui leur permet de piquer l'Homme et les animaux pour en sucer le sang. On en connaît deux espèces du sud de l'Europe, qui sont très importunes : Phi. Papatasii Scopoli, 1786 (= Cyniphes molesta J. Costa, 1843) et Phi. minutvs Rondani,

La première espèce, à laquelle la seconde est peut-être identique.

mois d'octobre ; dans le sud de l'Italie, on ne la voit plus dès le milieu d'octobre. Cet Insecte n'a sûrement aucune relation avec le paludisme : Grassi a fait piquer par 25 a Pappataci » (Phlebotomus) trois individus atteints des diiïérentes formes du paludisme, sans pouvoir obtenir chez ces Insectes aucun indice du développement sporogonique de la Plasmodie paludique.

Dixidae. — Antennes longues, sans poils sensoriels. Trompe très légèrement saillante. Yeux écartés l'un de l'autre dans les deux sexes. Corps grêle. Pattes longues et grêles ; pas de pulvilli. Ailes assez grandes (fig. 16), souvent marquées de larges taches brunes ; six nervures longitudinales, la septième étant absente ou rudinientaire ; cellule discoïdale absente. Seulement sept anneaux à l'abdomen.

La ponte se l'ait dans les eaux stagnantes ou à très faible courant,

Fig. 16. — Aiie de Dixa, d'après van der Wulp.

est répandue partout en Italie, aussi bien dans les contrées palustres que dans les régions oîi la fièvre est inconnue. Elle se montre à peu près à l'époque des fièvres, mais disparaît en général bien avant la fin de ces dernières : en Lombardie, elle devient rare dès le mois d'août ; à Rome, elle disparaît au début du

DÉFINITION, CLASSIFICATION

riches en végétation. Les œufs sont renfermés dans une masse gélatineuse de forme irrégulière, longue de 4 à S"""" et large de

I mm 5 à 2 . iig y sont disposés en séries transversales plus ou moins régulières (tig. 17) ; cette masse est d'abord soutenue sur les pattes postérieures de la femelle, puis, la ponte achevée, tombe au fond de l'eau.

La larve (fig. 18-20) est très semblable à celle des Anophèles : l'aspect extérieur, le genre de vie, l'attitude, la disposition de l'appareil respiratoire, la façon de capturer la nourriture, tout con corde; il existe peu d'exemples d'une ressemblance adaptative aussi parfaite ; aussi certains naturalistes expérimentés ont-ils pu prendre l'un pour l'autre ces deux types larvaires. Il y a pourtant des caractères distinctifs très nets, que nous devons mettre en relief.

La larve a été décrite pour la première fois par Réaumur (1); il en donne une description très exacte, si ce n'est qu'il admet, pour une raison que nous allons expliquer plus bas, que les pattes sont portées par la face dorsale !

II n'a pas connu les métamorphoses ultérieures. De Geer (2) a poussé beaucoup plus loin ses observations : il décrit et figure tous les stades de l'évolution; il partage l'opinion de Réaumur quant à la position des pattes ; il identifie l'adulte à quelque espèce de Tipvla.. Slaeger (3) a suivi également le développement de Dira nigra (4). Meinert a précisé ces premières notions (5).

La larve est de teinte grisâtre; elle se tient à la surface de l'eau, parmi les plantes, au milieu desquelles il est très ditlîcile fie l'apercevoir; on ne peut guère la capturer en grand nombre qu'en

(1) Réaumur, Observations sur une petite espèce de Vers aquatiques assez singulière. Mémoires de t'Àcad. des ficieiires île Paris, 1774.

(2) De Geer, Mémoires pour servir ii l'histoire des Insectes, VI, p. 380, 1776.

(3) Et non Heeger, comme F. Brauer l'écrit par erreur.

(4) C. Staeger, Beskrivelse af Larven og Nymphen til Dixa nigra Stgr. Naturhistorisk Tidskrift, IV, p. 202-204, 1842; 7.s«s, XXXVIII, p. 531-j32. 1845.

