LA SITUATION A L'EXTÉRIEUR
La République ne nous «lonnea pas >^euleiHent la paix . l'ordre , la concorde au dedans. La Ré|)ublique nous a déjà rendu notre dignité an dehors, noire rang dans h; monde, notre destinée dans l'Iiistoire.
'ÀfcaiSsée. humiliée, méprisée quand elle était représentée par la petite colorie officielle des repus et des coriompus, ia France est redevenue lagrande nation en redevenant elle-même.
Avec la République l'étoile de la France a reparu rayonnanlc au ciel; en revoyant l'étoile de la France , 1(!S peuples ont retrouvé l'étoile polaire de la liberté.
Les- temps de l'indépenduncc et de la confédération pacifique des peuples étant venus, Dieu a avili les couronnes (ju'il voulait perdre. Le vent de sa justice .s'est levé .sur l'Furope. Comme l'ouragan d'aulomno disperse les feuilles desséchées , son souffle a çlisporsé les inslituliun,- despotiques pour faire surgir le monde nouveau des débris du vieux inonde.
Les temps de barbarie et de tyrannie sont clos. Les révolutions et les guerres ont fait leur (B^vre.
Les peuples vont former leur sainte-alliance et se donner fraternellement la main.
L'Évangile sera (lés<)rmais une vérité.
Le règne de Dieu, c'esl-à-dire le règne des pi'uiiles, silccède au rfegne des rois et des Césars.
Le Christianisme, c'est-à-dire la Déniocralie de la paix et du travail , la loi d'égaliti' , de liberté et do fraternité va régler les rapports des hommes et des nations.
Les rois vainqueurs de la France, en 181 fi, avaient donné à l'Europe une constitution artilicielle, fausse et oppressive.
Cette constitution arbitraire de l'Europe n'était pas seulement un crime , elle était encore une absurdité politique, car il n'y a de stabilité cfûe dans l'ordre de la liberté et de la nature.
Toute» les forces vives de l'Europe ont incessamment travaillé contre cette consiiiuiion tyruiii)i(|ue. Aux rayons do ch.ilour et de
luiDinrc, Pinannnt du foyer (ios idri'S françaijos , li's lialioniilités oiiropécmios vont s'épanouir s|ioiilanoinent et so oonslitupr, stiiv.nU lours afliiiiu's , ilam leur indcp3nd.iiico. Vive la conloilôr.ilion de- peuples libres et la répultlniuc univ.-: solle !
Telle ist l;i .-auation h rinlcrieur et à l'exlérieur
Eli"' renferme la constitution libre et réguli6re lie Vi'urop'' , î'exlinitioii des guerres et (les révolulions, rori;ani>atio!i prochaine et délinilive «le ia PA1\ DU MONDH:.
n'*>st a la Franee à en faire sortir cet immense avèneincni. — ■ Comment? — Nous allons le dire.
pr.i\c!i>ii;
poi.rr!(H:E
l'RA-NCE.
DE LA
La révolution do février n'a pas changé la mission di; la France; elle a bri>é les entraves (pli l'e ipèchaient de l'accomplir.
La polilii|ue de la France, la mission que loi ont léguée ses traditions, que lui dicte son génie civilisateur, à la(p)elle aujourd'hui Dieu 1 1 ia|ielle , c'est l'Organisaiion de la paix fonilee sur la liherté, l'union, le travail, la justice, et i ealisanl l'amélioration progressive et rapide du sort de tous.
C'est l'association de tous les intérêts, le développemeiU de tous les droits , le concert des individus , des familles et des classes dans la nation, sur la lerru entière.
C'est, en un mot, l'incarnation évangélique de la fraternité dans l'Iiumanité.
Toute la [lolitique de la Frniice se déduit de ce principe.
POI.ITIOIK RXTFUlHrHE.
