‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 123 sur 150 · CYCLONES · texte numérisé non relu

CYCLONES

g III. — Cjelonen.

Les tornades sortent rarement de la zone des calmes équaloriaux ; elles y sont maintenues par la convergence des alizés. Quelquefois, cependant, il arrive qu'elles acquièrent des dimensions exceptionnelles, qu'elles s'étendent en hauteur jusqu'à la région des contre-alizés supérieurs et que, sous l'influence de ces derniers, elles sont entraînées hors de leurs limites ordinaires. Dans ces cas, heureusement très-rares, les tornades deviennent des cyclones.

Les cyclones se produisent presque toujours aux époques où la nappe équatoriale ascendante est arrivée à sa distance maximum de l'équateur, et lorsqu'elle est sur le point de rétrograder vers la ligne. La discordance des alizés est alors à son maximum elle-même. Ces vents sont moins réguliers et montrent des intermittences marquées dans leur vitesse ; la nappe ascendante est moins large et moins uniformément fournie, et lorsque des bandes alizées se raniment sous l'action d'une veine ascendante accidentellement renforcée; leur action concentrée sur cette veine laisse apparaître plus librement les conséquences de l'inégale inclinaison de leurs vitesses relativement à Téquateur. La veine s'élève en tourbillonnant sur elle-même jusque dans la région des contre-alizés, et s'éloigne de l'équateur dans la direction vers laquelle souffle Talizé formant l'angle le plus ouvert avec cette ligne. Cette direction est le Nord pour l'Atlantique à la lin de notre saison d'été, c'est le Sud, au contraire, dans l'Océan Indien à la fin de notre hiver : dans les deux cas le tourbillon incline à l'Ouest sous l'influence générale des alizés.

Nous avons vu comment le cyclone, une fois formé et sorti de la zone des calmes, se propage entraîné par les mouvements

59i ORIGINE ET BIARCHË DES TEMPÊTES. .

généraux de l'air, et comment il s'entretient par Teffel îles abondantes condensations de vapeur qu'il détermine sur sa route et des orages qu'il y suscite. Le passage de ces méléores est toujours accompagné par une épaisse voûte de nuages couvrant le ciel, par des torrents de pluie souvent accompagnés de grêle. Au centre même, ou h une petite distance autour de lui, on entend un continuel grondement du tonnerre, un hruil formidable ressemblant à de.s décharges d'artillerie.

Les circonstances au milieu desquelles naissent les grands cyclones sont assez rares ; elles se reproduisent plus rarement encore à des intervalles de temps rapprochés. On a vu cependant deux de ces météores se succéder à quelques jours de distance. Quelquefois aussi un grand cyclone peut se diviser en deux plus petits et d'une moindre violence, lorsque leur mouvement giratoire est gêné par une grande saillie du sol ; enfin, sur la surface de leur disque tournant, au milieu des orages qui s'y développent, un nuage fortement électrisé peut être subitement refoulé vers Jn surface de la mer, se mettre en communication avec elle et devenir l'origine d'une trombe. Tous ces faits se retrouvent dans nos tourbillons d'Euro|)e, dans ceux même dont la faiblesse est telle que le calme de l'air à la surface du globe les ferait passer inaperçus, si la connaissance de leurs lois ne les faisait reconnaître aux sinuosités qu'ils produisent dans le tracé des courbes d'égale pression barométrique. Cette uniformité des caractères généraux présentés par toutes les perturbations atmosphériques, faibles ou violentes, observées sur tous les i)oints du globe, forme l'un des traits k*s phis remarquables de la météorologie ; elle donne à cette science un intérêt sinfîulier pour un esprit naturellement enclin vers la synthèse des phénomènes qui nous entourent.

[..es troubles de ratmosphère peuvent naîlre en Europe et même en France comme dans les régions tropicales ; les mêmes causes agissent partout, et partout elles produisent les mêmes effets. Pour que ces effets acquièrent toutefois une certaine ampleur, il faut un concours de circonstances qui se trouvent rarement réunies à un degré convenable sur notre continent. Les mouvements tournants produits par Tascension rapide de colonnes d'air fortement échauffées n'y ont qu'une durée éphémère et sont toujours très-faibles. Les mouvements verticalement dirigés de haut en bas peuvent seuls donner lieu à des tourbillonnements un peu rapides, parce que l'air froid qu'ils amènent des hautes régions de ratmosphère dans les régions moyennes détermine des condensations de vapeur, des chutes de pluie, de grêle ou de neige, parce que souvent aussi ils activent le jeu des forces électriques.

L'Europe fournit généralement peu de vapeurs à l'atmosphère. L'air qui la recouvre ne se charge d'une humidité suffisante que lorsque les grands courants marins la lui apportent de l'Océan ; mais dans leur trajet, si ce n'est à leur origine même, ces courants ont déjà rencontré des circonstances propices à l'établissement des mouvements tournants. Aussi voyonsnous rarement les courants du S. 0. s'établir sur les côtes d'Europe sans être suivis de bourrasques ou de tourmentes déjà formées avant d'arriver jusqu'à nous.

Nous n'avions aucune idée préconçue relativement aux mouvements réguliers ou accidentels de l'atmosphère, lorsque nous avons été appelé à l'Observatoire impérial. Nos travaux sur l'électricité et les devoirs d'un enseignement un peu chargé avaient

jusque-là entièrement absorbé notre temps et nos forces. Les lecteurs du Bulletin international ont pu constater, au commencement de notre travail, nos hésitations sur rorigine des tempêtes; mais, dès le début de la construction des cartes synoptiques, nous avions été frappé par deux faits d'une grande importance : la marche progressive des tempêtes de TOcéan à l'intérieur de l'Europe et la forme rotatoire de ces tempêtes. Tous nos efforts se sont alors portés vers l'examen des signes précurseurs de leur arrivée sur nos côtes, et des lois de leur parcours à la surface du continent. Nous remettions à d'autres temps la recherche de leur origine et des causes qui les engendrent.

