Faul-il distinguer le grésil de la grêle
R. Nous le pensons. Ce sont autant de signes distincts de éCat de l'atmosphère, et faciles à noter au moyen de signes 3nventionncls indépendants de la diversité des langues.
14. Faut-il compter le nombre des orages ou seulement idiquer le nombre des jours d'orage ? Comment tenir compte es éclairs de chaleur?
R. Sur le premier point, nous croyons qu'il Hiut faire l'un l Taulre. Sur le second, Tobservation régulière des orages ous a montré que le tonnerre ne s'entend plus au delà de inq à six lieues, même dans la campagne, tandis que l'illulinalion du ciel par Téclair peut être vue de vingt-cinq à ^nte lieues. I^es éclairs de chaleur sont donc dus à des rages lointains ; à ce titre on devrait les signaler en désignant [ direction de l'horizon où ils apparaissent.
IS"* Quel évaporomètre peut-on recommander pour la meure de l'évaporation et quelle exposition faut-il lui donner ?
R. L'évaporomètre Piche est celui qui nous parait donner es résultais les plus comparables. Le mieux, croyons-nous, îst de placer l'évaporomètre garni d'un disque de papier blanc pi'on renouvelle chaque jour, sous un petit toit qui l'abrite lu soleil et de la pluie, mais non du vent.
16. Comment évaluer et désigner la quantité de nuages? uîrait-il utile d'introduire pour l'état du ciel, pour les hydroïiétéores, etc., des signes généralement compréhensibles et indépendants des différentes langues?
Réponse affirmative.
17. Outre les éléments météorologiques énumérés, convient il d'en établir d'autres, comme, par exemple, l'électricité atmosphérique, dans les observations régulières. Dans ce cas, quels sont les meilleurs instruments à employer ?
R. Nous croyons utile d'étendre le champ des observations régulières autant que le coinportent les ressources des divers établissements météorologiques. Jusqu'à ce jour ^ l'électricité
* LVlude de IVlcclricité atmosphérique a été commencée en 1875 à Tobservatoire de Montsouris ; mais elle nVst pas encore assez avancée pour que nous puissions exprimer une opinion précise sur la question posée.
atmosphérique n'^ayant pas encore été étudiée en France, l'opinion de la section est réservée sur ce point.
18. Pourra-t-on introduire partout les mêmes heures pour les observations régulières?
R. Ce serait Irès-désirable ; si ce résultat ne peut être obtenu, au moins faudrait-il que dans chacune des séries adoptées par les divers établissements il se trouvât un certain nombre d'heures communes, servant de point de repère.
19. Peut-on établir des règles générales pour la vérificalîon des instruments et pour Tinspection des stations météorologiques ?
R. Nous le pensons et ce serait, croyons-nous, un des plus grands progrès qui puissent être réalisés en météorologie. — Nous ajouterons qu'en France il existe un inspecteur général des stations météorologiques.
20. D'après quelles méthodes et pour quelles périodes faudra-t-il calculer les movennes des différents éléments météorologiques? Est-il préférable de commencer Tannée météorologique avec le mois de janvier ou avec le mois de décembre?
R. Les périodes les plus convenables sont pour nous : le jour, le mois, la saison, l'année; mais surlout le jour qui est la base de toute discussion. La réparlition des températures et des pluies, par exemple, dans la succession des jours d'une année, exerce une influence décisive sur les récoltes, et cette action est difficile à reconnaître dans les périodes quelque courles qu'on les suppose.
Nous croyons nécessaire de publier mois par mois les moyennes diurnes, et le commencement de l'année n'a plus dès lors qu'une importance de second ordre. Suivant Tobjet particulier de l'étude entreprise, le météorologiste groupera ses éléments de la manière la plus conforme à son objet ; Tessentiel est que ces éléments comparables ne lui fassent pas défaut.
Le calcul des moyennas varie suivant les régions. Les observatoires principaux ont à leur disposition des observations multiples faites à diverses heures de la journée et ils disposent pour les faire d'un personnel plus ou moins nombreux qui
manque aux stations secondaires. Les thermomètres à ma* xima et à minima apportent une grande simplification dans le travail; il semblerait donc utile de généraliser leur emploi.
21 . De quelle manière et pour quelles périodes doit-on déduire les valeurs normales des éléments météorologiques ?
