COURANTS DES MERS INTÉRIEURES
son nom et où il atteint sa vitesse maximum ; il arrive au cap de Bonne-Espérance où il prend le nom de courant des Aiguilles et va se j)erdre dans les mers du Sud. Sa température est de 30" 5 par le travers du cap Guardafui ; elle baisse graduellement vers le Sud, remonte un peu après avoir dépassé Madagascar, parce que d^ nouvelles eaux chaudes se réunissent aux premières ; elle reste encore sensiblement plus élevée que la température des eaux voisines bien au-dessous du cap Horn, au moment où le courant s'enfonce au-dessous des eaux moins salées provenant de la fusion des glaces du pôle Austral.
g XI. — Ckinrantii des mers latérlenres.
Des courants réguliers peuvent s'établir même au sein des mers intérieures les plus étroites.
Dans la Méditerranée^ il existe au détroit de Gibraltar un courant de surface parfaitement défini, allant de TAtlantique à la Méditerranée. On Tattribue à ce que cette dernière perdrait par évaporation plus d'eau qu'elle n'en reçoit par les pluies ou les fleuves, en sorte que son niveau général serait inférieur au niveau moyen de l'Océan. S'il en est ainsi, il faut, ou bien que les êtres vivants de la Méditerranée aient, à un degré plus gi'and que œux de l'Océan, la faculté d'extraire des eiiux les sels qu'elles renferment ; ou bien (ju'il existe un courant sousmarin allant de la Méditerranée à TOcéaii et restituant à celuici les sels introduits par le courant de surfaœ. Autrement, avec l'activité du courant de surface et la longue série de siècles écoulés depuis Torigine de Tétat actuel des choses, le lit de la Méditerranée serait tapissé d'une épaisse couche de sel dont on ne voit nulle part de traces.
lia première hypothèse est contraire aux faits; la seconde
164 LA MER ET LES COIRÂNTS NARIISS.
imraitra vérifiée par les exemples cités précédemment et piir le lail suivant, i^pporté (mr le docteur Hudson dans un mémoii*e lu à la Société philosophique de Londres. En 1712, M. de TAigle, capitaine du corsaire le Phénix^ de Marseille, donna la chasse près de la pointe de Ceuta à un navire hollandais. L'ayant approché au milieu du détroit, entre Tarifa et Tanger, il lui envoya une bordée qui le coula immédiatement. L'équipage fut sauvé par M. de l'Aigle, et peu de jours après, le navire coulé revint sur l'eau près du rivage de Tanger, c'est-à-dire à quatre lieues au moins à V Ouest du point où il vivait disparu. Le courant de surface l'eût au contraire transporté à l'Est.
liCs eaux surchargées de sel par Pévaporation tombent au fond ; elles y forment une couche d'une densité relativement élevée, qui tend à les faire écouler vers l'Océan. Il entre dans la Méditerranée par le courant de surface plus d'eau qu'il n'en sort par le courant sous-marin, mais la richesse plus grande en sel présentée par ce dernier compense la différence. La profondeur du détroit étant d'environ 300 ou 400 mètres, la coexistence des deux courants est facile. Au reste, en 1828, le docteur WoUaston présenta à la môme société anglaise les résultats d'une analyse d'eau de mer recueillie dans la Méditerranée, à une profondeur de 1228 mèti^»s et à 20 lieues environ du détroit de Gibndtar. Cetle eau se serait trouvée contenir proportionnellement quatre fois plus de sels que Teau de l'Océan.
En dehors de ces courants superposés, on sait qu'il existe encore dans la Méditerranée d'aulres courants. L'un d'eux en particulier longe lesiôtes de Franchi en allant de Marseille à Cetle. Aussi, tandis que l'entrée du port de Marseille conserve sa pith fondeur, les sables que le Uhône charrie dans la mer vont se déposer sous le courant et ensabler le port de Cette et les jKîtils porls voisins. Sur les côtes de TAlgérit», les courants marins j)orlenl, au contraire, à l'Est.
