I.ES MOYENS D'ACTION
Procédés de la Mécanothérapie.
Si Ton a bien compris le rôle que joue, dans la gymnastique médicale, l'aide, ou, comme disent les Suédois, le « gymnaste », il sera facile de concevoir que cet aide puisse êlre remplacé par un agent mécanique. C'est, en eftet, ce qui a lieu dans le système de gymnastique médicale qui s'appelle l.i Mécanothérapie.
Les procédés de la Mécanothérapie représentent un perfectionnement de ceux de la gymnastique suédoise, mais ils visent le même but. Ils tendent à localiser l'exercice dans une région déterminée du corps, afin de rendre impossible l'intervention des mouvements accessoires gênants ou des synergies dangereuses ; ils tendent aussi à doser exactement la quantité de travail imposé aux muscles et à mesurer avec précision l'étendue du mouvement, dans les articulations mobilisées.
L'inventeur de la Mécanothérapie, Zander, a voulu remplacer la main de l'aide par une machine réglée d'avance; pensant qu'il y avait parfois inconvénient à s'en rapporter à un assistant subalterne pour appliquer une prescription qui exige tant de tact, d'attention et même de science, de la part de celui auquel elle est confiée.
Les machines de Zand(^r sont de deux ordres. Les unes sont destinées à l'exécution des mouvements actifs. Elles sont mises en action par les muscles du sujet auxquels elles offrent une résistance dont on peut, avec une précision mathématique, mesurer l'intensité, grâce au dispositif dont nous allons parler tout à l'heure. Les autres, mues par une force extérieure, telle que l'électricité, la vapeur, le gaz, etc., (( communiquent » au malade tel ou tel mouvement et en déterminent mécaniquement la forme, l'amplitude et le
rythme : ce sont les appareils à momemenis passifs ou communiqués et les machines à massage mécanique.
Les machines à mouvements passifs représentent soit des sièges, soit des banquettes disposées de manière que les parties du corps à mobiliser puissent se fixer par des attaches à la pièce de l'appareil qui leur communique le mouvement. Les unes provoquent des mouvements locaux et partiels, d'autres peuvent communiquer un déplacement passif à la totalité du corps. Le massage est obtenu au moyen de petits marteaux élastiques (tapotement), de courroies munies de reliefs (frictions), ou bien de pelotes et de roues qui tournent (eflleurage et pétrissage), de tampons et de pièces diverses, animées d'un mouvement très rapide de vibration (massage vibratoire).
Tous les appareils à mouvements passifs sont munis d'un dispositif qui permet d'en graduer les effets. Ce dispositif consiste en général en une tige portant des divisions numérotées et sur laquelle vient se brancher le pivot qui est le centre du mouvement. Le rayon du déplacement est rendu plus ou moins grand suivant le numéro auquel ou opère le branchement. Et il est aisé de comprendre que les effets produits seront doux ou intenses, suivant qu'on diminuera ou qu'on augmentera le rayon du déplacement, c'est-à-dire l'amplitude du mouvement.
Les appareils à mouvements actifs sont plus nombreux encore que les appareils à mouvements passifs. Il y en a un pour chaque articulation et pour chaque groupe musculaire. Le principe de ces appareils repose sur l'emploi de leviers gradués, le long desquels un contrepoids mobile peut se fixer à diverses distances. La position qu'on donne au poids règle la longueur des leviers et, par conséquent, mesure la résistance que le contrepoids doit opposer aux muscles qui l'actionnent. Chaque appareil a une forme différente qui s'adapte aux différentes formes de mouvements prescrits. Le
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malade est tantôt debout, tantôt assis, tantôt couché. L'applicalion de la force qu'il développe se fait, suivant les cas, à l'aide d'une pédale, d'une poignée, d'un dossier, d'une sangle, etc. Les muscles qui ne doivent pas participer au travail sont mis dans l'impossibilité d'agir, tantôt par la position même qu'on donne au corps, tantôt par un système d'attache. F^nfin, la direction et la forme du mouvement sont assurées par la forme même du levier, qui est rigide et ne peut se mouvoir que dans un sens unique.
On voit que, grâce à ces dispositions, qui sont les mêmes dans tous les appareils, le médecin est al)solument maître du mouvemeni exécuté par son malade. Il est sûr d'exercer les muscles voulus, à l'exclusion des autres, et sûr de leur donner la dose d'exercice qui lui semble indiquée, sans aller au delà ni rester en deçà.
Il importe de remarquer que, grâce aux procédés mécaniques employés pour doser le travail, la Mécanothérapie n'a pas besoin de varier la forme de l'exercice pour faire varier l'intensité de l'eilbrt. Le même appareil et par conséquent la même forme de mouvement peuvent être appliqués à un sujet fort ou à un sujet faible. Il suffit d'écarter le contrepoids ou de le rapprocher pour augmenter ou diminuer la dépense de force. Tandis que la gymnastique ordinaire est obligée, pour varier l'intensité de l'effort, de varier aussi la forme du mouvement. Or il est des mouvements que leur forme même rend impossibles à certains sujets.
