CHAPITRE PREMIER
PRLNGIPES ET PROCÉDÉS DE LA MÉGANOTHÉRAPIE
Principes de la Mécanothérapie. — Procédés de la Gymnastique siiéSoisc « manuelle ». — Procédés de la Mécanothérapie.
La Mécanothérapie est l'art d'appliquer à la Thérapeutique et à l'Hygiène certaines machines, imaginées pour provoquer des mouvements corporels méthodiques, dont on a réglé d'avance la forme, l'étendue et l'énergie.
Il faut étudier dans la Mécanothérapie deux éléments distincts, une doctrine et un procédé.
La doctrine est déjà ancienne. Elle a été formulée voilà plus de quatre-vingts ans par le Suédois Ling. Elle n'est autre que la Gymnastique médicale suédoise.
Le procédé est beaucoup plus récent. Il a été créé depuis une vingtaine d'années par un autre Suédois, le docteur Zander, dans le but de perfectionner, par l'emploi d'appareils
LAGRANGE. — Mouv. méth. 1
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de précision, l'application du système de Ling qui se Taisait primitivement et se fait encore aujourd'hui à l'aide de procédés manuels,
La Mécanothérapie n'est donc, en somme, que l'emploi des moyens mécaniques imaginés par Zander pour appliquer le système de gymnastique médicale fondé par Ling. Aussi, avant d'étudier les procédés de la Mécanothérapie, est-il indispensable d'exposer sommairement le principe des mouvements méthodiques, sur lequel repose la gymnastique suédoise, puisque ce principe est aussi la base du système de Zander.
Le principe de la Gymnastique suédoise peut se résumer en deux mots. Cette méthode vise essentiellement à décomposer le mouvement et à le doser,
La Mécanothérapie, conçue dans le même esprit, a recherché des procédés d'exercice qu'on peut appeler analytiques, en ce sens qu'ils tendent à décomposer en quelque sorte le corps en autant de segments qu'il y a d'articulations, à mouvoir isolément et successivement chaque articulation et à exercer l'un après l'autre chaque groupe de muscles, en mesurant exactement, d'avance, l'étendue de chaque mouvement et l'énergie de chaque effort.
Il est très important de faire ressortir cette tendance que j'appelle « analytique » du système suédois, parce qu'elle aboutit à un fractionnement du travail et à une atténuation de l'effort qui en rend l'application possible aux sujets les plus faibles et même aux malades.
Ce qui fait que les autres méthodes d'exercice (celles surtout qui emploient des mouvements naturels, comme les exercices de sport) ne sont pas applicables aux malades ou aux sujets très affaiblis, c'est que ces méthodes, au lieu de procéder par analyse, procèdent par synthèse. En effet, tout acte musculaire naturel et instinctif représente une véritable synthèse de mouvements, je veux dire une association synergique d'actes musculaires partiels dont le mouvement
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principal n'est qu'une résultante. — Un coup d'aviron est la synthèse d'une foule de moavements partiels qui nécessitent l'entrée en jeu des muscles des bras, du tronc et des membres inférieurs. Il en est de même d'un coup de poing. C'est encore par synthèse que procèdent tous les mouvements de la gymnastique française avec engins : un rétablissement, une culbute, etc., sont des mouvements composés qui synthétisent tout un ensemble de mouvements partiels. Enfin, l'acte le plus simple et le plus naturel de tous, la marche, est encore une synthèse de mouvements qui résume le travail du pied, delà jambe, de la cuisse et du bassin.
Il est très important de retenir la distinction que j'établis ici entre les procédés d'exercice qui tendent à associer dans une action simultanée plusieurs groupes de muscles et ceux qui tendent au contraire, comme le système suédois, à isoler les groupes musculaires mis en action. En effet, le fractionnement du travail aboutit à des conséquences pratiques très importantes, que nous allons tâcher de faire ressortir.
