‹ Les moustiques, histoire naturelle et médicaleChapitre 389 sur 414 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

HARVEY GIBSON, REES,etc,

sporulation.

Amœbula [R.], Amœba.

sporocyste [R.], trophozoïte.

corps en rosace.

spore [R.], gymnospore.

corps stériles, sphères libres, corps sphériques, croissants, Laverania.

ovum [H. G.].

Àntheridiwn .

sperm (H. G.], flagelle.

oosperm [H. G.], travelling vermicule [R.]. .

zygote [R.].

zygotomères [R.] (3).

blastophores [R.J (4).

zooid[H. G.], sporozoïte [R.].

■Il E. Bat La>kesteb, (juarleHy Journal of micr. se, p. 581, 1900.

2 E. Rat Laxkesteb, On a convenient termioology (or the various stages of tlie malaria parasite. Royal Society, Reports ta the malaria Committee, VII, p. 47, 1902. BritisH méft. Journal, I, p. 652, 1902. Nature, LXV, p. 499, 1902. (3) BégQltaot de la division du zygote. I*) Résultant de la transformation des zygotomères.

à distinguer des schizontes. Ils finissent par tomber dans le plasma''et y peuvent demeurer assez longtemps. Le macrogamète émet un ou deux globules polaires. Le microgamétocyte émet, dans les mêmes conditions que celui de Pl. virax, des microgamètes qui se conjuguent avec les macrogamètes ; il en résulte la formation de zygotes qui, dans l'organisme d'un Moustique approprié, parcourent le cycle sporogonique qui nous est déjà connu.

Plasmodium malariue cause la fièvre quarte régulière; il accomplit son cycle scbizogonique dans l'espace de 72 heures. On l'observe surtout dans les pays tempérés et subtropicaux.

Plasmodium falciparum (Welch, 18!>7).

Sunonymie. — Oscillaria malariae Laveran, 1881, pro parte.

— Laverania malariae Grassi et Feletti (22) liOdéc. 1889. — Ilœmatuœha prœcox Grassi et Feletti, avril 1890, p. 6 (non p. 2) ; Grassi, 31 oct. 1891. — (( Ematozoo falciforme » Antolisei et Angelini, 1890.

— Amœha fehria quotidianne Marchiafava et Bignami. 1891. — A. feliris teriianae œstico avtuninalis Marchiafava et Bignami, 1891.

— Hœmamœha immaculata Grassi, 1891, p. 14 (non p. 13). — Plasmodium malariae quotidianae Celli et Sanfelice, 15 juillet 1891. — Usemamœha malariae prœcox Grassi et Feletti, 1892. — H. malariae immaculata Grassi et Feletti. 1892. — Pl. malariae irregularis Kruse, l^' juin 1892. — H. febris quotidianae Sakharov, 1892 (dénomination attribuée à Celli). — //. fehris irrcgnlaris Sakharov, 1892. — //. iMxerani Labbé, 1894, pro parte. — Hœmatozoon malariae falciparum Welch, 1897 (p. 36). — H. falciparum Welch, 1897 (p. .36 et 47) ; Thayer, 1899. — llœinosporidium sp. Lewkowicz, 1897. — 11. undecimanae Lewkowicz, 1897. — //. sedecimanac Lewkowicz, 1897. — H. ijigcsimo-tertianae Lewkowicz, 1897. — Plasmodium malariae incolor Schneidemûhl, 1898. — Pl. malariae irregularis Weichselbaum, 1898. — Pl. malariae prxcox Labbé, 1899. — Pl. malariae immaculatum Labbé, 1899. — Haemomenas prœcox Ross, 3 août 1899. — Hsemamœha malariae var. parva Laveran, 1900. — Plasmodium immaculatum Schaudinn, 1902. — Laverania prsecox Nocard et Leclainche, 1903.

Le schizonte (fig. 278, III; fig. 279) est petit et très actif à l'intérieur du globule rouge ; à l'état de repos, il paraît annulaire ; on en voit souvent deux ou trois dans la même hématie. Le pig-

ment est constitué par de fines granulations noires, ayant une tendance marquée à se rassembler en une seule masse ; il fait souvent défaut, le protoplasma étant alors capable de digérer complètement l'hémoglobine, comme cela se voit ordinairement chez les Hémosporidies des Mammifères. Tout d'abord le globule ne semble pas modifié; puis il se décolore, en tirant sur le jaune ou le cuivre ; il n'y a pas de granulations de Schiiiïner.

La schizogonie ne s'observe qu'exceptionnellement; elle s'accomplit dans les capillaires des viscères et des organes internes, en un temps variable, depuis 24 jusqu'à 48 heures et plus (1). Elle aboutit à la formation de très petits mérozoïtes, dont le nombre varie lui-même dans les plus larges limites, de 4 à 30; le chitîre le plus habituel est de 6 à 12. Pour suivre ce phénomène, il suffit de ponctionner la rate sur le vivant; l'examen anatomo-pathologique permet aussi de constater qu'il s'accomplit non moins activement dans la moelle rouge des os, dans le poumon, l'intestin, le pancréas, le rein, la capsule surrénale, le foie, le cerveau, etc. Quand la schizogonie est particulièrement active dans ce dernier organe, les symptômes nerveux s'accentuent, par absorption directe des toxines abondamment déversées dans les capillaires de l'encéphale.

Les gamètes se montrent plus ou moins vite après le début de la maladie, parfois dès le cinquième jour; toutefois, il est rare de les rencontrer dans le sang avant une semaine. Ils sont tout à fait caractéristiques, grâce à leur forme en croissant ou plutôt en saucisse, leurs deux extrémités étant arrondies. Klencke les avait observés déjà en 1843; on les connaît depuis Laveran sous le nom de corps en croissant ou de corps semilunaires . Grassi et Feletti les tenaient pour une forme parasitaire spéciale, le Laverania malariae (voir p. 449); Mannaberg les considérait comme des syzygies déri' vaut de la conjugaison de deux ou quatre jeunes individus, qui se reproduiraient par division transversale ; en suivant leur évolution dans la moelle osseuse, Bastianelli et Bignami ont fait justice de ces erreurs.

Le schizonte destiné à produire le gamète diffère des Plasmodies ordinaires par la quantité et la disposition de son pigment, par la quantité de sa chromatine et par ses réactions colorantes. Il prend

(1) Il en résulte qu'on trouve dans le sang des parasites à des stades divers.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

un aspect fusiforme, puis s'étire progressivement, s'incurve sur lui-même et s'épaissit à ses extrémités, de manière à prendre l'aspect semi-lunaire, tel que nous l'avons défini. Il remplit peu à peu l'hématie, puis la déborde, en sorte cfue les débris de cette dernière se voient dans sa concavité : c'est une masse lenticulaire plus ou moins réduite, plus ou moins incolore, souvent très difficile à définir, l'absence d'hémoglobine lui ayant fait perdre toute affinité pour l'éosine. On trouve dans le sang périphérique des corpuscules ainsi constitués, mais le résidu globulaire est absorbé progressivement par le gamète. Désormais entièrement constitué, celui-ci continue de circuler dans tout l'organisme : cet état de choses peut durer des mois, tant par la persistance des mêmes gamètes que par la production plus ou moins active de gamètes nouveaux, qui abandonnent les organes profonds pour envahir le sang périphérique. A ce point de vue, les choses se passent essentiellement comme nous l'avons déjà dit pour le Plasmodiuin civax.

On distingue deux formes parmi les gamètes semi-lunaires. Le macrogamète se reconnaît à ce que son pigment est condensé à la partie moyenne ; par la méthode de Romanovsky, le protoplasma se colore fortement et la chromatine se présente en une seule, plus rarement en deux masses noyées au milieu du pigment. Le microgamétocyte se colore plus faiblement; la chromatine est disposée en quatre ou cinq masses et le pigment est disséminé dans tout le protoplasma.

La forme semi-lunaire n'est d'ailleurs que transitoire. Le gamète prend petit à petit la forme ovale, puis arrondie : à côté de corps en croissant, le plasma sanguin renferme donc des gamètes sphériqueSj tout comme dans la tierce; ces derniers conservent la structure et les réactions que nous venons d'indiquer, en sorte qu'ilestaiséde déterminerleursexe. La transformation du croissant en corps sphérique résulte d'une simple imbibition par le plasma sanguin ; elle est lente et progressive, mais s'accomplit en quelques instants si l'on dilue le sang avec de l'eau ; dans ce cas, on voit les macrogamètes émettre un ou deux globules polaires, qui restent d'ordinaire adhérents à la surface. Il en est de même quand les croissants arrivent dans l'estomac d'un Moustique (1) : dans

(1) R. Ross, Some observations on the crescent-sphere-flagella metamorphosis oE the malaria-parasite witliin tlie Mosquito. Proceediiigs of llie South Indian Brunch British med. Assoc, Madras, in-S" de 16 p., 17 décembre 1895.

l'espace d'un quart d'heure environ, ils prennent la forme sphérique et leur pigment est agité d'activés oscillations, prélude de la production des microgamètes et de la copulation.