(o) Cf. aussi Fr. Brauer, Loco citfito, pl. I, flg. 12-13, larve de Dixa.

Fig. 17. — Ponte de Dixa (originale).

péchant au filet fin. On la trouve du printemps à l'automne; elle est relativement rare pendant les fortes chaleurs de l'été, qui hâtent la nymphose et l'éclosion des Insectes adultes. Elle ne flotte pas simplement à la surface de l'eau, comme la larve d'Anophèles ;

Fig. 18. — Larve adulte de Dira amphibia, vue par la face dorsale, d'après Meinert. — a, stigmates : b, lames des stigmates ; c, lames anales ; rf, prolongement anal ; e, papilles anales.

dans les conditions ordinaires, elle s'incurve latéralement en forme de V, la flexion se produisant entre le cinquième et le sixième anneau (fig. 18). Elle est posée de la sorte à la surface d'une tige ou d un-e feuille s'élevant au-dessus de l eau ; les deux extrémités

DÉFINITION, CLASSIFICATION

sont en contact avec la surface liquide, tandis que la pointe du V se dresse au-dessus de celle-ci. Le corps est donc, à l'état normal, complètement hors de l'eau, toutefois sans être à sec, en raison de la cuticule aqueuse qu'il entraîne avec lui, grâce à la tension superficielle du liquide.

Les quatrième et cinquième segments portent à la face ventrale chacun une paire de fausses-pattes armées de crochets ; les huitième, neuvième et dixième articles sont pourvus de touffes de soies

qui jouent un rôle analogue. Chez certaines espèces, les segments 5 à 10 sont renforcés à la face dorsale par un écusson bordé de soies.

A l'extrémité postérieure et sur la face dorsale de l'avant-dernier anneau viennent aboutir les deux troncs trachéens longitudinaux, qui sont larges et visibles par transparence comme deux canaux argentés et chatoyants : ils ne débouchent pas simplement à la surface du corps, mais bien au fond d'une dépression, comme chez

Fig. 19.— Tête d'une larve de Dîxa amphibia vue par la face dorsale, d'après Meinert. — a, scutum du troisième métamère; b, scutum du deuxième métamère; c, organe rota toire; d, antenne ; e, lobe des mâchoires ; f, palpe maxillaire.

Fig. 20. — Tête d'une larve de Dixa amphibia vue par la face ventrale, d'après Meinert. — a, lèvre; b, lobe des mâchoires ; c, palpe maxillaire; d, organe rotatoire ; e, antenne.

la larve aquatique de certains Paychodidac. [Pcriroma) et même de certains Coléoptères (Hydrolnus). Celte cupule respiratoire est entourée d'appendices de forme variée, dont le bord frangé s'oppose à la pénétration de l'eau : aussi renferme-l-elle toujours de l'air et reste t-el le toujours à sec.Grâceà cette particularité qui résulte également (le la tension superficielle du liquide, la larve, bien que plus lourde que l'eau, flotte sans aucun elïori à la surface ; sa queue reste encore à la surface, même quand le corps entier est plongé dans l'eau.

Observe-t on des larves dans un cristallisoir dépourvu de plantes ou d'objets flottants, mais renfermant des petits Crustacés, des Infusoires et d'autres organismes de très petite taille, on assiste à un intéressant spectacle. La larve est alors droite et Hotte à la surface comme un fétu ; elle se comporte exactement comme celle des Anophelex. Si on la taquine, elle bat en retraite par des mouvements en zigzag, mais sans quitter la surface ; continue-t-on à la tourmenter, elle plonge bientôt et nage vigoureusement par saccades ou bien va se poser sur le fond. Elle emporte avec elle une bulle d'air dans sa cupule respiratoire et peut ainsi rester submergée pendant quelque temps sans crainte d'asphyxie ; toutefois, elle ne tarde pas à regagner la surface.