Notre interprétation des faits souleva de graves objections de la part d'un savant dont l'autorité est très-haute en ces matières. La controverse qui s'ensuivit eut sur les progrès de la météorologie la plus heureuse influence.

M. le directeur de l'Observatoire impérial, voulant réunir les matériaux nécessaires pour vider la question débattue, iftvoqua le concours de la marine française. Ce concours lui fut libéralement accordé ; des feuilles d'observations réduites aux éléments indispensables pour le but proposé furent imprimées à plusieurs milliers d'exemplaires, et réparties entre les divers ports pour être distribuées aux capitaines des navires en partance; des instructions furent jointes à ces feuilles afin d'uniformiser les observations. Tous les navires de TÉtat et un grand nombre des navires du commerce prirent part à ce travail auquel s'adjoignirent bientôt les marins des Pays-Ris, de l'Angleterre et de divers autres pays. En peu de mois, cinq ou six cents feuilles d'observations faites à la surface de l'Atlantique furent réunies à l'Observatoire*. M. Sonrel fut chargé de les dépouiller, de les

* L'Association scicntili({ue, voulant nidor à ce mouvement, fonda divers prix en avcur des auteurs des meilleures observations.

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employer à l'extension des caries synoptiques à la surface de l'Atlantique et de discuter les cartes ainsi prolongées. Ces cartes vérifient l'opinion depuis longtemps accréditée chez les marins que le Gulf-stream est le père des tempêtes de l'Atlantique Nord et des côtes d'Europe. Nous retrouvons à sa surface une partie des conditions observées dans la zone des calmes équatoriaux : une temi^érature élevée, relativement du moins, une abondante formation de vapeur, et, sur les deux rives du courant, des vents dissymétriquement inclinés sur sa direction. Des différences notables séparent toutefois ces deux situations et contribuent encore à rendre les perturbations plus fréquentes à la surface du Gulf-stream et jusque sur nos côtes. Dans la zone des calmes équatoriaux, la température varie peu des deux côlés de la nappe ascendante; la nappe d'air échauffée par le Gulf-stream est bordée de chaque côté, particulièrement sur sa rive gauche, et pendant l'hiver, par des masses d'air dont la température est beaucoup plus basse que la sienne. Dans la première région, les troubles de l'atmosphère sont enclos entre deux courants convergents d'une grande régularité et d'une grande étendue; ce n'est qu'accidentellement et dans les cas les plus graves qu'ils peuvent franchir ces limites et pénétrer vers déplus hautes latitudes. Ix; courant aérien qui règne sur le Gulf-stream se déverse naturellement à l'Est dans la direction de l'Europe ; aucune des perturbations qui s'y produisent, et elles sont nombreuses, n'éprouve d'obstacle pour se. propager jusqu'à nous. Des temi)etcs locales peuvent sans doutiî naître à la surface même de l'Europe, conformément à l'opinion de M. le maréchal Vaillant : les trombes en sont un exemple, et nous verrons que quelques-unes des bourrasques de la Méditerranée ne se rattachent que d'une manière assez indirecte à des tourmentes venues de l'Atlantique. Si ces cas sont rares, c'est qu'ils ne peuvent se produire qu'au milieu d'une atmosphère préparée par les courants équatoriaux ou vents généraux du S. 0.;

que ces vents, dérives du grand courant aérien du Gulf-slrcam ont, dans leur long trajet avant d'arriver jusqu'à nous, trouvé des conditions favorables à la naissance des mouvements tournants, et que ces derniers sudisent à déterminer la condensation de la plus grande partie de la vapeur contenue dans la masse d'air avec laquelle ils se propagent. Ixîs grandes chulos de pluie ou de neige, comme les orages, sont donc, en Europe, lesefTets ordinaires de tourbillons pi*éexislants; mais, au milieu des grandes inégalités de niveau présentées par la surfaix* de notre continent, des effets secondaires peuvent se manifester, et la cause dominante, la rotation terrc*stix;, ne cessant d'agir, ces effets secondaires revêtent, comme les premiers, la forme giratoire.

La giration est une loi générale, comme la cause à laquelle elle se rattache. Les tempêtes se forment le plus souvent en certaines régions des Océans, parce que les conditions favorables à leur développement y sont réunies à un haut degré ; mais celte dernière loi ne peut avoir autant de généralité que la preniicTc.

Nous reproduisons, planches XX, XXI, XXU et XXIII, quelques-unes dos cartes synoptiques prolongées sur TAtlantique.

Pendant la durée du mois de septembre 1864, la zone des calmes équatoriaux et des hautes pressions barométriques ré- . sultant de rabaissement du contre-alizé supérieur à la surface du globe s'était niainteime, dans sa partie orientale, à la hauteur des côtes d'Espagne. Au Nord de cette région, des Iwurrasques générah^nent peu inlenses avaient traversé l'Angleterre, la Nonvége el la Suède, puis s'élaient propagées au travers de la Hussie en s'inclinant plus ou moins rapidement vers le Sud. Au-dessous de la même région des calmes, les alizés du Nord-Est s*étendaienl jusqu'à l'Espagne. C'est une .si* tuation atmosphérique régulière pour cette piirtie de l'année. Sur la partie moyenne de TAtlantique et surtout sur sa partie

occidentale, la zone présentait moins de constance dans sa position et dans son étendue. Tantôt elle se relevait jusqu'à une assez faible distance des bancs de Terre-Neuve, tantôt elle rétrogradait vers le Sud-Est sous l'influence de perturbations se propageant à la surface du Gulf-stream, de même que ses limites orientales à la surface de l'Euroixî étaient fréquemment allongées ou réduites sous l'influence des bourrasques transmises au travers de la Russie. Peu à peu, cependant, la région des alizés s'abaissa vers le Sud, dans sa partie occidentale ; puis, le jet parabolique des bourrasques perdant de son ampleur vers l'Est, un sillon se creusa dans l'atmosphère dans les parages des côtes Ouest de l'Europe. La carte du 1*' octobre 1864, planche XX, se rapporte à cette situation de l'atmosphère qui se maintint jusque vers le 16 octobre.

