ARMAND BARBES
Aux Citoyens Gardes Nationaux de la douzième légion.
OTOYENS,
Armand Barbes se présente à vos suffrages cotrme colonel de la douzième légion.
Ce font ses nombreux amis qui l'ont encngé dnns celle candidature, ils ont pensé que la légion qui avait eu l'iniiiative de celte glorieuse révolution , unique dans les fastes de riiumanité , accueilU rail avec acclamation le nom d'un citoyen qui avait sacrifié sa fortune, sa position, sa vie, aux principes républicains.
Ils ne se sont pas trompés : une grande majorité s'est empressée de confirmer leur cho X. Mais, peur une manifi station aussi patrioiicjuc. aussi solennelle, il faut la plus grande majorité possible.
Aucune objeclion ne s'est élevée et ne pouvait s'(' lever contre les principes qu'An- MAND BATiiiKS a déforidus au péril de ses jours. Ce n'est pas au nidniertoù la lîépublique a clé proclaniécLn France avec tant d enthousiasme qu'on aurait pu avoir l'idée de repousser un de ses plus vaillants soutiens.
Mais (pielques citoyens restent encore indécis. BAiiBts a toutes leurs sympathies, mais à la condition expresse qu'on pourra s'expliquer nettement sur l'assassinat du lieutenant Drolineau.
Citoyens ! c'est cette explication que nous \enons donner ici : tout ce qui va suivre est extrait des pièces oKicielles publiées par la Cour des pairs en 1859.
le 12 mai 1839, dans l'après-midi, une troupe armée, à la tête de laquelle marchait le citoyen Barrés, arriva vis-à-vis le poste duPalais-dc-Justice. Le lieutenant Drouinkau, qui le commandait, fut entouré aussitôt ; € Rendez-vous, ou la mort ! » lui criait-on de toutes parts. Sur le refus de l'officier, deux coups de feu furent entendus successivement : le premier manqua , au second le lieutenant Drouineau tomba mort....
L'acte d'accusation, aussi i)artial, aussi passionné que possible, imputa ce meurtre au citoyen Armand Barbv.s; mais, malgré tous It urs (iforts, malgré leurs puissants moyens d'investigations, les accusateurs ne parvinrent peint à prouver sa prétendue culpabilité. Les pairs eux-mém.es n'osèrent point considérer Darrks comme l'auteur principal; ils eurent la faiblesse de prendre un moyen terme, et le désignèrent seulement coinino l'uN DES AUTEURS de l'homicide volonlairc commis sur la personne du lieutenant Diioi ineau.
Cependant la défense était facileinent parvenue, comme on va le voir, à établir I innocence de Barbes, en ce qui concerne le meurtre de Drouineau : le docteur appelé à visiter le corps de cet officier constata qu'il avait été frappé de deux balles qi;i avaient traversé le corps de gauche à droite. Or, d'après la déposition de tous les témoins sans exception, le chef des insurgés, c'est ainsi
que le procureiir-gôncral désignait Rarbés, éiail|)lac> ofr/içu^meiif rilalivoiuetilà l;i liireclion des coups île feu. li résulte île là avec une «niicre é\idencc que Barbes n'csl pas le iiieurlricr, car ce dernitT se trouvait nécessairement dans la direction niéint-deslalles.
A celle preuve matérielle de l'innocence de BABBts, que lnui le monde accueillit alors, il laulajouier cilli' preuve n;oia!e, que l'auteur delà mort tlu lieutenant Droiixeal' voulut se révéler à la Cour des pairs, si bien que le citoyen Dipont, avocat, l'en détourria et lui donna même de l'argent pour passer en Ani;leli'rri\
Il V a donc lieu de s'élonner qu'on vienne aujourd'hui imputer h Barbes un crime dont il fut lavé alors tlans l'oi inion publi(|ue !
A côté de CCS faits établis de la façon la plus explicite, il est juste de placer les énergiques dciiégations de Barbes; on y verra son ùme tout entière et la générosité de ses sentiments.
Extrait des pièces officielles du procès.
M. iB Président. Accusé Barbes, levezvous,
A. Barbés. < Je ne me lève pas pour répondre à votre iiilcrrogat'iire, je ne suis disposé à répondre à aucune de vos (|uesiions. Si d'autres que moi n'étaient pas intéressés dans l'affaire, je ne premlrais pas la parole, ou mes lèvres ne s'ouvriraient que pour protester en quelques mots contre vos prétentions judiciaires. J'en appellerais à vos consciences, et vous reconnaîtriez que vous n'êtes pas ici des juges venant Juper des accusés , mais des lioinmes politiques vi nant disposer du sort d ennemis poliiifpjcs. .Mais, comme la journée du 12 mai vous a donné un grand nombre de prisonniers, comme plusieurs d'enlie eux sont à mes côtés, que la majeure partie est réservée pour d'autres fournées, j'ai un devoir à remplir.
