‹ Les murailles révolutionnaires (volume 2)Chapitre 264 sur 295 · PIERRE LEROUX · texte numérisé non relu

PIERRE LEROUX

Boussac, le 10 mars 1848.

Imprimerie de Pierre Leroux, à Boussac.

il:. —

RÉPUBLIQUE FRAINÇAISE.

LlBKRTb:, ÉCJALITE, FUATEUMTE.

LE CnOyE^' AiNTOMO WATUIi>0^

Aux Electeurs de roise.

CITOYENS

Pour la prcmitie fois ilans l'histoire ilii monde, les intérêts de tous vont èlie ie[ir"''srntés et défendus dans une grande a>sembiée. Réjouissons-nous! A nolie patrie est réstrxée cette belle initiative. La France, enfin, aura sa personnification vraiment nationale.

C'en à vous, citovens Electeurs, qu'elle confie in ce moment le soin de son avenir. La Répull ique accorde à tous, les droits politiqu<> tl nt la plus grande masse du Peuple était prixée hier. Le s;dut commun n pose ilans l'exercice inlelligeil de ces droits, et dans le plus important, l'élection.

La nouvelle Assemblée doit représcnler par l'âge le rajeunissement de la France, et par le> iilées,rrmai cipation du Peuple.

Or. il lui faut des hommes purs dis lr;idition.s du passé. i!es hommes nouveaux non pas les hommes du lendemain, m:iis ceux »le la veille; ceux qui, dans ta lutte suprèn e contre une royauté parjure, ont mis pour enjeu Itur vie et leur liberté.

La didiculté, pour élire les hommes nouveaux, est précisément (ju'ils sont inconnus.

A ceux qui s'adressent à vous dans une circonïtance aussi solennelle, citoyens Electeurs, à ceux-là de mettre leur cœur a nu. Voire droit est d exiger, leur devoir est d'obéir.

C'est donc un examen de conscience que je vous dois avant tout. Je l'expose ici sans arrière-pensée comme sans fausse n odf stie.

Après avoir reçu le bienfait d une éduca-

tion que l'Etal doit à tous ses enfants et qui, jiis(|u'ici a été le privilège de ipielques-uns, je résolus de demander mon indépendance à un travail manuel, .l'appris le métier de compositeur d'imprimerie ( l je devins ouvrier.

Correspondant du Journal du Peuple, je créai à Benuvais une feuille poliliijue et sociale, (]iie j'étais obligé de faire imprimer à Piiris. Les vastes problèmes du prolét.iriat et du travail y étaient sonlevi s. Me» elTorts se brisèrent contre les entraves sans nombre apportées à la liberté de la presse.

J'écrivis successivement dans le Progrmif (de SenlisJ et dans la lUiue de l'Oise.

Appelé à la rédaction du Progrès de COise (de juillet IS43 h juillet I8ii), je lis tout ce qui tiépendait de moi pour remettre ce jour» nal dans la voie ré|)ublicaine.

Les dures conditions inq^osées aux journaux des dé|iartiiiieiils par la loi des annonces judiciairrs me plaçait dans la nécessité de tiansigi;r avec mes princip'S. Je préférai rester indépendant.

Un homme que la Démocratie pleureencore aujourd hui comme un de ses jdus grands caractères et de ses plus nobles enfants, Godefroi Casaignac, me fit entrer dans les rangs de la presse parisienne. — S'il était permis, citoyens Electeurs, de se présenter devant vous sous le patronage d'un nom, je me reconiiiianderais île la mémoire de ce martyr tombe dans la lutte.

Je restai attaché à la Réforme, en môme temps que les citoyens Lcdiu Rollin, Louis Blanc et Flocon. C'est à cette épocjue que ce

joiirnnl prit l'initiative delà pétition relative à {'Enqitéie dex liavailteurs.

I)e|)iiis. je suis ilevenu un des collaborateurs du Populaire; et les (|uestion- traitées par ce jouina! m'ont fourni l'occasion d'études approfondies sur le paupérisme.

Intimement convaincu i|u'une lutte violente entr^, les classes, loin de hâter la solution (In problème, neservirait (pi'à nçri^raver les complications, je dus clierchcr un terme de rapprochement entre la Bourgeoisie et le Peuple.