Les séries d'observations, faites dans les observatoires ou stations météorologiques, ont des durées très-inégales et embrassent des périodes très-diverses. Il ne nous parait pas prudent de les comparer entre elles en bloc et sans discussion : on risque ainsi de rapprocher, pour deux stations différentes, des années de caractères fort dissemblables et de fausser ainsi les rapports climatériques des deux stations.
Il n'est guère de pays, en Europe où Ton ne puisse trouver au moins une sécie continue, remontant presque à Torigine des observations météorologiques régulières dignes de foi. Ces séries pourraient utilement servir de point de départ pour la discussion de toutes les autres. Étant donnée une station appartenant à une région pour laquelle existe cette série type, nous croirions convenable de comparer les moyennes de cette station non avec la totalité de la série type, mais avec l'ensemble des années de cette série correspondant aux observations de la station. C'est dans cet ordre d'idées qu'ont été construites les deux feuilles de diagrammes publiées comme spécimen dans le Bulletin memuel de Montsmiris.
Dans cette comparaison, il ne faudrait pas embrasser des points trop éloignés, ou même des points rapprochés, mais compris dans des climats dissemblables. Une critique attentive doit présider à ce travail; mais l'introduction, dans la comparaison, d'années qui, existant dans l'un des termes, ne se retrouveraient pas dans l'autre, nous paraîtrait au moins aussi fâcheuse.
22. Est-il possible et désirable de publier les observations d*un nombre restreint de stations de chaque pays, d'une manière identique, et dans un délai relativement court ?
H. Ce serait, sans aucun doute, une chose des plus dési-
rablcs et des plus profitables à la science*. Non-seulement les documents devraient y être insérés dans un ordre déterminé à l'avance, mais le format lui-même devrait être arrêté d'un commun accord, et le même pour tous les pays. Nous voudrions, en effet, qu'on abordât la question des publications ayant un caractère international, et que le soin de ces publications fût réparti entre les divers établissements de premier ordre.
Nous avions entrepris, à l'Observatoire de Paris, un allas des mouvements généraux de Tatmosphère à la surface de l'Atlantique et de l'Europe ; des circonstances qu'il est inutile de rappeler ici ont fait interrompre ce travail qui a été repris en partie par M. Hohn, de Christiania, puis par M. Hoffmeyer, de Copenhague. Au lieu de laisser à cette œuvre utile le caractère en quelque sorte personnel qu^elle a gardé jusqu'à ce jour, malgré le concours des divers météorologistes, il n'est pas douteux qu'une consécration plus haute assurerait sa durée tout en lui fournissant des moyens d'action plus puissants. Saus apporter aucune entrave au libre développement des initiatives individuelles, il nous semble que si les météorologistes parvenaient à s'entendre sur les grands travaux que la science réclame, sur leur répartition entre les établissements disposés à les entreprendre sur des bases générales arrêtées en congrès, la science marcherait d'un pas plus rapide. Chaque travail effectué ouvrirait d'ailleurs de nouveaux horizons, et, les congrès devenant périodiques, Tœuvre générale pourrait chaque année se plier aux conditions nouvelles, nées du progrès accompli.
25. Comment peut-on organiser l'échange des publications météorologiques des divers pays, d'une manière simple, srtre et rapide ?
R. Le service météorologique international jouit partout en Europe, l'Angleterre exceptée, de la franchise télégraphique. Il y a là un moyen de communication rapide. La poste et la librairie font le reste.
* Celle idée a été réalisée par le bureau météorologique de Washington, qui publie, jour par jour, les observations l'ailes au même instant sur un graihl nombre de points des deux continents.
CONFËRENCE DE VIENNE. 5U7
24. Est-il désirable que chaque pays possède un établissement central pour diriger, coordonner et publier les observations météorologiques ?
R. Cet établissement existe en France et il y est dans les traditions du pays ; mais il ne doit posséder qu'une action morale sur ses correspondants, et se borner à favoriser leurs travaux en contribuant à leur donner plus d'homogénéité et à les faire connaître.
25. Est-ce que l'utilité de l'échange de télégrammes météorologiques est assez reconnue pour lui donner une plus grande extension et une organisation plus solide?