Tout lui paraissant calme, elle fait accomplir à sa tète, tantôt à droite, tantôt à gauche, une rotation de 90% de façon à ce que sa face inférieure soit tournée en haut : la face supérieure est alors la continuation directe de la face ventrale, et c'est pour cette raison, selon toute vraisemblance, que Héaumur et de (îeer ont cru les pattes implantées sur la face dorsale. Dans cette posture bizarre, la larve fait une chasse active aux animalcules dont elle se nourrit : elle reste immobile et n'est nullement troublée, si l'on suit à la loupe son curieux manège. Les organes ciliés qui entourent la bouche entrent en mouvement; ils déterminent dans l'eau un remous qui projette les animalcules contre la surface ; ceux-ci sont alors renvoyés, comme par un plan résistant, vers la bouche qui les engloutit aussitôt, grâce aux rapides mouvements qu'accomplissent les mandibules. Quand la larve est rassasiée , elle fait accomplir à sa tète une brusque rotation en sens inverse et reprend sa position naturelle.

La nymphe (fig. 21 et 22) est semblable à celle des Cliironomidae

DÉFINITION, CLASSIFICATION

et des Culicidae; elle s'en distingue par l'absence presque totale de poils et de soies et par sa mobilité bien moindre. Les pattes sont repliées sur elles-mêmes et tonnent avec le thorax et les ailes une masse compacte, arrondie, sous laquelle l'abdomen s'infléchit; deux trompes respiratoires se dressent sur la tète. La nymphose n'exige parfois que quelques heures; l'éclosion de l'adulte se tait surtout pendant la nuit. J'ai trouvé plus d'une fois, le matin

ou vers le milieu de la nuit, des Insectes ailés dans des bocaux bouchés qui, la veille au soir, ne contenaient absolument que des larves bien agiles, capturées dans la journée ; les dépouilles nymphales flottaient à la surface de l eau du bocal, comme preuve nouvelle de cette métamorphose exceptionnellement rapide.

Cette famille ne comprend que le genre Dixa Meigen. dont le type est Dixa serotina Meigen. On connaît environ 37 espèces :

Fitç. 21. — Nymphe de Dixa ainphilnn vue de proiil, y d'après Meinert.

Fig. 22. — Nymphe de Dixa (originale).

15 en Europe, 18 dans l'Amérique du nord, 1 en Chine et 3 en Australie; Lœw en a décrit quatre autres fossiles dans l'ambre. Ces Insectes «dansent «à l'air libre, au crépuscule. On a longtemps, hésité sur leur place dans la classilication, à cause de l'aspect très particulier de l'adulte, mais on ne peut douter de leurs étroites affinités avec les Culicidae et les Chironomidae.

Ghironomidae. — Petits Insectes. Antennes grêles, formées de 13 articles et très joliment ornées de poils sensoriels chez le mâle (lig. 23, a) : le premier article est extrêmement court, enfoncé dans une dépression du tégument céphalique et presque entièrement occupé par les muscles antennaires; le deuxième est très dilaté et constitué par un organe sensoriel que nous décrirons plus loin

Fig. 23. — a, b, tête et aile de Chironomus ; c, aile de Ceratopogon nitidus Macquart; d'après van der Wulp.

chez les Culicides. Trompe charnue ; chez les Chironomus, la bouche est presque close et recouverte d'un épistome chitineux, ce qui rend impossible l'ingestion des aliments; les mandibules font défaut, les maxilles sont réduites à leur palpe à 4 articles. Ocelles peu apparents. Pattes longues et grêles : celles de la paire antérieure, plus longues que les autres, sont ordinairement dressées en l'air comme des tentacules, quand l'Insecte est au repos. Ailes grêles, ne s'étendant guère au-delà du sixième segment abdominal et recouvrant le dos, au repos, comme deux plans inclinés latéralement ; nervation très semblable à celle des Culicidae, mais ou distingue une alula et une incisure axillaire de taille moyenne (lig. 23, b, c).