« Je déclare donc que tous ces citoyens, le 12 mai, à trois heures, ignoraient notre projet d'attaquer votre gouvernement. Us avaient étéconvotpjés parle comité sans être avertis du motif de la convocation , Us croyaient n'assister qu'à une revue ; c'est lorsqu'ils sont arrivés sur le terrain, où nous
avions eu lo soin de faire arriver des munitions, où nous savions trouver des armes (|ue j'ai donné le signal, (]ue je leur ai mis les armes à la ma'n , et que je leur ai donné l'ordre de marcher. Ces citoyens ont donc été entraînés, forcés par une violence morale, de suivre cet ordre. Selon moi. ils sont innocents.
♦ Je pense que cette déclaration doit avoir quelip.ic valeur auprès de vous, car, pour mon compte, je ne prétends pas en bénéficier.
« Je déclare que j'étais un des chefs de l'association; je déclare que c'est moi qui ai prépaie le combat, qui ai préparé tous les moyens d'exécution ; je déclare que j'y ai pris part, que j<: me suis battu contre vos troupes ; mais, si j'assume sur moi la responsabilité pleine et entière de tous les faits généraux, je dois aussi décliner la res; onsabilité de certains actes que je n'ai ni conseillés, ni ordonnés, ni approuvés. Je veux parler d'actes de cruauté que la morale réprouve. Parmi ces actes, je cite la mort donnée au lieutenant Drolineau, quelacle d'accusation signale comme ayant été commis par moi, avec préméditation et guet-apens.
« Ce n'est pas pour vous que je dis cela; vous n'êtes pas di>po.-és à me croire, car vous êtes mes ennemis. Je le dis pour que mon pays, pour f]ue la France l'intende. C'est là un acte dont je ne suis ni coupable ni capable. Si j'avais tué ce militaire, je l'aurais fait dans un combat à armes égales, avec les chances égales autant que cela se peut dans le combat de la rue. avec un partage égaldechampet desoleil Je n'ai pointassassiné ; c'est une calomnie dont on veut 11, trir un soldat de la cause du peuple. Voilà tout ce que j'ai à vous dire ; Je n'ai point tué le lieutenant Urouineau. »
M. LE Phésident. « Celle déclaration ne peut vous dispenser de répondre à mes questions. »
A. Barbes. < Je ne répondrai à aucune I question. Je vous ai dit tout ce que j'avais à j dire , ma tète répond pour moi. Il est donc I inutile de m'inlerroger. Lors(]u'un homme se déclare chef d'une insurrection, lors(|u il I déclare qu'il a préparé et combiné les
moyens d'attaque , qu'il a combattu à main armée le gouvernement , qu'il s'est battu contre ses troupes, il semble que cela doit suffire. »
M. LE Président. « Vous dites que vous déclinez une partie de l'accusation, celle qui est relative au lieutenant DnouiNE\c. Je dois vous faire sentir à vous-niùme que vous devez, dans votre intérêt, subir l'interrogatoire au moins sur ce fait-là. »
A. Barbes. « Pour répondre sur ce faitlà , je serais obligé d'entrer dans un exposé des faits particuliers. J'ai protesté coutre le meurtre du citoyen Drouineau , parce que c'était un fait qui entachait mon caractère ; je ne l'ai point fait pour me défendre devant des juges, car je ne vous reconnais pas pour juges; vous êtes mes ennemis, et je vous livre ma tète. >
Je vous le demande , citoyens , est-ce bien là le langage d'un assassin?...
Dan» le cours de ce déplorable procès , Baebks, qui montra la plus courageuse franchise, qui se déclara le seul instigateur, qui assuma sur sa tète toute la responsabilité de l'insurrection du 12 mai, repoussa constamment de toute sa force . et avec l'accent que la vérité seule peut trouver, l'accusation de meurtre dont on voulait l'accabler. Nous ne pouvons malheureusement citer ici toutes ses paroles ; nous nous contenterons de rapporter sa dernière déclaration, qui montre toute la bonlé de son cœur, et qui renferm e la défense de ses compagnons d'armes.
Sur l'invitation du président de la Cour des pairs, Barbes se lève.
Extrait des pièces officielles.
« Messieurs, dit-il, je n'ai qu'à répéter la déclaration que j'ai faite au commencement de ces débals. La plupart des hommes qui ont pris part à ce procès n'avaient pas besoin de cette déclaration, puisqu'ils ont prouvé qu'ils n'appartenaient pas à l'association dont j'ai élc nommé chef, qu' ils n'étaient pas républicains, qu'ils no s'occupaient pas de politique. Mais, lorsque le momentsera venu pour vous de prononcer sur le sort de ceux qui nous succéderont sur ce banc, alors je ne serai plut, j'ai le droit de penser que ma déclaration sera présente à vos souvenirs.
