CHAPITRE IT
Nous avons vu plus haut (2° partie) ce qu'était le réflexe oculo-cardiaque, quelle est sa technique, quels sont ses effets physiologiques et comment il faut les interpréter. Nous n'y reviendrons pas, sauf pour des points de détail.
Le réflexe oculo-cardiaque est modifié par l'injection de génésérine ou d’ésérine. Les auteurs qui ont étudié la question l'ont constaté, en particulier M. le Professeur Jeanneney et M. G. Hirtz, qui écrivent : « Après recherche du réflex oculo-cardiaque, qui est inversé.…, l'injection d’ésérine (4 cm° de prostigmine) ramène le réflexe oculo-cardiaque à la normale, sauf dans les formes graves, irréductibles, d'hypersympathicotonie. » Le même phénomène se reproduit avec la génésérine. L'épreuve pourra être pratiquée d’une façon à peu près identique.
Parmi les critiques adressées au réflexe oculo-cardiaque, nous avions retenu celle de Bauer, qui considère cette épreuve comme longue et compliquée si on veut éviter les causes d'erreur, celle de Danielopolu, pour qui c’est une épreuve amphotonique sans valeur diagnostique, et celle de Soderberg, dans son rapport à la VII Réunion neurologique. Ge dernier refuse de porter un jugement sur la valeur du réflexe oculo-cardiaque en clinique, se basant sur les causes d’er-reur, le manque de précision et les variations momentanées du réflexe. Il termine en disant :
« Comment, en ignorant la valeur antérieure du réflexe
RGO
oculo-cardiaque chez un malade, juger des résultats obtenus en une occasion déterminée ? »
Quelles sont les causes d'erreur auxquelles il est fait allusion ? Ce sont : une mauvaise compression oculaire, une position défectueuse des yeux telle que la compression ne porte pas sur la cornée. Influent encore : la digestion, le cycle menstruel, les émotions. Certaines précautions seront à prendre pour éviter ces erreurs. On ne fera la recherche que sur des malades à jeun, qui seront restés au calme un moment, en dehors de la période de leurs règles. La compression sera faite toujours de la même facon, dans la même position des yeux.
Le manque de précision sera évité en suivant une technique immuable. Les résultats pourront par suite être comparés entre eux avec une exactitude suffisante. Quant aux variations momentanées du réflexe, elles ne compteront pas si on pratique l'examen toujours à la même heure.
Quant à la critique de Soderberg, que nous citons plus haut, elle peut être faite à tous les examens que l’on pratique sur les malades. Il faudrait, pour ne pas la mériter, examiner ceux-ci avant l’éclosion de leur maladie, afin d’avoir des renseignements sur leur état normal. Cela simplifierait énormément l'exercice de la médecine, mais ce n'est pas encore entré dans les mœurs, malheureusement. Quoi qu'il en soit, cette critique ne nous empêche pas d’utiliser le réflexe oculo-cardiaque : d’abord, nous admettons, par extrapolation, que chez notre malade, alors qu'il était sain, le réflexe oculo-cardiaque avait la valeur que nous lui trouvons chez tous les sujets sains que nous examinons. Ensuite, le résultat de notre épreuve s'appuie beaucoup moins sur la valeur intrinsèque du réflexe oculo-cardiaque que sur les variations de cette valeur au cours de l'examen. S'il y à quelque part une erreur, elle se trouve mathématiquement éliminée.
La technique usuelle de l'emploi du réflexe oculo-cardiaque. ne comporte sa mise en jeu que, par exemple, au début et à
RSC
la fin de l'expérience. Certains auteurs (Camis) ont insisté sur le fait que le réflexe oculo-cardiaque s’émousse par la répétition. Cette opinion ne nous paraît pas se vérilier, du moins dans les conditions où nous opérons. L'observation I, qui concerne un sujet admis comme normal, montre que le réflexe oculo-cardiaque recherché 12 fois de suite, à 5 minutes d'intervalle chacune, soit pendant 1 heure, n’a présenté que de très faibles variations, sans tendance vers la diminution d'intensité. Peut-être cette diminution se produirait-elle à la longue, mais, dans les conditions où nous nous plaçons, elle semble négligeable.