Plasmodium falciparum cause une fièvre d'un type irrégulier, fréquemment pernicieuse ou maligne. Suivant sa périodicité, on la désigne sous le nom de fièvre quotidienne (apparaissant toutes les 24 heures), fièvre tierce maligne ou sub-tierce (revenant toutes les 48 heures), fiènre irrégulière, fièvre atypique (quand les accès sont plus ou moins espacés) ; dans tous les cas, le gamète en croissant est caractéristique de l'affection.

Les fièvres bénignes s'observent surtout au printemps et dans les pays tempérés ; la fièvre pernicieuse sévit un peu plus tard et de préférence dans les pays chauds : d'où les noms de fièvre estivoautomnale (Marchiafava et Celli) et de fièvre tropicale (Koch) qui lui ont encore été donnés. Mais ces dénominations n'ont rien d'absolu : dans les contrées où les fièvres bénignes sont répandues, les accès d'été et d'automne relèvent de la tierce bénigne ou de la quarte; d'autre part, la fièvre pernicieuse est commune dans le sud de l'Europe, par conséquent en dehors des régions tropicales ; dans ces dernières, elle peut s'observer en toute saison.

Grassi et Feletti ont distingué dans la fièvre quotidienne deux formes parasitaires : Hœmamœba prœcox à schizonte pigmenté, produisant la quotidienne avec tendance à l'anticipation, et H. immaculata à schizonte non pigmenté ; la tierce maligne devait être elle-même attribuée à un autre parasite. Mannaberg a admis cette division ; d'autres, comme Marchiafava et Celli, se sont bornés à distinguer la quotidienne de la tierce pernicieuse ; d'autres encore, comme Lewkowicz, ont témoigné d'une tendance à multiplier les espèces parasitaires, suivant la longueur de l'espace séparant les accès.

D'autre part, Grassi admet un Laverania malariae var. immitis et un L. malariae var. mitis, dont les manifestations cliniques sont bien différentes. Le premier cause la fièvre pernicieuse avec splénomégalie , telle qu'on l'observe dans les pays chauds et dans l'Italie méridionale et moyenne. Le second provoque une lièvre tenace, mais légère, rarement mortelle et souvent sans tuméfaction de la rate, telle qu'on la constate dans la haute Italie, en Catalogne, en Istrie : c'est la vraie fièvre estivo-automnale de Golgi, la febbre

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDLSME

agostana de la vallée du Pô. Dans les deux cas, le parasite est identique; tout au plus peut-on admettre que, dans le premier cas, les gamètes envahissent plus tardivement et en moins grand nombre le sang périphérique : la schizogonie se répéterait donc un plus grand nombre de fois dans l'intimité des viscères, d'où plus abondante production de toxines et signes cliniques plus graves.

Malgré ces distinctions, la pluralité spécifique du parasite des fièvres pernicieuses est loin d'être démontrée. On s'accorde, au contraire, à admettre son unicité : les variations de sa structure et de sa périodicité tiendraient en partie à sa nature même, en partie à la réaction de l'organisme qu'il envahit.

Les sels de quinine font disparaître rapidement les schizontes, mais les gamètes continuent de circuler dans le sang. Dans les conditions normales, c'est-à-dire en dehors de toute médication, les microgamétocytes disparaissent assez promptement, mais les macrogamètes ne se détruisent point : ils persistent fort longtemps, sans provoquer aucun accident et sans exercer aucune action sur l'état physiologique. Le malade paraît guéri, et en effet, si l'on injecte du sang ne renfermant que des gamètes dans les veines d'un individu sain, celui-ci, même au bout de cinq semaines, n'a ni fièvre ni parasites dans le sang. Toutefois, la guérison n'est qu'apparente, et plus ou moins tôt il se produit une rechute, par un processus identique à celui que nous avons signalé chez Plasmodium vivax ; la seule différence tient à ce que le macrogamète se coupe en deux parties, dont l'une produit des mérozoïtes capables d'infester les globules rouges (i). I^'autre moitié constitue sans doute, comme dans la tierce bénigne, un résidu dont les phagocytes vont bientôt s'emparer ; Pittaluga pense plutôt qu'elle garde sa vitalité et est capable de se subdiviser à son tour, pour donner naissance à des mérozoïtes qui rendent plus rapide la réinfection des hématies.

Plasmodium Kochi (Laverau, 1899).

Synonymie. — Hxmamœba Kochi Laveran, 1899. Cet Hématozoaire a été découvert par Koch chez les Singes catarhiniens, de l'Afrique orientale ; il y a été revu par Zupitka ;

(1) G. Pittaluga, Partenogenesi dei inacrogameti di una varietà di Lacerania. Archives de Parasiiologie, VII, p. 389 '397, 1903.

Kossel a étudié les préparations de ces deux observateurs et a recherché le parasite chez les Singes du Jardin zoologique de Berlin, Au total, 6 Singes de l'Inde ont été trouvés sans Plasmodies ; sur 49 Singes africains, 19 portaient des parasites. Ceux-ci se trouvaient en moyenne dans 50 pour 100 des cas chez la Guenon verte (Cercopithecus sabœus) et dans 25 pour 100 des cas chez un Cynocéphale indéterminé.

Le parasite ressemble beaucoup à Plasmodium vivax, de la fièvre tierce. On ne trouve dans le sang pécipliérique que les gamètes, soit intraglobulaires, soit libres dans le sang et alors arrondis et capables de produire des flagelles. La phase schizogonique n'a pas été observée, même dans la rate ou la moelle des os. La rate est volumineuse, chargée de pigment noir, mais le parasite ne semble causer aucun trouble, du moins à la période où on l'a étudié : la température du corps des animaux ne subit aucune modification. En cet état, la maladie n'est pas plus inoculable au Singe par transfusion du sang, que ne le sont, chez l'Homme, les croissants ou gamètes de la quotidienne par injection infra-veineuse ou sous-cutanée.

En Afrique, les parasites se voient plus fréquemment chez les Singes de la côte que chez ceux de l'intérieur. Dans les jardins zoologiques d'Europe, ils deviennent de plus en plus rares et finissent par dispaïaître ; on n'en trouve plus chez les vieux Singes.

Plasmodium Danilevskyi (Grassi et Feletti, 1890).

Synonymie. — Laoerania Danileivsky Grassi et Feletti, mars 1S90. — Hœmamœba'prœcox Grassi et Feletti, avril 1890, p. 2 (non p. 6). — H. relicta Grassi et Feletti, janvier 1891. — //. immaculata Grassi, 1891, p. 517. — H. subprœcox, H. subimmaculata Grassi et Feletti, 1891. — Cytosporon malariae avium Danilevsky, 1891. — Proteosoma Grassii Labbé, 1894. — Cyto.<<poron malariae von Wasielewski, 1901.

Les Plasmodium ne sont pas rares dans le sang des Oiseaux, notamment chez les Passereaux et les Rapaces ; moins fréquents que les Hœmoproteus, ils se reconnaissent à leur schizonte arrondi, qui occupe ordinairement l'une des extrémités du globule rouge, le noyau étant refoulé vers l'autre pôle.

Ils ont été signalés tout d'abord par Danilevsky, en 1886 ; cet observateur en a fait une étude assidue, ainsi que des Hématozoaires

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

des Reptiles. En 1890, Grassi et Feletti firent connaître le Laverania Danilevskyi (1), qui n'est autre chose que Içs gamètes en croissant d'une Plasmodie dont le schizonte fut mentionné un peu plus tard sous le nom d'Hœmamœba prsecox (2). Les mêmes observateurs signalèrent encore H. relicta chez les Passereaux (3) et- H. immaculata chez le Faucon (4), puis H. subprœcox et subimmaculata, espèces nominales, accompagnées d'une description ou nulle ou insuffisante. On peut en dire autant des multiples espèces admises par divers observateurs, notamment par Ceili et Sanfelice.

Danilevsky considérait toutes les formes étudiées par lui comme appartenant à une seule espèce, le Cytosporon malariae avium. Labbé n'accepte aussi que le Proteosoma Grassii, espèce unique (( comprenant peut-être plusieurs variétés » ; il l'observe chez l'Alouette (Alauda arvensis) et le Pinson {Fringilla cœlehs). Von Wasielevvski partage le même avis et, reprenant la dénomination adoptée par Danilevsky, donne à son espèce unique le nom de Cytosporon malariae.