R. Nous nous bornerons ici à reproduire la phrase par laquelle M. Fradesso da Silveira a répondu à cette demande dans sa lettre imprimée.
n II nous semble que l'échange des télégrammes devient indispensable; mais cet échange ne produira pas tous les résultats qu'on en doit attendre, tant que tous les pays ne prendront pas les mesures convenables pour que Texpédition des bulletins ne soit pas retardée. »
26. Quelles mesures faudra-t-il prendre pour assurer l'exécution des décisions du congrès météorologique?
R. Le congrès de Vienne peut avoir lieu par le libre concours des météorologistes des divers pays. Ils ont qualité suffisante pour y discuter les questions relatives à l'avenir de leur science, et pour s'engager, en ce qui les concerne personnellement, à suivre les prescriptions qui y seront formulées. Les solutions proposées par cette assemblée, fûlello même accidentelle et dégagée de toute attache officielle, auront sans doute une grande autorité auprès des Gouvernements ; nous croyons cependant que, dans de telles conditions, la réunion projetée perdrait beaucoup de son efficacilé.
Dans la plupart des États d'Europe, les établissements météorologiques sont fondés et entretenus par les gouvernements ; et quelle que soit Tautorité dont ils jouissent dans leur pays, les directeurs de ces établissements y sont responsables et des travaux qui leur sont confiés et des ressources en personnel et en matériel qui sont mises à leur disposition.
Les délibérations du congrès peuvent et doivent provoquer des modifications dans la nature et la conduite des travaux entrepris ; des engagements financiers, ou autres, peuvent et doivent en résulter, soit par la proposition de nouvelles unités de mesure, soit par la création de publications d'utilité générale, soit par la demande de franchises télégraphiques et postales plus étendues. La où des questions d'une telle nature peuvent être soulevées, il semble que les gouvernements intéressés doivent au moins être invités à se faire représenter officiellement. Eux seuls, en effet, peuvent donner au congrès son véritable caractère international et fournir à ses délibérations la garantie qu'elles recevront l'exécution réclamée.
Il semblerait donc nécessaire que les organisateurs du congrès provoquassent Tadiiésion officielle des gouvernements à la réunion projetée.
Que si ces démarches sont jugées inutiles ou inopportunes, le premier congrès, tout en gardant un caractère privé, devrait tendre à constituer une association internationale reconnue d'utilité publique, ayant ses assises régulières, comme la Société internationale de géodésie, et désignant, comme elle, une commission d'exécution permanente chargée de préparer les sessions futures et de veiller à rcxécution des délibérations antérieurement prises. Quelle que soit, on elîel, l'aclivité déployée par les météorologistes convoqués à Vienne, ils ne pourront que jeter les premières bases de leur entreprise. L'organisation d'une science qui exige un aussi grand concours de collaborateurs travaillant sur un plan uniforme ne saurait ôlre l'œuvre d'un jour : elle exige une action permanente et prolongée.
Le congrès de Vienne a eu un caractère officiel. Le gouvernement autrichien prit l'initiative de celte mesure et invita les autres gouvernements à nommer des délégués à l'assemblée projetée^ Ce congrès était composé de vingt-neuf njembres,
représentani quatorze Ëlats difTérents, dont nous donnons cidessous les noms :
âllkmagkk; 7 MM. Brui^hs, Dôrgens, ëber-
MAYEn, Neumayeb, ScUOD£R,
SOH.NCKE, WlKMECKE.
Autriche-Hongrie.. . . 6 Czelechowsky, IIann, Jelubk,
lorenz, muller, schemzl.
Belgique 2 Gloeseker, Krm. Quetei.et.
Grande-Bretagne. ... 2 Bughak, Scott.
Chine 1 Campbell.
Danemark 1 IIoffmeyer.
États-Unis d'Amérique . 1 Myer.
Italie 2 Cantoni, Donaii.
Pats-Bas 1 Buvs Ballot.
Portugal 1 Fradesso de Silveira.
Russie 1 Wild.
Suède et Norvège. ... 2 Mohn, Uubbnson.
Suisse 1 Plantamour.
Turquie 1 Coumdary.
Total : 29
La France n'y avait envoyé aucun représentant, non que le gouvernement français se désintéressât du congrès, mais par suite de dilTicultés de personnes.
Le congrès a été ouvert par M. Garl von Stremayr, minisire de rinstruclion publique d'Autriche.
