I/ÂTMOSPHÈRE, LA TERRE ET LES MERS
avec une intensité 800 fois plus faible sur cet air que sur Teau des mers. En supposant donc, ce qui est vrai au point de vuo de l'absolu, que la surface supérieure de Fatmosphère subisse deux fois par jour une oscillation de quelques mètres, de quelques dizaines de mètres même si Ton veut, les résultats de ce mouvement sont imperceptibles pour le baromètre. Nous avons représenté (fig. 1 2 et 1 3) les courbes des pressions barométriques moyennées à 9 heures du matin et à 5 heures du soir, calculées par M . xV . Bouvard ' d'après 1 2 années d'observations faites à l'Observatoire impérial. La figure 12 correspond aux syzygies, c*est-
Avant 3 1
Fig. 12 et 15.
9 km
Syzyt^ie 1 '2 après. Avant 2 1 quadrature 1 2aprè^
Influoncc (les phases de la lune sur la hauteur moyenne du liarométre
à Paris.
5-dire aux nouvelles et aux pleines lunes, et s'étend deux jours avant et deux jours après : c'est l'époque des fortes marées. La figure 15 correspond aux quadratures, c'est-à-dire au moment où la lune est à moitié ou aux trois quarts pleine : c'est l'époque des marées les plus faibles. Sur chacune des lignes verticales correspondant à un jour donné nous avons pris une longueur proportionnelle â la hauteur moyenne du baromètre à 9 heures du matin, en en retranchant le nombre constant 750*. En joignant les sommets de ces longueurs, nous avons obtenu les courbes à côté desquelles est inscrit 9 heures du matin. Nous
* Mémoire!; de l'Académie des sciences. l.VII, p. 267.
* Cette soustraction de 750 millimètres commune à tous les jours, a ou pour but de donner aux figures des dimensions assez réduites pour entrer dans notre format.
MARÉES .D£ L*0C£AN ET DE L*ATNOSPHÈRE. ]b
avons procédé de la même manière pour les hauteurs moyennes du baromètre à 3 heures du soir.
Si nous avions opéré ainsi pour les hauteurs de la mer, nous aurions inévitablement trouvé que pour l'un des jours inscrits dans notre première iigpre, la mer eût été basse à 9 heures et haute à 3 heures ; sept jours après, nous l'aurions au contraire trouvée, dans la seconde figure, haute à 9 heures et basse à 3 heures : la position relative des deux lignes eût été renversée. Or, nous voyons, au contraire, dans les figures 12 et 13, que la pression barométrique à 9 heures est toujours supérieure à la pression de 3 heures. I/écartement diffère, il est vrai, d'un jour à l'autre de quelques dixièmes de millimètre. En attribuant ces variations exclusivement à l'influence lunaire, ce qui est très-loin d'être démontré, on arrive à des effets de cinq ou six dixièmes de millimètre, tandis que le baromètre peut varier dans nos climats de 40 à 50 millimètres dans une période de temps assez courte. On concevra dès lors combien sont illusoires les théories d'après lesquelles les variations du temps seraient ré* glées par les phases de la lune.
Les préjugés populaires sont difficiles à combattre et à déraciner, d'autant plus que généralement ils ont une base dans robser\'ation journalière des faits; et que, dans l'ignorance des causes généralement complexes auxquelles se rattachent ces faits, on les associe à quelque phénomène apparent pour tout le monde. Les cultivateurs ont parfaitement raison, à un certain point de vue, de redouter la lune rousse, bien qu'elle soit complètement innocente des méfaits qu'on lui attribue. Mais quand la lune apparaît, c'est que le ciel est beau et quand le ciel est beau pendant les nuits des premiers joui*s de mai, les gelées sont très à ciaindre. I^a gelée, dans ce cas, est entièrement indépendante de la présence ou de l'absence de la lune sur Thorizon ; mais la lumière de cet astre rend l'état du ciel plus sensible et le phénomène plus frappant.