SALIT ET FRATERNITÉ
Henri BON M AS,
87, rue Blanche.
AUX CLUBS PAKISFEIVS.
CITOYKNS,
Somil-imifl, habilanl Paris «Icpiiis tn'i\t<'-s<'pt ans. foiidi' de pouvoirs do nu's ■2-2,O0;t fnri's i\in' rciilV-rnic la l'rancc, je iiu' prcsciilc i(miinc candidat à l'Assi-inbléo nalionale sous les auspices de notre très sainte trinilt; politique : ia Liholé. l'Egalité, la Fraternité. La rapilalc ronipli^ à pcn pris '200 sourds-. muets libres qui ?n'a«(orili'Ul leurs suUVa{;es ; et, couiuir le n()ml)re rtijuis pour avoir le droit de siéger à la Convention ne se trouve pas, ;tant s'en faut, atteint par ce chilIVf. je viens avec confiance faire un appel à votre patriotisme pour me porter sur la liste des trente-quatre coucitoyens que vous aile/. »lire.
Toutes les classes de la société doivent être représentées à la nouvelle Chambre. Pourquoi cette portion si intéressante cl si nombreuse de la pojndalion française, dont je m'honore d'être le mandataire aujirès devons, en seiaii-elle exclue':' Ine infirmité quelconque serait-elle par hasard un titre d'excommunication quand, évidemment, elle n'est pas un obstacle à la manifestation de la pensée libre et à l'élan patriotique du scnlimeut? Ne puis-je pas élre instruit des délibérations de r.\ssemblée par écrit ou par les journaux ou par quehpu' collèi,Mie possédant le lanj,Mge mimique (et il y en aura l)eaucoup à la Couvenlion) ? iNe puis-je pas y répondre par écrit aussi et faire lire mon discours par quelque ami appartenant à l'Assemblée, comme cela s'est pratiqm- plus d'une fois dans les précédentes législatures pour un collègue malade ou empêché?
M. de liodenback a été admis, quoique aveugle, à figurer à la Chambre des représentants belges. Encore une fois, pour quelle raison les portes de la nouvelle Chambre française seraient-elles fermi'cs à lui sourd-muet connu dans le: monde pour être le soutien, l'avocat, le conseil, le père de ses semblables, qui a si souvent porté, vous le savez tous sans doute, à l'ancienne tribune législative les réclamations et les vœux de la France sourde-muelte /
Après avoir contribué pour ma faible part à faire gagner à mes frères du terrain dans la société, après m'être l'aidi contre tous les obstacles pour leur faire obtenir à Ions sans exception, seraient-ils même illettrés, la pleine et entière jouissance de leurs droits politiques et civils à l'égal des parlants, je crois avoir acquis le droit d'intervenir dans les alfaires du pays, tant comme cito\en Iranchenienl républicain que comme organe des 'J'ijOdO sourds-muets français.
De concert avec tous les vrais patriotes, je réclamerai avec persévérance non seidement l'application rigoureuse, mais aussi toutes les conseqiuînces du principe de la souveraineté populaire, principe proclamé de tout temps, mais jamais réalisé.
La douloureuse expérience que j'en ai faite plus d une fois che/. les sourdsmuets comme chez les parlants, me donnera. l)i(>u et le peuple aidant, la force et la volonté de faire régner enfin l'égalité là oi'i la favt-nr a trôné trop longtemps.
C'est la première faveur que je prends la liberté de solliciter de vos sympathies populaires, n'en ayant jamais demandé à la restauration ni à la dynastie d'Or-
léans, et n'ayant jamais obtenu la moindre récompense des divers services que j'ai rendus depuis bientôt trente ans à la cause sacrée de mes frères.
En attendant mon mandat de votre concours éclairé et fraternel, il me suffira, je pense, de déclarer à la face du ciel quc^ personne ne sera plus sincèrement, plus activement dévoué que moi aiL\ intérêts, au bonheur et à la gloire de notre Sainte République.
Ferdinand BERTHIER,
Ancien L'ieclour du ilixièuie arrondissement, doyen des professeurs de l'instilut national des sourds-muets de l'aris, ))résidenl de la Société centrale républicaine des sourds-muets de France.
Imp. de Pommerel et Guénot, rue Mignon, 2.