Le V octobre, nous trouvons une première bourrasque dont le centre est dans le Sud-Ouest de l'Espagne ; elle y séjourna plusieurs jours, puis disparut finalement vers rAfrique. Une seconde existe sur le golfe de Gascogne, se rendant au travers risthme pyrénéen sur la Méditerranée où elle sévit le lendt^ main. Une troisième est en voie de formation dans les parages de Terre-Neuve et du Labrador ; on suit ses traces dans les premiers jours d'octobre jusque sur le golfe de Gascogne et la Méditerranée. Une quatrième couvre une grande partie de la Russie centrale; son centre se trouvait le 50 septembre sur le golfe de Finlande, et le 29 sur les cotes de Norwége. Iaîs lignes de lK)ints croisés marquent approximativement les routes suivies par les centres de ces bourrasques, à partir de leur situation reconnue le 1" octobre pour les trois premières. Elles semblent toutes être venues des régions occidentales de l'Atlantique, ou du moins de ses régions moyennes, autant qu^on peut en ju^ ger d'après des documents encore incomplets*

En dehors des quatre centres de dépression barométrique signalés plus haut, une zone à pression moindre que 760*""* part

400 OniGINE ET MARCHE DES TEMPÊTES.

des îles du cap Vert, s'élalc en éventail vers les côtes du Brésil et de la Guyane, puis se relève dans la direction des Antilles et s'étend vers le Nord sur le trajet du Gult-stream. A l'intérieur de ce grand circuit, nous rencontrons une large région où les pressions atteignent graduellement et dépassent même 770""". La régnent le calme et le beau temps. Une autre région semblable part du Nord de la Suède, pénètre obliquement sur l^Vngleterre, puis sur la France et les Pays-Bas. C'est entre ces deui régions que passe la première ligne de bourrasques. Une seconde ligne contourne le Nord et l'Est de la seconde région occupée par les fortes pressions , et trouble l'atmosphère de la Russie. Peu à peu, les fortes pressions du Nord vont se concentrer vers les îles Britanniques et rétrograder vers le Sud-Ouest ; la ligne des bourrasques de la Russie s'infléchit vers le Midi de l'Europe et revient sur la Méditerranée, tandis que les bourrasques méridionales s'éloignent parallèlement des côtes du Portugal pour se rapprocher des Açores,

Cette période est donc caractérisée par le peu d'ampleur de la circulation atmosphérique à la surface de l'Atlantique Nord. Une branche considérable du grand courant équatorial s'en détache à la hauteur de Terre-Neuve, s'étend jusque sur le Sud- Ouest de l'Europe, puis atteint graduellement moins haut vers le Nord et moins loin dans l'Est, jusqu'à se limiter aux Açores. Cette première dérivation ne suffit pas à épuiser le courant équatorial ; une seconde branche s'en détache, probablement à la hauteur de l'Islande, pénètre sur la Suède et la Russie, et, se limitant aussi graduellement dans le Nord et dans l'Est, liiiil par rétrograder jusque sur la Méditerranée à travers la Russie et TAllemagne.

FiC dernier terme de cette période se traduit par un abaissement de hi ligne du Nord jusque sur les îles Britanniques et les côtes de France. A partir du 10 octobre, l'Angleterre et la mer du Nord sont tourmentées par le passage de plusieui*s tempe-

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TE3IPÊTËS D*ËUROPË. 40i

les. Le mouvement de recul se continuant toujours, ces tempêles, à leur tour, atteignent de moins en moins haut et abordent FEurope par les côtes Ouest de France, puis par le golfe de Gascogne, pour gagner la Méditerranée par l'Isthme pyrénéen.

Bientôt la circulation se ranime ; dans les derniers jours d'octobre, une nouvelle ligne de bourrasques reparaît dans les rér gions septentrionales, et, à partir du milieu de novembre, un flot de mouvements tournants se succèdent presque sans relâche à la surface de l'Europe. Une agitation semblable se remarque sur l'Atlantique depuis les Bermudes jusque dans les parages de l'Islande, de TÂngleterre et de la France. La pression barométrique est généralement très-faible sur ces régions ; des dépressions locales s'y creusent encore cependant, et la direction des vents montre qu'elles correspondent à des centres de mouvements tournants se propageant dans le sens du mouvement général de l'atmosphère.

Le 9 décembre, un de ces mouvements tournants commence à s'incliner au Sud en pénétrant dans le golfe de Gascogne ; les fortes pressions barométriques reparaissent sur le Nord-Est de la Russie : c'est un double indice que l'ampleur de la circulation aérienne à la surface deJ'Âtlantiquc se restreint momentanément vers l'Est. Le baromètre est monté à 770"" et au delà au centre de l'Océan, entre les Açores et les Bermudes. L'atmosphère tourne autour de cette région; au Sud, nous trouvons l'alizé du N. E., au Nord, régnent les vents d'O., a rOuest, sur le Gulf-stream, les vents soufflent du S. 0., ils sont du N. 0. ou du N. entre les Açores et les côtes d'Esjiagnc et du Maroc. Les tourmentes suivent le même parcours au Nord de la ligne passant par les Bermudes et les Canaries. Elles traversent d'abord l'Angleten^e et la Franco, puis les Açores et les Canaries.