La force df la Fraïu-c , au imiit'u du ^rand mouvement île reconstilotion sjjontaiiée de l'Europe, est dans .son jiriiicipe. Sa e.iuse est la cau-^e des peufdes Son amour pour les peuples , l'amour des peuples poni* plie"', voila son [y. filer <;t son glaive. — Que toute pensée d'ambition, que toute idie de conquête restent donc ù jamait bannies.
La digiiit' des peu|)les repousse juscju'k
la liberté quand on la leur a|iporte à la pointe des baïonnettes. Le libre rayonnement do notre vie, de notre force, de nos principes . voilà notre propagande. — Donc, yas plus de propagande armée que de conquêtes !
Mais si le despotisme qui tombe teniait d'écraser dans sa cluite les peuples qui vont s'affranchir , (|ue ré|iée de la Franco alors brille au soleil de la liberté! L'éclat de son glaive s. 'la la saiivi'gaide des opprimés.
Que la France sanctionne donc \o nolilo Verbe ciui a déjà parlé pour elle, qu'elle dôclare avec Lamartine :
Aux peuples , qu'elle ne veut pas s'agrandir ; ■ ,
Aux goàvornementë , qu'elle respectera tous les gouvernements ipii seront mainli-iius et respi'ctés par li'urs peuples ;
Alix Gouvernements et aux Peuples, auo si la lutte s'engage entre le despotisme et la liberté, elle portera sa force à la liberté.
Les principes sont proclamés , la voi'' est ouverte . il n'y a qu'à suivre. Chaque jour les peuples abattent les vieilles entraves et moissonnent des libertés nouvelles. L'œuvre de Dieu s'accomplit autour de nous. — Eclairons, fécondons, protégeons.
POLITIQUE LNTÉRIEURE.
[.a France doit au monde un exemple sublime.
Elle s'est montrée rayonnante de générosité après avoir fait éclater sa colère ;
Il faut (|u'ellc se couronne aujourd'hui d'une divine auréole dodévouement, do concorde et de fraternité ;
El (ju'elle rende la liberté si féconde que tous les peuples se fissent bientôt libres et heureux a son image ;
L'agriculture souffre; l'industrie souffre ; le commerce souffre; le travail souffre sous toutes ses formes. 11 faut que la France guérisse toutes ses plaies, relève tous ses blessés.
Le mal matériel est grand , il est aigu ; il n'est pas jiiofond.
On empoisonnait le pays ; le pays s'est débarrassé du poison par une crise. Celte réaction suprèim; de la vie nationale, en sauvant la France, l'a laissée momenlanéraent haletante.
Le sang s'est retiré aux entrailles; il faut le rappeler aux extrémités et rétablir la circulation dans toutes les veines.
La France n'a rien perdu. Son capital foncier , son capital argent , son capital travail , son capital intelligence, toutes ses forces lui restent. Il faut ranimer la confiance , rétablir le crédit , rassurer tous les intérêts, unir tous les droits, associer toutes les forces.
Le mal , le mal ancien aussi bien que le mal présent , n'est que dans le morcellement des forces, dans leur défiance, dans leur isolement. 11 faut rapprocher, unir, associer, solidariser.
Il faut que toutes les branches de l'activité sociale s'apprêtent à fleurir aux beaux jours de la liberté comme la nature fleurit aux beaux jours du printemps,
nieu fait mûrir simultanément tous les fruits de la terre; que Ja République fasse mùiir simultanément tous les fruits du travail et de l'intelligence.
Place à l'Agriculture! Qu'un fer de charrue remplaçant le fer de lance sur la hampe du drapeau , symbolise les nouvelles destinées démocratiques de la France et lui rappelle ses devoirs envers sa mère ndurricière, si longtemps délaissée.
L'Industrie est la fille de l'Agriculture. Plus d'antagonisme entre elles. En unissant leurs intérêts , l'association décuplera leurs forces.
