LE MAIRE DE LYON
Croit devoir prévenir la population contre des bruits absurdes ou calomnieux propagés par la craintiî ou la malveillance.
Les renseignements les plus certains donnent à ces bruits le démenti le plus formel.
L'autorité que le peuple a investie de sa confiance, pont heureusement affirmer que la situation actuelle de la ville do Lyon n'oilVo aucun sujet d'inquiétude.
Que les esprits se tranquillisent !
Lyon, hôtel-de-ville, le 9 mars 18/|8.
Le maire provisoire de la ville de Lyon , LAFOREST.
Lyon, imprim. de Chanoine, place de la Charité.
Cette affiche ne dit pas quels éUiient les bruits dont s"elfra\ait une partie de la population lyonnaise; il y avait à Lyon ce qu'il y avait à Paris et dans tous les gr.inds centres de pDpulalinn où liiil d'iiit/^rèts divers sont en lutte, il y avait de la dén,ine,e, tranchons le mot, de la peur, l't cette pe^ir entendrait nuureilemeiit la calomnie. En évo(|uant contre la République nouvelle les souvenirs terribles de la [ireinière ilépublique on espérait U ruiner dans l'esprit des faibles. De là les bruits absurdes ou c.ilomnicux d 'Ut pirle l'alliclie de M. Laforesl; de la cdtte affiche, car à Lyon comme A Paris, les magistrats chargés de veiller i lu tranquillité de la cité, se croyaient obligés à tous ces démentis ^N. des Ed.)
MVTRÏE DE LA GLILLOTIKRE.
Lli M.UlU'; DK LA (U ILLOTIKIU: ,
Avec l'assciitimont du commissair»^ provisoire du ("lOuvernoment , a signifie aux pères rapuriiis rpii desscrvaii'iit une église «le celle i-oniinuue. (|ii'ils eussent à quilier le territoire couiumnal dans le |)las bref délai. Il a ete ohlenipcré à cet ordre. Il n'est, au reste, que rcxéculion pure et simple de la loi, qui ne reconuait d'autres congrégalions que celles qui oui été autorisées légalement.
La Ruillotière. — Imprimerie de la Mairie.
Vae inviintinn 5<>mbtablc avait été adrcssi^c aux R.P. ji^siiitcs par le commissaire du gouverneraenl provisoire, dont un .irr.'li'- avait ilisi-jus i.mUos I>>s corporations religieuses non autorisées
On s «■■tonui-ra pt'ui.èlre que nous ne donnions pas cet arrêté el que nous nous contentions d'en parler. Mais on comprendra que quelles que soient l'importance eliVtcndue de notre cadre, il nous est impossible d'y Hiire t''nir toute la RévDlutifin. Cinquante volumes in folio n'y sufliraienl pas. Pourquoi, d'ailleurs, faire' continuellement double emploi? pourquoi donner l'arrêté de .M. Eniiuanuel .\rago sur l'eipulsion des jésuites, puisque nous donnons l'iillicne du maire de la Guillotiére sur l'expulsion des |.ères cipucins; p<nuquoi encore donner toutes les proclamatiun^ de li République qui furent faites, presque simultanément sur tous les points du territoire? toutes, à quelques dilTérences près se ressemblent. Ab uno disce omiiet. Cela soit dit, en passant, et pour répondre d'avance .1 tous les reproches d'oubli ou de négligence Autant que possible nous n'oublierons rien, et nous ne négligerons aucun des documents révolutionnaires (S. d. £.)
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Paris, le 9 mars 1848.
RVPPORT F VIT \U GOUVERNEMENT .SUR LV .SITUiTION FIN.WCIÈRE CE L.V REl'Ur.MfU E. PAU EE MEMBRE DU (.(M VER.NEMENT PROVI- SOIRE. MIM.STUE DES EINA.NCES.
Le pays veut connaître la véritésiir l'étt nel de ses finances. Le gouvernement provisoire de la Répui)lique a besoin de la dire. C'est son de\oir, son inli'rêt, son droit.
Il la dira tout entière, sans haine, sans crainte, mais aussi sans niéiiagements.
J'aborde les faits :
Dette pulilique.
Au I" janvier 1841. le capital de la dette publique, déduction faite des rentes appartenant à la caisse d'amortissement, était de /|,2r»7.31."),/|0"2 »
Le 1" janvier 1848, il s'élevait à 5,179,644,730 .
