FIN
%o:e A, — CongrèM de llcnnc (l'olr pa^c SSj.
La conférence de Bruxellcsa réalisé un grand progrès; elle élail loin cependant d'avoir résolu d'une manière complète toutes les questions que soulève l'organisation météorologique internationale. Après une expérience de vingt années, il était nécessaire de reprendre l'œuvre commencée pour y introduire les améliorations indiquées par la pratique.
Le désir d'une entente nouvelle entre les météorologistes des divers pays avait été manifesté par plusieurs d'entre eux et notamment par M. Buys Ballot, d'Utrecht ; nous résumons, dans les lignes qui suivent, la noie que nous insérions dans le bulletin mensuel de juin 1872,
« L'exposition universelle qui doit s'ouvrir à Vienne dans le courant de l'année 1875 sera, nous l'espérons, l'occasion d'une réunion en congrès des divers météorologistes des pays civilisés. Cette réunion est désirable; elle répond à un des besoins les plus impérieux de la science, celui de s'entendre sur la conduite des observations, sur leur mode de publication, sur leur élaboration par un travail d'ensemble conformément à des règles acceptées d'un commun accord, enfin sur la répar» titiondu travail entre les divers établissements météorologiques, de manière à marcher vers le but avec la moindre somme d'efforts, sans gêner cependant la liberté d'allures de chaque homme de science.
« Le congrès international de Bruxelles arrêta un plan uniforme d'observations nautiques. Peut-être dans ses prescriptions dépassa-t-il le but qu'on devait le plus utilement poursuivre; peut-être conviendrait-il de limiter plus étroitement les demandes qui sont adressées à la majorité des navigateurs. — Ce qui a été réalisé pour les observations faites en mer ne Ta pas encore été pour les observations faites sur terre.
« En 1865, lors du congrès des philosophes de Suisse,
M. Dove avait invité des météorologistes d'Autriche, d'Espagne,
de France et d'Italie à venir conférer à Genève sur l'uniformité
des ii*avaux; mais plusieurs manquèrent à l'appel et la réunion ne fui pas internationale. M. Dove à cette époque déclara d'ailleurs publiquement que l'on n'obtiendrait de bons résultais d'un congrès qu'autant que les i)oints à discuter auraient été proposés et examinés à l'avance.
<c Mû par le même sentiment, M. Buys Ballot, directeur de rinslitut météorologique d'Utrecht, vient de publier sous le titre de Suggestions une brochure où il expose ses vues sur les points à débattre dans le prochain congrès. Nous espérons de noire côté que les météorologistes français profiteront de la première réunion de l'association française pour l'avancement des sciences qui se tiendra à Bordeaux en septembre 1872, pour discuter en commun leurs projets et pour se préparer ainsi au congrès de Vienne. »
Voici le résumé des délibérations de la section de météorologie de l'association réunie à Bordeaux, résumé que nous avons inséré dans le bulletin mensuel de septembre 1872.
1"" Est-il nécessaire d'introduire pour toutes les observations météorologiques les mêmes unités de mesure dans tous les pays, ou suffit-il d'établir certaines règles pour la réduction des mesures employées dans les différents pays ?
R. L'uniformité des mesures est vivement désirable ; mais en la supposant même acceptée en principe par tous les pays, sa réalisation complète exigerait un temps as^ez long. Il paraît donc nécessaire d'établir immédiatement des règles pour la réduction des diverses mesures à un même type, et d'elfecluer cette réduction dans les publications ayant un caractère international.
Toutes les observations d'un même [)ays, publiées dans les recueils locaux n'ont pas bcî-oin, au même degré, d'être introduites, régulièrement et au cours du temps, dans la science générale. Celle-ci doit s'appuyer d'abord sur un nombre limité de stations bien choisies et convenablement pourvues. Il importe que les observations faites dans ces stations soient mises à la disposition de tous les météorologistes sans retard et dans un état de préparation qui en rende l'emploi facile. Les détails de la science peuvent, pendant quelque temps encore être
laissés dans chaque pays aux soins exclusifs des mélëorologistes de ce pays. Pendant ce temps, les avantages incontestables qui découleraient de Tunitormisalion complète des unités de mesure apparaîtront de plus en plus et la transformation s'effectuera sans trop d'efforts.
