DES PARATONNERRES
bles lueui*s dès que le vent d'O. l'eût fait passer au-dessus du paratonnerre de l'église. De Romas observa aussi quelquefois que, pendant la durée de ses expériences, les éclairs et le tonnerre cessaient complètement. Ces faits suffisent pour bien déterminer le rôle des paratonnerres ; mais on ne remarque pas que le nombre des orages ait diminué d'une manière bien sensible dans les grandes villes, où cependant les paratonnerres sont nombreux. C'est que cet appareil n'agit que d'une manièi*e locale et sur les nuages bas, les seuls du reste qui soient dangereux. Les nuées orageuses qui passent à de grandes hauteurs en sont peu modifiées, et, comme les progrès de l'orage les font ultérieurement abaisser vers le sol, la foudre peut encore tomber au delà des points préservés. Le nombre des orages entendus à Paris peut donc n'avoir pas diminué, tandis qu'il aurait faibli un peu au Nord-Est de cette ville, c'est-à-dire dans la direction dans laquelle les orages se rendent généralement après leur passage sur Paris.
La sphère d'action d'un paratonnerre ne saurait être déterminée d'une manière précise; elle dépend de l'élévation des nuages orageux. La tige agit à une distance indéfinie dans le sens de la hauteur; mais il n'est pas rare que des lambeaux de nuages fortement électrisés soient séparés par les vents de la source commune et rabattus vers la surface du sol à une hauteur moindre même que le sommet du paratonnerre. Ce dernier est alors en grande partie paralysé dans son action régulière ; il n'agit plus que comme simple conducteur. Malgré l'écoulement facile qu'il présente à l'électricité, les parties latérales de l'édifice, grâce à leur plus grand rapprochement du nuage, peuvent fournir à sa décharge une route plus directe. Cela dépend de la nature des matériaux qui entrent dans sa construction « Pour évi^ ter cette cause d'accidents, il est utile d*implanter quelques paratonnerres horizontalement ou dans des positions très-incli^ nées sur l'entablement des édifices un peu étendus et isolés<
Depuis 1825, époque à laquelle Gay-Lussac donna communication à TÂcadémie de sa belle instruction sur les paratonnerres, la règle généralement adoptée dans Tinstallation de ces ap|Kireils est ainsi formulée par Ârago : a II ne doit y avoir sur un (c comble, sur une terrasse, etc., aucun point dont la distance ce horizontale à la tige la plus voisine soit plus grande que le « double de la hauteur de cette tige au-dessus de sa base. » Ajoutons que toutes les tiges placées sur un même édifice duivent communiquer métalliquement entre elles.
g VI. — «rèle et Parsf réle.
La grèlc est un phénomène très-commun et d'autant plu^ remarquable qu'il se produit ordinairement en été. Les grêlons peuvent présenter les dimensions les plus variables, depuis le grain de grésil jusqu'au bloc de glace de plusieurs heclograinmas.
Ixî grésil paraît n'être que de la neige roulée dont le volume a pu s'accroître par la condensation et la congélation de nouvelle vapeur pendant sa chute. Il tombe en hiver ou au printemps, rarement il accompagne les orages.
Tout (p^êhn présente dans son intérieur un point blanc ou opalin, paraissant avoir môme origine. Quand les grêlons sont IHîu volumineux ils sont généralement arrondis; quand ils dépassent une certaine grosseur ils ^ont de forme irrégulière. Ils ressemblent tantôt à une demi-sphère, tantôt à une pyramide dont la base est convexe ; ils paraissent formés par l'éclatement d'une sphère plus grosse», dont le point de rupture coïnciderait généralement avec le noyau neigeux central. Les arêtes vives de la cassure se seraient toutefois émoussées soit par la fusion du grêlon dans les couches inférieures de l'atmosphère, soit par
GRÊLE ET PARÂGRÊLE. 369
la formation de nouvelles couches de glace })endant son séjour dans les hautes régions. Ces couches superposées sont quelquefois très-nettement tranchées par l'efiet des conditions variables où elles se sont produites. Les gréions très-volumineux résultent de la soudure de plusieurs gréions, soit pendant leur chute, soit pendant la période de vive agitation que Ton observe dans les nuages orageux. L'approche d'un nuage chargé de grêle est en effet annoncée par un bruit caractéristique, quelquefois «issez intense pour couvrir le bruit du tonnerre, et que des observateurs ont comparé au bruit d'un train de chemin de fer passant à quelque distance.
lia suspension prolongée des gréions dans l'atmosphère est un phénomène itîmarquable et qu'on ne peut attribuer qu'à l'intervention de l'électricilé, d'autant plus qu'elle ne se produit jamais en dehors des orages.