Loin do imltre une si longue paix à profit pour réduire le chiDre de la dette, la dernièio administration l'a ainsi au(jnienlée dans' des proportions énormes : — 912, 329, 328 francs en sept années!
Budgets.
Les budgets suivaient la progression de la dette.
Celui de 1829 à 1830 se montait à 1,014,914,000 »
L'ensemble des crédits misa la disposition du gouvernement dé( lui sur l'exercice 1847, s'élève à 1,712,979,939 62
Malgré les accroissements successifs des recettes, les budgets présentaient chaque année un déficit considérable.
De 1840 à 18/|7 inclusivement, la dépense a dépassé la recette de 604,525,000 f.
Pour 1848, le déficit prévu est de 48,000,000 fr., sans compter le chapitre complémentaire des crédits supplémentaires, extraordinaires, etc., ce qui élève à 652.; 25.000 fr. la totalité du déficit des budgets à la charge de la dernière administration.
Travaux publics.
Les travaux publics entrepris sans mesure sur tous les points du territoire à la fois, pour satisfaire ou fomenter la corruption électorale, et non avec cette réserve que la prudence commandait si impérieusement, ont élevé les crédits à 1,081,000,000 .
A déduire les sommes remboursées par les compa-
gni<"s 160,000,000 » ) 2A2 000 000 .
Dernier emprunt 82.000,000 >. ] ^^•'•"""'' ""
Reste 839,000,000 .
Sur cette somme, 435 millions ont été dépensés sur les ressources de la dette flottante, et 404 millions restent encore à acquitter d'ici à l'achèvement des travaux.
Dette flottante.
La dette flottante montait dans des proportions non moins considérables. Au commencement de 1831, elle atteignait im chiflie d'environ 250.000,000 f.
A la date du 26 février dernier, elle dépassait 670,000,000 »
Plus, pour les rentes appartenant aux caisses d'épargne. 202,000,000 »
En tout 872,000,000 »
Sous un pareil régime, la situation de la caisse centrale du ti-ésor devait être rarement l>rillante. Tendant les deux cent soixante-huit derniers jours de son existoire. le gouvernement déchu a dépensé au-delà de ses ressources ordinaires 294,800,000 fr. — 1,100,000 par jour!
Pour alimenter ces dépenses, le gouvernement de l'ex-roi puisait à trois sources : les l)ons rovaux, l'emprunt, les caisses d'épargne.
Du 12 avril 1847 ou 26 lévrier 1848, le chiOre des bons du trésor est moaté de 86 millions à 325 millions.
— WD —
Los versements do l'omprunl ronclii \o 10 novcmbri' 1H47 ont été do 82 millions.
L«' reste de l'emprunt sera-t-il réalisé? On l'ignore. Ci; qui est certain, c'est qu'il faudra paver les hous du trésor.
(Juaut au\ i-aisscs d'ép ir;,Mie, tout le monde en connaît la déplorable histoire. Sur Ies;i5^ inillioni» versés entre les mains delà prérédeiTte administration, je n'ai trouvé t-n compte courant au trésor qu'uiu" soivanf liiu^ de millions. Le restt; était immobilisé en renies ou en actions. D'où il suit ((ne le gouvernement déclui s'était mis dans liinpossibililé absolue d'opérer les remboursemens qui auraient pu lui être demandés.
Telle est au vrai, citoyens, la situation financière que la monarchie lègue à la Républi(]iu\ La République l'accepte.
Slais il est urgent de porter remède au mal. Gomment.' Pour assurer tous les services, établir le crédit public sur des bases vraiment solides, pourvoir à la continuation des travaux entrepris, améliorer le sort du peuple, que faut-il? Des mesures sages, énergiques, promptes.
Voici celles que j'ai déjà prises, ou que j'ai l'honneur de soumettre à la décision du gouvernement provisoire.
Amorlisaement.
L'amortissement doit être m lintenu : c'est un engagement de l'état envers ses créanciers; il faut ([-w cet engagement soit rempli. Mais le gouvernement déchu avait disposé par avance des réserves de l'amortissement. Lorsque la rente est tombée au-dessous du pair, nous nous somm -s donc trouvés dans cette alternative, on de faire mouvoir l'amorlissement et de suspendre les travaux, ou de les continuer, en donnant, comme par le passé, des bons du trésor au lieu de numéraire à la caisse d'amortissement. Ce dernier parti avait le double avantage d'assurer du pain à ceux qui en manquent, et de laisser les espèces dins les caisses du trésor : plus de 500.00!) fr. par jour, il était donc impérieusement €;ommandé par les circonstances. Je l'ai pris. .l'ai décidé que la caisse d'amortissement continuerait à recevoir des bons du trésor au lieu d'espèces.