2^ Quelle est la meilleure construction pour les baromètres des stations de second ordre. Peut-on admettre pour ces stations le baromètre anéroïde ?
R. Dans toutes les stations situées en terre ferme, il est désirable qu'on ne fasse usage que de baromètres à mercure ; mais on peut simpliGer la forme du baromètre de Fortin pour les stations de second ordre de manière à diminuer son prix. Pour nous, le baromètre type est encore celui de Fortin, sans que le principe de sa construction soit le seul qui soit acceptable, et l'on doit laisser libre carrière aux efforts des constructeurs. L'essentiel est qu'il y ait dans chaque pays au moins un établissement central muni d'un baromètre normal rigoureusement comparé à ceux des établissements similaires, et que l'observatoire central de chaque région soit chargé d'examiner et de vérifier les baromètres à mercure construits dans ou pour la région.
La section de météorologie émet le vœu que, pour la France, l'inspecteur général des stations météorologiques puisse vérifier sur place tous les baromètres des stations françaises et fasse connaître leur correction.
Quant aux baromètres métalliques, ils présentent deux graves défauts : Leur zéro se déplace avec le leinps, et quelquefois d'une manière accidentelle; de plus la correction thermométrique y est incertaine. On ne doit donc en faire usage que comme indicateur du temps. A ce point de vue, on ne saurait trop en recommander et en répandre l'usage.
5*'Quelle instillai ion faut-il iidopter généralement pour les thermomètres, afin qu'ils indiquent la véritable température de l'air ?
R. C'est là une des plus délicates questions de la météorologie. L'installation des thermomètres varie beaucoup d'une station à l'autre, et à chaque installation correspondent des résultats
différents. Ajoutons toutefois que les différences portent sur les températures extrêmes bien plus que sur les moyennes.
Généralement en France on préfère abriter simplement les thermomètres par un double toit incliné vers le midi et d'une étendue de 1 mètre carré environ ; on les éloigne des constructions, et le sol, dont ils sont distants de 2 mètres environ, est gazonné. A Télranger on préfère souvent les renfermer dans des caisses dont les parois sont formées par des persiennes ou des vénitiennes : On substitue alors aux radiations du ciel et du sol celles de la caisse elle-même. Cette dernière disposition est commandée en quelques parties de la France par la violence des vents.
Dans l'état actuel des choses, il nous paraît difficile de demander aux météorologistes des divers pays l'adoption immédiate d'un mode uniforme d'installation des thermomètres. Il faut au préalable mettre bien en lumière les avantages et les inconvénients de chaque mode au moyen d'expériences comparatives faites simultanément par chacun d'eux. Il ne faut pas d'ailleurs se préoccuper seulement de l'avenir ; il faut aussi songer au passé et aux longues séries d'observations qu'il nous a léguées. Il importe à ce dernier point de vue de déterminer exaclement la correction propre à chaque procédé d'installation.
4** Quels sont les meilleurs thermomètres à maxima et minima ?
R. Les thermomètres à minima de Rutherford, à alcool incolore, gradués sur tige et comparés dans l'obscurité avec un bon thermomètre à mercure, sont de bons instruments pouvant faire un long service.
Le thermomètre à maxima de Walferdin est à peu près irréprochable quand il est en expérience. II a l'inconvénient de se déranger facilement quand on l'expédie d'un lieu à un autre. Il peut, il est vrai, être facilement remis en état; mais cette petite opération, quelque simple qu'elle soit, exige cependant une certaine pratique et demande au moins à être vue faite par un praticien; aussi préfère-t-on souvent aux Walferdin les thermomètres à maxima de Negretli et Zambra, qui n'ont
pas de chambre thermométrique et dont par suite le mercure ne quitte jamais le réservoir pendant le transport. Par contre, ce thermomètre pistonne souvent, c'est à dire que la colonne marche par sauts de 1 à 2 dixièmes de millimètre; d'autre part la vérification de son zéro est assez incertaine entre des mains inexpérimentées. Nous préférons le thermomètre de VYalferdin ; dans les stations départementales on emploie le Negretti toutes les fois que le thermomètre doit être expédié par les voies ordinaires, mais la tendance est de lui substituer le Walferdin.