(PLACES FLOTTANTES. U)h
Dans lamerRouge^ où réTaporation esl Inîs-aclivo, ou il pleut rarement el où ne se rend aucun fleuve, un phénomène de même nature doit se produire. D'après Johnston, le niveau des eaux près de Suez serait de 0",6 plus bas de mai en octobre, qu'il ne Test dans le voisinage du délroit de Bab-el-Mandeb. Un courant de surface apporte de l'océan Indien les eaux nécessaires pour compenser l'évaporation ; un courant sous-marin doit restituer à rOcéan une quantité de sel correspondante.
g \n — CtUicen flotlaBtcn h la «irface des mcrii.
liCs glaces flottantes à la surface des mers sont souvent des causes de grands périls pour les navigateurs pour lesquels elles forment de vérit^ibles écueils mobiles; elles sont toujours une source de froid pour les régions qu'elles traversent, et, accidentellement, elles peuvent devenir l'origine de véritables tempêtes lorsqu'elles arrivent en grand nombre jusque dans les eaux du Gulf-stream.
Les glaces flottantes ne dépassent guère le 45^ degi'é de latitude dans l'hémisphère Nord, et elles s'y concentrent dans des régions peu étendues où las amène la dérive superficielle des eaux polaires. Tels sont les parages de Terre-Neuve où se rendent les glaces des côtes du Groenland, des cotes du Nord-Est de l'Amérique et celles du bassin i>olaire. Dans le Pacifique Nord, les glaces flottantes, moins volumineuses et plus disséminées, sont fournies seulement par les mers d'Okhotsk et du Kamtschatka.
Dans les mers de l'hémisphère Austral, plus froid que le nôtre, on les rencontre sur tous les méridiens. Sur le 33* degré de longitude, elles pénètrent jusqu'au cap de Bonne- Espérance, c'est-à-dire a une latitude moins élevée que celle du délroit de Gibraltar. C'est surtout du mois de novembre au
mois d'avril, pendant rëté de rhémisphèrc Sud, que l'on est exposé à en rencontrer et qu'elles deviennent un danger pour les navigateurs. M. Towson en a fait l'objet d'un mémoire imprimé par le Board of Irade^ et d'où nous extrayons les fails suivants.
M. Towson fait i^emarquer d'alwrd qu'il existe deux espèces de glaces flottantes diflérant par leur origine et leurs dimensions. Chaque année, pendant notre été, la mer se congèle sur d'immenses étendues autour du continent Antarctique. Au retour de la saison chaude pour ces parages , de vastes fragments se détachent de la croûte solide et s'en vont en dérive vers des latitudes plus basses. De là c^s champs de glace aperçus par les navigateurs et qui peuvent atteindre jusqu'à 20 ou 25 lieues carrées en surface. Ceux-ci, par les progrès de la fusion et par l'effet des vagues, se divisent en fragments plus petits constituant les glaces flottantes dont le choc peut encore être désastreux pour un navire.
En dehors de ce fiiit régulier, annuel, il se forme sur les terres polaires d'immenses glaciers se déplaçant graduellement vers la mer comme les glaciers des Alpes vers la plaine. Lorsque l'extrémité inférieure d'un de ces glaciers plonge suffisamment dans la mer, la pression que l'eau exerce sur elle de bas en haut peut en détiicher un bloc, surtout lorsque la température attiédie a rendu la glace moins résistante, que la mer a été rendue libre à l'entour et qu'elle est soulevée par une de ces violentes tempêtes si fréquentes dans les mers Australes. 11 se forme alors un de ces ice-bergs pareils à des toure ou à de hautes collines et dont quelques-uns peuvent atteindre à une hauteur de 500 mètres au-dessus de la mer, ce qui suppose des dimensions colossales pour la partie immergée. Ces blocs sont heureusement fort rares; mais par leur volume et I(^ temps qu'ils mettent à fondre, ils peuvent pénétrer à de très-grandes distancesJdu pôle.