ORGANISATION INTERNE
Nous n'indiquerons ici que les points de l'anatomie des Moustiques qu'il est indispensable de connaître.
Appareil digestif. — On y distingue trois régions : l'antérieure, qui comprend la bouche, le pharynx et l'œsophage; la moyenne, formée par l'estomac; la postérieure, constituée par l'intestin. Diverses glandes sont annexées à la première et à la dernière région.
La bouche s'ouvre à l'extrémité antérieure de la tète, à la base du canal aspirateur formé par le labre et l'hypopharynx. A sa suite viennent le pharynx (fig. 89, p), situé dans la partie postérieure de la tête, et l'œsophage {œ} ; renfermé dans le thorax. A l'extrémité antérieure de l'œsophage débouchent le jabot (j) et les glandes salivaires (gs). L'estomac (e) occupe la partie antérieure de l'ab domen ; il s'étend plus ou moins en arrière, suivant son état de réplétion. L'intestin s'étend le long des quatre derniers anneaux de l'abdomen ; il se dilate en une ampoule rectale vers son tiers postérieur (a), puis aboutit à l'anus, qui est terminal. A l'extrémité antérieure de l'intestin débouchent les tubes deMalpighi (tm), qui sont au nombre de cinq chez tous les Moustiques et représentent l'appareil excréteur.
Reprenons chacune de «es parties, maintenant que nous avons une vue d'ensemble de l'appareil digestif.
Le pharynx est par excellence l'appareil de succion. Sur une coupe transversale (fig. 90 et 91), il a l'aspect d'un triangle isocèle, à base supérieure et à angles arrondis. Sa face interne est revêtue d'une couche de chitine qui, à chaque angle, forme un repli assez notable : de la sorte se trouvent constituées trois crêtes longitudinales élastiques, qui maintiennent béante la cavité de l'organe (cp) ; son extrémité antérieure est munie d'une valvule qui empêche le
MORPHOLOGIE ET ANATOMIE
sang de refluer dans la bouche. Sur les trois faces de la paroi externe s'insèrent de puissants faisceaux musculaires (m), qui vontjd'autre
Fig. 88. — Coupe longitudinale schématique d'Ànophele>i, pour montrer la position des viscères, d'après Grassi.
part s'attacher sur le tégument: la face supérieure ou base du triangle pharyngien donne insertion à deux muscles verticaux; sur chacune des autres faces s'implante un muscle oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Ces muscles radiaires ont un rôle très facile à comprendre : en se contractant, ils dilatent le pharynx et
Fig. 89. — Anatomie du Moustique, d'après Polaillon. — a, ampoule rectale ; e, estomac ; gs, glandes salivaires; h, hypopharynx ; y, jabot; /, labre ; m, muscles thoraciques ; cp, œsophage ; p, pharynx ; t, gaine de la trompe ; tm, tubes de Malpighi.
aspirent le sang à son intérieur, par la simple action de la pression barométrique, pourvu que l'Insecte les mette en jeu au moment même où il pique un vaisseau capillaire ; en se rehàchant, ils refoulent le sang en arrière, vers l'estomac et le jabot.
Ce dernier^ auquel certains auteurs donnent à tort le nom d'estomac suceur, n'a rien à voir avec le phénomène de la succion; en effet, il est entièrement dépourvu de muscles dilatateurs. C'est une sorte de poche asymétrique, située à gauche et en bas, et débouchant dans l'œsophage par un petit canal. Sa paroi est
formée, de dedans en dehors, d'une mince cuticule chitineuse, d'une couche épitliéiiale et d'une mince couche musculaire. Celle ci, en se contractant, fait refluer jusque dans l'œsophage le liquide dont l'Insecte s'est gorgé et dont les ondées sont venues remplir et distendre le jabot. Au point où le jabot s'unit à l'œsophage, on voit de chaque côté deux jabots accessoires, dont les fonctions sont encore inconnues.
L'estomac (fig. 89, e) est séparé de l'œsophage par une valvule. C'est une vaste poche dans laquelle on reconnail une partie antérieure assez rétrécie et une partie postérieure ou ventricule chi/lifique, très dilatée. Sa paroi comprend, de dedans en dehors, une couche épithéliale, une première couche élastique et musculaire à fibres transversales, une seconde couche élastique et musculaire à fibres longitudinales; entre ces deux tuniques contractiles s'insinue une petite quantité de tissu conjonctif.
Appareil salivaire. — Cet appareil est bien développé (fig. 92 et 93). Il couiprend deux paires de glandes tubuleuses, logées dans la
jm m
Fig. 90. — Coupe de la partie postérieure de la tète passant par le pharynx, d'après Polaillon. — c/), cavité du pharynx; es, canal salivaire ; fn\, faisceaux musculaires; (JC, ganglion cérébelleux ; m, muscles dilatateurs du pharynx ; /(, filet nerveux central ; j», paroi du pharynx; trachées.
partie antérieure et latérale du thorax (fig. 89, qs). Chaque glande est trilobée (fig. 92, 2 ; fig. 93), ses trois lobes étant disposés sensiblement suivant un plan vertical ; celui du milieu est plus court et plus globuleux que les deux autres, dont il se distingue encore par
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sa structure. Les trois lobes se réunissent pour former un canai excréteur unique (fig. 93, c), qui se porte en avant : dès qu'il a pénétré dans la tète, il se fusio.nne avec son congénère. Ainsi se forme un canal salivaire unique (fig. 92, 1, du), qui chemine sous le tube digestif, passe entre les deux muscles dilatateurs inférieurs du pharynx (fig. 90, es), se dilate en une petite ampoule munie de muscles rétracteurs et élévateurs, puis débouche finalement sur l'hypopharynx.
