GARNIER-PAGÉS, MA RI H
ALBERT, ouvrier.
Imprimerie Qationale. Mars 1848.
RÉPUBLIQUE FRAIVÇAISE.
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FKATEICVITÉ.
Le cercle Pythi^as a lafssé à Marseille d'es souvenirs qui' vivent encore dans les âmes indc-petulantes ; expression fidMe des pensées libres et démocratiques du pays, il voulait réveiller l'espril public, l'élever au-dessus de l'égoïsme individuel, l'animer de l'ardeur des choses généreuses. 11 voulait inspirer l'amoin- et le besoin de celle vie politique au moyen de laquelle les jieuples, aimés de Dieu, exercent tous leurs droils, manifestent toutes leurs volontés, accomplissent enfin sur la terre leur destinée de puissance et de gloire.
Mais les agents d'un pouvoir infidèle à son origine et à ses serments traitèrent en ennemis celte nombreuse réunion de défenseurs de la liberté.
Des renégats lui dirent anathème, et un arrêté du préfet Thomas prononça la dissolution du cercle.
Demeilleursjours viennent de se lever. Les hommes qui , au milieu des débauches d'une j)olitique d'abaissement el de corruption, ne d(''srspér'rcnt jamais de l'avenir de notre belle France, les démocrates qui eurent foi dans le succès d'une cause pure comme la justice immortelle, comme la vérité, sont aujourd'hui au milieu de leurs vœux. Ils saluent de leur enthousiasme l'ère brillante de l'aflranchissem(!nt national, le règne de ces principes régénérateurs, qui nous convienli à toutes les conquêtes de l'intelligence, à toutes les fêtes de la liberté.
Anciens membres du cercle Pythéas, nous ne devions pas rester insensibles à la joie générale. Nous nous sommes réunis dans une communauté de pensées fraternelles ; nous nous sommes reconstitués et aous appelons à nous les patriotes que les mêmes sentiments animent.
Notre profession de foi politique est nette et précise. Nous ne nous bornons pas à écrire sur notre drapeau, comme une vaine formule, ces mots : Liberté, Egalité, Fralernilé. Nous avons gravé cbns nos cœurs en traits inellaçables ce symbole sacré, cette trinité sainte.
Nous voulons fonder sur une base inébranlabli; le règne glorieux de la démocratie; les temps sont accomplis. Nos mœurs, nos lois civiles, nos instincts, les tra\aux et les sacrifices de nos frères, tout se prêle chez nous à la forme républicaine. \m royauté était de trop en France: «'île était là comme une aventurière ingrate et cupide. La cobre du peuple de Paris a soufllé sur elle, et elle s'est évanouie lâchenHTil, et personne ne s'est rallié à sa fortune, et nul compagnon d'exil ne l'a suivie pour la consoler.
Une vérité Ijien acquise, c'est que la monarchie a dit son dernier mot, a vu son dernier jour ; c'est que, hors du système républicain, il n'y a maintenant en France i\\\e déchirements et misère; hors dt; là, il n'v a de possible que l'anarchie.
A la llépiiblifpie seule il est donné d'einioblir toutes les lac ni l(''s lin mai nés, parce qu'elles rapprochent tous les hommes par le lien réciproque des obligations et des droits. Qu'elles tonïbent toutes, ces barrières qui n'ont que trop longtemps divisé les membres de la grande famille française! Qu'ils disparaissent devant la raison publique, tous les hochets de la vanité, toutes l'es distinctions ridicules,
tous 1rs prt'juj;<''s «jipn-sscurs! Nous uv reconnaissons d'autre supériorité que celle du talent, dn jiatriotismi' c\ de îa vertu.
Ouo l'honunene soit plus ('f'J>loit<- par l'Iioniine, mais qiTe chacun jonissf 'eu fruit de son tiavail; surtout que tx? li-a\ail soit aUraiiclii di- toute enlraNc inutile et qu il soit loujouis honore ( oiunie une des uécessitt'-s tie la nature humaine et comme la loi duneatenr. Oue h-s tra-\!nl!enrs dont les droits ont été si lon;^temp8 inécoininsTPCoiAent enfin notre appui, nos eneourafjements sympathiques.