Le congrès ne pouvait, en une seule session, donner la solution des nombreux problèmes qui se présentaient à son examen. La question des observations faites en mer a d'abord été écartée pour être soumise à une commission spéciale, qui s'est réunie une première fois à Londres ; d'autres questions, exigeant un examen spécial et des négociations pour arriver à une entente, ont été renvoyées à un autre congrès ; telle est entre autres la publication internationale qui demande le concours pécuniaire des divers gouvernements. Afin de faciliter le travail de la prochaine assemblée, un comité permanent a été nommé, qui sera chai^ré dV'xuininer ces questions cl de présenter un i\q)|K)rt. Ce comité se compose de MM. Buys
olO CONFÉRENCE DE VIENNE.
Ballot, président, Bruhns, Cantoni, Jelinek, Mohn, Scott el Wild. Le congrès lui a donné la faculté de s'adjoindre deux nouveaux membres afin de permettre à la France d'y être représentée.
La plupart des vœux exprimés par lé congrès de Vienne ou ses délégués sont conformes aux vœux exprimés par le congrès français de Bordeaux ; les questions résolues ont seulement revêtu un caractère plus précis.
Note B. — CkiBdUioBM de mîmJbîUié de ratOMMphére (voir pa^ e i«t).
M. Peslin, ingénieur des mines, a soumis au calcul les effets du mouvement vertical de l'air sur sa température. Sans le suivre dans le détail de son analyse, nous donnerons les formules auquelles il est conduit et les résultats qu*il en déduit.
L'air en montant se dilate par l'effet de l'abaissement de la pression qu'il supporte. Cette dilatation produit un abaissement de température variable avec la pression et avec la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air, la chaleur spécifique de la vapeur étant autre que celle de l'air. Tant que l'air n'est pas salure, la formule reste simple, mais, dès que Tair atteint son point de saturation, tout abaissement de sa température amène une condensation d'une partie de sa vapeur ; cette condensation donne lieu à un dégagement de chaleur latente qui retarde le refroidissement.
Si nous désignons parp la pression de l'air qui s'élève, par q la proportion en poids de la vapeur qu'il renferme, et par /(
CONFÉRENCE DE YIENiNE. 511
la hauteur donl il doit monter pour que sa température baisse de 1 degré, nous aurons pour de Tair non saturé :
A = 101'»(l + l,025flf).
 partir de la saturation, la formule change et devient :
A = 101- il+ffL
^+bt
dans la quelle b =^0,0046
Pour de faibles valeurs de t, le dénominateur {i -\- b t) esl très- voisin de 1, en sorte qu'on peut écrire approximativement.
L'importance de q est ici beaucoup plus grande que dans le cas précédent ; mais elle s'affaiblit dans les temps froids et aux grandes hauteurs.
Il résulte de ces formules que, dans un air complètement dépourvu de vapeur d'eau, la température décroîtrait de 1 degré par ascension de 101 mètres en altitude. Partant de Taltitude de 0 mètre avec une température de 20 degrés, la masse d'air arriverait avec une température de — 14*7 à la hauteur de 3500 mètres, et avec une température de — 64%2 à la hauteur de 8500 mètres. Dans les mêmes condifions de température au départ, de l'air saturé aurait une température de + 4" à la hauteur de 3500 mètres et de — 28° à la hauteur de 8500 mètres. La vapeur d'eau contenue dans l'air a donc pour effet de ralentir la décroissance de la température dans le sens de la hauteur.
La décroissance réelle des températures dans le sens de la hauteur est très- variable pour un même lieu, suivant les heures du jour, les saisons, ou l'état général de l'atmosphère. Très-lente à certains jours, elle est au contraire, dans d'au-
