LE VOEU DU PEUPLE
Ait Travaii.i.ei'rs de toutes les cosuitio.ns et de tous les etats.
Concilojens,
Nous sommes dans la plus grande révolution (jue la France ail jamais vue.
Apres des tentatives infructueuses pour implanter en France toutes los natures de gouvernement, depuis le detpoiique représenté par le sabre de Napoléon, en passant par la monarchie tempérée des B'iurbons de la branchealnéc, jusqu'au j/ouvernemtnt repriseiilulif corrompo de Louis-Philippe, gouverneuieni qui n'a pas su se f.iiie à l'esjjrit ni aux mœurs des Français, nous voici arrivés à la IWpublique, que nous avons tous proclamée.
Cette n<7)uA/i9H<;sera-t-eIle arisiocratiqiu-, ce serait le [)ire des i;ouvernemenls pour la France, et nous devons la repousser avec ses principes, par iunion de toutes nos forces.
Sera-t-cllc démocratique, flTec tous les principe^ de fraternité (|ui sont de sa nature, r'esl ainsi que nous devons la vouloir, car c'est ainsi qu'il faut qu'elle soit.
Le gouvernement provi-
soire (que la patrie lui en soit rt'connnissanto). après avoir satisfait aux |)temiè:es nécessités du moment, après avoir réjiondu avec un urand courage aux premiers vœux des Français, en aboilssanl la peine du mort en matière politique; en eiTaçanl de nos institutions la ridicule formult! ilu serment; en donnant aux travailleurs de tous les étals une commission gouvernementale permanente ; en supprimant le timbre, cet im|)ôt libertici<lc, sur tous les journaux ou écrits périodiques ; en reconnaissant le droit d'association, et enfin en rétablissant la France dans sou altitude et dans son rang, vis-à-visdes autres nations, le gouvernement provisoire, disons-nous, vientdedécréler une assemblée nationale constituniite, de DOO représentants, (|ui seront élus directement, chacun dans une circonscription territoriale, par l'universalité des citoyens Français àijés de 21 ans.
Cotte assemblée sera saisie de tous les pouvoirs souverains; elle pourra donc décréter la réorganisation sociale jusque dans ses derniers fondements ; sans doute elle n'attentera pas
au travail qui est uni à la propriété. Cependant, aux termes du môme décret, tous les Français ;\gésde25 ans seront éligibles , sans condition do cens.
2") an^! l'igi; où l'homme est dans l'elTci vescens'e de toutes les passions; où il n'a pas d'état fait à conserver ; pas de famille née à proléger; où il n'a pas atteint celle maturité d'esprit qu'ont donnée>* les longues méditations, les longs travaux, l'habitude vi l'expérience de toutes les choses.
2o ans |)our I éligibilité !
ceci peut èlrc la cause prochaine d'événements, contre le>qiiel.>il fiiit que nous nous préparions tous alin de les prévenir.
Pas de cens ! nous en avons combattu la condition à une autre époque ; chef de famille et iO ans de vie active, d'éludé, de réflexion, de moi alité, de sagesse, de raison, d'expérience, pour des hommes appelés à faire des lois cl donner fies iiislilutions à une nation de 3;j millions d'àmcs, c" 'aurai l(iu être une garantie des qualités qui doivent se rencntier dans un législateur.
.Mais 25 ans ! Que peut il arriver d'une assemblée de
législateurs de So ans? Dieu' seul le s.iit.
Comment pnr la seule force de la raison arrùler l'anleur et caln)er"l'iinpatience qui caractérisent cet âge ; coninienl faire enmprenilre aux passions de cet âge assemblées, qu'il n'y a pas de travail sans respect pour la [)ropriétc, sans ordre au dedans, sans paix au dehors. (|ue s'il n'y a ni paix, ni ordre, ni propriété, il ne peut plus y avoir de tisserands, de fahricnnls, de cultivateurs, d'industriels, de commerçants, dont, le sort, dont la \ie, dont le bienêtre, dépendent absolument de la liberté, pour tous, autrement dit, de la paix, de l'ordre, de la propriété.
Et comment exiger d'une pareille asseniblée, qu'elle rapporte toutes les lois, toutes les institutions, à l'existence constante des droits du travail, des droits de la propriété, au maintien de l'ordre et de la paix, au développement graduel et certain du bien-itre, |i0ur l'ouvrier, comme pour le propriétaire.
Nous savons ce que nos paroles pourront mécontenter d'à m bit ions de 25 ans, qui n'auront pas réfléchi qu'elles pourraient attendre sans rien perdre, mais au contraire, en ayant tout à gagner, qu'elles soient arrivées, pour être éligibles, à 40 ans. C'est l'âge où nous commençons à profiler des fruits accjuis de nos travaux et de nos économies ; nos enfants ont grandi ; ils sont élevés, leur sort se fixe:
c'est donc l'âge où nous
commençons !à ètl-e 'débarrassés des soucis et des préoccupations de la fortune; où tout est établiautour de nous ; où nous pouvons diiiger nos pensées vers les choses publiques : nous avons vécu sous des lois dont nous connaissons les perft'Ciionset les vices, nous pouvons y mettre la main pour les améliorer ou les cori'iger en parfaite connaissance de cause et sans perturbation.
Concitoyens!.... en présence des éventualités de cet âge de 25 ans comuie condition d';'ligibilité et dans la perspective de tout ce qui peut s'ensuivre; ne sentez-vous pas la nécessité de vous réunir, de vous entendre, de vous concerter, d'établir entre vous un lien, unecommuniori de pensées, de vœux, de résolutions qui assurent à chacun ce qui lui est acquis légitimement ; à l'ouvrier du travail, un bon salaire, une bonne nourriturc pour lui et sa famdie; au propriétaire ce qu'il a reçu de ses pères et ce qu'il a su économiser; au producteur, au fabricant, à l'industriel et au commerçant un plus grand nombre de consommateurs.
C'est dans ce but que nous vous faisons un appel !
— le temps presse, nous n'avons (jue 30 jours, (lour nous associer, et nous concerter, et nous entendre, et pour examiner le mérite, les titres, en un mot la valeur de ceux d'entre nous qui se présenteront à nos suffrages.
Nous vous proposons
donc, <à la bâte, l'association suivante :