LA MER
s'eflecluant d'une mcinièrc indirecte, n'en a pas moins lieu à une assez grande profondeur. Elle est cependant beaucoup moins rapide que dans Tair. Celui-ci, en effet, est traversé par les rayons solaires dans toute son épaisseur, et chacune de ses particules en prend directement sa part, tandis que l'eau arrête dès ses premières couches les rayons qui tentent de le traverser. D'un autre coté, l'air est en contact par sa base avec la terre échaufftki; la chaleur qu'il prend ainsi le rend plus léger et devient la cause de sa propre diffusion. Au contraire, l'eau chauffée par la surface tend à s'étaler au-dessus des couches froides, et ce n'est que par l'intervention de causes particulières qu'elle |)eut glisser dans la mer au-dessous de couches plus froides il est vrai, mais rendues moins salées et plus légères par une forte proportion d'eau douce.
L'eau a une énorme capacité pour la chaleur ; il lui en faut pour que sa température s'élève de 1 degré beaucoup plus que la terre à volume égal, et surtout incomparablement plus que l'air.
De toutes ces causes résultent les faits suivants :
Dans les grandes nappes d'eau recouvrant les deux tiers de la surface terrestre, la chaleur reçue en un point, dans les régions intcrtropicales, par exemple, est entraînée par les courants de surface à de grandes distances vers les régions polaires, c^ qui tend à égaliser les températures à la surface du globe.
L'eau s'échauffe lentement et se refroidit avec une égale lenteur, et, par conséquent, les températures de la mer varient beaucoup moins que celles du sol pendant les diverses heures du jour ou les diverses périodes de l'année. Les couches d'air situées à la surface des mers participent de cette constance relative des températures comme l'air des continents participe de leurs variations extrêmes.
L'homogénéité de la surface des mers y fait disparaître en même temps les inégalités locales de température observées sur
n L'ATMOSPHERE, LA TERRE ET LES MERS.
les continents, et les courants d'air sont plus réguliers sur mer que sur terre; mais ces inégalités reparaissent au contraire avec plus (l'intensité dans le voisinage des côtes. Des alternances de température en excès y ont lieu chaque jour entre la terre et l'eau. Dans les climats chauds ou tempérés, le sol est plus chaud que la mer dans le milieu du jour et dans Tété; il est, au contraire, plus froid pendant la nuit et pendant l'hiver. 11 en résulte néoessitirement des courants ascendants tantôt sur le sol et tantôt sur la mer, et par suitiî des brises superficielles allant dans le premier cas de la mer à la terre et dans le second cas de la terre à l'eau. Des courants analogues se rencontrent plus ou moins marqués à toutes les latitudes.
Une humidité plus grande et une plus grande uniformité dans les climats sont la conséquence du voisinage des grandes nappes d'eau. Ajoutons que les mers tempèrent à la fois, et l'extrême chaleur des régions tropicales et les froids excessifs de certaines régions polaires.
§ VII. — lHaréea de rOeéan et de ratmosphère.
Le niveau de l'Océan est périodiquement soulevé deux fois par jour par les influences combinées de la lune et du soleil. Ce phénomène est connu sous le nom de marée; il est soumis à des lois assez simples et assez bien connues pour que l'on puisse calculer à l'avance l'heure de son arrivée. Le baromètre est, lui aussi, soumis à une double oscillation quotidienne que l'analogie a fait attribuer à des marées atmosphériques. Ces deux espèces de marées sont cependant essentiellement diflerentes dans leurs causes et dans leur mode de pi^riodicité.
Les marées océaniques, produites surtout par l'action lunaire, obéissent dans leur apparition aux mouvements de notre satel-
MARÉES DE L'OCÉAN ET DK l/ATMOSPHÈRE. 73
litc ; et comme le passage de cet astre au méridien retarde chaque jour de 50 minutes et demi, les marées retaixlent en moyenne de la même quantité d'un jour à l'autre; elles arrivent donc successivement à toutes les heures du jour et de la nuit, [/oscillation barométrique s'effectue, au contraire, toujours à la même heure en moyenne : ses phases sont liées à celles du jour.
L'oscillation de la surface des mers prend naissance dans les régions voisines de l'équateur et se propage successivement vers les pôles; elle met un jour et demi pour parvenir jusqu'à nos cotes : l'heure de son apparition est conséquemment très-variable suivant las latitudes. Les oscillations du baromètre, dépendant surtout des heures du jour, se produisent à peu près aux mêmes instants sur toute la longueur d'un méridien.
A quelque point de vue que nous nous placions dans la comparaison de ces deux phénomènes, nous ne trouvons aucune espeVe d'analogie entre eux ; et lorsque nous aurons expliqué (chap. vi) les causes des variations régulières du baromètre, on comprendra qu'ils n'aient rien de commun.
On se demandera cependant si l'action de la lune peut être nulle sur notre atmosphère, dont la mobilité est extrême, alors que cette action met en mouvement d'énormes masses d'eau. Nous remarquerons d'abord que la vague, dont la propagation produit les marées, n'a par elle-même qu'une hauteur très-peu considérable ; la grande oscillation observée dans certains de nos ports, et en particulier à Saint-Malo, est un résultat de la configuration des côtes. Les grandes marées, à Saint-Malo, peuvent atteindre à 6 ou 7 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer; a l'entrée de l'Adour, elles ne dépassent guère 1",50. D'un autre côté, l'action de la lune sur un corps est proportionnelle à la masse de ce corps; et si l'air est beaucoup plus facile à mouvoir que la mer, parce que sa densité est environ 800 fois plus faible h la surface du globe que œlle de l'eau, la lune agit