Les tubes glandulaires sont constitués essentiellement par une couche épithéliale tapissée d'une mince membrane chitineuse en dedans et d'une mince membrane amorphe, de nature conjonctive, en dehors. Les cellules sont cylindriques, à noyau basilaire ; le protoplasma est dense dans la partie profonde, plus diflfluent et chargé de
Fig. 91. — Coupe transversale passant par la partie postérieure de la tête d'une femelle de Cxilex, pour montrer le bulbe œsophagien triangulaire et les muscles qui le dilatent.
D'après Dimmock.
Kig. 92. — Appareil salivaire des Moustiques, d'après Mackloskie. — 1, partie antérieure ; 2, partie postérieure plus grossie. — cb, ganglion cérébroïde ; du, canal excréteur; Ire, trompe; m, muscle; n, nerf; ce, œsophage; pg, glande impaire ou venimeuse ; sp, glande paire ou salivaire.
liquide dans la partie superficielle. Celte structure, qui est celle des glandes mérocrines, est surtout apparente sur la glande médiane, qui n'a évidemment pas la même fonction que les deux autres.
Mackloskie pense que ces dernières sécrètent la vraie salive, c'està-dire un liquide renfermant une diastase, tandis que le lobe médian produirait un venin, auquel ij faudrait attribuer les principaux phénomènes qui accompagnent la piqûre du Moustique : vaso-dilatalion locale, atténuation de la coagulabilité sanguine, irritation consécutive. Du mélange de ces deux liquides résulte une sorte de salive mixte, que l'Insecte inocule par sa piqûre et à laquelle, contrairement à l'opinion de Mackloskie, il n'est pas
nécessaire de supposer des propriétés diastasiques , puisqu'elle ne joue évidemment aucun rôle dans la digestion.
Système musculaire. —
Nous avons déjà décrit les muscles du pharynx, qui prennent leur insertion tixe sur le tégument et leur insertion mobile sur l'organe qu'ils sont chargés de dilater. D'autres muscles splanchniques dilata-
Fi^ 93. - Glande, saiivaire d'Anophelrs, ,Japrès ^ analogues à Ceux-ci,
(jrassi. Les deux lobes latéraux représentent , .
la glande saiivaire proprement dite ; le lobe s'attachent auSsi SUr les
médian est une glande à venin. — c, canal autres régions de l'appa-
excréteur de la glande. i j- . t i .1
^ reil digestif ; ils sont beau-
coup moins importants et ne méritent pas de nous arrêter. De même, on peut passer sous silence les muscles longitudinaux, qui raccourcissent le corps en faisant rentrer les anneaux les uns dans les autres ; les muscles moteurs des appendices céphaliques, les muscles de l'appareil génital, etc.
Au point de vue qui doit nous occuper ici, les seules masses musculaires que nous ayons à considérer sont celles qui meuvent les pattes et les ailes, non seulement à cause de leur développement considérable, mais aussi parce que c'est à leur intéiieur que viennent se loger les embryons des Filaires du sang, pour y accomplir certaines métamorphoses. Ces masses musculaires sont disposées
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symétriquement de chaque côté du thorax (fig. 89, m). On les divise en muscles abducteurs et adducteurs des pattes, abaisseurs et releveurs des ailes. Les muscles moteurs des ailes sont constitués par de gros faisceaux parallèles, disposés suivant deux directions principales : les uns sont antéro-postérieurs, les autres sont verticaux. Malgré ces muscles puissants, les Moustiques sont mal doués au point de vue de la locomotion aérienne ; ils sont incapables de s'envoler à quelque distance.
Appareil respiratoire. — Bornons-nous à dire que le système trachéen communique avec l'extérieur par des stigmates situés sur les flancs. Ces orifices ont l'aspect de petites boutonnières. Le piaulement que produit l'Insecte en volant serait causé par les vibrations d'une membrane tendue dans une petite dilatation ampullaire que présentent les trachées à leur origine, immédiatement au-dessous du stigmate.
s. R. Christopders, The anatomy and hislology of the adult female Mosquito. Royal Society. Reports of'tlie malaria Commitlee, fourtii séries. London, in-8" de 20 p. avec 6 pl., 1901. — Ce mémoire nous parvient au moment de donner le bon à tirer de la feuille 3.
G. DiMMocK, The anatomy of tlie mouth-parts and of the sucking apparatu& of some Diptera. Roston, in-S» de 60 p. avec 4 pl., 1881.
J. R. Smith, A contribution toward a knowledge of the moulh parts of the Diptera. Transactions of tlie amer, entomoi. Soc, XVII, p. 319, 1890 ; cf. p. 323-326, pièces buccales des Simulies.
J. J. WooDWARD, On the marking of the body-scale of the English Gnat and the American Mosquito. Monthly micr. Journal, XV, p 233-237, 1876.