5** Quels instruments faut-il employer pour mesurer l'intensité du rayonnement et comment rendre les résultats comparables ?
R. Nous ne connaissons qu'un instrument pouvant mesurer exactement l'intensité du rayonnement diurne et nocturne : c'est la pile de Melloni fonctionnant avec une boussole à une seule aiguille ; mais c'est là un appareil de laboratoire dont l'usage est limité à un petit nombre d'observateurs : ce n'est pas un instrument d'observation courante.
Le thermomètre noirci au noir de fumée et placé dans un tube de verre vide d'air a l'avantage d'être d'une lecture aussi courante que le thermomètre ordinaire et de donner les radiations provenant de l'ensemble du ciel. 11 doit donc le voir tout entier : toute partie du ciel qui lui est cachée produit une diminution dans le résultat total. Il nous paraît nécessaire aussi de placer à côlé du thermomètre noir dans le vide un thermomètre ordinaire également dans le vide.
Les dimensions de ces instruments influent un peu sur leurs indications ; il convient donc de les comparer à l'avance avec un étalon. Du reste, c'est une question qui est à l'étude *.
6** Comment et à quelles profondeurs faut-il instituer les observations de la température du sol?
R. La question est double.
Au point de vue général de la physique du globe, il faut
* Au congrès de Bordeaux, la question des actinomètres était très-peu avancée. Depuis cette époque, il en a été lait une étude suivie à robservatoire de Montsouris.
descendre aussi profondément que les ressources budgétaires le permettent, de 30 à 50 mètres, et plus si on le peut, suivant la nature du terrain. Le thermomètre électrique de M. Becque* rel nous paraît seul applicable dans ce cas. It serait à désirer qu'un sysième de ces appareils fût installé dans chacune des principales régions géologiques du nord au midi de l'Europe.
Au point de vue de la météorologie proprement dite et de ses appliciUions agricoles, il suffit d'un thermomètre posé sur la surface même du sol, et de quelques autres placés aux profondeurs qu'atteignent le soc de la charrue et les racines des plantes. A un mètre de profondeur, les thermomètres à tige extérieure et directe exigent déjà des corrections difficiles, à moins qu'elles ne soient fournies par une seconde tige sans réservoir et graduée comme un thermomètre. Du reste, les températures du sol superficiel varient beaucoup suivant sa nature, et l'on obtient des indications spéciales à cette nature tout autant qu'au climat : elles doivent donc être multipliées.
7** Quels sont les meilleurs instruments pour déterminer l'humidité de Tair. — Est-ce que le psychomèlre suffit, on peut-on admettre aussi l'hygromètre à cheveu, et dans quelles conditions ?
Le psychomèlre est un instrument bon, sinon absolument bon, dans la saison chaude ou dans les pays chauds. Pendant les froids de l'hiver il manque de sensibilité et devient inférieur à l'hygromètre h cheveu le plus médiocre.
L'hygromètre à cheveu, tel qu'on le construit actuellement, est un instrument peu sûr; le cheveu est tiraillé par une charge trop forte, surtout quand le temps revient vei^s le sec, et par suite le cheveu s'altère rapidement. Arago avait remédié à cet inconvénient en employant trois cheveux réunis à leur extrémité inférieure sur la même poulie et fixés par leur extrémiic^ supérieure aux extrémités de petits leviers qui permelteraient de compenser leur inégal allongement. Ce système, ou celui qui a été adopté à l'observatoire de Montsouris, permet de revenir h un instrument que le psychomètre ne peut pas rem-
placer dans tons les cas. Dans Thygromètre de Montsouris, le cheveu est libre, tendu seulement par un bout de fil de métal blanc terminé en pointe et dont on suit à l'aide d'une loupe les déplacements sur une plaque de verre divisée en dixièmes de millimètre.