La carte du 19 décembre 1864, planche XXI, cori'cspond à la iin de cette période ; elle en i*eprésente un des phénomènes les

plus saillants ; mais déjà les fortes pressions centrales ont disparu. Deux centres de dépression bien prononcés apparaissent, Tun au Nord-Ouest des Açores, l'autre à l'Ouest des côtes do Bretagne: ce sont les centres de deux mouvements tournants. Le premier se déplace avec une extrême lenteur dans la direction des Canaries qu'il dépasse le 24 décembre seulement. Le second, un peu moins lent dans sa marche, pénètre d'abord sur l'Angleterre, puis s'incline au Midi à travers la France et se trouve, le 22, transporté sur la Méditerranée. Les pi'essions sont considérables sur le Nord-Est de l'Europe ; mais l'absenœ de documents laisse la carte très-incomplète sur une grande partie de l'Atlantique. Nous ferons remarquer l'orage signalé dans le Nord-Est des Açores et marqué [)ar un trait brisé, imitant la forme de l'éclair. On se rappelle que dans le même mois de nombreux orages ont accompagné en France le passage de la violente tempête des 9, 10 et 11 décembre 1865.

A mesure que la circulation se resserrait et se ralentissait ainsi sur la partie moyenne de l'Atlantique, elle se ranimait aux latitudes plus élevées où le courant é({uatorial, moins ap])auvri par les branches dérivées, pouvait transporter une plus grande masse d'air humide. A partir du ^2 décembre, les bourrasques reparaissent sur le Nord de l'Europe, et y acquièrent une assez grande violence à la fin de décembre. Des oscillations du même genre se remarquent pendant toute la durée de la saison d'hiver.

L'automne de 1865 et l'hiver de 1865-64 en offrent de semblables. Malgré Tabsence de documents recueillis sur l'Atlantique [jendant cette période, nous sommes en droit de conclure, de la similitude des phénomènes observés sur le continent d*Europe, l'analogie des situations à la surface de rOcéean. De*' renseignements parvenus isolément de divers points ne laissent d'ailleurs aucun doute à cet égard.

Une note sur les traversées de retour du golfe du Mexique

en France, mlifrée, sur l'invitation de M. Tamiral Jurien de la Gravièrc, par M. Grasset, capitaine de frégate, et insérée dans la Revue maritime et coloniale (livraison de février 1804), contient, entre anti*es documents intéressants, des détails précis sur une teni])ete tournante essuyée du l*' au 5 décembre par le vaisseau mixte le Duquesne^ commandé [mr le capitaine Maison-IVeuve. En traçant sur une carte la route suivie par le Duquenne et les directions du vent pendant la tom])éte, et en faisant concourir à cet examen les observations recueillies à bord du Tihitt et de VEure, qui se trouvaient dans les paragt^ du Dwjuesney on reconnaît que ce vaisseau a été atteint par le demi-cercle dangereux d'une tempête tournante se dirigeant vers l'E. N. E. avec une vitesse que l'on peut estimer à 10 ou 15 milles {Kir heure. C'est à 100 lieues dans le Nord de l'île de Corvo des Açorcs que la tourmente s'est montive au Duqueme^ le 1'' décembre, a midi, par une énorme baisse du bciromùtre et [Kir une très-forte houle. Pendant la nuit du 1^^ au t2, le navire s'est trouvé dans le calme central du tourbillon, et comme il cheminait dans la même direction que la tem|)ete avec une vitesse de 6 à 8 nœuds, il est resté assez longtemps dans le voisinage du centre. 11 changea ultérieurement de direction en fuyant devant le temps, mais en ralentissant sa vitesse à cause des chocs formidables produits par l'hélice désembrayée, dans les avancées et les arrêts occasionnés par l'énormité des lames. En résumant ces faits dans le Bulletin international du 11 mars 1864, nous y ajoutions les observations suivantes: ce Si nous examinons maintenant les cartes météorologiques construites pour cette époque, nous trouvons que, dfe le 1"" décembre, Icîs courlK^s barométriques présentaient cette concavité vers l'Ouest caractéristique de Texistence des gros temps en mer, et que le vent commençait déjà à fraîchir du S. E. à Penzance et à Brest, du S. à Lisl)onne« Leur inflexion est encore plus marquée les 2 et 5 < Le 4, le baromètre commence à mon-

ter sur le Sud de l'Espagne, et la concavité des courbes qui, les jours précédentSi regardait franchement l'Ouest à la hauteur du golfe de Gascogne et de la Manche, a remonte vers le Nord-Ouest de l'Irlande ; de leur- côté, les vents tournaient au S. sur l'Irlande et à l'O. sur l'Espagne. Le même mouvement se continue lentement les jours suivants, et le 7 le centre de dépression est au Nord de l'Ecosse. Jusque-là, nos côtes ont encore peu souffert, parce que la tourmente a contourné l'Angleterre en restant à une assez grande distance; mais, le 8, elle a desi^ndu sur la mer du Nord : le vent soufQe avec force du N. 0. à Cherbourg, Rochefort et Cette, de l'O. N. 0. à Dunkerque, du S. E. sur la Baltique. Les jours suivants, elle continue son mouvement de translation vers le S. E., sous l'influence d'une pression barométrique qui est restée toujours considérable sur le Nord-Est de l'Europe. »

Cette tempête a suivi, dans la plus grande partie connue de son parcours, le trajet du Gulf-stream et de sa branche dirigée vers les mers polaires. Sa déviation vers le Sud par la mer du Nord est peut-être un simple effet du barrage opposé aux courants d'Ouest, à ces latitudes élevées, par la ligne des Alj>cs Scandinaves. Une partie de ces courants franchissent la chaîne; mais la plus grande portion se divise en deux parts, dont l'une reflue vers le Sud, tandis que l'autre remonte vei's le Nord. 11 se produirait là, sur une grande échelle, un phénomène analogue à celui que nous avons constaté sur la France pendant les orages du 9 mai 1865. La proiK)rtion existant enti^e les courants dérivés au Nord et au Sud dépendrait du point de la chaîne vers lequel aborderait Taxe du courant principal et de l'inclinaison de cet axe sur l'axe de la chaîne. La bourrasque du 29 septembre au i*"*^ octobre, planche XX, est venue perpendiculairement à la ligne des AIjkîs Scandinaves et en leur milieu. Elle a franchi leurs sommets; mais ce fait est i*elativement rare : le plus ordinaii^ment elles passent au Sud ou au Nord.