La chaleur étouffante qui précède fréquemment les orages est physiologique autant et plus que physique, en ce sens que les indications du thermomètre sont loin d'être en rapport avec elle ; elle est d'ailleurs propre aux couches inférieures de l'atmosphère et la température décroît alors très-rapidement, h mesure qu'on s'élève. A 2000 ou 5000 mètres on trouve, même en été, une température inférieure à zéro. On se rappelle qu'en juin, MM. Barrai et Bixio rencontrèrent 59 degrés de froid à une hauteur de six à sept mille mètres. h\ formation de la glace est facile à comprendre dans de telles conditions.
Pendant les orages on observe fréquemment, et toujoui^s quand il y a grêle, plusieui's couches de nuages superposés marchant ordinairement dans des directions différentes. Cette superposition est une des causes de l'électrisation négative des nuages ; les inférieurs sont électrisés négativement et les supérieurs positivement. Entre deux nuages ainsi opposés par leurs propriétés, il se produit des attractions très-énergiques et un
va-et-vient continuel. Des flocons de neige, des grains de grésil,
(les grêlons sont ballottés rapidement de l'un à l'autre nuage. Ils ramassent dans leur course toutes les particules glacées qu'ils rencontrent ; le froid qu'ils ont pris en haut condense de la vapeur eh bas, et l'eau ainsi déposée se gèle en haut, si elle ne l'est déjà ; leur volume augmente donc rapidement. Dans ces mouvements tumultueux, les grêlons s'entrechoquent, d*où résultent le bruit caractéristique d'une grêle imminente et des réunions de plusieurs gréions en ces blocs de glace dont le poids atteint et dépasse quelquefois un hectogramme.
Que les nuages perdent une partie de leur énergie électrique, soit par le fait de leur action mutuelle, soit parce qu'à l'appel du nuage inférieur le sol verse de l'électricité par tousses points en saillie, et la grêle, manquant de soutien, tombera sur la terre.
On a proposé des paragrêleSy espèces de pai*atonnerres économiquement construits et dont on couvrirait le sol. C'est là une question très-grave et qui exige de très-sérieuses études. In paragrele, en supposant qu'il fût efficace, aurait pour premier effet de faire tomber la grêle là où il serait place*, parce qu'en déséicctrisant le nuage inférieur il lui enlèverait la force cjui tient les grêlons suspendus. Empêcher la grêle de se former est une pensée chimériquç, parce que le [)hénomène preod naissance à des hauteurs inaccessibles à nos moyens d'action. Il suffirait d'ailleurs, si cela était possible, d'em[jêcher les grêlons d'atteindre des dimensions désastreuses et, par conséquent, de hâter leur chute. C'est à des paragrêles naturels, comme les arbres, qu'il faudrait songer; mais la première chose à faire est évidemment d'étudier les circonstances favorables ou défavorables à la chute des grêles, circonstances que nous ignorons encore et dont Texistence nous est révélée par la persistance avec laquelle certaines contrées sont frappées par ce iléau, tan* dis que d*autri»s, situées « côté des premières^ n*en sont jamais atteintes.
VU. — FomuiUoB des orage*.
Les orages sont très-fréqucnls sous la zone lorride, et nulle part ailleurs ils ne montrent une aussi formidable énergie. Dans la région dite des calmes, sous l'immense anneau formé par les nuages épais qui signalent au loin la nappe équatoriale ascendante, le roulement du tonnerre est presque continuel; ses éclats se répercutent, de nuage en nuage, en échos prolongés, comme au milieu de nos grandes chaînes de montagnes. Si l'on pouvait admettre, avec Voila, de Saussure, Pouillct..., que l'évaporation est la source principale de réleclricité atmosphérique, la surabondance de cet agent, dans les régions équalorialcs et pendant la saison pluvieuse, aumit une explication facile. Les alizés, dans leur long parcours à la surface d'un Océan fortement chaufle se sont chargés d'une abondante provision de vapeur, qui va se condenser en grande partie dans les régions élevées de la zone des calmes.