DÉFINITION, CLASSIFICATION

La ponte se fait dans l'eau : la femelle se pose au bord d'une feuille flottante ou d'une pierre émergeant du liquide, de façon à ce que l'extrémité de son abdomen soit en contact avec la surface de celui-ci. La disposition des œufs varie suivant les espèces; elle prend souvent l'aspect d'un cordon.

L'éclosion se fait en trois à six jours. La jeune larve est eucéphale et incolore ou grisâtre ; ses ganglions cérébroïdes sont renfermés dans la tète. Survient bientôt une mue, après laquelle l'aspect de la larve change notablement : sa tète s'est raccourcie, les ganglions œsophagiens ont rétrogradé

Larve de fhironomus piumosus, d'après Theobald.

Kig.âo. — Larve adulte de Cli iroiioni m plu nio^us, vue deproUl, d'après Meinert. — a, extrémité des fausses-p attes antérieures ; /), tubes respiratoires rétracliies : (', fausses-pattes postérieures ; (/, papilles anales; e, soies anales.

jusque dans la partie antérieure du prothorax, et le corps présente, chez certaines espèces, une coloration rouge, due à ce que le sang s'est chargé d'hémoglobine.

On distingue deux types larvaires parmi les Cinronomus. Les larves rouges (fig. 24 et 25), de taille relativement grande, vivent dans les eaux à cours lent, mais se trouvent aussi dans les étangs el les mares, parfois même à de très grandes profondeurs ; elles se creusent, dans la boue, des tubes verticaux, qu'elles tapissent de lils soyeux sécrétés par les glandes salivaires. Elles possèdent deux fausses-pattes sur le segment i)rothoracique (tig. 25, a) et deux

Fig. 26. — Nymptie de Chirotionms plumosiis vue de prolil, d'après Meinert.

autres sur le dei-nier article de l'abdomen {c) ; elles portent en outre une paire de longs tubes respiratoires sur le pénultième et l'antépénultième segments {b). La nymphe est renfermée dans le tube soyeux qui abritait la larve; elle ne se nourrit pas, ne nage pas et se met en rapport avec le milieu ambiant au moyen de deux longues houppes filamenteuses qu'elle porte den ière la tète ; elle a en outre une plaque caudale frangée (fig. 26). Au bout de deux ou trois jours, elle devient flottante, monte à la surface et y reste jusqu'à l'éclosion. A ce type appar- Fig.27. — Ponie de Tuny- tiennent des espèces très répandues, comme p«.s//mcwto(us, d'après clitTonomus plumosm et Ch. dorsalis.

Miall. '

Dans l'auti-e type, la larve n'est pas rouge et n'est pas fouisseuse : elle vit souvent à la surface de l'eau et ne présente pas de tubes respiratoires à l'extrémité postérieure. La nymphe ressemble à celle des Dixidae et des Culicidae ; elle a deux trompes, au lieu de houppes de filaments respiratoires ; elle n"a pas de plaque caudale frangée, mais porte deux panaches de courtes soies.

\ " 'i.", B^îv^

DÉFINITION, CLASSIFICATION , 33

Les Chironomidae sont représentés en Europe par trois genres

Fig 28. — Larve adulte.de Tanypus varius, vue par la face supérieure, d'après Meinert. — u, glandes salivaires ; b, fausses-pattes postérieures; c, papilles anales; soies anales.

principaux : Ceratopoijon, C kironomus (1) et Tanypus (2), tous trois établis par Meigen. Plusieurs espèces se livrent au crépuscule à des danses aériennes : ces essaims sont presque entièrement composés de mâles; de temps en temps, un couple s'écarte, tombe à terre et s'accouple ; le mâle rejoint ensuite l'essaim, mais la femelle s'envole. O un coup de filet, on a pu capturer un essaim de 700 individus, qui tous étaient des mâles ; une autre fois, on a trouvé seulement 22 femelles sur un total de 3400 Insectes.

On connaît rien qu'en Europe plus de 30 espèces de Tanypus. Les œufs sont pondus dans les eaux dormantes peu profondes et herbeuses ; ils

. (1) Zuckmûcke de Wiedemann ; Midge des Anglais. (2) Streckfussmiicke de Wiedemann.