Et d'abord, c'est grâce à la décomposition du mouv^ement et, par suite, à l'atténuation excessive de l'effort, que cette méthode peut s'appliquer sans aucun danger à des sujets très affaiblis et à des malades ; or là se trouve, on peut le dire, le nœud de la question de la thérapeutique par le mouvement. Personne, en effet, ne conteste qu'il est une foule de maladies où les effets de l'exercice seraient extrêmement utiles; mais on se prive, trop souvent, des bénéfices de l'exercice dans la crainte des inconvénients et des dangers qu'il peut apporter avec lui. Or ces inconvénients et ces dangers viennent justement de la tendance que nous avons signalée, dans tous les exercices physiques et aussi dans tous les actes naturels, à produire des associations de mouvements ou, suivant l'expression physiologique, des synergies.
Les synergies musculaires n'ont pas d'inconvénient chez l'homme bien portant et robuste qui fait de l'exercice par
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hygiène. Elles en présentent de très sérieux chez le malade auquel on prescrit l'exercice dans un hut curatif.
En premier lieu, l'intervention des mouvements dits synergiques ou auxiliaires, dans l'exécution d'un acte musculaire prescrit par le médecin, peut en dénaturer complètement l'effet.
Prenons un exemple grossier et supposons qu'il s'agisse de refaire, par l'exercice, un groupe de muscles atrophiés. Si ces muscles sont ceux des membres inférieurs, il semblerait évident, au premier abord, que la marche, qui met naturellement en jeu les muscles des jambes, doive être l'exercice de choix. Et pourtant tous ceux qui ont étudié les atrophies musculaires, parfois si persistantes à la suite d'une légère arthrite du genou, savent que bien des malades parfaitement guéris de leur affection articulaire ne parviennent pas à refaire leur muscle triceps de la cuisse, bien qu'ils aient, depuis plusieurs mois, repris leur train ordinaire de vie, marchant plusieurs heures chaque jour. Mais, si l'on soumet alors ces malades à des exercices méthodiques dirigés de façon à mettre en jeu le triceps à l'exclusion des autres muscles de la cuisse, on verra en quelques semaines le membre reprendre sa grosseur et sa vigueur normales.
C'est que, dans tous les mouvements naturels et instinctifs, il se passe justement l'inverse de ce que nous recherchons à l'aide des mouvements raisonnés. Si un groupe musculaire se trouve momentanément affaibli ou placé, par n'importe quelle cause, dans un état de moindre capacité fonctionnelle, il s'établit aussitôt des suppléances : les muscles restés forts s'ingénient, en quelque sorte, à remplacer ceux qui fonctionnent moins facilement. Le mouvement s'exécute, mais suivant un mécanisme qui permet aux muscles affaiblis de ne pas faire effort et qui, par conséquent, les soustrait à l'influence reconstituante de l'exercice. On peut marcher sans se servir du triceps fémoral, à condition de tenir la jambe
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tendue et de mouvoir, à chaque pas, le membre malade d'uni seule pièce. Et c'est ainsi, en effet, que marchent tous les sujets chez lesquels le fait de passer à chaque pas de la flexion à l'extension, comme cela a lieu dans la marche normale, cause une douleur ou nécessite un effort trop pénible. Le malade « triche » en marchant et fait supporter aux muscles sains le travail qui serait salutaire aux muscles atïaiblis. Et notons ici que les conseils donnés par le médecin pour réformer cette marche vicieuse n'aboutiront à aucun résultat, malgré l'attention que pourrait y apporter l'intéressé, tout simplement parce que celui-ci, avec la meilleure volonté du monde, ne peut exécuter un travail au-dessus de ses forces.
Qu'on se représente, en effet, et qu'on traduise en (( travail », au sens mécanique du mot, l'effort nécessaire pour marcher, c'est-à-dire pour faire progresser le corps sur une surface même parfaitement plane. La masse du corps — c'est-àdire un poids de 60 à 80 kilogrammes — doit être supportée en entier par l'un des membres, pendant que l'autre, alTranchi momentanément de son rôle de soutien, se porte en avant pour se placer à son tour à la position d'appui. Bien plus,-quand le membre malade vient à son tour à la position d'appui, il doit (( recevoir », dans une attitude légèrement tléchie et par conséquent très fatigante, ce poids de 80 kilogrammes, puis l'élever de bas en haut en reprenant son attitude tendue.