512 CONrÉKENCË DE VIENNE.
ires cas, très-rapide, surtout dans les couches inférieures de Tatmosphère. La stabilité de l'atmosphère change dans le sens contraire. Supposons, par exemple, que la décroissance à un moment donné soit plus lenle que ne l'indiquent les formules cl, dans ce cas, admettons que, par une cause quelconque, une masse d'air soit soulevée d'une certaine hauteur h. Sa température se sera abaissée de 1 degré par exemple; mais la température de l'air ambiant baisse de moins de 1 degré pour une même différence h d'altitude. Notre masse d'air sera donc, à la hauteur h à laquelle on la suppose parvenue, plus froide que l'air ambiant. Plus froide, elle sera plus dense; donc elle tendra à redescendre. La cause qui aura produit son ascension s*épuisera par son action même; l'atmosphère sera stable. Imaginons, au contraire, que la décroissance des températures de l'air soit plus rapide que ne l'indiquent les formules. La masse d'air supposée transportée à la hauteur h y arrivera moins refroidie ou plus chaude que les couches d'air situées au même niveau. Plus chaude, elle sera moins dense; elle tendra donc par elle-même à monter plus haut. La cause qui aura commencé le mouvement se reproduira ou s'acroîtra : l'équilibre est instable. Celte dernière situation est surtout prononcée en certains jours de l'été, pendant lesquels l'air est humide et la chaleur acc;iblante. Les causes de première rupture d'équilibre ne font jamais défaut; le sol n'est jamais homogène ni également échauffé en tous ses points. L'air qui repose à sa surface participe de ces inégalités; il tend à monter là où il est le plus chaud et à descendre là où il est le moins chaud. Le mouvement commencé s'accélère. Les masses d'air ascendant finissent par gagner des hauteurs où elles atteignent leur point de saturation; des nuages arrondis s'y forment qui grandissent quelquefois avec une rapidité surprenante et amènent de violents orages. Les flancs des montagnes échaufles par les rayons solaires favorisent ces mouvements verticaux. Souvent leurs cimes sont garnies de nuages qui paraissent y être rivés alors que les autres voyagent : c'est qu'ils se reproduisent sur place. Là peuvent se former des orages locaux. Presque toujours
cependant, dans nos pays, les orages ont un caractère plus général : ils apparaissent sur le pourtour d'un disque tournant, à une certaine distance du centre, là où l'air est ascendant, et ils se propagent sur de longues distances parallèlement à la route parcourue par le centre du disque tournant. En été, aux latitudes de l'Europe, ces mouvements tournants sont peu intenses, leur dépression barométrique centrale est peu accusée; et, s'ils n'étaient entretenus par le mouvement ascensionnel qu'ils produisent ou qu'ils régularisent, ils s'épuiseraient trèsvite.
Il faut bien distinguer ces tores orageux des trombes locales qui y naissent fréquemment et qui ne sont qu'un fait accidentel produit en un point d'un mouvement plus général et plus étendu. L'électricité nous parait jouer un rôle considérable dans les trombes qu'on rencontre toujours, dans nos parages, sur un tore orageux : le mouvement ascensionnel de l'air serait in^ufQsant à les expliquer. Nous croyons, d'ailleurs, que certains auteurs se laissent entraîner trop loin par la pensée de rattacher tous les faits à une même origine. Tout mouvement ascendant ou descendant se traduit dans notre atmosphère par une rotatiou : c'est une conséquence nécessaire de la forme de la terre et de sa rotation diurne : mais ce serait exagérer d'en conclure que toute rotation commence par un mouvement ascendant pour les uns, descendant pour les autres. Les forces naturelles sont multiples, et nous sommes loin d'avoir pu analyser les origines diverses de toutes les tourmentes grandes ou petites : sur presque toutes, sinon sur toutes, nous en sommes encore aux conjectures; c'est une raison de plus pour ne négliger l'étude d'aucune des forces naturelles.
Or la décroissance de la température dans le sens de la hauteur, variable suivant les temps et les lieux, est un fait incontestable d'où résulte non moins évidemment une force motrice capable d'entretenir un mouvement tournant qu'elle n'aurait pas produit. Ce n'est pas la seule force en jeu, surtout au début; elle peut être nulle ou inactive dans certains cas;* elle peut être prépondérante ou rester seule dans certains autres
cas ou en certains temps. C'est à ce point de vue que nous reproduisons ici les conclusions du mémoire de M. Peslin.
I. Un tourbillon qui se propage dans une atmosphère y trouvera d'autant plus d'aliments pour entretenir sa violence, que la loi de décroissance suivant la verticale y sera plus rapide.
II. Toutes choses égales d'ailleurs, le travail moteur créé par le tourbillon et qui entretient sa violence est d'autant plus grand que l'air de Talmosphère où il se propage est plus près du point de saturation.
Cette dernière condition explique, entre autres raisons, la fréquence des tourmentes à la surface des eaux chaudes du GulfStream et dans le courant aérien qui aborde l'Europe après avoir longé son cours.
!Votc. C. -* Théorie des cyclones (loir page S S S).
Les désasires causés par les tempêtes tropicales appelées tornados^ typhons^ ouragans ou cyclones^ ont dû fixer l'attention des marins sur ces terribles météores. Piddinglon, aux Indes anglaises, Reid et Redfield, aux États-Unis, M. Bridet, a l'île Bourbon,., en ont fait l'objet de travaux qui sont promplement devenus classiques dans toutes les marines. M. Keller, ingénieur hydrographe, a résumé, dans son Traité sur les ouragans^ les particularités de ces phénomènes et les règles de conduite que doivent suivre les marins en présence du danger.