Fig. 29. — Larve adulte de Tanypus varins, vue de profil, d'après Meinert. — a, les deux fausses-pattes antérieures ; les deux fausses-pattes postérieures; c, papilles anales: (/, soies anales.

Fig. 30 — Nymphe de Tanypua vanin vue de profil, d'après Meinert.

forment une niasse gélatineuse arrondie (fig. 27). La larve (fig. 28

et 29) a un aspect bien spécial, qui ne permet pas de la confondre avec celle des Culicides. Elle construit avec sa salive un fourreau cylindrique, qu'elle fixe sur une feuille submergée ou sur une pierre et où elle peut se retirer en entier : le plus souvent, elle en fait sortir ses premiers anneaux et frappe l'eau de bas en haut, probablement pour faciliter sa respiration. Elle peut sortir de son fourreau et se déplacer librement dans l'eau ; elle nage très peu, bien que de Geer assure qu'elle « nage comme un Serpent ». Les larves écloses en automne sont capables de passer tout l'hiver dans l'eau ; elles ne se transforment en nymphes qu'au premier printemps et accomplissent quelques jours après leur dernière métamorphose.

La nymphe (fig. 30 et 31) est vive et alerte : quand elle est au repos, elle se tient à la surface de l'eau, les trompes en contact avec l'air atmosphérique ; vient-on à la troubler, elle plonge. Elle ressemble à la nymphe des Moustiques, mais s'en distingue facilement, à cause des quatre paires de ventouses qu'elle porte sur le bord latéral des anneaux 3 à 6 de l'abdomen : elle peut se fixer à quelque objet à l'aide de l'un ou l'autre de ces organes.

Les Ceratopor/on (fig. 32), dont on connaît un très grand nombre d'espèces (1), se distinguent par divers caractères : ils ont une trompe proéminente, qui leur permet de sucer le sang ; ils n'ont ni alula ni incisure axillaire, ou bien ne les présentent qu'à l'état rudimentaire (lig. 23, c). La larve vit sous les écorces, dans le fumier, etc. ; elle a les pattes allongées sous l'abdomen et non repliées sous le thorax.

(1) Schiner en décrit 59 espèces pour l'Autriche seulement ; il y en a beaucoup d'autres en Europe.

5 ij

Il Y

Fig. 31 — Extrémité postérieure d'une nymphe de Tanypiis varius.vue par la face dorsale, d'après Meinert.

DÉFINITION, [^CLASSIFICATION

Une espèce, qui est très répandue clans l'Italie moyenne et méridionale et qui est probablement nouvelle (Centrotypus irrUaus Noé), tourmente horriblement l'Homme pendant la seconde moitié de juin et pendant tout le mois de juillet; elle disparait à la fin de juillet ou dans les premiers jours d'août. Elle pique de préférence

Fig. 32. — Ceratopogon Dufouri, d'après Laboulbène. — a, mâle très grossi ;

b, tète du mâle.

le matin, quand le soleil est déjà levé, mais continue aussi ses attaques pendant la journée et même de nuit, quand la lune brille. En certaines localités, les ouvriers des champs sont contraints d'abandonner leur travail, tant sont nombreuses et importunes les hordes de ces petits animaux qui viennent les assaillir. Cet Insecte abonde dans les régions basses, aù sévit le paludisme ; il n'a pourtant rien à voir avec cette maladie, car sa saison ne coïncide pas avec celle des fièvres et Grassi a prouvé par l'expérience qu'il est incapable de transmettre la Plasmodie (1). On le trouve aussi parfois dans des localités non palustres, par exemple sur la place Victor-Emmanuel, au centre même de Rome.