Bons du trésor.
Les bons émis s'élevaient, le '2!i févrir 18/i8, à 329,880,000 fr. Un certain nombre fie ces billets sont à eoiirte échéance. Mais, en général, ils sont régîilièremmt distribues sur les divers mois de IS'jS et de 1849. La perception d -s impôts se fait actuellement avec la plus grande facilité. Les citoyens, dans leur patriotisme, se lbn#un devoir de porterai! tn-sorles impôts d<' l'année courante. Le service; des bons du trésor est assuré, .le propose seulement do fixer /'intérêt à 5 OyO pour toutes les échéances indistinctement.
Cnisses d'épargne.
Malgré les représentations les plus énergiques, le gouvernument de l'ex-roi s'était mis dans l'impi^^sibililé de tenir ses engagemens envers les créanciers de la caisse d'épargne. Le gage, iucessamuienl e.xigdjle, n'était plus libre dans ses
mains. Au moment où j'ai pris la tlircclion des finances de l'état, le 7 mars au soir, la propriété des déposans se décomposait de la manière suivante :
Au trésor en compte courant, à II 0/0 0.5,70;i,()'20 /lO
Kn rentes 5 0 0. avant coûté 3/|,10G,lo5 25
En renies /i 0/0, ' id 202,316,175 »
En rentes 3 0/0, id 3/|,08/i,4/i7 92
En actions des II canaux, id 14,059,120 »
En actions des 3 canaux, id 4,818,218 75
Peut-être le nouveau ^gouvernement aurait-il pu dire aux créanciers des caisses d'épargne : « Voilà le gage que nous laisse le gouvernement en qui vous aviez placé votre confiance, reprenez-le. » Ce moyen de résoudre une dillicullé eoiisidéraLle n'était pas injuste. Il était facile. Nous l'avons repoussé. La rente et les autres valeurs élant aujourd'hui dépréciées, les déposans auraient eu à subir une perte ])lus ou moins forte : nous n'avons pas voulu la leur in)j)os;>r.
Mais, après inie étude rapide et minutieuse de la situation des déposans, nous avons reconnu que les petites sommes appartenaient, en général, à des citoyens besogneux ; (|ue les gros dépôts, surtout dans les départements, étaient la propriété de familles plus ou moins aisées, <|ui souvent éludaient les liinilations de la loi en réparlissanl les livrets sur plusieurs tètes ; nous avons reconnu que si les premiers, en retirant leurs dépôts, obéissaient au conseil de la nécessité, ceux-ci (aisaicnl preuve d'une malveillance coupable et d'une défiance injurieuse en\ers le gouvernement républicain.
\oidant récompenser ceux qui montrent une confiance éclairée, j'ai déjà décidé que l'intérêt des fonds versés ou laissés dans les caisses d'épargne serait élevé à 5 0/0.
Voulant aujourd'hui concilier tout à la fois la bienveillance que les déposans malaisés inspirent au gouvernement et les imp<'rieus(îs nécessités d'une situation que nous n'avons pas lai le, je propose au gouvernement provisoire de décitier :
1° Que les dépôts de 100 fr. et au-dessous seront i-emboursés intégralement en espèces.
2' Que les dépôts de 101 à 1,000 fr. pourront être remboursés, savoir : 100 fr. en espèces ; le surplus, jusqu'à concurrence de moitié de la somme en un ou plusieurs bons (\u trésor à qujitre mois d'échéances et portant intérêt à 5 0/0; la dernière moitié en coupons de rentes 5 0/0 au pair.
3° Que, pour les livrets dont la solde dépassera 1,000 fr., la caisse d'épargne pourra payer : 100 fr. en espèces; le surplus, jnstpi'à c^onci^rence de moitié de la somme, en un ou plusieurs bons du trésor à six mois d'échéance et portant intérêt à 5 0/0 ; la dernière moitié en rentes 5 0/0 au pair.
Réduction du nombre des emplois.