La méthode adoptée dans l'étude des cyclones a été indiquée dans cet ouvrage. On a d'abord réuni, pour chaque ouragan, des extraits des livres de bord de tous les navires engagés dans la tempête; après avoir dépouillé ces matériaux, on a marqué
CONFÉREiNCH: DE VIENNE. &15
snr une carie, pour chaque dale, les positions des navires el la direction des vents observés; puis, en plaçant sur cette carte une série de transparents sur lesquels on avait tracé des circonférences concentriques, on s^assurait que les flèches du vent à la môme heure s'appliquaient sur ces circonférences, en sorte que, à cet instant là, sur toute la région battue par la tempête, la masse d'air reposant sur le sol ou sur la mer devait être animée d'un vaste mouvement gyraloire autour d'un centre déterminé.
Tous les marins admettent bien que, dans les couches inférieures de l'atmosphère, l'air est appelé du pourtour vers le centre de la tempête ; mais le fait dominant qui les a justement frappés est le mouvement circulaire de la masse d'air, d'où le nom de cyclonej tempête en cercle, qu'ils ont donné au météore.
De là, les règles de conduite en mer.
Par une baisse continue et prolongée, le baromètre qui ne trompe jamais entre les tropiques annonce qu'un cyclone est au loin. Dès que le vent souffle avec une certaine force, faites face au vent, dit Piddington, et, dans l'hémisphère nord, étendez le bras droit : le centre du cyclone est dans cette direction. Dans l'hémisphère sud, c'est du côté gauche et non du côté droit que se trouve le centre. Le vent prenant de la force et le baromètre continuant à descendre, c'est que dans son mouvement de progression le centie de la tourmente se rapproche du navire. Si le vent augmente d'intensité sans changer de direction, c'est qu'on est sur la ligne même que suivra le centre du cyclone ; si le vent tourne dans le sens de la rotation du cyclone, on est hors de la ligne du centre et sur le côté maniable de la tempête; si le vent tourne dans le sens contraire, on est encore hors de la ligne du centre, mais sur le côté dangereux. Ces règles sont des plus simples et, en apparence, des plus faciles à appliquer en mer. Les marins se sont assez vite familiarisés avec elles, el ils en sont venus quelquefois à se jouer de ces terribles météores en cherchant à les utiliser pour atteindre plus rapidement à leur but. Le côté dangereux exigeant des manœuvres difficiles et souvent péril-
oitf CONFÉRENCE DE VIENNE.
leuses, ils ont franchi la ligne du centre en passant en avant du cyclone afin de gagner le côté maniable. Une erreur d'appréciation peut alors devenir funeste en engageant le navire au cœur môme de la tourmente qu'on a dessein d'éviter. Des naufrages ont eu lieu qui ont fait naître des doutes sur la parfaite justesse des règles prescrites. Les critiques ont surtout mis en avant la tendance de Tair à se porter vers le centre dans les couches inférieures de Tatmosphëre, tendance qui avait été reconnue, mais considérée comme négh'geable, par les premiers auteurs. On en est arrivé à lui accorder, au contraire, une importance exagérée, du moins si on voulait l'élendre aux parages autres que ceux où elle a été bien constatée. Parmi les réformateurs, se distingue M. Meldrum, le directeur de l'observatoire de l'île Maurice, qui a étudié plusieurs des grands ouragans qui dévastent ces régions. Les diagrammes qu'il donne des cyclones étudiés par lui sont trèsdifférents de ceux de Piddington, Reid et Redfield, Bridet... Au lieu de se composer de cercles concentriques, ils sont formés de spirales convergeant rapidement vers le centre et jusqu'au centre lui-même.
Les uns et les autres de ces diagrammes sont fondés sur de simples constatations de direction des vents observés. Que les interprétations de ces directions de vents soient plus ou moins affectées des dispositions d'esprit propres à chaque auteur, cela est possible et n'est guère douteux. L'interprétation peut être redressée, mais les faits en eux-mêmes ne peuvent être changés, et ils montrent que les cyclones, tout en conservant leur caractèie général de tempêtes tournantes, sont loin de présenter, dans tous les cas, la forme géométrique rigoureuse qui leur avait d'abord été donnée. Il en résulte que les règles de manœuvres perdent un peu de leur rigueur pour laisser une plus large part à l'appréciation et à la science personnelle du marin dans chacune des situations où il se trouvera placé.