Ceratopogon sordidellus Meigen (2) est répandu sur toute la côte occidentale du Grœnland ; il s'y montre le soir en essaims considérables et est un véritable fléau, à cause de sa piqûre douloureuse (3). A Cuba vit Œcacta furem Poey, vulgairement appelé Jejen (4). Cet Insecte (fig. 33 et 34) atteint à peine ImmQ longueur ;

(1) Trois paludiques ont été piqués par 28 « Serrapiche », sans que la Plasmodie subisse le moindre développement chez aucun de ces Insectes.

(2) Synonymie : CiUex pulicans 0. Fabricius, Fauna Grœnlandiae, 1780. n°211, p. 173; non C. pulicaris Linné.

(3) W. LuNDBECK, Diptera groenlandica. Videmkab. Meddelelser fra naturh. Forening, p. 236-314, 1898; cf. p. 269.

(4) F. Poey, Memorias sobre la histnria natural delà isla de Cuba. Habana, in-8», 1851 ; cf. I, p. 236.

il a une trompe courte et rigide, des ailes élargies et ressemble aux Simulies. On le voit surtout à l'emboucliure des tleuves et au bord de la mer ; il forme des nuées sur certaines plages et constitue pour l'Homme et les animaux un tléau plus redoutable que les Moustiques eux-mêmes. Son extrême petitesse lui permet de frapper les yeux et de pénétrer dans les fosses nasales. Il suce le sang, au dire de Poey, et sa piqûre n'est pas moins cruelle que celle des grands Diptères.

Gulicidae. — Insectes très délicats. Antennes longues, grêles et plumeuses, surtout chez le màle.

Palpes rarement pendants, le plus souvent raides et longs comme la trompe, dont ils égalent souvent la longueur. Trompe longue et dirigée en avant, à part de rares exceptions {Coretkra, MoMonijx).

Fig. 33. — Œcacta fureiix très grossi, d'après Poey.

Fig. 34. — Œcacta furens: tête vue par su face supérieure, d'après Poey; l'antenne droite a été supprimée.

Pas d'ocelles. Thorax relevé en bosse. Pattes longues et grêles, inaptes à la marche. Ailes délicates , ayant souvent plus de six nervures longitudinales ; des écailles sur les nervures et tout le long du bord postérieur.

Le développement se fait dans les eaux stagnantes. Larve nageuse, apode, encéphale, pourvue d'yeux, amphipneustique

DÉFINITION, CLASSIFICATION

(Culex, Anophèles) ou métapneustique (Corethra). Lèvre inférieure représentée par une lame triangulaire dentée. Extrémité postérieure diversement conformée, mais toujours pourvue d'appendices en rapport soit avec la locomotion, soit avec la respiration; elle porte les deux seuls orifices stigmatiques auxquels viennent aboutir les gros troncs trachéens longitudinaux qui inhalent l'air atmosphérique {Culex, Anophèles, Mochlonyx). Nymphe nageuse, en forme de clou à grosse tête ou de point d'interrogation, les pattes de l'imago en voie d'évolution étant repliées sous le thorax.

Cette famille se divise en deux groupes naturels, caractérisés par leurs mœurs et par certains points de leur anatomie ou de leur évolution :

1° CoRETHRiNAE. — Rostre court, palpes pendants. Insectes de plein air, qui ne pénètrent dans les habitations que par exception ; ils ne piquent ni l'Homme ni les animaux et, par conséquent, ne jouent aucun rôle appréciable dans la propagation des maladies. En raison de leurs affinités avec les Moustiques, il convient d'indiquer brièvement leurs principaux caractères.

Deux genres :

1" Corethra Meigen, 1803 (1). — Ce genre comprend 12 espèces, d'Europe, des Philippines et des Etats-Unis. Corps allongé et pubescent. Tête petite, yeux séparés dans les

Fig. 35. — Tête de Corethra vue de profil, d'après van der Wulp. — a, mâle

b, femelle.

deux sexes (fig. 35).

Rostre plus court que l'antenne, muni en avant de deux protubérances ar -

rondies et velues. oc *-i ^ ^ ,i , ■

\ tig. 36. — Aile de Corethra plumicorms.

Antennes à 14 arti- d'après Meinert.