C'est aux fils eux-mêmes de la Bourgeoisie qu'il convenait de s'adresser pour arriver à ce but de conciliation sociale. Dans cette intention nous fondâmes, mes amis et moi, il y a plus d'un an, un jouimal dans les Ecoles de Paris. 1! ressuscita au nniieu d'elles le mouvement pohtique. I.e banquet des Ecoles, résultat de ce mouvement , fut luimême le prélude du banquet du douzième arrondissement. — De ce dertner est sortie la glorieuse Révolution de Févi ier.

Nous fûmes désignés au nombre de di.v jeunes gens, pour nous entendre avec le comité Barrot sur la manière dont les Etudiants seraient représentés à ce banquel. "Vingt cartes nous furent accordées. J'insistai fortement près des citoyens Garnier-Pagès et I5ai rot (tour qu'on nous laissât la liberté de partager ces caries de moitié avec les Ouvrieis. — « Il est de tonte nécessité, leur disais-Je.quelesreprésentantsdnsalaireaient leur place à ce banipiet. » — L'adhésion et le concours {\c:i. E'oles, au nom de^quelles nous parlions, étaient au prix de l'admission des Ouvriers. — On se rendit à nos vœux. I^'imion de la jeune Bourgeoisie et du Peuple fut ainsi consacrée.

Le ^ lévrier, vingt jours avant la Révolution, je (irolestai, Ella tète de 3,000 Etudiants, conli'e l'arbitraire minisli'riel qui frappait d'interdit la Liberté île la Pensée et du haut Enseignement dans la personne de trois profess<!urs du Collège de France, Michelet , Qiiinet n Mickiewicz, — Nonsaiiportrons en même temps une Pétition qui fui dc|)0sée et appuyée à la tribune de la (^haml)re des l>«putés. — Le lendemain, j étais dimoncé avec deux de mes amis par le journal de la cour de Louis-Philippe.

Enfin, je fus un des cinq commissaires déléîjués, le 21 au soir, veille du combat, à la réunion des députés, pour les conjurer de braver l'interdiction du préfet de police et de passer outre. On nous répondit par des conseils di; modération qui furent peu écoutés. C'est alors que nous nous mêlâmes complètement au Peuple et que nous prîmes part à la lutte.

Vingt- ciiif] mandats d'amener avaient été décernés contre n us; les circonstances seules empêchèrent qu'ils fussent exécutés.

Gtoyeiis Electeurs, vous savez maintena.'it quije suis. En vous racontant les principaux actes de ma vie, je n'ai point obéi aux tristes satisfactions d'une vanité stérile; mais à la nécessité de vous dire : c Inconnu de vous ; voilà des faits qui répondent de mes |)rincipe«. — A vous de juger si ma profession de foi est suffisamment écrite dans ma conduite. >

Ouvrier d'abord, puis soldat de la presse dèmocialiqiie, j'ai compris et sondé les douleurs du prolétariat ; je les ai notées jour par jour. J'ai protesté dans la presse au nom des droits les plus chers et les plus sacrés, ceux de l'infortune.

Jusqu'à ce jour, les cris de désespoir qui s'élèvent d'en bas n'avaient rencontré que de sourds échos dans nos assemblées parlementaires. L'heure est arrivée où ces sombres prières vont avoir leurs interprèles.

Pour ma part, j'applaudis du plus profond de mon ànie à cette manifestation d'une supièine justice; et c'est surtout à l'honneur de représenter les intéi èts des classes déshéritées que j'aspire. C'est par les Travailleurs des villes et des camjiagnes de l'Oise que je demande à être envoyé sur les bancs de l'Assemblée Nationale.

Et si ce mandat, dont je comprends toute la gravité, m'était confié, c'est au pays qui fut mon berceau et que j'aime, c'est à la cité de Jeanne Hachette que je demanderais de ratifier ce vole en y ajoutant le sien.

Sks titres se résument en deux mots :

J'ai combattu de toutes mes forces la royauté et son cortège de vieilles traditions.

parce qu'elle m'a toujours paru l'ennemie du peuple, c'est ;'i dire, île tous.

Je suis ce que jetai* hier. ?e que je serai demain • un enfant de la Révolution, un ser\ ileur du Peuple.

VIVE LA REPUBLIQUE

Salut el Fraternité.

Antonio WATRIPON.

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Mars 18*8.

Ft*<riu\ai<. itnp. il Acliille Dc<jaii1ins, rue Sainl-Jean.

LE GEXERAL MO\TIIOLO\

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