Un coup d'œil jeté sur les figures 1, 2, 3 et -4 rendra plus frappante la simplicité des procédés mécanothérapiques et leur facilité d'adaptation à toutes les indications, en regard de la complexité des moyens d'action de la gymnastique suédoise primitive. Avec l'appareil de Zander (voir fig. 4), on peut appliquer à tous les sujets indistinctement le mouvement d'extension de la colonne vertébrale, à condition de placer le poids de résistance au degré voulu. Pour le même
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mouvement, la méthode de Ling employait trois procédés, selon que l'exercice devait être faible, moyen ou fort. Or il se trouve justement ici que l'exercice n" 3, le plus fort, est très difficile pour les adultes, impossible même pour la plupart des hommes mûrs, d'ailleurs très vigoureuux, mais peu souples, alors que les enfants, grâce à la souplesse de leurs articulations vertébrales, l'exécutent avec une grande facilité.
FiG. ht. — Procédé d'exercice des muscles dorsaux dans le système Zander; le mouvemenl peut être rendu à volonté « faible », « fort » ou « très fort », suivant la position donnée au contrepoids sur le levier.
Pour compléter l'énumération des appareils de Zander, il faut ajouter aux machines pour mouvements actifs, mouvements passifs et massage, toute une série d'autres appareils qui ne visent pas à provoquer, à proprement parler, des mouvements, mais des attitudes. Ce sont les appareils d'orthopédie pour le redressement des déviations.
Ils sont peut-être plus connus que les autres machines de Zander, au moins quant à leur destination, qui est de placer €t de maintenir le corps, pendant un temps assez long, dans une position telle que la pesanteur agisse sur la colonne verté-
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brale dans une direction qui en corrige la déviation. Ce sont des banquettes horizontales, des appareils à suspension verticale et à suspension oblique, avec adjonction de coussins rembourrés de crin dont la pression concourt à la correction et au redressement des courbures. Nous en donnons plus loin la description et les ligures.
L'outillage de la Mécanotliérapie est très différent, comme 011 voit, (](' celui de nos gymnases français dits « médicaux )), où se rencontrent aussi certains appareils propres à provoquer des efforts musculaires plus ou moins méthodiques. Ces appareils sont composés tantôt avec des poids qu'on actionne au moyen d'une corde enroulée sur une poulie, tantôt avec des ressorts, des cordons élastiques de caoutchouc, etc. Mais tous ces appareils pèchent par deux points essentiels. Les uns ne peuvent assurer la régularité de la forme du mouvement : ce sont les appareils à contrepoids, dans lesquels le malade est exposé à faire varier la direction dans laquelle il opère la traction sur la corde. Dans les appareils Zander, la forme du mouvement est immuable, grâce à la rigidité de la tige du levier qui ne permet pas de faire varier la direction de l'effort. Quant aux appareils qui opposent à l'effortmusculaire la résistance d'un ressort, d'une bande élastique, etc., ils échappent à tout réglage, parce que leur résistance, ainsi que nous allons le dire tout à l'heure, n'est pas adaptée pendant toute la durée du mouvement aux variations de la force développée par le muscle.
La gymnastique « mécanique », on le voit, ne constitue pas, au point de vue thérapeutique, un système différent de la gymnastique médicale suédoise. C'est simplement un autre mode d'application des mêmes principes, un autre procédé pour provoquer et produire les mêmes mouvements. Mais on peut dire que la Mécanothérapie a permis de réaliser, dans la médication par le mouvement, un progrès comparable à celui
que l'emploi des machines a introduit dans l'exécution des travaux industriels. Ici comme là, la perfection de l'outil vient suppléer à l'insuffisance de l'artisan.
Dans la gymnastique manuelle, tant vaut l'aide-gymnaste, tant vaut le traitement. Or, s'il est facile de trouver en Suède des gymnastes d'une grande valeur, grâce à l'École centrale de gymnastique où d'éminents maîtres les ont formés, nous sommes loin d'avoir, en France, les mêmes garanties. Rien de plus rare, chez nous, qu'un auxiliaire compétent à qui ïon puisse confier, en toute sécurité, un traitement gymnasli([ue délicat. Nous en connaissons, certes, à Paris, en qui, poiir notre part, nous avons une confiance absolue; mais leur nombre est restreint et leur valeur individuelle en fait justement des praticiens hors ligne, dont on ne peut demander les soins au rabais. Tandis que les machines, pouvanl être dirigées par le premier venu qui en a compris le njécanisme, permettent de rendre le prix abordable aux malades obligés de compter avec les frais d'une cure. Ce sont là, sans doute, des considérations d'un ordre peu scientifique ; mais tous les médecins se sont heurtés comme nous, dans hi pratique, à cet obstacle bien prosaïque, mais parfois malheureusement insurmontable, la cherté du traitement.
Les machines permettent donc de « démocratiser », si l'on peut ainsi dire, une thérapeutique jusqu'à présent réservée aux riches.