Les nuages ainsi formés, devenus bons conducteurs, tamisent pour ainsi dire l'électricité des masses gazeuses qui contribuent à les produire. La récolle serait abondante comme la source de l'agent recueilli. Cette origine a été contestée par M. Gaugain. Faut-il admettre, dans le frottement de l'alizé contre là mer, ce que l'on refuse à l'évaporation? L'expérience est jusqu'ici moins favorable encore à cette dernière hypothèse qu'à la première. Nous avons, il est vrai, l'électricité des hautes régions; mais si nous voyons œlle-ci cheminer de Téquateur vers les pôles, nous demandons à quelle source les régions équatoriales s'alimentent. On invoque les éruptions volcaniques. Nous admettons sans restriction qu'un volcan puisse agir comme une immense machine d*Armslrong où des globules de vapeur condensée s^électrisent dans leur frottement contre les parois de
leur orifice de sortie. Des orages accompagnent, en çffel, les éruptions volcaniques auxquelles ils sont dus ; mais les orages de l'Atlantique et du Pacifique, non plus que ceux de la France, ne peuvent avoir une semblable origine. La chimie souterraine n'est qu'un expédient en l'absence de toute explication sérieuse, et les tourmentes qui accompagnent les tremblements de terre sont bien plutôt la cause de ces oscillations du sol qu'ils n'en sont la conséquence. Sans doute un ouragan, quelque violent qu'on le suppose, ne peut avoir la puissance d'ébranler la croûte du globe, quand elle est bien assise ; mais les tremblements de terre se préparent lentement, jusqu'au moment où l'équilibre est devenu tellement instable que la moindre cause occasionnelle suffit à le rompre. Les faibles oscillations du niveau des mers constituant les marées, et les marées incom))arablement plus faibles encore, produites dans le noyau fluide recouvert par la croûte terrestre deviennent quelquefois ce grain de sable qui fait déborder un vase trop plein. M. Alexis Perrey a montré dans son grand catalogue des tremblements de terre que ces mouvements du sol sont notablement plus fréquents aux époques des nouvelles et des pleines lunes qu'aux époques des quadratures. Une tourmente, avec sa forte dépression barométrique locale et la pression exercée par le vent sur les obstacles qu'il rencontre, peut donc aussi être l'occasion attendue. Rien ne distingue les tourmentes accompagnant les oscillations du sol des tourmentes ordinaires, leurs caractères et leur niarclie restent les mêmes; elles existent avant, pendant et après la perturbation géologique. I^ dernière secousse ressentie à Bagnèits (le Bigorres a coïncidé avec le passage du centre d'un tourbillon sur les Pyrénées. Ce centre était la veille sur le golfe de Gascogne, et le lendemain sur le golfe du Lion : c'est la route ordinaire des tourbillons dans cette partie de l'Europe*.
' Suivanl le Timefi, le 20 janvier i865 un tremblement de teiTc est ressenti ii Londres, lu clioc est signale le même jour à Newport, dans le Monmousthirc.
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En désespoir de cause, des météorologisles éminents onl reporté jusqu'au soleil l'origine de l'éleclricilé atmosphérique. On éloigne ainsi la difticullé sans la résoudre. Admettre que le soleil soit une source d'électricité positive ou négative, c'est faire une hypothèse qui n'a d'autre base que le fait dont on cherche l'explication. On peut considérer, il est vrai, le soleil comme une source de puissance vive apparaissant d'ordinaire sous forme de lumière et de chaleur et pouvant se transformer en électricité; mais c'est à la surface du globe ou dans l'atmosphère qui Tenvironne que la transformation se produirait; c'est donc là que la naissance de l'électricité atmosphérique doit être recherchée.
Cet appel à toutes les causes possibles de dégagement de l'électricité montre que la question est restée trèsH)bscure ; elle mérite cependant de fixer l'attention des physiciens, et c'est par de nouvelles expérimentations qu'elle doit être résolue.