La gratuité des fonctions publiques est une institution arislocrali({ue. L'admissibilité de tons les citoyens à tous les emplois implique l'idée dinie juste rémunération.
La République veut être bien servie : elle rétribuera convenablen)ent ceux qui lui dévoueront leur intelligence et leur temps. Les fonctions publicpies seront
drsornijiis imccaiiiiTi' \('ril;il>U' on les iiitclli!,'riis, h-s /('-It-s . Ic>; prolu'», n'amoiil plus à («lier Irisicnunt le j)as;ui\ plus ri'coinmaiKh's. — Point «le sin<''ciirrs. peu d'rinplovts bien payés : tels seront désormais lo priiiripr cl la régie du gouvernemi'iil de la Hepulilique.
.le propose (idiK au gouvernement provisoire de décider, en principe, que le nombre des emplois sera réduit dans une large proportion et que les traitemens seront fixés stir de nouvelles liases.
\oilà. citovens. l'ensemble (l«'s mesures qui nie j)araissent les plus convenables et les plus eliieaees, poiu- emj)écher (|ue les espèces ne s'écoulent du Trésor avec une dani,'erense rapidité.
Je dois maintenant vous soumettre ime antre série de propositions ayant pour but d'activer le mouvement du ninm'raire vers les caisses de l'état, et d'imprimer à la circulation uni- pins grande vivacité.
Dianians de la couronne.
Ces valems, dont la royauté n'i'-tait qu'usufruitière, appartiennent à l'état.
L'argenterie trouvée aux Tuileries et dans les autres résidences royales lui nppnrliennenl également.
il a le droit d'en disposer, et les charges que le régime déchu lait peser sur l'avenir de la République donnent à cette mesure politique le caractère d'une expiation.
Je vous propose de décréter (pie le ministre des finances sera autorisé :
4° A aliéner les diamans de la couronne aux prix qui auront été fixés par les experts assermentés;
2° A (aire cnn\ertir imniédiatement en monnaie à l'efligie de la République l'argenterie et les lingots provenant des Tuileries, de Ncuilly et des autres résidences attribuées par la loi de IS.Vi sur la liste civile à la royauté déchue.
II est entendu (|ue les objets d'art sont excepti's de cette mesure.
Domaine de l'ancienne liste civile.
Aux termes du décret que vous avez rendu, les biens de l'ancienne liste civile ont fait retour an dcmaine de l'état.
Ce> biens, dont la valeur va être rigoureusement estimc'e, ont successivement passé des an<iens rf)is à l'empiM-iMir, de THnipereur à Louis \\ III et à Charles \, d<' cenx-ci à l'ex-roi Louis-l'hilippe.
Par leur cohésion, par les traditions, les habitudes de leur administration, ils semblent toujours attendre un nouveau maître. Au double point de vue de la politique et delà (iiiÉhce, pour rompre complètement cette longue <t (brte chaîne de possession publique, pour assuit-r à l'Etat les ri-ssources fjue le régime déchu a rendues indispensables, je vous propose de décider que le ministre des finances sera autorise- à aliéner, s'il le juge n<cessaire, dans les formes slipult'esau dé-cret ci-après, les bois, terres, champs, etc., etc., qui composent les biens d(; l'ancienne liste civile.
Il est entendu rpie le domaine dit privé n'est [)oint compris dans cett«^ mesure, et qu'il reste provisoirement sous le séquestre, à la disposition de l'assemblée nationale.
Bois de l'état.
Au point de vue financier, l'administration des forêts de l'état a jusqu'ici laissé l>ean(H)ii[) à désirer. Ces magnifiques propriétés ne rapportent guère, dans leur enseml)le, au trésor que 2 0 0. Dans quelques déparlemenls, leur produit ne couvre même pas les Irais d'exploitation. Je vais faire étudier les moyens d'améliorer celle partie du service.
Mais, en attendant, il est certain qu'aujourd'hui plusieurs parties de ces forêts peuvent être vtMiflues avec un égal avantage el pour la richesse générale qui ci'oîtrait par suit»; d'une gestion plus énergique et plus habile.
Je vous propose, en conséquence, de décider que le ministre des financ<^s est autorisé à rechercher dans les bois de l'étal les lots ([ui pourraient é'Ire ulilement vendus aux particuliers, et à prononcer celle aliénation, s'il lajuge indispensable jusqu'à concurrence de 100 millions, conformément aux dispositions du décret qui accompagne mon rapport.