La loi des tempêtes, telle qu'elle a été formulée à l'origine par Reid et Piddington, a trouvé un ardent défenseur dans M. Faye, qui a inséré dans V Annuaire du bureau des longitude» pour 1875 une brillante notice intitulée : Défense de la
loi des tempêtes. L'étendue de celte notice nous oblige à renvoyer le lecteur à VAnntuiire du bureau ; nous reproduisons seulement un extrait de la conclusion de M. Faye : <c La loi « des tempêtes, dont Ténoncé en termes absolus ne prévoit c< aucune des modifications que nous nous bornons à indiquer, a n'est donc réellement qu'une appioximation, juste comme « les lois de Kepler auxquelles nous Tavons déjà plus d'une fois « comparée. Celles-ci seraient rigoureuses si l'on pouvait faire « abstraction des actions des planètes les unes sur les autres « et sur le soleil; mais ces actions n'étant pas négligeables, « ces belles lois ne sont pas l'expression adéquate de la vérité. « De même pour les lois des tempêtes : elles seraient toujours « exactes si les courants de l'atmosphère n'éprouvaient jamais « d'action perturbatrice; et comme elles ne tiennent pas compte « de ces actions, et ne donnent pas les moyens de les prévoir « ou du moins d'en apprécier l'effet, on ne doit pas toujours « les appliquer les yeux fermés.
« Dans tous les cas, ce n'était pas en substituant la cassic< noïde à l'ellipse képlérienne qu'on aurait pu faire marcher la <( science; de même, ce ne sera pas en remplaçant les dia- « grammes circulaires par des diagrammes centripètes qu'on « augmentera la sécurité des navigateurs. Si nous avons réussi « à donner la véritable interprétation théorique de ces lois, « on nous accordera que le moment n'est pas venu de les « abandonner, mais de les compléter. » Nous ajouterons, avec M. Faye, qu'il peut arriver, dans l'état actuel de nos connaissances, qu'en appliquant les lois des tempêtes dans les conditions où le cyclone est modifié par une cause ou une autre on soit conduit à une fausse manœuvre. Une fois averti, le marin saura trouver dans son habileté et sa vigilance le moyen de conjurer le danger ; mais, de ce que les règles qu'il applique ne sont pas absolues, il conclura, non qu'il faut y renoncer, mais qu'il faut continuer plus avant les études afin d'embrasser les exceptions apparentes dans une formule plus complète dans ses détails.
La rotation, caractère fondamental des cyclones, donne lieu à un double mouvement : centrifuge sur la partie la plus
active du disque tournant, centripète aux deux extrémités de Taxe. Tout Tair, moins la masse des vapeurs condensées en pluies, qui entre par les deux extrémités de Taxe, est expulsé par le disque tournant ; mais l'appel qui a lieu pnr le haut et celui qui a lieu par le bas sont complémentaires l'un de l'autre ; l'un peut s'afTaiblir au profit de l'autre suivant les lieux et les temps. Le mouvement centripète constaté par M. Meldrum à la surface de la mer, dans les parages de l'ile Maurice, peut donc être aussi apparent que l'affirme l'auteur, alors que dans les tempêtes, étudiées en d'autres lieux par MM. Reid, Piddington et Bridet, ce mouvement centripète n'avait qu'une valeur négligeable. Les marins sont prévenus, toutefois, que la règle de se mettre face au vent et de placer le centre de la tempête à 90*" sur la droite dans l'hémisphère boréal et à 90*" sur la gauche dans Thémisphère austral n'est pas absolue; que ce centre peut descendre plus bas, à i 00** ou i 20** par exemple. Que, par suite, quand on est dans le côté dangereux on peut être plus loin de la ligne du centre que la règle ne le ferait croire; et qu'il importe de bien réfléchir avant de couper cette ligne pour passer dans le côté maniable. C'est à une étude plus complète des cyclones, dans chacun des parages qu'ils traversent, qu'il faut avoir recours.