A mesure qu'on s'éloigne des régions tropicales, l'électricité atmosphérique devient moins abondante et ses manifestations bruyantes sont plus rares. En Europe, les orages exigent pour se produire des circonstances particulières qui ne s'y réalisent que d'une manière accidentelle.
Nous avions admis d'abord, avec la plupart des météorologistes, que les orages sont des phénomènes locaux éclatant aux lieux mêmes où ils se sont formés, ou à peu de distance de ces lieux. Dès la première annétî de la publication des cartes météo-
Enfin, le lendemain 27, d'autres oscillations du sol effrayent les habitants de Rrighton, Loiecstor, Liverpool. Tous ces faits coïncident avec le passage d'une bourrasque dont le centre, situé le 26 h TOuoside TAngleterre, était le ^7 vers Londres, et le 28 continuait sa marche à travers TAllemagne. Arrive le 29 en Russie, il fui accompagné d'une violente tempête dans la steppe. La neige, soulevée par un vent furieui du N. E., interceptait complètement le jour, et Touragan, calmé le lendemain, fit place à un froid tel, que la mer d*Ode$sa fut prise sur une très-grande étendue.
Le l**' février, un nouveau tremblement de terre est signalé à Boston par M. liOiwe : il coïncide également avec le passage d'une nouvelle bourrasque.
rologiques\ il nous avait paru, cependant, que ces phénomènes coïncident avec certains mouvements de Tatmospherc ; mais Télé touchait à sa fin, les occasions de vérifier ce fait nous firent défaut. liCs orages reparurent en mars i864; un petit nombre de villes, Lishonne, Madrid, Ajaccio, Livourne et Rome nous les signalaient le lendemain de leur apparition, et il était difficile de fonder des inductions générales sur des données aussi éloignées Tune de l'autre. Cependant, la coïncidence des météores électriques avec le passage des bourrasques se montra d'une manière si régulière que nous nous crûmes autorisé, dès le 6 juin, à comprendre ces phénomènes dans le cadre de nos prévisions, en partant du seul examen des cartes météorologiques de chaque jour et des inflexions présentées parles courbes d'égale pression du baromètre. Bien des incertitudes planaient encore sur ces débuts; aussi, dans le Bulletin international du 50 juin 1864, nous exprimions le désir que nos correspondants voulussent bien nous adresser tous les renseignements qui parviendraient à leur connaissance relativement aux orages; l'élude et la marche de ces perturbations, disions-nous, a, pour l'agriculture, une aussi grande importance que l'élude et la marcIie des lem[xMes en a pour la navigation. Nous revertions sur cotte demande dans le bulletin du 1 G juillet 1864. « Les orages sont nombreux cette année, disions-nous, et souvent ils ne sont accusés que d'une manière fugitive, particulièrement dans le Midi de la France, ainsi qu'il est arrivé pendant la première quinzaine de juin. L'ouragan de givle qui, le 6 juin, ravageai l'arrondissement i^K' Nérac, ne s'annon(;ait le même jour à sept heui'os du matin que par une baisse barornéirique très -circonscrite dans les environs de Rochefort. Ct»t indice; a été suffisant pour nous faire donner un premier avertissiMnent aux ports de la Méditerranée; mais, dans les conditions actuelles, nous n'avons jm
* Soplenibrc 18G?).
FORMATION DES OfiAGES. 575
songer à signaler l'orage à la vasle région comprise entre le golfe de Gascogne et le golfe du Lion. I^es orages suivant, avec assez de régularité, certaines routes déterminées et constantes, lorsque ces routes auront été bien fixées sur les cartes, l'apparition de l'un de ces météores en un point permettra de préjuger ceux qu'il devra ultérieurement frapper et de donner des avertissements utiles, parce qu'ils seront circonscrits. Il y a là un grand travail que l'Observatoire poursuit avec zèle, mais pour lequel il ne |)ourrait rien sans documcînts. » Ces considérations furent développées par M. Le Verrier, avec l'autorité qui lui appartient, dans une lettre adressée à Son Ëxc. le ministi*e de rinstruction publique et insérée dans le Bulletin du 29 juillet 1864. Cettre lettre devint l'occasion d'une circulaire adivssée en date du 15 août 1864 par Son Exe. le ministi*e de l'instruction publique a MM. les pi'éfets, et fut le point de déjiart de la vaste organisation météorologique étendue a toute la surface de l'empire.