Emprunt.
Poin- faire face au déficit qui le pressait de toutes parts, le gonvernemenl déchu avait obtenu du parlement l'antorisalion d'émi'llre un emprunt de .iôO millions; 250 millions ont élé souscrits, le 10 novembre dernier, sur lescpiels le trésor a déjà perçu 82 millions. Le complément de cet emprunt scra-t-il réalisé ? Ces difiicullés, que le gouvernement de l'c^x-roi nous l('gu(\ seronl-elles pour les souscripteurs une raison de force rnajeureouun prétexte fie ne pis tenir Iciws engagements ? Je l'ignon; ; mais en présence de la dépréciation des eHets pul)lics, pour si peu passagère qu'elle soit, la prudence commande la prévoyance. <Jue!le que soit la résolution ou la puissance réelle des souscripteurs, il faut (jue le trésor soit mis en état de se passer des versements ultérieurs, même les plus prochains. Les mesures ci-dessus ont eu pour objet el auront pour résultat d'y pourvoir.
Mais la magiiilique expansion de pa'riolisme, de dévouement, d'abni-galion, d'intelligente ardeur qu'a suscitée partout l'avénemenlde larépubliqu(\ conseille une plus haute entreprise. Un grand nombre de citoyens ont olFert au gouvernement le don volontaire de sommes el fie valeurs consifl'rables. l'iein fl'unegi'atitufle profonde pour une offre si palrioli([ue et si honorable, le gouvernement de la républi([uc ne l'acceptera pourtant pas. 11 convient de laisser à ceux qui en font uu si noble usage la libre flis|)osilion fie leur foriniie; mais il sera permis de rattacher ces généreux citoyens à la fortune de l'élat j)ar une combinaison également avantageuse pour lui et pour eux. Aux termes de la loi flu <S août 1847, le trésor a encore à ém(;llre sur le dernier emprunt une somme fie 100 millions. Je vous propose, citoyens, de décr.'ler que cette émission aiu'^ieu imniédialcMiient sous ce titre : Emprunt national. Tous les citoyens qui voidaienl apporter leur tribut volontaire à la prospérité de la réf.biique y seront désormais atlmis. 1^'emprnnl national sera ouvert peiulant un mois. En échange fie IfMir ollrandc, les citoyens recevront un coupon di; rente 5 0/0 au pair, qnaïul ])icn même ce foufls dépasserait le pair avant le com[)I('-ment fie la sonseripliou.
11 y aura là un triple avantage. D'une part, l'emprunt national étant directement pris au ln';sor par l(;s souscripteurs, sera iminc'flialemenl classé : fl antre part, l'emprinit du 10 novembre 1847, s'il est abandonné par les preneurs, ne
p(>pra plus ^iir la place ; vt si, plus lartl. de nouvelles rirronstances ol>li(^a-aii>nt la lU'piil)li(|i«' ;i ^c'Sfixir <1«' son cn'ilit. nous serions sur un terrain rouijilèlenieiil i!«^;i^c. où la lilurle de nos niou\eniens ne Irouxerail j)lus d'ol)s(aeles s/rieux.
I);ins un pro( liain ra] porl. aussitôt (|ue les < al< uls auront pu clic < talilis avec uni- riff un use ])ir(ision. je l( rai ( onnaitre an {gouvernement le résidtal tliillré de tontes les mesures qm- je Tiens de proposer.
.le re larderai ])as non jiliis à lui souukIIic les Itascs d'un nouveau liiiilfcel, d un l)ud{;et vrai, sérieux, honncMe, en un mot, du Jjudfjet de la He])ul)lique. Dans ce Lut, je me suis déjà entendu avie mes collègues des divers ministères, «pn" font tous 1(111 s eirorts pour que les dépenses de leurs départemons soient réduites au minimum des nécessités réelles.
11 me reste maintenant à compléter cet exposé par quelques observations générales.