Les travaux de Marey ont montré, en effet, que la marche, outre la progression suivant le plan horizontal, comporte une série de soulèvements et d'abaissemerfts alternatifs, pendant lesquels le centre de gravité du corps se déplace à chaque pas, suivant la verticale. Ce mouvement de haut en bas et de bas en haut s'accentue d'autant plus que l'allure est plus rapide ou plus cadencée : il est à son maximum pendant la course, mais on peut le constater très nettement à l'allure ordinaire de la marche. Il suffit d'observer un peloton de
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fantassins qui marchent en marquant bien le pas. A chaque foulée, si l'on est placé derrière la petite troupe, on voit le plan dessiné par l'ensemble des têtes s'abaisser et se relever suivant une courbe dont on pourrait enregistrer le graphique, ainsi que Ta fait M. Marey pour les coureurs.
Telle est donc l'intensité de l'effort musculaire qu'on demande au malade, quand on lui prescrit d'exécuter scrupuleusement, avec son triceps atrophié, tous les mouvements d'extension que provoque la marche correcte dans l'articulation du genou. Et voilà pourquoi le malade n'obéira pas au médecin et « trichera » en marchant, pour affranchir d'un travail excessif les muscles que l'on tente de faire travailler par la marche.
La conclusion qui s'impose, c'est qu'il faut trouver un exercice qui, d'unepart, mette en jeu le triceps fémoral avec moins d'effort que la marche et qui, d'autre part, rende impossible la tricherie presque toujours inconsciente du malade, en ne permettant pas à des muscles synergiques d'intervenir dans le mouvement. Or nous dirons tout à l'heure comment la Mécanothérapie permet, justement, de doser à volonté le travail et de le localiser avec précision dans le groupe musculaire voulu. On trouvera aisément dans l'arsenal des machines Zander un appareil qui oblige le malade à faire correctement le mouvement d'extension en mettant en jeu les muscles atrophiés à l'exclusion des autres; on pourra aussi, en faisant varier la longueur du levier de cet appreil, régler à volonté l'intensité de l'effort. Si bien qu'en provoquant, au début du traitement, un travail très faible et en augmentant progressivement ce travail à mesure que les muscles reprendront leur force et leur volume, on obtiendra en quelques semaines un résultat que la marche n'eût peut-être pas donné en un an.
L'exemple cité pour les extenseurs de la cuisse peut s'appliquer à tous les muscles du corps ; de même que
robjection faite à l'emploi de la marche comme moyen d'en- Iraînement local peut s'adresser à tous les actes musculaires instinctifs.
Inutile de faire observer que, s'il est difficile d'obtenir avec précision la mise en travail d'un groupe musculaire bien défini par l'emploi des mouvements instinctifs, la difficulté serait encore plus grande s'il s'agissait de mouvoir une articulation ankylosée ou raidie. Les suppléances se font plus aisément encore d'une articulation à une autre que d'un muscle à un autre muscle. S'il s'agit, par exemple, de porter la main au visage, l'articulation huméro-cubitaîe étant ankylosée, le malade suppléera au défaut de mobilité de la jointure du coude en mettant à contribution celle de l'épaule. Il se servira de même des mouvements de l'omoplate pour suppléer à ceux de l'humérus, et ainsi de suite. Et ici, la a tricherie » involontaire se produira aussi bien à propos des déplacements passifs que des déplacements actifs. Il faudra, de toute nécessité, pour obtenir un mouvement correct ou du moins un effort tendant directement à mobiliser l'articulation visée, trouver moyen d'empêcher la suppléance, c'est-à'-dire employer des procédés spéciaux pour immobiliser les autres articulations. Et ces procédés que le praticien livré à ses propres ressources ne trouve pas toujours, même au prix des plus ingénieuses combinaisons, la Mécanothérapie les a trouvés d'avance et les applique, grâce au choix de ses appareils, avec une précision mathématique.
Mais, dans bien des cas, les synergies ne sont pas seulement gênantes pour la précision du traitement : elles peuvent être dangereuses, parce qu'elles éveillent, à côté de Faction locale utile, des actions à distance qui sont nuisibles. Par exemple, la synergie qu'on appelle Yeffort est, pour beaucoup de malades, une redoutable conséquence de certains mouvements. On sait que l'effort thoraco-abdominal peut produire sur les organes thoraciques, poumon, cœur et
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gros vaisseaux, ainsi que sur les organes abdominaux, des compressions violentes dont les inconvénients seraient très graves, par exemple, pour les cardiaques.