Ijes écoles normales primaires furent chargées d'observer régulièrement de troi«i en trois heures, depuis 6 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, le baromètre, le lliermomètre, le psychromètre , l'état du ciel, la direction et la force des vents; de mesurer la quantité de pluie ou de neige tombée dans les vingt-quatrtî heures et de noU?r tous les accidents météorologiques parvenus à leur connaissance. Des fonds fuRuit volés par les conseils généraux pour munir les écoles des instruments nécessaires; ces instruments, cx)nstruits sur un modèle uniforme, ont été vérifiés avec soin à TObservatoire et installés dans des conditions dont la convenance fut constatée sur les plans fournis par les directeui-s des divei*ses écoles. Les observations sont généralement faites avec un très - grand soin et fourniront des données précieuses sur le climat de la France.
Celle première organisation a été promptement suivie d'une autre ayant pour objet spécial l'étudedes orages. Des commissions
furent instituées dans chaque canton afin que le phénomène pût être signalé partout où il apparaîtrait; des commissions centrales siégeant au chef-lieu du département furent chargées de discuter les documents recueillis dans leur circonscription, de les pointer sur une carte départementale spéciale à chaque orage, de les discuter et de provoquer les mesures nécessaires pour que les informations soient complètes. Des fonds ont été votés pour cet objet par les conseils généraux. Le département de l'Aisne ayant été organisé le premier, les documents qu'il fournit nous permirent d'exécuter une carte-spécimen de Forage du 12 avril 1865, destinée à uniformiser le travail des commissions départementales. IjCs cartes partielles sont concentrées à l'Observatoire impérial, où M. Fron, après avoir discuté ces documents, réunit sur une même carte de France tous les orages qui ont éclaté le même jour à la surface de l'empire. L'année 1865 a donné lieu à cinquante cartes générales étudiées avec soin et formant un Atlas livré à la publicité : nous en avons extrait les planches XVII, XVIII et XIX, en les réduisant à notre format *. Il ressoi't nottement de ce travail d'ensemble que les orages ne sont point des phénomènes localisés comme on l'avait admis jusqu'aloi's. Ils s'étendent toujours à une partie considérable de la France et quelquefois la traversent dans toute son étendue, sur une ligne plus ou moins large, mais dépassant deux ou trois cents lieues en longueur. Us exigent, pour se former, une certaine préparation de Tatmosphère, ce qui permet de prévoir leur arrivée. Ils accompagnent constamment les mouvements tournants de l'air; mais, pour provoquer l'orage, ces mouvements ont d'autant moins besoin d'être fortement caractérisés
* Dans cos planches, les liâmes i>ar.jllèles passent chacune par les points où Porago a (Vlaté à lu même heure : les flèches indiquent le si'ns d(^ progression générale du phénomène; les points noirs maniuent les lieux où la grêle a occiisionné des déj'ûls phis ou moins graves; les croix correspondent aux grêles à peu près inoffensives, el les traits lirisés à des chutes de fouilre.
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que la température est plus élevée et l'air plus chargé de vapeurs. Ije 6 juin, jour où Tarrondissenient de Nérac a élé dévasté par la grêle, le baromètre, à sept heures du matin, marquait 76i"*",6 à Rochefort, tandis qu'à Napoléon-Vendée, Limoges, Montauban, Bordeaux, Bayonne et sur l'Océan, c'est-à-dire tout autour de Rochefort, sa hauteur variait de 763,5 à 765 millimètres. La baisse barométrique était même très-sensible dès la veille à Lorient et à Rochefort; mais des dépressions aussi circonscrites ne pouvaient recevoir une interprétation conforme aux faits observés ultérieurement, avant que l'expérience eût montré les rapports constants qui existent entre ces deux ordres de phénomènes. La période orageuse des 7, 8, 9 et 10 mai 1865 est remarquable sous ce rapport.