La question de la pluralité ou de l'unicité des Plasmodies aviaires est donc différemment interprétée par les auteurs. Les gamètes mûrs sont toujours arrondis, mais fréquemment ils passent par la forme semilunaire, ce qui plaide en faveur de la pluralité des espèces. En attendant qu'une bonne étude de ces parasites vienne éclairer leur histoire naturelle, on peut en effet conclure à leur diversité, non seulement d'après la dissemblance des gamètes jeunes, mais encore pour des raisons expérimentales.

L'inoculation d'un sang parasité dans les veines, dans le poumon ou sous la peau d'un Oiseau sain ne donne, en général, de résultats positifs que dans les limites d'une même espèce ; pourtant des espèces très voisines peuvent être douées d'une réceptivité plus ou moins grande et le Serin présente cette particularité au plus

(1) Grassi e Feletti, Parassiti malarici negli lîccelli. Bullettino mensile dell' Àccad. giuenia di se. nat. iii Catama, Xill, mars 1890, p. 3 ; Cenlralblalt fiir BakterioL, IX, p. 403, mars 1891.

(2) Grassi e Feletti, Ancora sui parassiti malarici degli Uccelli. Bullettino mensile, XIV, avril 1890; cf. p. 2 (non p. 6|.

(3) Grassi e Feletti, Nuova contribuzione allo studio délia malaria. Bullettino mensile, XVI, janvier 1891 ; cf. p. 19.

(4) B. Grassi, Verschiedene Untersuchungen. Centralblatt fiir Bakteriol., X, p. 317, 1891.

haut degré (1). Vu la grande ressemblance des Plasmodies aviaires avec celles de l'Homme, on a pensé à leur identité ; mais le sang paludique humain, inoculé aux Oiseaux, n'infeste jamais ceux-ci ; de môme le sang d'un Oiseau malade n'infeste pas l'Homme.

En attendant que les Plasmodies des Oiseaux soient l'objet de l'étude morphologique dont les dernières découvertes ont démontré la nécessité, on peut admettre comme type le Plasmodium Danilevskyi ; nous étudierons aussi Pl. Ziemanni, dont l'évolution est du plus haut intérêt.

Plasmodium Danilevskyi est répandu chez les Passereaux et les Rapaces, non seulement en Europe, mais encore aux Indes, dans le nord de l'Afrique, etc. (2). Cette espèce complexe est d'un intérêt historique considérable, puisque c'est en étudiant son évolution aux Indes, que Ross a découvert les métamorphoses des Plasmodium dans le corps des Moustiques. Déjà en 189o, il avait reconnu l'existence de kystes spéciaux, infiltrés de pigment noir, à la face externe de l'estomac d'/l/iop/ie/mae ayant sucé le sang d'un individu atteint de fièvre pernicieuse. En 1898, il reprit ces recherches sur les Plasmodies du Passer indiens et put en suivre toute l'évolution sporogonique dans l'organisme d'un Culex gris, qui peut être

(1) R. KocH, Ueber die Entwicklung der Malariaparaslten. Zeitschrift fiir Hygiène, XXXII, p. 1, 1899. — R. Ruoe, Untersuchungen ûber das deutsche Proteosoma. Centralblatt fur Bakteriol., XXIX, p. 187, 1901 ; Archiv fiir Schi/fs- unil Tropen-Hygiene, V, p. 174, 1901. — Von Wasiei.ewski, Ueber die Verbreitung und liûnstliclie Uebertragung der Vogelmalaria. Ai'chiv fiir Hygiène, XLI, p. 68, 1902.— On délaye 0 ce. 01 de sang parasité dans une petite quantité de bouillon siérilisé, puis on injecte 0 ce. 3 du mélange dans le muscle pectoral d'un Oiseau sain. Dans ces conditions, on peut inoculer avec succès l'Hématozoaire du Moineau ou du Chardonneret au Serin, au Pinson, au Rougegorge et au Bec-croisé (Kocb) ; celui du Pinson au Chardonneret, au Serin et à l'Alouette (von Wasielewski). Il arrive parfois que l'inoculation, même répétée, ne réussisse pas entre animaux de même espèce. Ce résultat, qui a beaucoup intrigué les expérimentateurs, s'explique aisément : ici comme pour le paludisme humain, un sang qui ne contient que des gamètes, à l'exclusion des schizontes, est incapable de produire l'infection.

(2) R. Ross, Pigmented cells in Mosquitos. Briiish med. Journal, 18 déc. 1897 et 26 févr. 1898. — Report on investigation into malaria. Indian med. Gazette, avril et mai 1898. — Preiiniinary Report on the infection of Hirds withProteosonia by the bites of Mo»quiloe>}. Nowgong, Assam, in-4° de 3 p., Il octobre 1898. — Report on the cultivation of Proteoaoma, Labbé, in grey Mosquitos. Indian med. Gazette, XXXIII, p. 401-408 et 448-451, nov.-déc. 1898. — InfecUon of Birds with Proteosonta by the bites of Mosquitoes. Indian med. Gazette, XXXIV, p. 1, janvier 1899.

Fig. 280. — Le Professeur Ronald Ross.

assimilé au C. pipiens ; il démontra en outre qu'un Culex, infesté expérimentalement et dont la salive renferme des sporozoïtes plus ou moins nombreux, est capable d'inoculer le parasite, par sa simple piqûre, à un Moineau sain.

(>es observations capitales ont été le point de départ de toutes nos connaissances récentes sur le paludisme, la fièvre jaune, la filariose et autres maladies redoutables dont les Moustiques sont les agents de transmission. La Société Royale de Londres envoya Daniels aux Indes pour contrôler les résultats obtenus par Ross; ces résultats furent confirmés de tous points (1). L'Académie des sciences de Stockholm a consacré ces découvertes en décernant à Ross le prix Nobel de médecine pour l'année 1902. Il n'est que juste de rappeler, à ce propos, que Manson a placé le premier sur le terrain scientifique la question du rôle des Moustiques dans la propagation du paludisme : il a été l'inspirateur et le guide de Ross au cours de ses mémorables observations.

L'évolution de Pl. Danilcvskyi est très semblable à celle des Plasmodies du sang humain. La sporogonie s'effectue chez Culex pipiens, ainsi que Ross l'a découvert (2) ; elle ne peut s'accomplir ni chez les Anophelinae ni chez des Culex tels que C. albopunctatus, C. penicillaris, C. pulchritarsis, C. vexans, ni chez Theobaldinella annulata. Une température de 24 à 30° est nécessaire pour que la sporogonie suive son cours régulier ; vers le dixième jour après qu'il s'est gorgé de sang, l'Insecte est déjà infectieux.

Culex pipiens joue un rôle important dans la propagation des Plasmodies aviaires ; il est établi expérimentalement qu'il transmet tout aussi bien celles des Rapaces nocturnes (Athene noctua) que celles des Passereaux {Passer indicus). Certaines formes se développent également chez Culex fatigans aux Indes et chez Theobaldinella nemorosa en Europe.

Plasmodium Ziemanni (Laveran, 1903).

Synonymie. — Leucocytozoon Danilewskyi Ziemann, 1898. — Hsemamœba Ziemanni Laveran, 1903. — Spirochœte Ziemanni Schaudinn,

(11 c. W. Daniels, On transmission of Prot&psoina to Birds by the Mosquito : a Report to tiie Malnria Committee of the Royal Society. Proceedings of the R. Soc, LXiV, p. 443-454, mars 1899.

(2) A. Basili, Fecondazione ed immunità per il Proteosoma nel Culex pipiens. Atti délia R. Accad. dei Lincei, Rendtcontt, (5), IX, p. 362, 1900.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

Ce parasite vit chez la Chevêche commune {Athene noctua) ; il a été découvert par Danilevsky, puis étudié par Ziemann et Laveran. Il se trouve non pas dans les leucocytes, ainsi que le croyaient ces observateurs, mais dans des hématies jeunes et non encore chargées d'hémoglobine, ce qui indique assez nettement que ses premiers stades évolutifs doivent s'accomplir dans les organes hématopoiétiques. Sa curieuse évolution a été étudiée par Berestnev (1) et surtout par Schaudinn (2).