Le Commerce est le lien des peuples. Il fait dans le corps social la fonction circulatoire du sang dans le corps humain. Que la Hépubliquc affranchisse la circulation du monopole de la féodalité financière et établisse un vaste système national de crédit, de garanties et de solidarité commerciales.
Les Sciences sont les phares de l'esprit ; les Arts sont les flambeaux des cœurs. Que la République donne aux sciences et aux arts la mission sublime d'illuminer les intelligences , d'exalter dans les masses l'enthousiasme du beau !
La Religion est le lien des âmes. Qut! la conscience soit affranchie de toute gène, (|ue toute âme communique librement avccDicu; que les clergés de toutes les communions, adoptant librement des constitutions démocratiques , rentrent en unité avec le peuple
dont ils sortentetsemettentainsienunité avec Dieu liont le peuple sort.
Deux grandes choses sont à faire immédiament et simultanément; une troisième à parer sans repos ni tiève.
Les deux premières sont :
La constitution républicaine, assise sur la sf)uveraineté du peuple, garantissant démocratiquement à tous, tous les droits politiques et sociaux de l'homme et du citoyen ; La réorganisation de l'administration , le rétablissement du crédit , de la circulation commerciale et du travail engorgés; La troisième consiste d ns l'élaboration et la solution des problèmes sociaux, dans la réalisation des droits nouveaux garantis par la Répulilii|ue.
Pour que ces trois grandes choses s'accomplissent à la gloire de la France , il faut quel'accord sympathique des cœurs, l'esprit de concorde et de fraternité soient mis à l'ordre du jour (l(> i<» Rè|iubli(iue.
Tous les honmies sont IVères. Les riches sont les frères des pauvres comme les pauvres sont les frères des riches.
Les égoïstes sont des infirmes. C'est par la générosité que le peuple doit les traiter et les guérir.
Le grand mal n'est pas que (luclques-uns aient trop; le grand mal, c'est que presque tous n'aient pas assez.
Le grand mal n'est pas qu'il y ait des châteaux pour li'S riches ; le grand mal c'est que les pauvres n'aient que des taudis ou des chaumières.
Pourquoi l'homme n'est-il pas logé? pour- (|Uoi a-l-ii faim? pourquoi a-t-il froid? pour- <|uoi tant d'être humains dépourvus d'éducation et en toutes choses encore dénués et misérables? Sorit-ce les pierres, le bois , le fer qui manijuenl? Le sol rel'use-t-il de produire quaml on y sème? Les arts, les sciences , riiitelligeiice et les bras font-ils défaut? — Non.
Ce ne sont pas les forces productives qui maiiipienl. Il y a d'immenses travaux à faire et (les léi^ions iriiommes n'ont pas de travail, et cherchent vainement l'emploi de leur activité !
Ne voulons-nous pas tons qup la France soii luciilôl en étal il'iissuier .
A Ions ses enfants. Véducuiiuu ;
A lous seslravailleurs, nue rétribution équitable et abondante ;
A loules les femuies , Vindéptndaice et la dignité;
A lous les vieillards, unabri il une retraite;
A lous lesfiiibles, une Providence
<".UACIN A INTf.RÉT Al) BIEN DE TOUS.
Poui' taire if hien de tous, il fautaugnientcrla piiiiluction diins une [iroportiniiénorme.
Que |iersoniii' ne soii spolié, mais que toute force soil utilisée.
Il faut créer l'ordre, fonder raccord, faire cesser par l'association le grand malentendu qui a divisé trop longtemps les éléments producteurs el les classes qui les représentent ;
Il faut que l'activité créatrice reçoive une impulsion telle que la richesse sociale en soil doublée , triplée , quadruplée. et que cet accrcissemeni reflue sur toutes les tètes en comtiiençant par les classes les plus nombreuses el les plus pauvres.