Du 6 au 7 mai, une baisse barométrique existant sur les cotes du Portugal se transporte sur le Nord-Ouest de la Frapce ou la courbe d'égale pression 760 devient très-sinueuse le 7 à 8 heures du malin : trois concavités distinctes s'y présentent, dirigées vers le Nord-Ouest ou vers l'Ouest. Cette courbe descend dos cotes de Norwége vers les Pays-Bas, dont elle contourne les côtes à distance, puis elle se relève pour passer au-dessus dtî liOndres. Le centre de cette première concavité assez mal définie parait être sur les côtes orientales de l'Ecosse*. De Greenwich, la courbe redescend au Havre, puis remonte au-dessus de Cherbourg, dessinant ainsi une seconde concavité très-étroitement circonscrite. La courbe traverse ensuite la Bretagne, passe près de Lorient, puis s'infléchit vers l'Est pour décrire une troisième concavité dont le centre peut être situé à 50 ou 60 lieues dans l'Ouest de Rochefort. A chacune de ces concavités correspond une bourrasque de très-faible intensité par elle-même; à chacune d'elles correspond aussi un groupe d'orages dans la planche XVII.
* Le i mai était un dimanche, jour où le service mét(H)rologique anglais est suspendu, et où nous ne recevons d'Angleterre que Tobsenation de Greenwich.
Le premier dél)ule dans la Manche à 10 heures du inalin. puis se propage à TEst jusqu'à 7 heures du soir où on perd ses traces dans la Belgique. Des cas de foudre sont signalés dans le Calvados, la Seine-Inférieure et h Somme; des grêles mêlées de pluie tombent entre 2 et 3 heures dans la Seine- Inférieure sans y produire de dégâts; mais un véritable désastre occasionné par des grêles énormes et des torrents de pluie vienl frapper les départements de TAisne, du Nord, des Ardennes et le duché du Luxembourg. Les lieux les plus maltraités sont marqués sur la carte par des points noirs.
A la seconde bourrasque, dont le centre est peu éloigné du Havre, correspond le second groupe d'orages, qui débute dans le Puy-de-Dôme vers 5 heures du soir, traverse les déparlemcnlsde l'Allier, de la Loire, du Rhône, de l'Ain, dcSaône-el- Loire, du Jura, du Doubs, de la Côte-d'Or, de la Haute-Saône, des Vo^iges, de la Meurlhe, de la Meuse et de la Moselle et arrive à 2 heures du matin le 8 sur la frontière de la Belgique. L'Allier, la Loire et la Saône-et-Loire sont très-mallraités par la grêle.
Vn troisième groupe d'orages, reconnaissable à l'orientation (le l'Est à rOuest des lignes horaires, correspond au troisième centre do dépression. La grêle tombe de 6 heures à 8 heures et demie du soir dans les départements du Gers et du Lot-et- Garonne, de 9 heures à 9 heures et demie dans la Haiile- Vienne ; elle reparaît une seconde fois dans l'Allier de 9 heures à 11 heures du soir. Tous ces départements sont plus ou moins maltraités.
Le hîndemain, 8 mai, la lK)urrasque du golfe de Gascogne s'est rapprochée de Bayonne et des Pyrénées, mais la pression barométrique s'est relevée en son centre ; des orages |)eu gravt^s éclatent en divers points de la France, particulièrement à rOuest, au Centre et dans la Suisse.