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Dans les oscillations progressives du courant équatorial vers le Nord, tantôt c'est la branche dérivée sur le Finmark qui l'emporte et les bourrasques traversent la Laponie, la Finlande et la Russie septentrionale; tantôt c'est la branche dérivée sur la mer du Nord. Dans ce dernier cas, si le mouvement de l'atmosphère vers l'Est est très-prononcé, la déviation ne modifier que d'une manière locale la direction du courant aérien ; les tourmentes, rejetées un peu au Sud vers le Danemark, remontent bientôt au Nord appelées par le vide qui se forme en arrière des monts norwégiens; elles traversent la Baltique et la Russie moyenne. Si le mouvement vers l'Est est ralenti, les tourmentes sont rejetées sur l'Allemagne et la Méditerranée. Il arrive alors d'ordinaire que leur circuit se restreint de plus en plus dans le sens de l'Est, finit par s'arrêter à la France, puis à l'Espagne, puis sur l'Océan, entre le Portugal et les Açores, jusqu'à ce que le courant équatorial, renforcé vers les hautes latitudes par l'afiaiblissement de la branche dérivée des régions moyennes, reproduise la série des eiTets qui précèdent.

Ces divers mouvements exercent la plus grande influence sur l'état du ciel pendant la mauvaise saison. Tant que la ligne de parcours des mouvements tournants traverse l'Angleterre, la Suède, la Russie, le ciel est pluvieux ou couvert et la température est douce ; c'est que ces régions sont sous l'influence du courant équatorial rendu chaud et humide par son long contact avec la mer. Dès que la pression commence à monter au-dessus de sa moyenne sur le Nord-Est de la Russie, on peut en conclure que le courant équatorial y perd de sa vitesse, que la trajectoire des bourrasques recule vers l'Est et que le froid nous menace. IiCs bourrasques peuvent reparaître dans les hautes latitudes et y ramener avec les pluies ou les neiges un adoucissement à la rigueur du froid ; si le baromètre reste haut dans la concavité de leur trajectoire, le ciel y est serein et la température basse. C'est que dans cette région il pénètre encore

406 OlilGiNE ET MARCHE DES TEMPÊTES.

peu d'air apporte par les courants marins et que la chaleur solaire ne suflit pas à y compenser les eiïets du refroidissement nocturne. L'exposé sommaire de la marche des accidents météorologiques pendant l'hiver de 1865-1864 rendra sensible cette influence*.

La fîn de décembre 1 863 avait été marquée par le passage de fréquentes bourrasques à la surface de l'Europe occidentale. Celles qui avaient pénétré le plus ayant dans TEst avaient traversé, du Nord au Sud, l'Allemagne et la Pologne. Cette situation indiquait un retrait vers l'Ouest dans leur ligne de parcours. Une dernière, apparaissant le 51 à l'Ouest de l'Irlande, traversait la France dans la nuit suivante et dans la journée du 1*' janvier, qui furent très-pluvieuses, et se trouvait le 2à 8 heureâ du matin transportée sur la Méditerranée. Chaque bourrasque avait étéaccompagnée d'une température plus douce et d'un ciel pluvieux; elle avait été suivie par un refroidissement temporaire, et la température avait subi de brusques variations. Un froid intense succède au dernier tourbillon et persiste depuis le 2 janvier jusqu'au 10, puis à un moindre degré jusqu'au 18 pour Paris et jusqu'au 24 pour la Provence et ritalie.

Dès le 1" janvier, un centre de fortes pressions barométriques apparaît sur la mer du Nord, à la limite du trajet de la bourrasque dans cette direction. Les jours suivants, il s'élale et se renforce en se déplaçant lentement vers le Sud-Est de l'Europe. I/C 9 janvier, ces pressions élevées s'étendaient de Stockholm à Napics. A partir de ce jour, la région occupée par elles éprouva un mouvement de recul vers le Nord, puis entra dans une j)ériode d'oscillations et de déplacements continuels; elle étiiit entamée par la baisse tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Pendant cette assez longue période de calme et de froid pour l'Europe, les courbes barométriques accusèrent à plusieurs reprises

* Bulletin international, passiin, do septembre 1805 ù seplemhrc iSG4. époque I>cn(l;iiit Inquellc nous étions cliargé de sa rédaction.

TEMPÊTES D*EIR0PE. 407

Texislcnce et l'approche des gros temps sur l'Atlantique ; mais ces gros temps, après avoir produit un peu d'agitation sur les côtes de France et d'Angleterre, s'éloignaient vers le Nord au delà du champ de nos observations, et nous ne les voyons reparaître que plusieurs jours après sur la Russie; aussi, tandis que le 5 janvier, à 8 heures du matin, le froid était de 8°,8 à Montpellier, de 8%6 à Paris, de 9%6 à Bruxelles, de 14%6à Vienne (Autriche), de 16" à Leipzig, il était de 1* seulement à Saint- Pétersbourg.