8** Comment arriver à l'uniformité dans la désignation dos vents?
Convient-il de calculer la direction moyenne d'après la formule de Lambert? faut-il tenir compte, pour la rose des vents, des faibles brises dont la force est notée par zéro?
R. Seize rhumbs de vents nous semblent préciser d'une manière suffisante la direction des vents*.
Quant à leur vitesse, il est à désirer que l'usage des anémomètres se généralise. Les anémomètres de Robinson, munis d'un simple compteur kilométrique, formé d'un assemblage de roues dentées, qu'on lit aux heures d'observation couranliî, sont d'un prix peu élevé et donnent avec une approximation suffisante la vitesse moyenne du vent dans l'intervalle des observations. S'ils «ont installés dans un lieu bien découvert, il n'est pas nécessaire de les élever à une très-grande hauteur; mais il conviendrait que, dans les principaux observatoires, plusieurs de ces instruments fussent étages à des dislances variables du sol jusqu'aux régions accessibles les plus élevées.
A la direction moyenne du vent calculée par la formule de Lambert, nous préférerions les roses des vents avec intervenlion des vitesses comme on les rencontre sur les cartes du Dépôt de la marine. Nous ne ferions cependant aucune difficulté pour admettre les deux, si quelque météorologiste en a besoin pour ses travaux. Là où la vitesse est évaluée par un anémomètre, il nous semble que le vent noté zéro ne doit pas être compté. Les très-faibles brises sont en général toutes locales et accusent plutôt des mouvements de verticalité importants à étudier que des mouvements de transport horizontal.
* Les Allemands désignaient le vent d^ouest par la lettre E» et le^ vents d'est par la lettre 0. Le Congrès de Vienne a décidé qu'on devait représenter partout, Touest par la lettre W et Test par la lettre E.
9"* Quelle échelle faudrait-il adopter là où la force du vent n^estpas mesurée, mais seulement estimée?
R. Il est à désirer, au point de vue de la transmission télégraphique, que Téchelle ne comprenne qu'un seul chiffre pour chaque degré de force; qu'elle aille par exemple de 0 à 9 : c'est Téchelle adoptée par la marine française ; mais il n'y aurait là aucun obstacle sérieux à l'adoption d'une échelle qui réunirait la majorité des suffrages.
10. Convienl-il d'introduire de simples compteurs pour déterminer la vitesse des vents? Quelles unités faut-il employer pour la détermination de cette vitesse?
R. Nous croyons que les compteurs indiqués au n* 8 seraient d'une grande utilité, et si l'on ne peut immédiatement dans tous les pays établir la même unité, nous demanderions que l'uniformité soit du moins introduite dans les publications ayant un caractère international, et dont l'adoption par le Congrès nous paraît des plus désirables. Voir n*" 22.
11. Quelles seraient la meilleure forme, grandeur et exposition pour le pluviomètre? Â quelle heure convient-il de mesurer l'eau tombée?
R. Le plus simple et le plus répandu des udomètres est Tudonièlre Rousseau, dont l'entonnoir circulaire en zinc a une surface de 4 décimètres carrés. A TObservaloire de Montsouris, le vase destiné à recueillir l'eau est installé dans un pot enfoui dans le sol, de manière que les bords de l'entonnoir soient à peu près à la hauteur moyenne du gazon, à 10 ou 12 centimètres au-dessus du sol nu, sur un terrain bien découvert. Dans les écoles normales et dans les stations analogues, on emploie Tudomètre de Rabinet, renfermé dans une caisse en bois dont le fond supérieur est formé par l'entonnoir, de telle sorte que, en y plaçant une ou deux veilleuses pendant l'hiver, la neige adhère à l'entonnoir et fond à mesure qu'elle est reçue. Le sommet de l'instrument est à deux mètres environ du sol. Il est utile de lire le pluviomètre deux fois par jour pour distinguer les pluies de nuit de celles du jour. 12. lmporte-l~il de compter séparément les jours de pluie ou de neige?