Les perspectives actuelles du trésor sont rassurantes. Grâce aux mesures qui ont été ou qui vont être prescrites, la situation prochaine sera bonne. Dans ce premier monunt d'inquiétudis qui snrcède toujours aux grandes eon)inotions politi(|ues. les di mandes d'argent ont alllué. Les caisses d'éjjargne suitoul ont reçu de nombreuses demandes de remboursement. Mais déjà cette panique se calnie. Tout le monde comprend que la fortune de la France est aujourd'hui ce qu'elle était hier, et l'on aperçoit dans un j)r(>( hain avenir les am<lioralic)Ms <pii doivent nécessairement résulter des nouvelles institutions que le pavs sest tlonnées. D'ailleurs, le zèle des citoyens se montre supérieur à toute* les dillicultés. Les verstnieus anlieij)és qui s'exécutent dans tous les bureaux tl( perception nous donnent l'assurance de pourvoir làcili nunt désormais, non-seulement aux services ordinaires, mais eni ore aux necessiu-s de l'imprévu.
Ouant à la situation générale de la Képublique sons le rapport financier, j'estime qu'elle n'a ])lus rien d'iliravanl. J.a dette nationale, dédu»tion lailc des rentes qui app.irlieniiint à lamortissement, s'élève à 5.^()(),UU0.U0U
Si l'on demande ce qu'a produit celte masse de capitaux, l'esprit s'arrête déconcerté devant l'énorme disproportion des moyens avec les résultats. Mais si l'on rej|;arde le ])avs lui-même, l'aspect de ce qu'il juut rassure.
La dette anglaise s'élève à 20 milliards. Klle repose sur l'assujétissemenl industriel et commercial de l'univers, base variable et fragile!
La né>tre n'<st que de 5 milliards, et elU- a pour base toute la propriété publique et particulière de la France , base inébranlable et chaque jour plus forte !
Encore quelques années d'un gouvernement r«''publicain, d'une administration loyale, prudente et ferme, et le crédit de la France n'aura pas d'égal.
IWais, dans ma conviction profond»-, ces heunuses prévisions n«' peuvent l'trc réalisées que j)ar le rapide afîiiniissc ment de la Républiqiu*. (J\ic tous les bons cilovens s'y ellorcenl, sans enthousiasme irréllé.chi comme sans inutiles regrets. Le dernier prestige de la monarchie, c'était l'utilité. Beaucoup d honunes sincères crovaient le maintien de celte forme indispensable au maintien de l'ordre, au règUnunt de tous les intérêts légitimes. La monarchie compromise, ils
croyaient tout perdu. Ils se trompaient. Cette solennelle expérience qui vient de se faire a dû convaincre les esprits ai)uscs, mais sincères. Ce qui est ccrlaiu, ce que j'affirme de toute la force d'une conviction éclairée el loyale, c'est <|ue, si la tlvnastie d'Orléans eût régné quelque temps encore, la banqueroute était inévitable.
Oui. citoyens ! proclamons-le avec bonbeur, avec orgueil : A tous les litres qui rccoinnuiiideut la République à l'amour de la France et au respect du monde, il faiil iijouler celui-ci :
La Répul)liquea sauvé la France delà banqueroute!
Le membre du gouvernement provisoire, ministre des finances,
GARNIER-PAGÈS
Imprimerie nationale. Mars 1848.
REPUBLIQUE FRANÇAISE
LIBERTÉ, KGALITÉ, FRATERNITÉ.
CITOYENS
Il approche, le jour solennel où tous les Français indistinctement seront appelés à nommer les représentants de la nation.
L'Kurope éclairée, 1 Europe qui demande l'émancipation elles droits inhérents à l'humanité, aura les yeux fixés sur vous ; elle compte sur vos lumières, votre puissance, votre énergie ; vous ne la tromperez pas.
11 vous importe de choisir des hommes éprouvés, des mandataires dont la vie s'est usée dans les luttes politiques, dont les principes ont toujours été fidèles à la sainte cause de la patrie, républicains invariables qui ont engagé un combat permanent avec le système déchu.
Depuis mes jeunes années, je me suis constamment attaché au parti populaire, je me suis toujours éloigné d nu pouvoir rétrograde, d'un gouveriuMnenl pt-rfidc qui nous conduisait à l'abaissement et à l'humiliation, et nous plongeait dans les ténèbres de l'absolutisme.
8i ces considérations vous paraissent une garantie essentielle, un gage suffisant, je vous prie de m'honorer de vos suffrages.
Quanta mes théories politiques el sociales, elles se résument dans cette seule phrase, dans cet imique sentiment :
Tout par le peuple el pour le peuple.
Salut et fraternité.
REDON, avocat.
Maringues, mars 1848.
Paris.— Imprimerie LACOURet Comp., rue Soufflet, 16.
CLUB
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