Le sang contient les gamètes des deux sexes. La conjugaison se fait dans l'estomac de Culex pipiens. Il en résulte un gros oocinète, dont le noyau renferme un caryosome à 16 grains et une couronne périphérique de 16 grains chromatiques. Dès ce stade, la différenciation sexuelle est établie et l'on peut distinguer déjà trois sortes d'oocinètes, mâles (cf), femelles (9) et indifférents ou hermaphrodites C^). Ils grandissent dans l'estomac du Cousin, s'allongent en forme de boyau, s'enroulent et se pelotonnent sur eux-mêmes d'une façon inextricable; en même temps, le noyau se multiplie un grand nombre de fois. Les noyaux-filles sont disséminés tout le long de l'oocinète : chacun d'eux s'entoure bientôt d'une masse protoplasmique, qui s'étire, se détache de plus en plus de la grosse masse résiduelle, puis s'isole sous l'aspect d'un Trypanosome excessivement petit. Cet aspect est d'ailleurs transitoire. L'organisme s'allonge considérablement, s'aplatit en ruban et s'enroule en spirale autour de son grand axe : il a un flagelle, une membrane ondulante et un blépharoplaste, c'est-à dire une masse chromatique extra-nucléaire, d'où part le flagelle ; il est devenu un Spirochète, qui marche le flagelle en avant.

Les Spirochètes naissent de l'oocinète à la fin de la première digestion; ils émigrent dans les tubes de Malpighi,s'y multiplient, puis entrent en repos soit dans la lumière même du tube, soit à l'intérieur de ses cellules épithéliales. Que l'Insecte fasse un nouveau repas, et les Spirochètes recommencent à se multiplier. Ils passent ainsi par des alternatives de repos et d'agitation; pendant le mouvement, ils se multiplient. Quand a lieu le renouvellement

(1) N. Berestneff, Ueber das Leucocytozoon Danilewskyi. Archiv fur Protistenkunde, III, p. 376, 1904.

(2) F. Schaudinn, Générations- und Wirtswcchsel bei Trypanosoma und SpirochsBte. Arbeiten aus dem k. Gesundheitsamte, XX, p. 387, 1904.

de l'épithélium des tubes de Malpighi, les cellules sont évacuées dans l'intestin avec les parasites, mais ceux-ci s'arrêtent au niveau de la courbure du côlon; la paroi de ce dernier se rompt et ils tombent dans les ovaires et dans les glandes salivaires.

De ces très petils organismes, le Spirochète Ç est le plus grand ; le cf est si petit, qu'on peut à pene le distinguer. Le se multiplie par division longitudinale, comme les ïrypanosomes, mais se distingue de ceux ci en ce que ses deux moitiés restent unies par leur extrémité postérieure, jusqu'à ce que chacune d'elles se divise

l'^ig. 281. — Gamètes adultes dérivés des Spirocliùlcs. en mouvement et au repos, d'après Schaudinn. — o-c, macrocjamèles ; d-e. microgamolocytes.

à son tour. Par suite de leur active scissiparité, les Spirochètes deviennent extrêmement petits dans l'estomac du Moustique; ils acquièrent une taille si ténue, qu'on ne les distingue plus qu'à leurs mouvements ou lorsqu'ils forment des masses agglutinées; ils s'unissent alors par leur extrémité postérieui e, les flagelles à la l)ériphérie, tandis que les ïrypanosomes prennent la position inverse. Ils sont tellement fins, qu'ils doivent pouvoir traverser le filtre Chamberland.

Les Spirochètes sont introduits dans le sang par la piqûre de l'Insecte. La forme s'observe tantôt dans le sang périphérique, tantôt dans les organes : elle y est à l'état de repos, fixée sur les

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

hématies par son extrémité postérieure. C'est d'elle que dérivent les gamètes.

Le macrogamète à l'état de mouvement n'a pas de flagelle véritable, celui qui borde la membrane ondulante ne se prolongeant pas au-delà de l'extrémité antérieure du corps (fig. 281, a). En entrant en repos, il se fixe par son extrémité postérieure contre une hématie (fig. 281, b) et perd sa membrane ondulante et son flagelle; le blépharoplaste persiste, mais se rapproche au contact du noyau. Cependant l'hématie, étant plus petite que le Spirochète, entre dans le corps de ce dernier et vient y prendre une position latérale, entre l'ectoplasme et l'endoplasme; finalement le protoplasma du globule est digéré, mais son noyau allongé reste intact (fig. 281, c). En se multipliant par parthénogenèse, le macrogamète provoque les récidives de la maladie.

Le microgamétocyte en mouvement est plus petit que le macrogamète; le flagelle qui soutient sa membrane ondulante se prolonge en avant du corps (fig. 281, d). A l'état de repos, il n'a plus ni membrane ni flagelle, mais renferme, lui aussi, un gros noyau d'hématie (fig. 281, e).

Voici maintenant que les gamètes pénètrent dans l'estomac du Moustique : le macrogamète rejette son ectoplasme et le noyau de l'hématie ; il arrive ainsi à maturité. De son côté, le microgamétocyte produit huit microgamètes qui ressemblent à des Spirochètes et qui vont féconder les macrogamètes.

L'évolution du Plasmodium Ziemanni n'est pas seulement intéressante en elle-même ; elle est d'une grande importance au point de vue de la médecine humaine et comparée. Les Spirochètes, que l'on rattachait aux Bactéries, rentrent désormais dans la classe des Flagellés.

Plusieurs maladies graves sont causées par des organismes de cette nature : la spirillose des Oies, qui sévit en Transcaucasie et esl due an Spirochète ayiserina Sakharov ; la fièvre récurrente de l'Homme, causée par le Sp. Obermeieri; la spirillose des Poules et la dysenterie spirillaire de l'Homme. Le premier de ces parasites vit aux dépens de cellules blanches du sang, probablement d'hématies non encore chargées d'hémoglobine ; il doit en être de même pour les deux suivants. Tous trois ont sans doute les Moustiques pour agents de dissémination et l'on comprend l'importance de cette

indicalion au point de vue de l'étiologie et de la prophylaxie des maladies causées par de tels parasites.

Genre Hsemoproteus Kruse. 1890.

Synonymie. — Halteridium Labbé, 1894. — Laverania Laveran, C. Il Soc. bioL, p. 249, 1899 (non Grassi et Feletti, (22) 30 déc. 1889 ; non Labbé, 1899).

Diagnose. — Parasites endoglobulaires du sang des Oiseaux, de forme allongée, chargés de pigment noir et placés à côté du noyau de l'hématie (flg. 282). L'organisme se multiplie par schizogonie dans les hématies de l'Oiseau : il subit une première division

nucléaire, puis se rétrécit dans sa partie moyenne, en prenant la forme d'une haltère; cette partie moyenne se résorbe par la suite. Chacun des renflements terminaux renferme un noyau-fille, qui se divise un certain nombre de fois ; il s'ensuit la formation d'un certain nombre de mérozoïtes qui, devenus libres dansle plasma sanguin, infestent des globules non encore parasités ; de cette manière, l'infection se propage chez le même animal. Dans le plasma circulent en outre des gamètes arrondis, qui sont destinés à passer dans le tube digestif du Moustique et à y accomplir la conjugaison, prélude de phénomènes très complexes qui se déroulent dans le corps de l'Insecte. Ces phénomènes achevés, le Moustique est capable d'inoculer par sa piqûre les parasites à un Oiseau sain.

Les Hxmoproteus sont très communs chez les Oiseaux ; on les connaît surtout chez les Passereaux et les Rapaces. Celli et Sanfelice (1) distinguent les H. alaudae, aluci, bubonis, passeri et noctuae, ces trois derniers avec plusieurs variétés chacun ; Kruse (2)

(1) A. Celli et F. Sanfelice, Ueber die Parasilen des rothen Blutkôrperchen im Menschen und in Thieren. ForUchritte der iledizin, IX, p. 581, 15 juillet 1891.

(2) W. Kruse, Der gegenwârtige Stand unserer Kenntnisse von den parasitàren Protozoen. Hygienische Rundschau, II, p. 453-485, 1" juin 1892; cf. p. 461.

Fig. 282. — Hœmoproteus Danilevskyi du sang de l'Alouette, d'après Labbé. — a, allongement du parasite et apparition du pigment; b, forme haltéridienne à deux noyaux; c, schizogonie; d, microgamétocyte émettant deux microgamètes.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

décrit les H. columhae et Danilecskyi, ce dernier eliez Corvus cornix ; les espèces seraient donc multiples et, d'une façon générale, varieraient d'un Oiseau à l'autre. Labbé n'admet, au contraire, que l'espèce H. Danilevsicyi (Kruse, 1890), comprenant de nombreuses variétés (1). La vérité est entre ces deux opinions extrêmes. La pluralité des espèces n'est pas douteuse : en etïet, l'inoculation du parasite donne en général un résultat positif entre Oiseaux de même espèce, mais ne réussit pas entre Oiseaux d'espèces différentes. Cela ne veut pas dire qu'un même parasite ne puisse vivre normalement dans le sang d'Oiseaux appartenant à des espèces distinctes.