Il est un autre point sur lequel l'attention ne paraît pas s'être assez généralement portée. Un cyclone n'est jamais stationnaire. Dans certains parages, sa vitesse de translation esl assez faible et sa vitesse de rotation assez grande pour que la première s'annule devant la seconde. Si alors le mouvement centripète est lui-même négligeable, les règles des premiers auteurs sont entières; mais il n'en est pas toujours ainsi. Or, quand la vitesse de translation du centre est un peu grande, elle modifie d'une manière sensible la direction des vents observés ; elle déplace le centre apparent de rotation qu'elle éloigne du côté maniable. On croit donc le centre plus éloigné qu'il ne l'est réellement. Il n'est plus vrai, non plus, de dire que, quand le vent augmente de force sans changer de direction, on est sur la ligne môme du centre. Sur cette ligne, lèvent change de direction en môme temps que de force, puisque Tune des
composantes est constante en grandeur et en direction, tandis que Tautre, constante en direction, varie en grandeur. L'erreur en mer aurait pour effet de faire croire qu'on est encore dans le côté dangereux, alors qu'on serait déjà sur la ligne du centre ou au delà sur le côté maniable. Dans les hautes régions de Tatmosphère, elle a une outre conséquence dont M. Hildebrandson, d'Upsal, n'a pas tenu compte Dans le but d'étudier les mouvements de Tair dans les parties supérieures des tempêtes tournantes dont TEurope n'est pas plus affranchie que les régions tropicales, M. Hildebrandson réunit les observations de la direction des cirrus faites dans les divers observatoires et en construit des cartes comme celles auxquelles donnent lieu les vents observés à la surface du sol. Pour tirer de CCS cartes de cirrus des conclusions exactes, il faut tenir compte d'abord de la vitesse de translation du centre et ensuite de l'avance que la partie supérieure de l'axe du mouvement tournant présente sur sa partie inférieure.
Une troisième cause d'erreur qui peut présenter dans la pratique de plus graves inconvénients que les précédentes provient de ce fait que l'atmosphère n*est pas animée du même mouvement dans toutes sa hauteur. Dans les régions tropicales en particulier, les alizés et contre-alizés forment deux couches distinctes animées de vitesses dont les directions sont très-divergentes, et fournissant chacune sa part de l'air qui entre dans le cercle d*action d'un cyclone. La vitesse de translation de l'axe de ce cyclone participé des deux composantes ; elle n'est ni celle des vents inférieurs, ni celle des vents supérieurs. A la surface des mers, l'excès de vitesse de l'air inférieur sur la vitesse d'ensemble de la translation du cyclone modifie la direction des vents observés dans la partie du disque exposée aux vents qui souffleraient si le mouvement n'existait pas. Cette influence manifeste dans les diagrammes de M. Meidrum doit tromper le marin non prévenu, dans son estime sur la position du centre du cyclone el de sa trajectoire/
En présence d'une tempête, la tâche d'un marin est donc loin d'être simple. Les prescriptions anciennes sont le résultat d'un premier aperçu auquel, dans certains parages, il n'y aura
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rien à changer : Terreur sérail de les généraliser et de les étendre à tous les parages et à tous les temps. Des forces multiples interviennent dans ces grands phénomènes ; parmi elles il s'en trouve qui, négligeables en tel lieu, ne le sont plus en tel autre. On a pu croire Tétude achevée alors qu'elle n'était que commencée.
M. Ch. Antoine, lieutenant de vaisseau, vient de montrer, dans une Élude sur les coups de vent publiée dans la Revue maritime^ combien peut être féconde l'intervention, dans la discussion d'une tempête, des divers éléments qui y interviennent. A nos latitudes, les tempêtes tournantes ont une vitesse de translation comparable à leur vitesse de relation, en sorte que l'air nous parait calme dans le demi-cercle maniable et que les coups de vent sévissent seulement dans le demi-cercle dangereux. En associant les deux mouvements, M. Ch. Antoine retrouve tous les caractères de nos tempêtes.
A la pointe méridionale de l'Amérique, le baromètre semble dans les tempêtes échapper aux règles constatées dans les autres parages; les tempêtes elles-mêmes au lieu d'être ciiculaires y semblent rectiligncs. Qu'on y applique la méthode de M. Ch. Antoine, et Ton verra que ce sont, comme partout, des tempêtes tournantes dont l'aspect est modifié par la composition des vitesses de rotation et de translation. La loi générale est la même en tous lieux; mais en chaque lieu il faut savoir faire la part des forces variées qui y concourent à la production des phénomènes naturels.
TABLE DES NATIÉRES
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