(1) Biischelmucke de Wiedemann.

des, à peu près aussi longues que le thorax, très velues chez le mâle. Ailes un peu plus courtes que l'abdomen, poilues, ornées d'écaillés sur les nervures (fig. 36) : la médiastine se termine vers le milieu de la longueur de l'aile, les deux branches de sa bifurcation finissant à l'extrémité de celle-ci; la cubitale naît de la prébrachiale transverse ; la subapicale se bifurque vers son extrémité; le bord postérieur est entaillé à sa base. L'armature génitale du mâle (fig. 37) est très analogue à celle des Moustiques.

Les œufs sont pondus dans des masses gélatineuses arrondies, qui flottent sur l'eau et contiennent chacune 100 à 150 œufs disposés en spirale sur une seule couche. Il sont posés de préférence dans les marnières ou de petits lacs escarpés, à eau claire et peu profonde. La larve (fig. 38 et 39) est carnassière : ordinairement immobile entre deux eaux, elle garde une position horizontale et happe au passage les petits Entomostracés (Daphnies, Cypris). Quand elle vient d'éclore, les deux paires de grands sacs que présente son appareil

Fig. 37. — Extrémité postérieure de Corethra plumicornis, montrant l'appareil mâle de fixation, d'après Meinert. — a, parties principales de la pince; b, styles.

Fig. 38. — Larve adulte de Corethra plumicornis, vue de profil, d'après Meinert. , — a, paire |antérieure de sacs aériens ; b, paire postérieure ; c, éventail natatoire.

trachéen (fig. 38, a, b) sont remplies de liquide ; ce n'est que plus tard, après une première mue, qu'elles se remplissent d'air. La larve demi-adulte ou adulte peut passer l'hiver dans l'eau; elle ne se transforme en nymphe qu'au printemps suivant.

La nymphe (fig. 40 et 41) se tient verticalement entre deux eaux. C'est seulement à l'approche de sa métamorphose qu'elle monte à la surface et met ses trompes en contact avec l'air.

DÉFINITION, CLASSIFICATION 39

2o Mochlonyx Lœw, 1844. — Ce genre comprend trois espèces :

Fig. 39. — Tête d'une larve de Corethra plumicornis vue d'en bas, d'après Meinert. — a, antenries; b, faisceaux de soies du troisième métamère; c, lames du troisième métamère ; d, mandibules ; e, mâchoires; f, labre.

Fig. 40. — Nymphe de Corethra plumicornis vue de profil , d'après Meinert.— a, trompe; b , sac aérien postérieur ; c , lames caudales.

M. culiciformis (de Geer), M. velutinus Ruthe et M. effœtus Haliday ; toutes trois sont européennes. Il est probable que les deux dernières ne sont que des synonymes de la première.

L'adulte ressemble aux Corethra.

Rostre beaucoup plus court que la tète et le thorax, mais un peu plus long que la tête (lig. 42, 43 et 44). Palpes quadri-articulés, deux fois aussi longs que la trompe. Antennes à 15 articles augmentant de longueur Fig.4i.— Extrémitéabdo-

, , , . 1 , , • minale d'une nymphe

de la base au sommet, les deu.x derniers corethra plunncor-

étant beaucoup plus longs que les autres /us, d'après Meinert.

et verticillés. Nervures transversales des ailes (fig. 45) un peu plus

Fig. 42. — TtUe de Mochlonyx culicij'ormis ci*, d'après Meinert.

Fig. 43. — Tète de Mochlonyx culiciformis 9» d'après Meinert.

écartées du bord que chez Corethra; branches de bifurcation des nervures bil'urquées plus de deux fois aussi longues que leur tronc. Second article du tarse plus long que le premier, tandis que celui-ci est, dans les

Fig. 44. — Hypopharynx de Mochlonyx cuHciformis ^, d'après Meinert.

Fig. 45.

Aile de Mochlonyx culiciformis Ç, d'après Meinert.