Quand on examine une préparation fraîche de sang contenant des gamètes, il est très facile de voir les microgamètts prendre naissance, se détacher et nager dans le plasma. En observant dans le sang de la Corneille ce phénomène, déjà décrit et figuré avant lui, mais généralement interprété comme une phase de dégénérescence, Mac Callum a constaté la conjugaison du microgamète avec le macrogamète (1899). Cette observation capitale a été le point de départ de toutes les découvertes récentes sur les migrations des Hémosporidies.

Jusqu'à présent, Culex pipiens est le seul Moustique reconnu capable de transmettre les Hxmoproteus. Des expériences n'ont donné aucun résultat avec C. albopunctatus, C. penicillam, C. pulchritarsis et C. vexam, non plus qu'avec Theobaldinella annulata ; il est probable cependant que C. fatigans, aux Indes, contribue également à la dissémination de ces parasites. Eu égard à la grande fréquence de ces derniers, il est certain que le même rôle est dévolu à d'autres Culicides.

Parvenus dans l'estomac du Moustique, les gamètes s'y conjuguent. On ignore la suite de l'évolution ; il est possible que, pour certaines espèces, elle soit calquée sur celle des Plasmodium. Toutefois, Schaudinn a reconnu que V Hxmoproteus noctuae, bien loin d'accomplir des métamorphoses aussi simples, subit des transformations très complexes, du même genre, mais encore plus compliquées que celles de Plasmodium Danilevskyi. Examinons ces faits.

(1) Synonymie : Laverania malariae Daailevsky, 1891 ; non Grassi et Felelti, 1890. — Halteridium Danilevskyi Labbé, 1894.

Hœmoproteus noctuae Celli et Sanfelice, 1891.

Synonymie. — Trypanosoma noctuae Schaudinn, 1904.

Les gamètes sont puisés dans le sang de l'Oiseau par Culex pipiens ; la conjugaison se fait dans l'estomac de l'Insecte. L'oocinète est très mobile; il se rapproche peu à peu de la partie antérieure de l'estomac, qui contient le sang le plus fluide, et s'y montre agité de mouvements amiboides. Il prend finalement un aspect piriforme : les grains de pigment, les détritus du microgamète et les diverses particules résiduelles sont finalement concentrés dans la grosse

Fig. 283. — Stades successifs de la transformation d'un oocinète en Trypanosome, d'après Schaudinn.

extrémité, qui est tournée en arrière; un étranglement a lieu et la masse protoplasmique contenant tous ces résidus se sépare du reste de l'oocinète. Pendant ce temps, celui-ci a effectué progressivement la fusion de son noyau avec celui du microgamète. Il en résulte un noyau unique, arrondi, dans lequel on distingue un caryosome central formé de huit grains de chromatine et une masse chromatique périphérique, également constituée par huit gros grains.

Arrivés à ce stade, les oocinètes vont se différencier de trois manières, suivant qu'ils sont plus ou moins gros, plus ou moins chargés de matières de réserve et que leur noyau est plus ou moins volumineux par rapport à la masse protoplasmique. Les uns sont doués d'une sexualité bien marquée et sont destinés à devenir des

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

oOl

gamètes mâles ou femelles, les autres soat hermaphrodites ou en indifférence sexuelle, en ce sens que, suivant les circonstances, ils vont ne manifester aucune sexualité ou passer, au contraire, soit au sexe màle, soit au sexe femelle.

L'oocinète"^ (fig. 283) subit certaines modifications, grâce auxquelles le caryosome est expulsé du noyau, tombe en avant de celui-ci et constitue désormais un véritable blépharoplaste. La partie antérieure du corps s'effile, s'étire, devient très mobile, et voilà qu'il s'est produit une membrane et un long flagelle, qui

prend naissance tout contre le blépharoplaste. L'oocinète s'est ainsi transformé en un Trypanosome, qui va se multiplier très activement par une série de divisions longitudinales.

L'oocinète 9 (fig- 284), chargé de réserves dans sa moitié postérieure, se comporte essentiellement de la même manière. Il produit

Fig. 284. — Transformation d'un oocinèto 9 en Trypanosome 9i d'après Schaudinn.

Fig. 285. — Oocinète cf se modifiant pour donner naissance à des Trypanosomes cf ,

d'après Schaudinn.

un Trypanosome 9, capable également de se multiplier par scissiparité longitudinale.

L'oocinète (fig. 285) est plus petit que les précédents; il est piriforme, à protoplasma clair, dépourvu de réserves; son noyau

est relativement volumineux. Ce dernier rejette le caryosome, qui se sépare en huit fragments. Puis l'oocinète s'arrondit, les fragments du caryosome s'espacent régulièrement à la périphérie et chacun d'eux devient le point de départ d'un petit Trypanosome cf , qui finit par se détacher de la masse protoplasmique. Celle-ci ne représente plus alors qu'un résidu contenant le noyau.

Ces trois types de Trypanosomes se multiplient dans l'estomac du Moustique, tant qu'il y a de la nourriture. Si l'Insecte se nourrit de sang à trois ou quatre reprises et fait un nouveau repas dès que le précédent est digéré, le nombre des parasites augmente sans interruption. Ils se rapprochent alors de l'extrémité antérieure de l'estomac et s'y fixent solidement, en enfonçant leur flagelle dans l'épithélium. Leur nombre va sans cesse en augmentant; quand la digestion est achevée, la première portion de l'estomac contient une masse de Trypanosomes serrés les uns contre les autres, disposés par couches régulières et tous à l'état de repos. Dans de bonnes conditions de température, tous ces phénomènes n'exigent pas plus de sept à huit jours; la digestion du premier repas est achevée au bout de deux jours et demi environ.

Mais si l'Insecte, la première digestion achevée, ne fait pas un nouveau repas, les Trypanosomes dépourvus de nourriture passent à l'état de repos. Ils s'accumulent dans la moitié postérieure de l'estomac ou bien se fixent par leur flagelle entre les cellules épithéliales. Il eu peut résulter une telle irritation que le Moustique, venant à se gorger de sang, soit incapable de le digérer, le rende intact et meure. Si le jeûne se prolonge, tous les Trypanosomes et meurent et il ne reste plus dans l'estomac que les individus 9, attachés à la paroi. Survienne maintenant une nouvelle sucée de sang, les 9 redeviennent actives, se multiplient et vont se tasser dans la moitié antérieure de l'estomac.

C'est donc finalement la portion initiale de l'estomac qui abrite les parasites; ils la distendent, mais une valvule les empêche de refluer dans les portions antérieures du tube digestif. Grâce à cette dilatation et aux lésions épithéliales qui en résultent, la paroi cède et livre passage aux Trypanosomes : ils tombent dans la circulation, qui les conduit vers le cœui-. De là, ils sont entraînés par l'aorte en divers points du corps, notamment dans les lacunes qui entourent le bulbe pharyngien : ils s'y arrêtent, s'y multiplient et.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LE PALUDISME

la paroi du corps étant inextensible, exercent une pression de plus en plus forte sur la paroi du pharynx : finalement, ils la déchirent et tombent en masse dans la cavité pharyngienne d'où, à la piqûre, ils vont être entraînés par la salive jusque dans le sang de l'Oiseau.

Suivant les circonstances, l'Insecte inoculera donc à l'Oiseau soit des Trypanosomes des trois types décrits ci-dessus, soit seulement des individus 9. Voyons ce qu'ils deviennent dans le sang.

Les individus ou doués d'indifïér.ence sexuelle s'accolent aux

Fig. 286. — Transformations des Trypanosomes indifférents dans le sang de la Chevêche. — a, Trypanosomc abordant par son extrémité antérieure flagellée une hématie sur laquelle un autre Trypanosome est à l'état de repos ; b, le même après 48 heures, puis se détachant à l'état grégariniforme, au moment où le flagelle commence à se développer; c, le même Trypanosome se lîxant de nouveau sur une hématie; d, le même à l'état de repos, 5 jours après sa première fixation ; e, Trypanosome adulte.

hématies, sans pénétrer à leur intérieur, et se transforment eu llœmoproteus, par perte du flagelle et de la membrane ondulante (fig. 286, a). Au bout de 24 heures, ils sont déjà chargés de mélanine {b). La nuit venue, ils quittent les globules et repassent à l'état de Trypanosomes nageant dans le plasma {b-c) ; quand le jour reparaît, ceux-ci s'accolent de nouveau aux globules et reprennent l'aspect d'tixmnprotem, qui' se nourrissent aux dépens des hématies et grossissent (d), pour redevenir Trypanosomes la nuit suivante. Au bout de six jours, la croissance est achevée : les parasites se détachent alors des globules, sous la forme de Trypanosomes (e), qui s'arrêtent dans la moelle des'os, la rate, le rein ou le foie, pour

y subir une active multiplication par segmentation longitudinale. Les très petits Trypanosomes qui eu résultent s'accolent à leur tour aux hématies, rentrent dans la circulation générale et le cycle recommence. En outre, ces parasites peuvent, suivant les circonstances, subir des modifications de structure qui les conduisent à l'état de gamètes, soit cf, soit Ç.