Du 8 au 9, cette même bourrasque travei'se la Fraçc^i du Sud-Ouest au Nord-Est, et le 9, à 8 heures du matin, son cen-
trc est sur la pointe orientale de rÂngleterre, dans le voisinage de Yarmoulh ; mais une quatrième bourrasque apparaît sur l'Atlantique, à la hauteur de la pointe de Bretagne, marchant lentement vers les côtes Ouest de France; son centre est établi le lendemain 10 dans le voisinage de Rochefort. Dans la journée du 9, deux groupes d'orages s'étendent sur une grande partie de la France; nous les avons figurés dans la planche XVni. Le premier, correspondant au troisième mouvement tournant dont Tâction électrique est en grande partie épuisée n'occasionne que des dégâts insignifiants dans la Meurthe, la Haute-Sadne et le Bas-Rhin. I^e second est des plus remarquables par sa durée, par la longueur de son parcours et aussi par le curieux exemple qu'il donne du mode de circulation de l'air à la surface de la France dans certaines circonstances. Les nuages dans ce cas ont fait, pour ainsi dire, fonction de corps flottants accusant le sens de progression des couches moyennes de ratmosphà*e. Les orages de ce second groupe ont débuté dans la Gironde vers 8 heures et demie du matin, marchant vers TEst-Nord-Est ; en approchant du plateau central, le courant s'est partagé en deux branches, l'une se relevant vers le Nord- Est, l'autre s'inclinant vers le Sud-Est. Cette dernière branche a éprouvé un ralentissement sensible dans sa marche sur les rampes des Cévennes et s'est élargie rapidement vers les Pyrénées. Les derniers orages signalés y ont paru à 7 heures du soir aux limites de l'Aveyron et de l'Hérault. Li première branche, au contraire, a pris une marche de plus en plus rapide vers le centre de la France. I^es grêles et les dégâts produits par elles ont commencé presque au début de l'orage dans la Dordogne et la Haute-Vienne; ils se sont continués jusqu'à 4 heures dans la branche méridionale et jusqu'à iO heures dans la branche septentrionale. Pendant que les couches moyennes suivaient une marche si bien caractérisée et si conforme aux indications fournies par les pressions barométriques, les vents des girouettes
affectaient des directions généralement tout autres et très-variables; des variations semblables se montraient localement dans la marche des nuages, dont l'agitation est toujours trèsgrande pendant les forts orages.
Une dérivation des courants d'air vers le Midi de la France, analogue à celle du 9, s'est continuée dans la journée du 10 ; de nombreux orages ont encore éclaté durant ce dernier jour, mais leur étendue et leur gravité ont été beaucoup moindi*es.
La planche XIX appartient h une époque plus chaude. L'aspect des courbes barométriques rappelle celles du 7 mai ; les sinuosités sont toutefois beaucoup plus larges, les bourrasques passent au Nord de TAngleterre et par conséquent à une grande distance de nos côtes; elles sont très-peu intenses. Nous retrouvons, comme le 7 mai, trois groupes d'orages assez distincts. Deux d'entre (2 et 3) eux sont ])e\i importants à cause de Téloignement extrême des mouvements tournants auxquels ils se rattachent etqiii sont eux-mêmes très-faibles; l'autre ( I ), est remarquable parla largeur de la zone envahie. I^ chaleur de la s.n'son a évidemment suppléé au peu d'activité de la cause à laquelle nous attribuons ces manifestations électriques dans nos climats.
Le mois de janvier 1866 nous oflVe un exemple contraire. Un tourbillon d'une grande violence a sévi sur l'Europe du 7 au 1 1 janvier et a causé de nombreux sinistres maritimes; malgré la rareté des orages dans cette saison, le tonilerre et la foudre ont éclaté le 9 en divers lieux.
Dans les temps ordinaires, l'atmosphère de l'Europe n'est pas assez abondamment fournie en électricité et en vapeur d'eau, les mouvements de l'air dans le sens de la verticale n'y sont pas assez actifs pour que les orages s'y forment d'eux-mêmes comme dans la zone équatoriale ; mais qu'un mouvement tournant s'y produise, l'air des hautes régions se trouve abaissé vers la terre dans l'axe du tourbillon ; il y apporte sa basse température d'où résultent les nuages ; il y apporte aussi son électricité que les
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nuages l'ecucillent. Les éléments de Tonige se trouvent ainsi réunis à un degré d'autant plus élevé que l'appel d'air des i-égions supérieures est plus actif, ou que la saison d'été a rendu la température plus rapidement décroissante avec la hauteur, les couches inférieures étant celles qui s*échauflcnt le plus rapidement et le plus fortement. On doit donc en été se défier d'autant plus d'une baisse du baromètre qu'elle est circonscrite a un espace moins étendu. Elle est l'indice d'un mouvement tournant trop faible peut-être iwur descendre jusqu'au sol, mais suffisant pour engendrer des orages. Ceux-ci ne se répartissent pas uniformément sur tout le ])Ourtour du disque tournant ; ils se montrent surtout dans les i)oints les plus humides ou les plus chauds, c'est-à-dire dans la portion situtk; sous le vent de la mer. Dans les mouvements tournants qui abordent les côtes occidentales de la France, ils apparaîtront sur la portion du disque tournant qui regarde le Sud-Est, là où les vents soufflent d'entre S.S.E et O.S.O. Dans les mouvements passant un peu plus haut, sur l'Angleterre, ils se montrèrent sur la portion du disque dirigée vers le Sud, là oii les vents soufflent d'entre S.O. et N.O. A mesure que le mouvement pénètre dans l'intérieur de l'Eurepe en s'éloignanl de la mer, l'air se dépouille progressivement de sa vapeur et de son électricité, les orages deviennent moins nombreux et leur diminution porte surtout sur la saison froide pendant laquelle les circonstances sont moins favorables à leur production. Lorsque le mouvement se i-approche île la Méditerranée, il tmuve dans l'air chaud et humide qui recouvre cette mer de nouveaux éléments pour la formation des orages, dont le nombre s'accroît considérablement.