Outre ces effets de retentissement à distance sur un organe ou une série d'organes déterminés, les synergies peuvent produire encore, quand elles sont très importantes, des effets d'excitation violente sur la totalité des grandes fonctions vitales, la circulation, la respiration, l'innervation.
Tout le monde sait combien certains mouvements en apparence très simples et très faciles peuvent ébranler violemment, si on les répète avec une certaine fréquence, l'organisme tout entier. Rien de plus facile pour l'homme le plus faible que de monter une marche d'escalier. Et tout le monde sait pourtant la perturbation qui peut résulter, dans la respiration et la circulation, du fait de gravir plusieurs étages. C'est que, dans un acte pareil, la grande quantité de travail effectué dans l'ascension de chaque marche est masquée, en quelque sorte, par l'absence de fatigue musculaire. La fatigue locale n'est pas immédiatement ressentie, parce que, là, un grand nombre de muscles très puissants s'unissent dans une synergie instinctive et se partagent l'effort. Chaque fibre musculaire ne supporte ainsi qu'une très faible part de travail; mais le total des efforts partiels qui s'unissent dans la synthèse du mouvement d'ascension n'en est pas moins considérable : aussi le fait de monter un escalier représente-t-il de l'exercice à dose massive^ c'est-à-dire la condition la plus propre à produire ces perturbations violentes de toutes les fonctions vitales qu'on appelle les effets généraux de l'exercice et dont il importe de rappeler brièvement les conséquences physiologiques.
On sait que tout exercice corporel fait sentir à l'organisme deux sortes d'effets physiologiques : les uns locaux, les autres généraux. Les effets locaux se manifestent sur la région même
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du corps qui est le siège du mouvement, sur les bras, par exemple, dans l'exercice des haltères, sur les jambes, dans l'exercice de la marche. Les effets généraux retentissent bien au delà du point où s'est localisé l'effort et atteignent l'organisme tout entier. C'est ainsi que la course, exercice de jambes, produit des effets très violents sur le cœur et sur les poumons et amène, du même coup, la transpiration et réchauffement de tout le corps. Les effets dits « généraux » de l'exercice sont très justement qualifiés ainsi, car ils atteignent tous les organes sans exception, activent toutes les fonctions et se font sentir même aux actes les plus intimes de la nutrition. Ils sont le résultat d'une sorte de mise en branle de la machine humaine, dont toutes les pièces vibrent, pour ainsi dire, à l'unisson, quand l'une d'elles reçoit, par le fait du travail des muscles, un choc intense ou prolongé.
En cherchant à produire les effets généraux de l'exercice, on est donc sûr d'.en faire bénéficier tous les organes, sans avoir besoin de viser plus spécialement l'un d'eux. Par exemple, c'est grâce à ses effets généraux que la marche, exercice de jambes, peut faire sentir à l'estomac son influence salutaire et amener la guérison de certains troubles digestifs. Mais on devine aisément, à côté des avantages de cette association de tous les orcanes à l'exercice, les inconvénients qu'elle peut présenter. Comme il est impossible qu'un organe s'isole des autres et soit soustrait aux effets de l'exercice, quand celui-ci présente une certaine intensité ou une certaine durée, le retentissement du travail musculaire sur toutes les fonctions deviendrait bien vite un danger pour les organes affaiblis ou malades s'il atteignait un certain degré de violence. Mais remarquons que ce qu'on appeUe « violence » représente un degré très variable, suivant le cas et les individus. Les effets du pas gymnastique ne sont pas trop violents pour le cœur d'un écolier; ils seraient excessifs pour le cœur d'un vieillard, et, s'il s'agissait d'un cœur malade, l'exci-
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talion de l'organe pourrait être assez violente pour provoquer de redoutables accidents.