La révolution de 92 a fait des prodiges de dévouement et d'énergie pour défendre le sol national : il faut que la révolution de 48 fasse des prodiges plus grands encore pour \e léconder. I.a première Convention a organisé la victoire. Que la seconde Convention oiganise le travail et la richesse ! A cette seule condition, elle aura résolu le pioblènie présent, fondé l'harmonie et assuré l'avenir.
Il faut abattre à jamais toutes les tyrannies en abattant celle qui les engendre loules : la vieille tyrannie de la MlbEKE.
Encore une fois, il ne s'agit point de spolier les riche?; ce serait inaugurer la guerre sociale, la siib\ersion, le chao';. Il s'agit d'allumer dans le cœur des riches, eldins tons les cœurs, le leu sacré du dévouement, eide provoquer l'alliance libre et fialernelle du capital et du travail. L'Association, cumme la parole de Dieu , multipliera les pains et fera sortir du rnchei des sources vivili.uites Ceux qui n'ont pas seront comblés; ceux qui ont recevront encore.
CAiUe glorieuse métamorphose du monde ne sera pas l'œuvre d'un jour : mais si nous
aimons le peuple , si le peuple, si les représentants de i.i France travaillent ardemment pi'iii lui, s'iU ont en lui conliance, le [leuplo leur répondra par sa conliance et son amour.
Au lien de nous diviser et de détruire , uiii-son.siious pourcréer.
Dieu est créateur , el l'homme est fait à son image.
Dieu a livré la terre à l'homme pour qu'il la gouverne et l'embellisse : cessons de la dévaster et de l'ensanglanter.
Fécondée par l'associaiion et l'exallalion de toutes les énergies de l'industrie , de la science et des arts , la terre enfanliTa des miracles; et la France auia donné aux nations le signal et l'exemple de la rédemption sociale du monde.
Tels sont le> sentiments, tels sont les principes, telles sont les idées que le sullrage du peuple doit députer à l'Assemblée constituante.
S d y envoyait des hommes de parti , de division, de haine, de guerre, des hommes de violence , ce serait la gui rre et la ruine de la patrie. Ceci n'est point à craindre : — il n'existe plus aujourd'hui de tels hommes en France;
S'il y envoyait des hommes d'égoïsme, de peur, do contre-révolution; des hommes qui ne sentissent pas brûler dans leur poitrine le saint amour du peuple et de l'humanité; ce serait encore la guerre , la guerre civile et la guerre sociale, <?t toujours la ruine de la patrie. — C'est de ces hommes sans générosité , sans amour et sans vertu , qu'il faut aujourd'hui se préserver.
Français nos frères ! pas d'esprits étroits, pas de caractères méticuleux , pas de cœurs glacés , pas d'égoï'-tes à l'Assemblée nationale ! Ecart(ins-cn. dans l'interéi de l'ordre, dans l'intérêt de la propriété , dans leur intérêt à eux-mêmes , écartons-en les sceptiques, les roués, les satisfaits, tous ceux <|ui ne sentent pas le peuple, ses droits, ses besoins, ses souffrances, son abaissenn-nt et sa grandeur ! De tels hommes perdraient l'ordre, la liberté*, la propriété et la France, bien plus rapidement qu'ils n'ont perdu leur roi el sa monarchie.
P.uivres ou riches, prolétaires ou propriél.iires , sim|)les ou -iawiiils , hommes des ch.imps ou habitnnls des villes, ce qu'il nous faut à l'Asseiiibiée , ce sont des «-sprits ouverts et (les cœurs pleins de foi, (J'cs|iérance et de charité.
6i l'Asscniblée nationale est un foyer hrùlant d'amour, ne redoutez rien . ce foyer d'amour sera bientôt un foyer éclatant de lumière.
Français nos frères ! qu'un immense sentiment de fraternité embrase nos cœurs ! rallions nous dans un concert sublime ! organisons les forçi's , organi^on^ le travail et l'association , organisons la liberté , organisons l'union et l'amour!
Or^nriisons l'union et l'amour , et nous aurons bientôt établi le royaume de Dieo sur