Respect in\iolahle. res]>e(l jiour la j)ropriété; c'est un»- condilion d'emulaliou et d'ordie; c'est la hase delà lamiih' ; c'est celle du corps social, c'est encore colle lies v«'rtus privées, et sanselle les vertus j)ul)li(pii's ne sont (prim mensonge.
-(♦tir If^ intr-i-elîi-de la morah" i>»H>n4 |>I*h.«'S sous la sauvt;f;ard<' «U's lois^ mm -Ut probilc inspire touli's les pensées tlu youvernemeni émanant <hi ])enj)!e. Trop iou^tem|)s nous a\ons eu sous les yeux des spectacles de dcifrailalion, de honte et de l.icheté. Nous avons eu le niallM-ur d<' vivre dans unealmosplure empestée. Mais une existi'iici' plus pni<' !H' rwvéle à nous. hi>illaiH de loules les es|)érauees d'un avenir réparaloirt' et déjà nosrej^ards ne s*.' reposent j)lu?'tjue sur des tableaux consolants.
L'énerfjie ne nous fera pas défaut, et nous saurons la placer à la hauleui- des circonstances, nous veillerons île tous nos moyens à ce que li' tiàomphi; «le la cause popidaire ne soit point compromis par l'intrij^ue et la trahison. Mais l'i'ïiMffi*' de carairtère peut très bien s'allier avec la modération «le la peiiàée et la coiixenance <lc lani;<ii,'e; la laihlesse si'uli' «"Sl violenle.
Lue foule de «puslions organiques appelleront plus tard l'examen de tous les Traînais. l.'Asseinhlée Nationale les résoud a souverainenRut. et ses d('(isions fixeront les destini es du pavs.
L'intérêt du nmnieut ('est l'electiou des membres de oetle assemblée; c'<sl le choix des repn sentants du l'euple.
Honnnes de bien de toutes les opinions, électeurs de toutes les classes, et vous surtout di niocrates dé\on<''s. amis sincères de la l{épiibii(jue. n'oublie/. j)as que son salut est en vos mains, elle sollicite votre amour ]o\al , il le lui faut avec empressenu'ut. avec abnéf,'alion. avec cette puissance des vertus républicaines (pii savent innnoler sur l'aulel de la pairie toutes les idoles de l'intérêt personnel. Oui, nous plaçons en vous toutes nos espérances. Nous trouvère/ dan» toutes les classes Ae citoyens des hommes dignes de vos suU'rages, niéfie/.-vous seulement des iniripanis et îles and)itieux, arrière' Ci's honnin-s qui nai,'U( res coiubaient le front devant un pouvoir détestable, cpii n'avaient pas assez, déloges pour un ignoble ministre, ni assez de mépris pour les vrais patriotes, et qui enflent leurs voix en aflichant nos princijies. et (fiirUpiefois aussi en les exagï-raiil. Arrière tous ces misérables sans cieur et sans foi!... Arrière tous ces yrinia< ieis de republicanisnïel!!... (Jue ce peuple, dans la magnanimité de sa victoire, prononce lear pardon, c'est bien; c'est un de ses titres de gloire; mais qu'il aille jusqu'à les élever sur le pavois de ses représentants... oh ! non ! ce scandai,-- ne sera pas donne, nous en jurons par la pudeur ])ublique. Nous avons fait sommainmient l'exposé de nos principes, vous tons, hommes de dévouement et de conviction, vous vous associerez à notre leuvre: l'union fera notre force; et le spectacle du
bonheur gt'néral, de la concorde, de la grandeur nationale, sera la récompense de noire zèle et de nos efforts. •Tt
Les Membres de la Commission :
Meynier, Chaudoin, Labadie, Jules Roux, Aubaye, Hilaire, Porlalier, Thibaut, Laurens, Farcy, Raflln, Gibert, Lombard, Barban, Dussart.
Senès, imprimeur de la République.