Les Trypanosomes 9, introduits dans le sang, perdent flagelle et membrane ondulante, prennent l'aspect d'une Grégarine, se déplacent en rampant et s'enfoncent à l'intérieur des hématies. Ils en absorbent progressivement la substance, rejettent le noyau sur le côté et se chargent de grosses granulations pigmentaires, par destruction de l'hémoglobine. Ils se transforment doue en macrogamètes, pourvus d'un petit noyau, d'un plasma granuleux, et incapables, sauf pendant les premiers temps, de sortir du globule. A la tin d'une infection aiguë, le sang de l'Oiseau ne renferme plus que des macrogamètes; mais ce n'est pas un indice de la cessation prochaine de la maladie, car, après un intervalle plus ou moins long, ces organismes reproduisent par parthénogenèse toutes les formes du parasite et provoquent ainsi une récidive.

Les Trypanosomes cT arrivent rarement dans le sang; d'ailleurs, ils y meurent vite, sans s'y transformer en raicrogamétocytes. Ceux-ci sont reconnaissables à leur grand noyau et à leurs gros grains de pigment; ils dérivent toujours des formes hermaphrodites ; chacun d'eux produit huit mici ogamètes, ayant la plus étroite ressemblance avec les Trypanosomes et même avec les spermatozoïdes des animaux supérieurs.

Nous avons suivi l'évolution des Trypanosomes qui, tombés dans le sang du Moustique, vont s'accumuler autour du bulbe pharyngien. Mais tous ne suivent jias celte voie : il en est qui se disséminent dans d'autres organes de l'Insecte et notamment dans l'ovaire. Ils pénètrent dans les ovules en voie de croissance et peuvent môme se multiplier dans le vitellus; l'ovaire en est parfois tellement rempli qu'il en subit la castration parasitaire. Les Trypanosomes 9 restent en repos dans le vitellus; ils se disséminent dans les divers organes au cours du développement, résistent aux métamorphoses de l'Insecte, puis se retrouvent chez le jeune Moustique adulte, aussi bien dans la cavité générale que dans l'épaisseur de l'intestin. L'Insecte pique une première fois

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LA FIÈVRE JAUNE

sans inoculer les parasites; sous l'influence de la nourriture absorbée, ils se multiplient abondamment; la troisième piqûre les déverse dans le sang de l'Oiseau.

Ces faits ont une grande importance, puisqu'ils démontrent la transmission héréditaire du parasite dans les générations successives de Moustiques. Toutefois, cette hérédité ne joue un rôle appréciable que dans le cas d'hibernation ; il en résulte qu'au printemps la première génération d'Insectes est déjà infectée. Ainsi peuvent éclater de bonne heure, chez l'Oiseau, des infections nouvelles ; quant aux récidives printanières, elles tiennent bien moins à une réinoculation du parasite qu'à une multiplication schizogonique des macrogamètes ayant persisté dans le sang.

Rôle des Moustiques dans la fièvre jaune.

La fièvre jaune est une maladie infectieuse, épidémique ou endémique, dont l'agent spécifique est encore inconnu. Nous préciserons plus loin sa distribution géographique et les conditions de son extension progressive ; qu'il nous suffise de dire ici qu'elle sévit particulièrement aux Antilles et dans l'Amérique tropicale, spécialement sur le littoral du golfe du Mexique. Suivant la température moyenne du lieu, elle sévit en permanence ou présente, au contraire, une recrudescence estivale et une atténuation hivernale, cette dernière d'autant plus marquée qu'on s'éloigne davantage de la zone torride.

La maladie reste ordinairement localisée au littoral et aux bas niveaux. Endémique à Rio de Janeiro, elle est inconnue à Petropolis, qui n'est distant que de 45 kilomètres, mais par une altitude de 830 mètres; il arrive canstamment que des individus atteints à Rio fassent toute leur maladie à Petropolis et pourtant cette dernière ville n'a jamais été contaminée. Aussi un grand nombre de « fluminenses » ou habitants de Rio ont-ils l'habitude de quitter la ville chaque jour, avant la tombée de la nuit, pour gagner Petropolis et d'autres localités d'altitude : grâce à cette émigration quotidienne, ils échappent au fléau, tout comme les employés du chemin de fer dePœstum se soustrayaient au paludisme en évitant de passer la nuit le long de la ligne. Le germe ou miasme amarile, disait-on naguère, ne s'éloigne donc pas de la côte et n'aime pas les hauteurs ; il ne se répand que la nuit.

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Une telle croyance n'est pourtant pas absolument exacte. On a vu maintes fois la fièvre jaune pénétrer dans l'intérieur des terres et gagner des points élevés, en remontant le long des fleuves, des canaux, des lignes de navigation et des chemins de fer : témoins les épidémies du Morne Rouge à la Martinique (286 m.), du Camp Jacob à la Guadeloupe (3oO m.), de Newcastle à la Jamaïque (1200 m.), de Cuzco (3000 m.), d'Asuncion, etc. Nous citerons plus loin d'autres cas de ce genre.

La fièvre jaune ne s'établit pas tout le long d'un même littoral ; certaines localités bénéficient d'une immunité absolue, alors que d'autres villes peu distantes et en rapports constants avec les premières sont décimées par le fléau. Rio Grande et Pelotas, dans l'Etat de Rio Grande do Sul, n'ont jamais eu ni paludisme ni fièvre jaune ; ces deux villes, constamment balayées par les vents du large, sont également dépourvues de Moustiques.

Les diiïérentes races humaines sont douées d'une inégale réceptivité à l'égard de la maladie. Celle-ci épargne ordinairement les nègres, mais frappe avec une rigueur croissante la race jaune, la race rouge, la race blanche ; l'européen du nord-est plus sensible que celui du sud. La mortalité est toujours considérable ; elle est de 25 à 30 pour 100 des cas, parmi les européens nouvellement débarqués en Amérique ; elle n'est plus que de 7 à 10 pour 100 des cas, parmi les européens déjà acclimatés dans les zones infectées.

On admet généralement qu'une première attaque confère une immunité permanente ; mais il est des exceptions à cette règle et Durham cite une femme qui eut une première attaque en 1866 et une seconde en 1901. Il n'est pas plus vrai, au point de vue absolu, de dire que les nègres et les natifs échappent à la maladie : la fièvre de borras à Cuba, la prétendue fiènre paludéenne pernicieuse des Antilles et i)eut-ètre aussi la fièvre à vomissements noirs de la Martinique (1) ne sont que des formes atténuées de la fièvre jaune.

Quant au procédé suivant lequel la maladie éclate et se transmet, on est resté, jusqu'à ces temps derniers, dans une ignorance absolue. Dans une même rue, les maisons se contaminent l'une après l'autre, même sans que les habitants aient aucune communication entre eux et alors même que les maisons sont dans les meilleures condi-

(i) [{. Wl'utz, Un cas de fièvre à vomissemenis noirs chez un enfant. Revue de méd. el d'hygiène tropicales, I. p. 31, 1904.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LA FIÈVRE JAUNE

lions hygiéniques; l'épidémie épargne parfois une ou plusieurs maisons, puis réapparaît un peu plus loin. Une maison abritant un ou plusieurs malades est infectée : on court le plus grand risque à y séjourner, surtout la nuit, même pendant peu d'instants. Pourtant, le contact direct des malades n'est pas une cause de contamination ; on ne court aucun risque spécial en pratiquant l'autopsie des cadavres. Il semble aussi que la cargaison des navires venant de ports contaminés, si longtemps incriminée, ne soit pas aussi dangereuse qu'on le pensait; toutefois, vu l'absence de toute notion précise relativement au germe, il est prudent de soumettre ces bâtiments à la quarantaine et de procéder à leur désinfection, avant de leur donner la libre pratique. En effet, ce germe mystérieux est souvent transporté par les vaisseaux, et c'est ainsi que la fièvre jaune est venue s'implanter sur la côte occidentale d'Afrique et même, à diverses reprises, exercer ses ravages jusqu'en Europe.

Une maison infectée n'est d'ailleurs pas immédiatement dangereuse, comme si le germe morbide avait à subir quelque préparation, quelque incubation dans des conditions indéterminées. Carter (1) a donné à ce propos des renseignements précis. Ayant assisté à l'arrivée de malades dans des fermes isolées, en un pays où la maladie est inconnue, il vit les cas secondaires éclater au bout de deux à trois semaines. Tout individu non immunisé, qui pénètre alors dans les maisons infectées et y séjourne quelques heures seulement, est susceptible de prendre la maladie; celle-ci se déclare après une incubation de quatre à cinq jours.