La ligne des bourrasques, en se rapprochant de nos côtes, y adoucit peu à peu la température. Le 14 janvier, il faisait à 8 heures du malin un froid de 18'*,6 à I^^pzig, de 12'*,5 a Vienne et à Turin, de 6* à Florence, tandis qu'il n'était que de 1",8 h Paris et de 2"*, 8 à Saint-Pétersbourg. Le même jour, à la même heure, le thermomètre était au-dessus de zéro, de 7%2 à Valentia (Irlande), de 3%4 à Stockholm et de 5** à Haparanda, au fond du golfe de Bothnie, qui est la station la plus septentrionale de notre réseau. C'est à ces hautes latitudes que le courant équatorial se trouvait encore établi. Les jours suivants, sa tendance à s'abaisser vers l'iVngleterre devint manifeste, particulièrement dans la carte météorologique du 20. Une tourmente passa au Nord des îles Britanniques et de la mer du Nord, franchit les Alpes Scandinaves, et se trouva le 24 installée au Nord de la Russie, ayant son centre près de Saint-Pétersbourg. L'abaissement de Taxe du courant faisant un nouveau pas vers le Sud, une tourmente est déviée par le massif des monts norwégiens et refoulée sur l'Allemagne qu'elle traverse du 28 au 29, puis de là sur l'Italie et la Méditerranée. L*axe du courant se relève un peu et les tourmentes franchissent de nouveau la ligne des Alpes Scandinaves ; mais la déviation vers le Sud se reproduit le 4 février, et la Méditerranée est frappée les 5, 6, 7 et 8 du même mois. Le mouvement de recul de la trajectoire des gros temps vers l'Ouest s'accentue de plus en plus jusqu'au 10 mars, malgré

quelques tentatives de retour. I^a distribution des tempcnitures à la surface de l'Europe change complètement d'aspect, et le 28 février, par exemple, il fait, à 8 heures du matin, 4'',9 à Paris, 9% 8 à Montpellier, 8% 5 à Florence, >,8 à Rome et à Lisbonne, 5%2 à Vienne ; le thermomèti^ descend au-dessous de zéro, de 0%5 à Leipzig, de 13%4 à Pétersbourg, et de 20^,5 h Moscou.

La fin de l'hiver ou le commencement de l'été sont ordinairement marqués par plusieurs périodes pendant lesquelles les mouvements tournants sont ainsi rejetés sur l'Europe moyenne et y produisent une extrême variabilité dans l'état du ciel, des vents et de la température. Ces périodes coïncident avec la débâcle des glaces polaires et avec le déplacement vers le Nord des zones des calmes équatoriaux et tropicaux, phénomènes auxquels correspond une recrudescence dans le nombre des accidents météorologiques et des mouvements tournants qui en résultent.

Nous allons examiner actuellement les phénomènes obser\V»s pendant la saison chaude. A cette époque, les alizés du N. E. remontent jusqu'à la hauteur des côtes du Portugal et de l'Espagne, et quelquefois même jusque dans le voisin«ige de Tirlande. L'excès de chaleur des eaux du Gulf-stream sur les eaux voisines est moins prononcé ; les glaces charrit^es vers sa rive gauche, dans les parages de Terre-Neuve, deviennent graduellement moins abondantes, elles desœndent à des latitudes moins basses. Les bourrasques ne disparaissent pas cependant ; nous les retrouvons presque aussi nombreuses que pendant l'hiver, mais généralement beaucoup moins fortes. Elles ap|)araissent alternativement sur tous les points de l'Europe, comme dans l(»s autres saisons ; mais leurs tr«ijectoires à la surface de l'Atlanlique semblent émaner de régions moins éloignées dans rOuesl. Plusieurs de ces mouvemejits naissent probablement à une petite distance des côtes d'Europe, particulièrement ceux

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qui se développent sur l'Espagne ou le midi de la France.

Pendant les premiers jours de juillet 1864, les bourrasques passent dans les parages de l'Islande, traversent la Norwége, la Suède, la Baltique, et s'inclinent vers le Sud-Est au travers de ta Russie ; elles paraissent provenir de la région comprise entre Terre-Neuve et le Groenland. Un orage éclatait le 2 à Pétersbourg.

Tandis que le Nord est ainsi ti'aversé par une ligne de mauvais temps, une autre ligne apparaît dans le Sud. Le 8, une tornade modérée se montre à une cinquantaine de lieues dans , le Sud-Ouest de la péninsule, entre l'Espagne et les côtes du Maroc. Le 9, elle semble s'être transportée sur le Nord de l'Espagne et le fond du Golfe de Gascogne ; un orage avec grôle éclate à Madrid le même jour à 3 heures du soir ; le lendemain soir, un orage éclate à Berne, d'autres se montrent sur la MéditeiTanée, aux alentours de la Corse et sur Tltalie centrale. Le 12, une autre bourrasque orageuse apparaît sur les côtes Ouest de la France, Bordeaux signale un orage avec grêle ; Paris est atteint dans la nuit du 12 au 13, Berne le 13, une première fois à 7 heures du matin et une seconde fois à 1 heure du soir. Des bourrasques n'en continuent pas moins à traverser le Nord de l'Europe. Les deux régions envahies sont séparées l'une de l'autre par une zone où l'air est calme, le ciel généralement l)eau et la pression barométrique élevée. Cette zone couvre tout le centre de l'Atlantique, depuis les Bermudes et les Antilles jusque sur l'Angleterre et la France. Li zone des calmes tropicaux, sur laquelle les contre-alizés supérieurs effectuent leur descente vers la surface du globe, se trouve accidentellement transportée à ces hautes latitudes sur la partie orientale de l'Océan et sur l'Europe occidentale ; elle sépare les vents d'O. soufflant au Nord des vents du N. E. soufflant au Midi de cette longue région.