Fig. 46. — Extrémité postérieure de Mochlonyx culiciformis cf, d'après Meinert. — a, parties principales de la tenaille; b, styles ; c, griffes inférieures de la tenaille.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

autres genres, l'un des plus longs articles. Griffes grandes, avec une dent accessoire. Armature génitale du mâle très semblable à celle des Moustiques (fig. 46).

Fig. 47. — Larve adulte de Mochlonyx culiciformis, vue de profll, d'après Meinert. — a, antenne; b, labre; c, un des sacs à air de la paire antérieure; d, un des sacs à air de la paire postérieure ; e, siphon respiratoire ; (, éventail natatoire.

d, peignes du deuxième métamère; Fig. 49. — Nymphe de Mochlonyx culi-

e, yeux ; /', labre. cifurmis vue de profll, d'après Meinert.

La larve (tig. 47 et 48) se trouve dans les eaux des bois, notamment dans les fossés dont l'eau est assez pure et à faible courant ; elle y vit souvent par bandes avec des larves de Culex. Elle se tient horizontalement, à une assez grande profondeur ; elle monte rarement assez près de la surface pour pouvoir mettre son siphon respiratoire en relation avec l'air atmosphérique. Elle vit de proie vivante et s'attaque de préférence aux petits Crustacés.

La nymphe (tig. 49 et 30) se lient aussi toujours sous l'eau, à

une faible profondeur ; elle peut y rester très longtemps imnnobile. Elle monte rarement à la surface ; ses deux trompes sont bouchées par des mucosités.

2° CuLiciNAE. — Trompe longue; palpes rectilignes, parallèles à la trompe et atteignant souvent sa longueur (lig. 51 et 52). Ailes couvertes d'écaillés sur les nervures et sur le bord

Fig. SO. — Extrémité postérieure d'une nymphe de Mochlonyx culiciformis , vue par la face supérieure, d'après Meinert.

Fig. oi. — Tète de Culex, d'après van der Wulp. a, mâle-, b, femelle.

postérieur (fig. 53). Insectes fréquentant les bosquets, les jardins et pénétrant d'ordinaire dans les écuries, les étables, les maisons.

Fiîï. 52. — Tête d'Anopheleit, d'après van der Wulp. — a, mâle; b, femelle.

Fifï. 53. — Aile de Culex, d'après van der Wulp.

Ils piquent l'Homme et divers animaux et jouent un rôle considérable dans la propagation de diverses maladies. C'est d'eux exclusivement que, pour ce motif, nous allons nous occuper dans la suite de cet ouvrage.

Genres principaux : Aëdes, Anophèles (1). Culex (2), Psorophora, Sahethes. Genres secondaires ou douteux : Hœmagogus, Heteronycha.

(1) Gabelmûcke de Wiedemann.

(2) Stechmiickp de Wiedemann.

DÉFINITION, CLASSIFICATION

Tanthinosoma, Ochlerotatus, Stegomyia, T senior hynchus, Uranotœnia. Nous discuterons plus loin leur validité.

Philippi a fait connaître en 1865, sous le nom de Plettusa, un genre nouveau de Nématocères du Chili ; il y rangeait quatre espèces et le rattachait aux Culicidae. Osten-Sacken a montré qu'il s'agissait en réalité de Tipulides du genre Geranomyia Haliday, 1833 (Aporosa Macquart, 1838).

L. C. MiALL, Tfie natural history of aquatic Insects. London, in-S» de 395 p.,

R. A. Philippi, Aufzâhlung der chilenischen Dipteren. Verhandlungen der zool.-hot. Ges. in Wien, XV, p. 595-782, 1865; cf. p. 595-597.

Fr. V. Theobald, An account of British Flies (Diptera) London, 1 vol. in-8<> de XX-215 p., 1892. — Tome premier, comprenant les Pulicidae, Cecidomyidae, Mycetophilidae, Bibionidae, Simulidae et Chironomidae.

A. Weismann, Die Métamorphose der Corethra plumicornis . Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, XVI, p. 45-127, 1866.

Page 1