PREMIÈRE LETTRE
Amis et Concitoyens ,
Jacques Bonhomme vous l'avait bien dit il y a longtemps ; — nous vous l'avons répété souvent depuis 12 ans, le gouvernement de Louis-Philippe était un gouvernement lâche, cupide et menteur; — lâche, car il avilissait la France devant l'étranger; — cupide, car il ne songeait (ju'à amasser les millions qu'il va manger à l'étranger ; — menteur, car il promettait la pro.spérité morale et matérielle, et il laisse six cent millions à la charge de l'Étal! — et soixante millions de dette personnelle!
11 dit sans doute aujourd'hui que la France est assez riche pour payer les dettes de ses rois.
La France paiera les dettes de l'Etat, et le domaine privé paiera les dettes personnelles, — mais à condition que c'est le dernier bilan royal qu'elle veut payer.
Si vous avez mémoire , vous vous rappelez que nous vous avons dit souvent que ce pouvoir n'était pas solide, — qu'il ne dînerait pas !
Cela vous paraissait alors l)ien hardi ; — vous étiez occupés à vos labours, à vos foins ou a vos récoltes, et n'aviez guère le temps d'étudier la marche des événements et les progrès que faisaient l'esprit public et vos opinions à vousmêmes, sans peul-elre vous en douter.
Aujourd'hui , l'avenir dont nous vous parlions est arrivé ; — ce n'est plus Louis-Philij)pc qui règne, ni Guizot qui gouverne. — Des hommes que vous connaissez dirigent provisoirement la France, — et c'est vous, — vous tous, gens des villes, des villages, des hameau.x et des champs, qui êtes appelés à faire acte de souveraineté eu nommant tout à l'heure pour vous gouverner, ceux d'entre vous.
— uotc/ 1)1011 : d'entre vous, — que vous croin-z les plus liuiiuèti-s d'al>ord, — It» plus iiitclligfiils , — ot k's uioius auihilicux surtout.
Concitoyens et Amîs,
Ecoule/, bien ce que la nation attend de vous. — (".'c^l la voix d'un vieil ami qui vous parle.
Ce que vous allez laire ne ressrnil»l(> nulleniciit .'i cr (|iic \(tii-< a\i-/ \ii; — il ne s'afjit ni dr faire un dcpuli' p,u' ai r()ii(li>.s( inciil, ni nicuic un dcputt: par canton.
Il appartient à tous les arrondissements, à tous les cantons, à tous les villages, de nommer tons les députés de votre dcpartcment.
Uappele/-vous donc que \ous n'apparlcni/ |)lus connue électeur ni à votre canton ni à votre arrondissement , - mais (|uc vous apparlene/, d'ahord à la France, — et à votre département, pour le choix des hommes auxqui-ls vous donnerez vos voix. — Ce n'est donc pas seulement dans le canton ni darjs l'arrondissemenl, ni même dans le département q,ue vous êtes obligés de choisir vos élus.
l'arloiil. cl cil (jiir (|iic coin de la France que ce soit où vous coimaissez un homme lioniiéle, simple comme vous, iiilelligenl et dif^iic de votre confiance,^ vous pouvez le proposer à tous vos concitoveus du département, l'appuyer, le nommer et le faire proclamer votre député!
Pensez-y. et cherchez celui qui réunit de pareils titres à vos yeux.
Maintenant, remarquez bien ceci :
11 ne s'af^fit plus de nommer un homme qui vous fasse obtenir un chemin poar votre villai,'!'. — un pont pour voire commune, — un tableau pour votre é^'lise, uiMf route pour voire canton, — un c-liemin de (ér [)Our voire arrondissement, comme cela se passait sous la monarchie qui vient de nous faire banqueroute.
11 s'assit aujourd'hui de nommer des hommes qui nous donneni justice éf^ale ])our tons, — inslrnetion pour tons, — des routes, des chemins, des ponts également partout où il sera nécessaire, — et surtout des hommes qui ne vous fasseuL payer que des impôts égaux pour tous, c'est-à-dire en proportion des moyens de chacun, et (pii ne «Icpciisiiit pas volr<- argent an jirolit d'un roi, fies princes, des courtisans, des valets et de toul le misérabh; entourage qui suit la royauté.
Ghoisissiv. donc des hommes qui juslitient voire confiance; — pensez-y; consultez-vous euire vous; — éclairez-vous ; — le temps presse et lâchez de ne pas vous tromper.
fiappe.lev.-voos, en «crivanl chacun des noms que vous mettrez sur voire bulletin, que la royauté de Louis-l'hilippe qui a duré 17 ans coûte nn milliard à la l'rauce, — c'est-à-dire à nous tous ; — et que ce milliard a été presque perdu pour le pays et pour nous tous.
Repousse/, donc de vos bulletins tous les noms que vous ave/ vns engaçi^s depuis dix ans dans le pouvoir. — compromis dans les anciennes élections, — ou ceux que vous pourrie/ penser capables de s'associer à un nouveau système monarchique, — c'est-à-dire à un système de ruine.
Ayez confiance en xons-nn-mes ; — demandez â ceux <jui se présenteront des gages dr probité, d'écononne et de fermeté.
îiou.6 vous parlerons plu» en détail dans noire pro<:haine; vous nous con-
naissez; — nous avons confiance en vous et nous espérons que nous n'aurons pas démérité de votre confiance à vous-mêmes.
VIVE LA RÉPUBLIQUE
Votre vieil ami, Jacques BONHOMME.
Pour copie conforme :
Alexandre DECAMPS, Fondateur du Progrés de. l'Oise, du Progressif de VOise, et de la Revue de l'Oise.
Paris. — Imprimerie de LACOUR, nie Saint-Hyacinthe-Saint-Michel, 33.
Le Citoyen LAURE1\S-RABIEU