Le premier courant su[)erficiel, accusé par les vents d'O.,

donne lieu au phénomène ordinciire des l)ourrasques ; le second, gêne à son origine sur le continent d'Europe par les inégalités du sol et par les courants locaux nés de l'opposition des températures sur terre et sur mer, donne lieu à des mouvements tournants peu intenses accompagnés d'orages. La route parcourue par ces mouvements n'est pas nécessairement celle das alizés du N. E.; elle est la résultante des vitesses initiales de toutes les masses d'air entrant dans son cercle d'action. Aussi voyons-nous la tornade du 8 juillet paraître se transporter du Sud-Ouest au Nord-Est de l'Espagne et s'étendre sur tout le golfe de Gascogne et le Sud-Ouest de la France où elle séjourne plusieurs jours. Ixî retour des boun^asques du Nord vers le Sud au travers de la Russie et de F Allemagne, montre que le courant iMjuatorial s^iniléehit rapidement dans cette direction. Dans la concavité de sa trajectoire, le mouvement général reste indécis et piui marqué. Cette situation se prolonge pendant toute la durée du mois de juillet et la première partie du mois d'août. Les cartes synoptiques du 51 juillet et du 6 août, planches XXII et XXIII, nous en fournissent un double exemple.

Dans la carte du 51 juillet (planche XXII), nous voyons une bourrasque dans les parages de Tlslande ; les jours suivants, elle se transporte avec une vitesse modérée vers l'Est; dans son passage, le 5 août, dans les environs de Saint-PétcrslK)urg, elle y occasionne un orage avec grêle. L'espèce de col compris sur le golfe de Gascogne entre deux régions à fortes pressions correspond à une ligne de mouvemenis orageux qui se propagent sur l'Espagne, le Midi de la France et la Méditerranée. Ces derniers se multiplient dans les premiers jours du mois d'août.

Le 6 (planche XXIII), nous remarquons sur la portion de la courbe 765 dessinée ri la surfîîce de l'Europe, et parliculièi'ement dans sa partie méridionale, une série d'inflexions correspondanl à autant de bourrasques orageuses. L'une des sinuosités, la première à droite, située sur l'Italie, se rapporte à des

orages qui éclatent, le même jour B, à 1 heure du soir, dans le Sud-Est d'Ajaccio, et de 3 à 4 heures à Antibes et à Rome, probablement aussi en d'autres lieux. Une autre sinuosité trèsnettement accusée sur le golfe de Gascogne correspond à une forte bourrasque orageuse qui a passé la veille, 5, dans les environs de Madrid et qui donnera de nouveaux orages, le lendemain 7, à Ajaccio et à Rome. Enfin une troisième inflexion se dessine dans TOuest de l'Espagne : le 7, une (empote avec tonrierre passe sur Madrid à 5 heures du soir.

Nous retrouvons des sinuosités semblables, mais plus larges, sur la partie septentrionale de la courbe 765. La sinuosité de droite correspond à une bourrasque qui disparait dans le Nord- Est de la Russie. La seconde, regardant la mer du Nord, est le premier indice d'une autre bourrasque à laquelle se rattache un orage observé le 9 dans les environs de Saint-Pétersbourg. Le 10, un mouvement tournant couvrait le Nord de l'Europe, de la Manche au golfe de Finlande, et le 1 1 deux tempêtes dérivées de ce mouvement sévissaient, l'une sur la Baltique, l'autre sur la Méditerranée, entre l'Italie et l'Espagne, pour disparaître, le lendemain 12, la première dans le Nord-Est, la seconde dans le Sud.

Pendant ce temps, nous voyons se produire sur le Nord-Ouest de l'Atlantique un changement marqué dans l'état des vents et des pressions barométriques. Li zone des calmes tropicaux recule progressivement vers le Midi en commençant par son extrémité occidentale : ce mouvement est déjà très-prononcé du 51 juillet au 6 août. Bientôt le courant équalorial se développe en largeur, et son activité s'accroît. De fortes bourrasques accompagnées d'orages se montrent sur cette partie de l'Océan située entre Terre-Neuve et les Antilles, où le calme régnait durant le mois précédent. L'ébranlement gagne peu à peu vers TEsl, en restant d'abord à des latitudes peu élevées ; des mouvements tournants de plus en plus accentués traversent l'Atlantique et vien-

412 pRIGINE ET MARCnE DES TEMPÊTES.

ncnt atteindre d'abord l'Espagne, puis le golfe de Gascogne el la France, leurs lignes de parcours s'élevant progressivement vers le Nord. Les bourrasques du Nord participent de ce sur-* croît d'activité dès son début : la tempête des 10 et H en est la conséquence. Les bourrasques du Sud sont plus lentes à nous parvenir, à cause du trajet plus grand qu'elles ont à parcourir ; les documents sont d'ailleurs peu nombreux sur la partie occidentale de l'Océan, l'Amérique ne nous ayant pas encore envoyé les relevés des observations faites par ses marins. Le 20 août, cependant, une assez forte dépression barométrique se dessine à 150 lieues environ dans le Nord-Ouest des Açores, marquant le centre d'une véritable tempête dont la carte du jour précédent, malgré ses données incomplètes, semble accuser l'existence plus à l'Ouest. Le 21 , la tempête s'est rappix)chéc du continent ; la direction des alizés est renversée jusqu'à la hauteur du parallèle de 25 degrés dans le Sud des Canaries, 011 le vent souffle du S. 0. ; le disque tournant s'étend au moins jusqu'au 50* parallèle sur le méridien 25 degrés Ouest. Ce même jour, les courbes d'égale pression barométrique pivsentaient sur l'Europe l'inflexion caractéristique de l'existence des gros temps en mer. Le 22, la tourmente commençait à envahir la France; le 25, elle avait son centre sur le Nord de la France, et le 24 sur le Nord de l'Allemagne. Jusque-là, les bouri'asques du Nord étaient restées distinctes de celles du Midi ; mais, à mesure que ces dernières se renforcent en atteignant progressivement plus haut vers le Nord, la ligne septentrionale s'en rapproche par un mouvement inverse, et, à partir du 22 ou du 25, elles semblent confondues. Le 25, les alizés sont rétablis aux Canaries; ils empiètent graduellement vers le Nord, et le 25 ils ont remonté à la hauteur du golfe de Gascogne. Ils rétrogradent un peu sur la fin du mois : les bourrasques passent sur le Nord- Ouest des Iles Britanniques pour se rabattre ensuite sur la Russie.