Tels sont les faits épidémiologiques qu'il était utile de rappeler. L'étiologie restait obscure, mais par certains points de son histoire la fièvre jaune se rapprochait du paludisme. Cette analogie allait mettre sur la voie des découvertes récentes, que nous allons maintenant exposer.

Théorie de Finlay. — Dans plusieurs grandes épidémies, on a noté une extrême puUulation des Moustiques : tel fut le cas à Philadelphie, en 1797. Frappé de ce fait et aussi de ce que la fièvre jaune se prend surtout la nuit, Finlay pensa que la maladie est effectivement inoculée par les Moustiques. Le 14 août 1881, il expose cette doctrine nouvelle devant IWcadémie de la Havane et

(1) H. R. Carter, A note on the interval bctween infecting and secondary cases of yellow fever. New Orléans med. journal, mai 1900.

accuse une espèce très répandue dans la ville, le Culex mosquito, c'est-à-dire le Stegomyia calopus, de propager l'épidémie (1). Dans le cours des années suivantes, il accumule un ensemble de preuves à l'appui de cette doctrine. La fièvre jaune ne s'observant que sur le littoral et dans les régions les plus chaudes, il étudie expérimentalement l'action exercée sur le Moustique incriminé par les variations de la température et de l'àltitude ; il note ainsi que ses limites d'activité sont comprises entre 16 et 38" et qu'il ne résiste pas à une altitude dépassant 200 ou 300 mètres ; mais ce dernier résultat est entaché d'erreur.

D'autre part, Finlay recueille des Stégomyes qui viennent de piquer des malades ; il les conserve dans des tubes, puis, quatre ou cinq jours plus tard (2), leur fait piquer 24 individus sains : H prennent la fièvre et l'un d'eux succombe; 11 restent indemnes ou n'ont qu'une légère atteinte, mais la piqûre semble leur avoir conféré l'immunité, car ils traversent par la suite plusieurs épidémies, auxquelles ils résistent parfaitement; les 2 autres individus ont été perdus de vue.

Finlay a maintes fois modifié son opinion ; il n'est guère utile de noter ses variations, qui résultaient d'une expérimentation trop peu rigoureuse et de l'ignorance où nous sommes encore quanta la nature du parasite de la fièvre jaune. Le point essentiel de sa doctrine, c'est que le Stegomyia calopus est l'unique disséminateur de cette meurtrière endémie, et sur ce point il n'a jamais varié. La dernière formule à laquelle il soit arrivé est la suivante :

1" Des Stégomyes contaminées depuis cinq à vingt-cinq jours inoculent une forme bénigne de la maladie, si elles viennent à piquer des individus non immunisés ;

2° Ceux-ci acquièrent alors une immunité partielle ou complète, même si la piqûre n'a été suivie d'aucune manifestation morbide.

Avec une persévérance inlassable, il a défendu pendant vingt années consécutives son opinion, à laquelle on ne prêtait guère d'attention ; il eut enfin la satisfaction rare de voir triompher ses idées. Le rôle des Moustiques dans le paludisme v.enait d'être

(1) C. FiNL\Y, Anales de la real Acad. de ciencias méd., XVIII, p. I't7-169, 18SI.

(2) Ce délai n'ost probablement pas exact; la Slégomye parasitée ne devient infectieuse que vers le douzième jour.

Fig. 287. — Le D' Carlos Finlay, de la Havane.

démontré ; il n'était plus aussi invraisemblable que ces Insectes eussent à jouer un rôle analogue dans la transmission de la fièvre jaune, dont l'épidémiologie est, à tant d'égards, si semblable à celle des fièvres intermittentes.

Travaux de la Commission américaine. — Les États-Unis étaient en guerre avec l'Espagne : la situation sanitaire de Cuba, que les américains occupaient, était déplorable et la fièvre jaune y sévissait avec violence. Le chirurgien général Sternberg, de l'armée américaine, constitua alors une Commission médicale, « dans le but de poursuivre des recherches scientifiques sur les maladies infectieuses aiguës régnant dans l'île de Cuba ». Reed, CarroU, Agramonte et Lazear furent désignés pour en faire partie; ils avaient pour instruction a de porter spécialement leur attention sur les questions relatives à l'étiologie et à la prévention de la fièvre jaune ». Le 25 juin 1900, ils s'installèrent à la caserne Columbia, à Quemados (I), et se mirent aussitôt à l'œuvre.

Ils recherchèrent tout d'abord le Bacillus icteroides de Sanarelli et reconnurent qu'il n'était aucunement la cause de la fièvre jaune ; quand il existe, il ne constitue qu'une infection secondaire. Désireux alors de contrôler la théorie de Finlay, ils s'adressèrent à celui-ci pour obtenir des œufs de Stegomyia calopus ; ils en firent l'élevage et eurent ainsi à leur disposition des adultes vierges de toute infection, grâce auxquels ils purent commencer leurs expériences.

Onze individus de bonne volonté, non immunisés, furent piqués chacun à une ou plusieurs reprises par des Stégomyes ayant sucé, plusieurs jours auparavant, le sang de malades atteints de fièvre jaune. Neuf expériences ne donnèrent aucun résultat : les Moustiques étaient du deuxième au huitième et, dans deux cas, au dixième et au treizième jour de l'infection; les malades, du premier au septième jour de la maladie. Les deux autres patients furent atteints de fièvre jaune, et l'un d'eux d'une attaque sévère; ils avaient été piqués chacun par un certain nombre de Stégomyes à différents degrés de l'infection, plusieurs en étant au dixième, au douzième et au seizième jour; les malades, sur lesquels ces Insectes s'étaient infectés, étaient eux-mêmes au premier ou au deuxième jour de la maladie.

(1) A six milles de la Havane.

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LA FIÈVRE JAUNE

Ainsi, d'une part, maladie ancienne et Moustiques récemment infectés : pas d'inoculation. D'autre part, maladie récente et Stégomyes anciennement infectées : inoculation de la maladie. Il est donc permis de conclure, dès maintenant, que le Slegomyia calopus est l'hôte intermédiaire du parasite de la fièvre jaune.

Ces premiers résultats furent exposés, dès la fin d'octobre 1900, devant le Congrès médical d'lndianapolis(l), par les trois membres survivants de la Commission (2).

Ceux-ci, poursuivant leurs études, soumettent d'abord au contrôle de l'expérience la vieille doctrine de la contamination par le contact d'objets souillés. Sept individus de bonne volonté, non immunisés, sont enfermés successivemeut dans une chambre spécialement construite, protégée par des toiles métalliques contre l'invasion des Moustiques. On meuble la pièce d'objets de literie, de vêtements, de bagages ayant été en contact prolongé avec des malades ; on couche dans leurs draps sales, souillés de sang, de vomissements, de déjections ; on rend aussi intime et prolongé que possible le contact de tout le corps avec ces objets répugnants. Après un total de 63 jours passés dans ces conditions, aucun des expérimentateurs ne présente le moindre malaise. La contagion ne se fait donc pas par le contact des objets souillés par les malades.

S'opère-t-elle uniquement par la piqûre des Stégomyes ? On construit une grande chambre ; on la divise en deux moitiés égales par une séparation en toile métallique assez fine pour s'opposer au passage des Moustiques ; on meuble les deux moitiés d'une façon identique, au moyen d'objets préalablement désinfectés à la vapeur. Deux soldats non immunisés prennent possession de l'une des moitiés de la chambre ; ils y couchent dix-huit nuits, saus

(1) W. Reed, J. Carroll, a. Agramonte and J. W. Lazear, The etiology of yellow fever. A preliminary note. American public health Association, Proceed. of the tSth annual meeting, ludianapolis, 22-26 octobre 19U0. Colombus, Otiio, in-S" de 16 p., 1901. — Philadelphia med. journal, p. 790, 27 octobre 1900.

(2) Entre temps, Lazear était mort d'une infection accidentelle. Piqué, le 16 août, par une Stégomye qui, dix jours avant, s'était infectée sur un cas très bénin de fièvre jaune, il n'éprouva aucun acciiient et se crut immunisé. Piqué fortuitement, le 13 septembre, par un Insecte indéterminé, qui était venu se poser sur sa main, pendant qu'il recueillait du sang d'un malade, à l'hôpital de Las Animas, il laissa le Moustique se gorger à son aise : le 18 au soir, il éprouvait les premiers symptômes de la maladie et mourait le 2o au soir.

prendre la fièvre jaune. Un autre soldat, gardé en quarantaine depuis trente-deux jours, est introduit trois jours de suite, à raison de 25 minutes chaque fois, dans l'autre moilié, où l'on a lâché 15 Stégomyes infectieuses ; il est piqué chaque fois; la fièvre se déclare au quatrième jour. Un jeune Américain non immunisé se soumet à la même expérience ; il entre deux jours de suite dans le compartiment aux Stégomyes et y reste chaque fois 25 minutes; il est piqué chaque fois par un seul Insecte, mais ne prend pas la fièvre jaune.