On doit donc éviter, chez un très grand nombre de malades, que l'exercice ne produise des effets généraux très accentués, sous peine d'aggraver leur état. On doit l'éviter aussi chez un grand nombre de sujets débilités, chez les convalescents, les neurasthéniques, les vieillards, etc., sous peine de les jeter dans le surmenage. De là l'impossibilité d'appliquer à tous ces sujets les exercices dont les mouvements se font, comme nous disions tout à l'heure, par synthèse ou par synergie. Ou bien il faudrait s'en tenir à des exercices d'une modération telle qu'ils ne puissent déterminer dans l'organisme aucun ébranlement. Et c'est là justement, parfois, un problème difficile. Quel exercice, en eiïet, semble plus modéré que la marche à pas lents sur une surface plane? Nombre de malades, pourtant, ne peuvent faire quelques pas sans que le cœur batte avec violence et que le poumon entre en jeu avec ce rythme précipité qui amène l'essoufflement. Aussi arrive-t-il le plus souvent que le médecin, renonçant à la solution du problème, proscrit absolument toute espèce d'exercice, faute d'en pouvoir trouver un qui soit assez modéré.
De là les précieuses ressources offertes, en pareil cas, par une méthode qui procède par analyse et qui décompose les mouvements en fractionnant le travail. Une telle méthode peut s'appliquer même à des malades incapables de marcher, parce qu'elle a dans son catalogue nombre d'exercices moins violents que la marche.
Tels sont l'esprit et les tendances du système créé par Ling. 11 nous faut rappeler, à présent, en quoi consiste le procédé à l'aide duquel ce système a élé primitivement mis en œuvre, et qu'on appelle la gymnastique m^mue/Ze. Nous ferons comprendre ensuite aisément comment on a pu substituer des machines spéciales à la main de l'aide qui provoquait en principe le mouvement, et pourquoi la gymnastique
mécanique est adoptée partout aujourd'hui comme un perlectionnement de la gymnastique manuelle.
Procédés de la gymnastique suédoise (( manuelle ».
Tous les procédés de la gymnastique « manuelle » inventée par Ling visent à obtenir, dans l'application du mouvement, deux résultats distincts : doser l'exercice et le localiser. (( Doser » l'exercice, c'est en mesurer l'intensité avec assez de précision et de tact pour ne pas dépasser l'effet utile ; le (( localiser », c'est limiter son etïet à une région déterminée, de façon à en éviter le retentissement sur des organes qu'il importe de ménager.
Pour doser l'exercice, Ling et ses élèves emploient une méthode qui s'écarte absolument de tous les procédés usités dans nos gymnases français : c'est la méthode manuelle, qur'on pourrait appeler l'exercice « à deux ».
Qu'on se représente deux gymnastes dont l'un cherche à étendre le bras pendant que l'autre, lui tenant la main, lutte contre ce mouvement et lui oppose une résistance plus ou moins grande, sans toutefois paralyser complètement son effort. Le mouvement exécuté par le premier exigera un déploiement de force d'autant plus grand que la résistance du second sera plus considérable. Le second gymnaste, s'il sait bien calculer sa résistance, pourra donc augmenter ou diminuer, à volonté, la dépense de force du premier. Tel est le principe. On peut en varier à l'infini les applications. Ce que fait le gymnaste « opposant » pour le bras, il le fera pour les jambes, pour les épaules, les hanches, la tête, etc. On comprend que chaque groupe de muscles pourra, suivant les besoins du traitement, être mis enjeu avecle degré de force
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voulu. — Le rôle de l'aide, dans la pratique de la gymnastique médicale, est d'une grande importance. C'est à son tact, à sa connaissance parfaite des mouvements et de leur eiïet qu'est subordonné le succès de la cure. Les auteurs suédois donnent à cet aide le nom de « gymnaste », désignation qui déroute un peu le lecteur français, car, chez nous, la qualification de
(( gymnaste »
s'applique à ceux qui exécutent les mouvements gymnastiques, plutôt qu'à ceux qui surveillent et dirigent ces mouvements.