L'Atlas des mouvements de Tatmosphère à la surface de l'Atlantique et de TEurope pour chacun des jours de Tannée 1864, et auquel nous avons emprunté les caries des planches XX, XXI, XXII, XXIII, est encore très-loin d'être complet; aussi, bien des points restent-ils encore obscurs relativement aux circonstances dans lesquelles naissent les tempêtes ou les bourrasques de l'Europe; ces points ne pourront même être complètement éclaircis que lorsque les cartes auront pu être prolongées à la surface de l'Amérique et du Pacifique. Quelques données montrent déjà que l'apparition des plus gros temps sur nos côtes est souvent accompagnée d'un effet semblable sur les cotes occidentales de l'Amérique du Nord, mais à une latitude différente. D'un autre côté, nos hivers les plus froids coïncident généralement avec des hivers pluvieux et doux en Amérique et réciproquement. Un certain balancement semble donc s'effectuer entre les deux continents; mais pour en apprécier la nature et les causes, il est nécessaire de les étudier tous les deux par des procédés semblables et d'une manière également c/)mplète. Si, sous ce rapport, il reste beaucoup a faire, des faits d'une grande importance n'en sont pas moins acquis dès ce jour.

Les phénomènes consécutifs aux déformations fréquemment observées dans le tracé des courbes d'égale pression barométrique nous avaient fait considérer ces déformations comme les signes indicateurs de l'existence des gros temps en mer, et nous en faisions la base de nos avertissements aux i)orls. I^»s cartes complétées par les observations maritimes nous montrent qu'en effet, les tourmentes les plus violentes comme les plus faibles bourrasques nous viennent de régions plus ou moins éloignées sur l'Atlantique, et qu'elles sont toujours accompagnées, en leur centre, d'une baisse barométrique proportionnée à leur degré d'énergie et s'irradiant à une dislance d'autant plus grande qu'elles sont plusintenses. La base de nos apprécia-

lions s'en trouve donc assurée et fortifiée. Nous avons pu constater, de plus, le mécanisme des oscillations de leurs lignes de parcours à la surface de l'Europe, ce qui nous permet de pres^ sentir de plus loin sur quelles régions elles devront excraT leur action et de préjuger même l'état général de l'Océan, au moins dans sa partie le plus ordinairement fréquentée par nos navires, d'après Tétat actuel de l'atmosphère en Europe : ce sont là des points qui intéressent le plus la marine.

La force et la direction du vent ont moins d'importance pour Tagricullureque l'état du ciel. Les variations de la température, la répartition des pluies et des beaux jours, rai)jiarilion des orages et des grêles, sont les points qui touchent le plus les cultivateurs dont les bonnes ou mauvaises récolles sont liées aux intempéries des saisons. Or ces intemj)éries elles-mêmes sont la conséquence immédiate du passage des bourrasques et des allures affectées par les courants généraux de l'atmosphère dont elles marquent le parcours. Déterminer ces allures à un moment donné, c'est déjà fixer les régions où les accidents météorologiques peuvent se produire : qu'une bourrasque apparaisse, il devient possible de déterminer les points menacés pnr les mauvais temps.

Les probabilités qui découlent ainsi de l'inspection de la carte synoptique du jour ne peuvent encore s'étendre bien loin sur l'avenir, parce que chaque perturbation passe rapidement à la surface du continent, que la scène varie sans cesse, que les renseignements fournis au centre par voie télégraphique sont limités à TEurope, tandis que les perturbations naisseul en dehors d'elle. Elles n'atteignent pas non plus à la hautcMU* d'une cerlitude, à obtuse de la multiplicité dt»s innuences qui concourent au résultat final et dont plusieurs nous échappenl. Le météorologiste, en présence de sa carte synoptique, est diui^ la situation du médecin en présence d'un malade. L'un doil étudier chaque symptôme en le comparant aux caractères gé-

ncraux de la maladie el au tempcramenl particulier du malade; Tautre doit peser chaque signe on le rapprochant de Télat général de l'atmosphère et des conditions spéciales à chaque région. L'un el l'autre portent des jugements ; ils ne formulent ni des sentences ni des prédictions.

La météorologie, envisagée au point de vue des probabilités du temps, est une science naissante, dont les règles n'ont |)as encore été formulées et livrées à la discussion qui éclaire toutes les .questions et stimule tous les progrès. Dans noire labeur des trois années écoulées depuis notre entrée à TObservatoire, nous avons souvent été distrait de nos études par les diflicullés insiVparables d'une organisation vaste et complexe; bien des causes de découragement se sont produites ; mais à mesure que nous pénétrions plus avant dans la discussion des faits observés, nous voyions l'horizon de la science s'étendre devant nous, son utilité pratique devenir plus claire et mieux assise. Les sei'vices rendus nous montraient ceux qu'on devait attendre et la faveur croissante du public pour une science jusqu'alors trop dédaignée nous était un puissant motif de redoubler nos elTorts. Des progrès sérieux ont été ré^ilisés, l'interpixitation des signes du temps est devenue plus facile, elle tend à embrasser une plus grande période. Tant qu'il nous sera donné de suivre celte voie, nous y apporterons la persistance el le dévouement sans lesquels nulle œuvre n'est durable.

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