CADENET
Ex-maire d'Essone.
Aux Electeurs du département de la geine.
Citoyens .
On a dit, avec raison : « La Révolution de Février a été faite par le peuple et pour le peuple.'! Elle doit donner par conséquent à chaque classe de citoyens le droit d'être représentée à FAssembléc nationale. Ainsi le veut le principe républicain.
Enfant de Paris, sorti presque d hier , ou plutôt n'ayant jamais quitté les ranf;s des Travailleurs , mes camarades, c est en leur nom que je viens solliciter l'honneur d'exprimer leurs vœux, d'établir et de soulenir leurs droits à la tribune popidaire, non avec le talent de l'orateur, la science de l'homme d'Etat, mais avec la force de conviction d'un citoyen qui, ayant vécu vingt ans de leur vie de soullVance et de privations , après avoir étudié les causes de nos communes misères, a eu le bonheur de les diriger dans la voie d'une association fraternelle et lùenfaisante , jusqu'au jour où la République , élargissant le cercle des moyens d'action, vient enfin lui permettre de compléter son œuvre.
De 1815 à 1838, j'ai exercé la profession d'ouvrier cordonnier, que je quittai alors pour l'emploi , dangereux à cette époque, de gérant d'un journal , le Noiiveau-Monde , feuille consacrée à la défense des intérêts des Ouvriers , à diriger leins aspiralions vers une condition meilleure, à semer dans le champ de leur intelligence des semences d'Association et de Liberté. Le pouvoir s'ell'aroucha du progrès intellectuel qui bientôt se manifesta dans l'esprit des masses, et, sur le réquisitoire du ministère public, j'allai, condamné à l'amende et à la prison , habiter, à Sainte-Pélagie, la chambre qu'avait occupée noire Réranger.
Une Association d'Ouvriers commençait à se former sur des bases nouvelles ; il s'agissait de se garantir mutuellement conlrc le chômage et le manque de travail. Aies anciens camarades , les Ouvriers cordonniers, qui en avaient pris l'initiative, se souvinrent qu'en 1831 j'avais provoqué la fondation d'une pareille; institution que les tracasseries delà police avaient fait avorter;ils vinrent nie trouver à ma sortie de prison, et me confièrent la direction de leur Société que
j'administrai pondant sept ans. Nous eûmes aussi l'Iionneur dVlre persérutés. Eli liS/jô, un acte lnutal de dissolution \inl arrêter un instant notre essor. J'avais résolu que cette soeiélé vivrait et se développerait quand même et malgré les elibrts de la police. F.n elTel, jjrâce à l'appui du citoven (Iréniieux, anjourdhui ministre tli' la justice . «pie javais su intt'resser en sa laveur , elle lut reconstituée trois semaines après son interdiction.
Auteur chansonnier , ma muse po| ulaire sli-juialisa constamment le système de honte et d'infamie imposé à la France j)endant dix-sept ans.
Ouvrier par le c(vur, c'est vers le Imt île l'organisation du travail (jue mis tendances seront sjiccialement dirige es. A rexj)t'rience d'une longue pratiipie, je joindrai les connaissances théoriques que j'ai pu acquérir dans l'élude des principaux socialistes. Heureux si je peux apjiorter mou humble pierre à l'édifice social que la République est appelée à fonder.
Quant au développement et à la solution des hautes questions politiques, militaires, religieuses, ailminislratives ou financières dont l'Assembh'e nationale aura à s'occuper , je ne possède pas la science infuse, mais je viendrai m'éclaircr au contact des faits cl des hommes compétents.
Je fais partie de la compagnie Jouaime , c'est dire que j'étais sur la place du Palais-National le 2/| février.
Ma profession de foi , la voici : Je veux sans restriction les conséquences inhérentes à une Répul)li(|ne forte , digne et pure. Je veux la consécration large et vraie du symltole Piépublicain : Liberté, Kgalité, Tratcrnité, que la France a reconquis. Je veux qu'une large part de bonheur soit réservée à chacun des membres de la grande famille humanitaire. Plus de déceptions, plus d'ilotisme, plus d'aunïônes. Place pour tous autour di- l'autel de la Liberté. Place j)our tous au soleil de l'Egalité. Place pour tous au banquet de la Fralcrnilé !