Pour graduer r effort musculaire demandé au patient, le gymnaste a plus d'une ressource à sa disposition. La plus élémentaire consiste à lui opposer un effort d'intensité croissante. Mais cette méthode pourrait être mise en défaut quand il s'agit des masses musculaires très puissantes auxquelles ne pourrait faire équilibre la force d'un bras et même des deux bras du gymnaste opposant. Admettons, par exemple, qu'il s'agisse d'exercer les muscles qui redressent la colonne vertébrale et supposons que le patient soit assis, le tronc fléchi en avant, et fasse effort pour se redresser pendant que le gymnaste opposant lutte contre cet effort. Si l'opposition se fait simplement, en appliquant la main dans le dos et en luttant par une poussée en avant, contre l'effort qui reporte le tronc
Fie. 1. — Preniior procénlé li'exorcico dos nmsclos dorsaux dans le systcnie de Liai,'-; le moiiveinent est « faible ».
en arrière, la résistance de l'opposant sera nécessairement très faible ; car la force des bras d'un homme très vigoureux est inférieure à la force des reins d'un homme de vigueur moyenne. Dans ce mode d'exécution, tout l'avantage sera du côté de l'homme qui exécute le mouvement ; il vaincra aisé-
FiG. 2. — Deuxième procédé d'exercice des muscles dorsaux dans le système de Ling; le mouvement est « fort ».
ment la résistance de l'opposant, sans avoir besoin de faire appel à toute la force des muscles mis enjeu : le mouvement sera « faible » .
Veut-on solliciter dans les mêmes muscles un effort considérable? Les deux hommes changent alors d'attitude. L'un d'eux, celui que nous appelons, pour la clarté de l'exposition, le gymnaste agissant, se tient debout derrière une barre de bois placée à la hauteur des hanches, pendant que le gymnaste
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jopposant s'assied de l'autre côté de la barre, sur laquelle il arc-boute le pied. Si, gardant leur attitude respective, les deux gymnastes se saisissent la main, et que le gymnaste « agissant », après s'être laissé attirer en avant jusqu'à flexion du tronc à angle droit, cherche ensuite à se redresser en portant le corps en arrière, on comprend combien les conditions dans lesquelles la résistance lui sera faite diffèrent de celles de tout à l'heure. Le gymnaste résistant, solidement arc-bouté sur la barre où il appuie le pied, agit dans des conditions plus favorables que son antagoniste et peut lutter avantageusement contre lui, fût-il notablement moins vigoureux ; il peut lui imposer un effort, allant, s'il le juge utile, jusqu'au bout des forces du groupe musculaire mis en action : le mouvement sera « fort ».
En veut-on un peu plus fort encore, un dans lequel le groupe musculaire que nous supposons mis en jeu devra faire un effort considérable pour vaincre une opposition des plus faibles? Le patient se couche à plat ventre sur une banquette horizontale, dans une position telle que le bord de cette banquette ne dépasse pas la crête de ses hanches. Une courroie fixe les jambes de façon à empêcher la chute en avant; et le tronc, s' abandonnant à la pesanteur, se fléchit vers le sol. Si, à ce moment, les muscles dorsaux sont vigoureusement mis en action, le corps se redressera et pourra se replacer dans la position horizontale ; mais on comprend au prix de quel effort, puisqu'il faudra lutter, dans une attitude très défavorable, contre la pesanteur qui le sollicite à retomber dans la flexion vers le sol. 11 sufflra, dans cette attitude, de la plus petite résistance exercée, soit sur la tête, soit sur les reins, pour obliger le patient qui se relève à un effort véritablement athlétique : le mouvement sera a très fort ».
Une foule de procédés aussi simples qu'ingénieux et conçus dans le même esprit ont été imaginés par les gymnastes suédois. Ils ont, pour chaque exercice, plusieurs modes
d'exécution, plusieurs « variantes >), dans lesquelles l'effort musculaire croît ou décroît progressivement d'intensité. L'intensité de leurs mouvements représente ainsi comme une gamme très étendue, dans laquelle il est toujours possible de trouver la note qui s'harmonise exactement avec la résistance du malade.
