TORNADES DIS LA ZONE DES CALMES ÉUUATORIAUX
la nappe ascendante possède donc, sur sa face septentrionale, une vitesse vers l'Ouest supérieure à celle de la face méridionale. Des torsions de cette masse d'air sur elle-même et des mouvements tournants, h ])cu près permanents, sont la conséquence de cette inégalité des vitesses dont la cause première est encore la rotation de la terre et sa forme arrondie. Tant que la nappe ascendante conserve une grande épaisseur, les mouvements tournants sont naturellement faibles et ne produisent, à la surface de la mer, que des brises variables à peine suffisantes pour tendre les voiles ; mais lorsque sunîent un de ces orages si fi*équents dans cette région, des eflcts secondaires donnent à ces mouvements tournants un surcroît d'activité.
Li vapeur condensée tend, par son poids, à ralentir la force ascensionnelle de Tair; les courants verticaux se divisent, laissant entre eux des espaces où s'établit un calme relatif. Les gouttes d'eau, en tombant dans cet espace, entraînent avec elles l'air qu'elles traversent, et les attractions électriques exercées entre la mer et les nuages, cijoutant leur action à la précédente, un courant descendant s'établit là où le calme s'était d'abord produit. Nous nous retrouvons alors dans des conditions analogues à celles qui donnent naissance aux trombes. Les vitesses des parallèles terrestres diffèrent très-peu entre elles dans ces régions voisines de TÉquateur ; mais la disparité des vitesses convergentes de l'air a été lentement préparée dans les régions alizées ; elle se traduit par de violentes rafales accompagnant les orages et les pluies dans la zone qui nous occupe. Dans de semblables conditions, on conçoit que les bourrasques doivent être très-fréquentes dans l'intérieur de cette zone, mais ellei5 y sont généralement peu durables, parce que si elles sont trèsmultipliées, elles n'ont qu'un cercle d'action peu étendu.
Dans le voisinage des cAtes d'Afrique la nappe équatoriale s'amincit, les masses d'air animées de vitesses discordantes se rapprochent; cette discordance est d'ailleurs favorisée par un
plus grand éloignement de la zone des calmes de- TÉquateur et par la configuration des côtes : les mouvements tournants appelés par les Espagnols Toi^nadot , acquièrent une violenci» comparable à nos trombes les plus désastreuses.
D'après les notes recueillies, par le médecin anglais Boyie, pendant une station à Sierra-Leone, « l'approche des tornados est annoncée par l'apparition d'une petite tache claire, de couleur argentée, qui, se montrant d'abord à une grande hauteur dans le ciel, s'accroît bientôt et descend vers l'horizon avec un mouvement graduel, lent mais visible. En approchant elle s'entoure d'un anneau noir, qui s'étend dans toutes les directions et finit par Tenvelopper dans une impénétrable obscurité. La vie semble alors suspendue sur terre et dans l'atmosphère ; une inquiète attente oppresse tous les êtres. L'esprit resterait abattu sous le coup d'une terreur anticipée, s'il n'était relevé par réclair d'une large flamme électrique, par les grondements de la foudre qui se rapproche rapidement et dont les éclats deviennent formidables. A ce moment, un tourbillon st^ précipite avec une incroyable violence de la partie la plus sombre do l'horizon, enlevant les toits, brisant les arbres et désamparant les navires qu'il surprend. »
Des phénomènes semblables apparaissent avec plus ou moins d'énergie dans le bassin de TOrénoque, dans l'Amérique centrale, sur l'Océan Pacifique, dans l'Océan Indien, l'Inde et It^ îles de la Sonde. En dehors des trombes, on les observe même dans nos orages ordinaires, pendant lesquels l'air est toujours plus ou moins fortement agité. Les mouvements verticaux et circonscrits qui accompagnent cxîs orages font immédiatement apparaître la tendance à la giration résultant de la rotation terrestre : les effets produits sont en rapport avec leurs causes.