Des orages peuvent cej)endant se former, même en Eurojxî, |>ar un mécanisme semblable à celui des régions tropicales, lorsque des circonstances locales donnent aux courants ascendants de lairune vitesse exceptionnelle dans nos climats et que
les conditions générales de l'atmosphère sont d'ailleurs propices. Les brises qui s'élèvent sur les flancs des montagnes tran^ portent dans les hautes régions l'air humide et chaud des plaines ; les nuages ainsi formés tamisent toute l'élcctrieité des masses d'air .qui leur ont fourni leur vapeur. Les orages qui en résultent, quelque violents qu'ils puissent être, resteraient isolés s'ils ne se rattachaient à un mouvement général ayant pnîparé l'atmosphère. Un effet analogue se produit lorsque les vents soufQent dans la direction des hauts plateaux. L'air en s'élevant graduellement sur leurs plans inclinés se refroidit el dépose à une certaine hauteur son humidité sous forme de nuages qu'il traverse en continuant son mouvement. Les orages sonl donc plus fréquents dans certains pays montagneux que dans les pays de plaine. Lc5 montagnes ont encore une autre influence rendue manifeste par la carte du 9 mai, planche XVllI. Les courants établis à la surface de la France que nous prenons pour exemple, sont divisés et déviés par les grandes saillies du sol ; les orages qui s'y produisent subissent la même influence. Ecartés ainsi des sommets, ils se reportent en plus grand nombre sur leurs pentes à un niveau variable avec la hauteur moyenne des nuages orageux. C'est ainsi que le F. Ogérien, directeur de l'école chrétienne de I^ons-lc-Saulnier, discutant les orages qui, de i8!20 à 1865, ont occasionné des dégàls dans le département du Jura, montre que les points ou ces phénomènes sont les plus fréquents et occasionnent les pertes les plus nombreuses sont intermédiaires entre la Plaine (pays de Bresse) et les hauts plateaux. Ce sont le vignoble et le premier plateau dont les hauteurs s(mt complaises entre 500 et 1000 nir très au-dessus duliiveau de la mer, la Bresse ayant elleMnénie une altitude moyenne de 200 mètres environ.
Dans les bassins peu accidentés de la Loire, de la Seine» de la Somme, la marche des orages est peu altérée ; les nuages, s ils ne sont pas très-bas, franchissent monfs (;t vallées siins en
éprouver de déviations bien sensibles. Les courants d'air à la surface du sol n*cn sont pas moins concentrés dans les vallées par les faibles saillies qui les bordent; et lorsque les nuages s'abaissent fortement, ainsi qu'il arrive dans beaucoup d'orages, on les voit obéir h l'action de ces courants jiarliels, se cona^n- Irer dans certains passages et sévir particulièrement dans certaines localités. Les ondulations du sol ont donc une influence très-marquée sur la répartition des orages en France; mais la nature du sol et du sous-sol, leur degré d'humidité, la nature des végétaux qui les recouvrent, ont une action non moins grande, probablement, sur les chutes de grêle et de foudre. C'est là un point très-obscur de la science : la discussion des orages anciens, commencée par les commissions déjwrlementales, hâtera la solution de cette importante question.