Dans beaucoup de cas, la gymnastique suédoise pousse l'atténuation de l'exercice jusqu'à supprimer complètement
FiG. 3. — Troisième procédé d'exercice des muscles dorsaux dans le système de Ling; le mouvement est « très fort ».
l'effort ; le sujet n'exécute plus l'exercice, mais il le subit. L'aide est alors chargé, non plus de résister à des mouvements voulus, mais seulement d'imprimer au corps ou aux membres du patient des déplacements dans divers sens, pour lesquels celui-ci ne fournit ni aide ni résistance. Ce sont les mouvements passifs. Les mouvements passifs agissent sur les articulations, dont ils entretiennent la mobilité ; sur les muscles, dont ils augmentent la souplesse et activent la nutrition ; ils ont un effet des plus salutaires sur la circulation du sang, qu'ils facilitent à l'égard des mouvements actifs, et sont, pour cette raison, très usités dans le traitement gymnastique des maladies du cœur. Ils ont enfm une action remarquable sur
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le système nerveux et sont fréquemment utilisés dans le traitement des névroses.
Les mouvemenis passifs ne sont pas le dernier degré d'atténuation de la « cure manuelle » . Les gymnastes suédois mettent en œuvre des procédés plus doux encore. Sans déplacer le corps ou les membres, ils font subir aux tissus vivants des attouchements, des manipulations plus ou moins énergiques, qui produisent tantôt sur la peau, tantôt sur les muscles, tantôt sur les organes profonds, des effets divers, tels que frictions, malaxions, percussions, etc. C'est le massage.
Le massage n'est pas séparé, dans l'enseignement de Stockholm, de la gymnastique médicale, dont il est considéré comme une forme atténuée. Dans toute ordonnance des médecins gymnastes, on le voit indiqué à côté des divers mouvements qui composent la cure. — Nous n'avons pas à insister ici sur cette forme du traitement suédois, que nous étudierons plus loin; elle est beaucoup plus connue chez nous que les autres parties du système, et nous confondons même souvent à tort, en France, sous cette rubrique de « massage », les trois éléments de la cure manuelle : massage proprement dit, mouvements passifs et mouvements actifs.
Nous venons de voir avec quelle ingéniosité les Suédois s'y prennent pour doser l'exercice; nous dirons en deux mots comment ils procèdent pour localiser le mouvement et l'effort dans la région voulue.
Nous avons déjà dit qu'aucun mouvement naturel ne s'exécute dans une partie du corps, même limitée, sans qu'un ou plusieurs muscles éloignés s'associent indirectement aux muscles mis enjeu. L'acte de soulever un poids avec la main ne met pas seulement en action les muscles du bras, mais ceux de l'épaule, des reins et même des cuisses et des jambes. Cette association des divers groupes musculaires peut passer inaperçue quand l'effort est faible; elle devient très apparente quand l'acte exécuté demande une grande dépense
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(le Torce; elle a, nous le savons, de sérieux inconvénients dans l'applicalion de l'exercit e à certains sujets. Les mouvements associés ne peuvent, dans les actes ordinaires, être évités que par une attention minutieuse, ou même quelquefois par une longue accoutumance ; mais il existe, dans la gymnastique suédoise, des procédés pour les supprimer. Le plus élémentaire de ces procédés consiste à donner au corps une attitude telle que le membre dont on veut supprimer le travail soit mis dans l'impossibilité d'agir. Toutefois il est souvent nécessaire d'ajouter à l'effet de la position divers modes de fixation du corps ou des membres; et, pour cela, divers appareils sont employés, qui permettent au gymnaste de varier les attitudes du patient et d'immobiliser les groupes musculaires où il craindrait d'éveiller des synergies.
Une barre plate et large, en bois capitonné, où le patient debout vient appuyer les hanches ; des banquettes où il est tantôt étendu, tantôt placé à califourchon ; des fauteuils à dossier mobile qui permettent de faire varier à volonté l'inclinaison du tronc; quelques barres de trapèze, pour se suspendre par les bras ; une large échelle adossée au mur, en forme d'espalier, pour donner prise aux mains du patient, et, enfin, des courroies et des boucles pour fixer le corps et les membres dans l'attitude choisie : tel est l'outillage de la gymnastique manuelle
On va voir qu'il ne faut pas confondre ces appareils très simples et très rudimentaires avec les machines beaucoup plus compliquées de la gymnastique mécanique, à l'étude desquelles cet exposé un peu long avait justement pour but d'aboutir.
LAGUANCF. —
MoilV. nil'th.