> Quant à moi, je n'ai qu'à prolester de nouveau contre l'accusation d'avoir assassiné Dr.ouixEAn. Si vous ne me croyez pas; si , par cela seul que je n'ai pas voulu vous reconnaître pour mes juges, que je n'ai pas voulu me défendre, vous me condamniez aussi sur ce second chef que je repousse, non comme le plus grave, mais parce qu'il est injurieux, je remercierai Dieu d'avoir été choisi entre tous pour faire à la noble cause dont j'ai éié le serviteur, à la France, cette patrie bien-aimée pour laquelle aucun autre de ses enfants n'a plus d amour que moi, le plus grand de tous les sacrifices, non pas celui de ma vie, mais le sacrifice de mon honneur, que beaucoup pourront croire entaché par votre arrêt. »
Malgré la force de ces preuves matérielles et morales, Armand Barbes fut condamné à mort. 11 entendit avec le plus grantl calme la lecture de l'arrêt. « Je m'y attendais, ditil, mais je ne suis point l'assassin du lieutenant Drouineau. » 11 passa, dit l'historien du procès, une partie de la journée à lire et à so promener dans le petit préau. M. l'abbé Montés, aumônier des prisons, lui ayant demandé s'il était disposé à recevoir un ministre de la religion : « Oui, sans doute, lui répondit Barbés ; je suis chrétien, et la religion ne doit pas être un des moindres soutiens de la cause républicaine. »
Dès que la condamnation de BARBiiS fut connue, une dépulalion de citoyens, des élèves de l'École do droit et de I licole de médecine, au nombre de plus de trois mille, marchant avec le plus grand ordre, se rendait en silence à la Chambre des députés pour demander l'abolition de la peine do mort en matière politique, et surtout la commutation de la peine à laquelle Barbi-s avait été condamné. Le soir, une grande agitation régnait dans Paris. Le gouvernement, cédant à la peur, publia le lendemain la commutation do peine qui avait été demandée par un si grand nombre de citoyens.
Voilà, Citoyens, ce qu'ont fait les Ecoles en 1839. Que doivent faire les gardes nationaux en 1848?
Proclamer Armand Barbus colonel de la douzième légion.
Imp. de Pion frères, r. de Vaugirard, 36.
CITOYF.NS I:T CAMARADI.S,
Je me pn'scnlt' à ^ous Loniinc taiuliilal au grade de capilaino d'c-tat-major.
IVriiicttrz moi, je vous juif, de vous exposer les litres que je puis faire valoir pour obtenir vos suflra^es.
Je suis claii> la ijardr iialionalc depuis 1824.
J'ui p-ndaut lunii ans fiiil partie de la 0 l<;,Mon comme sous-ofllcier.
Depuis l>S.)Gj appartiens à notre bataillon, où je crois avoir toujours fait moi» service avec exactitude ; sous ce rapport, j'ose en appeler au souvenir de mes camarades, dans la conipai,Miie où je suis depuis douze ans.
(Juant à nu's opinions politiques, elles sont telles que je puis me dire républicain depuis 182/i; car à celte époque, cl depuis, faisant partie du Comité directeur ilu t'»' arrondissement, sous la présidence de M. Ciouddiaux. je contribuais de tous mes eHort» à la nomination de M. Arago comme notre d'])uté. Dans la même année nousnommionssuccessivemcnl députés M. Arago, qui a opté pour les I*v rénées-Orientales ; Lallille. (|ui a ojité poiu' Rouen, et enfin M. Carnot, qui est reslt' le d<'puté tic l'arrontlissemenl.
Ces choix, auxquels j'ai contribué detoul^^s mes forces, cl qui exigeaient certain cour.ige alors que la plupart des arrontlissements de Paris nomniaienl des conservalcurs, peuvent vous donner uneidée tle mes opinions polili([ues; elles n'ont jamais dévié. Ce que j'étais, je le suis toujours, c'esl-à-dirc tout dévoué à la cause de la République.
.l'ajouterai que je suis libre de tout mon temps et que je puis le consacrer entièrement à la garde nationale.
Salut et fralerifité.
Edm. MARTliXET.
Paris. — Impriin. du L. Mahtimit rue Jicob, 50.
IILPUIÎLIQUE FRANÇAISE.
LIBERTE, KG.\L1TE, FRATERNITE
X' LÉGION. — i' BATAILLON.
Candidat au grade de Chef de Bataillon en 2".
Citoyens, im grand nombre d'entre vous appartenant aux diverses compagnies de notre bataillon, m'avant lait l'Iionneur d»- m'ollVir la candidature au grade de ciief de bataillon en second, je déclare l'accepter.
Mes litres à vos suffrages sont deux campagnes el le grade d'oflîcicr sous l'Empire, et, dans la garde nationale, depuis Ihiîo. six réélections au grade de capitaine en premier, presque toujours à l'unanimité, VIVE LA RÉPUBLIQUE.
Salut et fraternité,
PUISSAN, Rue Tarannc, 23.
Paris.— Imprimerie de L, Martinet, rue Jacob, 30.
CANDIDATS