De telles expériences ne pouvaient être renouvelées impunément; il fallait se contenter de résultats approximatifs. Un séjour d'une vingtaine de minutes, dans une chambre où se trouvent des Moustiques infectés, suffit donc à donner la maladie une fois sur deux, à en juger d'après ce qui précède. Mais en réalité, la contamination est bien plus fréquente et atteint la proportion de 80 pour 100. Il est acquis que les Stégomyes jouent, dans la transmission de la maladie, un rôle prépondérant.

Au Congrès médical panaméricain réuni à la Havane en féyrier 1901, la Commissiou, par l'organe de Reed, fut en mesure de faire connaître les conclusions générales de ses importants travaux. Ces conclusions sont les suivantes :

1° Le Stegomi/ia calopus est l'hôte intermédiaire du parasite de la fièvre jaune ;

2° La fièvre jaune est transmise aux individus non immunisés par la piqûre d'un Moustique qui s'est nourri préalablement du sang d'un fiévreux ;

3» Un intervalle de douze jours au moins après sa contamination semble nécessaire, avant que le Moustique puisse transmettre l'infection ;

4° La piqûre du Moustique à une époque plus rapprochée de la date de sa contamination ne semble pas conférer une immunité quelconque contre une attaque subséquente ;

50 On peut aussi produire expérimentalement la fièvre jaune par injection sous-cutanée ou intra veineuse de sang puisé dans la circulation générale, pendant les deux premiers jours de la maladie ;

6" Une attaque de fièvre jaune, produite par la piqûre du Moustique, confère l'immunité contre l'injection subséquente de sang d'un individu atteint de la forme non expérimentale de la maladie ;

RÔLE DES MOUSTIQUES DANS LA FIÈVRE JAUNE

7" La période d'incubation, en treize cas de fièvre expérimentale, a varié de 41 heures à 5 jours et 17 heures ;

8° La désinfection des vêtements, objets de literie et marchandises, supposés contaminés par suite de contact avec les malades, n'est pas nécessaire ;

9° Une maison ne peut être déclarée infectée de fièvre que quand il s'y trouve des Moustiques contaminés, capables de transmettre le parasite spécifique ;

10° L'extension de la maladie peut être arrêtée très efficacement par des mesures tendant. à détruire les Moustiques et à protéger les individus contre la piqûre de ces Insectes;

11» Alors que le mode de propagation de la maladie est définitivement déterminé, la cause spécifique de celle-ci reste encore à découvrir.

Un peu plus tard (5 juillet 1901), Reed et CarroU montrent encore que les globules du sang ne jouent aucun rôle, dans le cas d'injection de sang infectieux sous la peau ou dans les veines : la maladie se déclare quand on injecte le sérum seul et môme quand on injecte du sérum dilué avec la solution saline normale, puis filtré sur la bougie Berkefeld.

Travaux de la Mission anglaise. — A l'époque où la Commission américaine commençait ses travaux, l'Ecole de médecine tropicale de Liverpool envoyait à Para, dans le nord du Brésil, une mission scientifique composée de Durham et de Myers (1). Ils ne purent se mettre à la besogne que vers le 15 septembre. En janvier 1901, tous deux furent atteints de fièvre jaune; Myers succomba le 20 janvier (2); Durham guérit et put bientôt reprendre le cours de ses études, dont il a publié la relation (3).

A proprement parler, Durham et Myers ne sont arrivés à aucun résultat positif. Ils attribuent l'infection à un Bacille qu'ils ont trouvé en divers organes et particulièrement au niveau de petites taches pétéchiales entourées d'une zone pâle, qu'ils considèrent comme les « piqûres typiques » ; celles-ci siègent en divers points du corps spécialement sur les parties dénudées telles que le poignet et le cou-de-pied; elles ne sont pas causées par les Moustiques, mais doivent être consécutives à la piqûre d'un autre animal, inoculant le virus. II n'est pas douteux que la Stégo-

(1) Archives de Parasitologie, III, p. ;fô9, 1900.

(2) Ibidem, IV, p. 157, 1901 ; VIII, p. 139, 1904.

(3) H. E. Durham, Report of the Yellow fever expédition to Parâ of Ihe Liverpool School of tropical medicine and médical parasitclogy. Liverpool School of tropical medicine, memoir VII, in-4» de VIII-79 p., 1902. — Thompson Yates laboratories Report, IV, p. 480-563, 1902.

niye ne puisse inoculer la fièvre jaune, mais l'agent spécifique de celte maladie serait normalement transmis par un autre animal, d'ailleurs non désigné.

Durham discute cette théorie par rapport aux observations de la Commission américaine ; il admet que si la Stégomye infectée reste douze jours non infectieuse, cela tient à ce que les Bactéries ne sont pas assez multipliées dans son organisme pour être sûrement inoculées. Mais une telle conception est en complet désaccord avec tout ce qu'on sait de l'étiologie des maladies microbiennes ; à supposer que, dans les premiers jours qui suivent l'infection de l'Insecte, les Bactéries fussent efïectivement trop peu nombreuses dans le corps du Moustique, la piqûre de celui-ci n'en devrait pas moins inoculer de temps à autre quelques rares Bactéries et, par conséquent, engendrer parfois la maladie. Or, cela ne se produit absolument pas.

Assainissement de Cuba. — La région côtière de l'île de Cuba était, de temps immémorial, ravagée par la fièvre jaune ; la mortalité était particulièrement élevée à Santiago et à la Havane, grandes villes dont la situation sanitaire était déplorable. La distribution d'eau étant insuffisante, cbaque maison devait recueillir l'eau de pluie dans des citernes, tonneaux ou baquets découverts ou mal clos ; dans les quartiers populeux, où de nombreuses familles habitent une même maison, il était même habituel que chaque famille eut sa citerne ou son baquet spécial. Les eaux stagnantes, rapidement corrompues, renfermaient des myriades de larves et nymphes de Moustiques, parmi lesquelles dominaient celles du Stegomyia calopus, espèce citadine, abondante dans chaque habitation. Le fléau, favorisé par d'aussi fâcheuses conditions, faisait rage chaque année, ainsi que le paludisme, la dysenterie et l'hépatite.

Telle était encore la situation au moment de la guerre hispanoaméricaine. La paix rétablie, le brigadier général L. Wood fut nommé gouverneur de la Havane, avec pleins pouvoirs. Ancien médecin militaire, énergique, doué au plus haut point de l'esprit de décision, et s'inspirant des travaux de Reed, Carroll et Agramonte, il résolut d'assainir les deux grandes villes dont il vient d'être question. Sous son active impulsion, Gorgas, médecin en chef de l'armée américaine, s'adjoignit deux médecins cubains, Finlay et Guiteras, et convint avec eux des moyens à mettre en œuvre pour obtenir le résultat espéré.

Ces mesures étant applicables au paludisme, à la filariose et à toute autre maladie transmise par les Moustiques, il nous paraît

RÔLE DÉS MOUSTIQUES DANS LA FIÈVRE JAUNE

opportun de les exposer plus loin, au chapitre de la prophylaxie générale (assainissement des villes). Bornons-nous à dire ici que les résultats furent excellents et dépassèrent toutes les espérances. Ils furent obtenus avec une telle promptitude, que l'assainissement absolu ne fut l'affaire que de quelques semaines. L'application des mesures prophylactiques commença le 27 mars 1901, à la Havane; il y avait eu 12 décès en janvier et février; il n'y en eut qu'un seul en mars, puis 5 autres en juillet, août et septembre, soit un total de 18 décès pour l'année 1901, alors que la moyenne, pour la période du l^^'' avril au 1" octobre, avait été de 296 décès pour les onze années précédentes. En 1902, il n'y eut à la Havane aucun décès par fièvre jaune; on notait en même temps une diminution considérable du paludisme.

La Havane était naguère l'une des villes les plus insalubres du globe : grâce aux sages mesures édictées par un habile administrateur^ qui a su en exiger l'application rigoureuse avec une énergie inflexible, elle est devenue comme par enchantement l'une des villes les plus saines. Le tableau ci-dessous indique la mortalité annuelle par fièvre jaune, pour la période décennale comprise entre 1893 et 1902; il montre de la façon la plus saisissante le (;hangement radical qui s'est opéré dans l'éiat sanitaire de la Havane :

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