‹ Les murailles révolutionnairesChapitre 100 sur 236 · AUX CITOYENS DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE · texte numérisé non relu

AUX CITOYENS DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

Vive la Blcpubllquc !

CITOYENS

Une nouvelle ère de liberté s'ouvre pour la France : saluez-la de vos acclamations, et préparez-vous aux jours de gloire et de prospérité qui vont luire pour noire belle patrie ! Que les fronts s'inclinent pour en remercier l'Etre suprême , et que les brasjse lèvent pour être prêts à la défense des droits du pays.

Citoyens, je viens m'olirir à vos suffrages pour représenter la nation dans notre riche et laborieux département de l'Aube. Je suis un enfant de son territoire, né à Yendeuvre, arrondissement de Bar-sur-Aulic. Orphelin, après avoir perdu mon père dans la guerre affreuse de 181 /i, je suis allé, seul et pauvre, demander à l'étude, à la science et au travail la position que j'occupe maintenant à Paris, où j'exerce la profession d'avocat à la Cour d'Appel. Etranger à l'intrigue, je n ai jamais rien demandé ni olitenu des divers pouvoirs qui ont passé sur la France. Prêtre de la justice, j'atteste tons ceux qui me connaissent, notamment mes amis et anciens camarades, aujourd'hui membres du Gouvernement Provisoire. Marie , Crémieux, Ledru-Uollin , Betlmiont , etc., que le désintéressement et la loyauté ont toujours été les guides uniques de ma vie; mes conseils et ma parole n'ont jamais été qu'au secours du malheur et du bon droit.

Les momenis de loisir qui tue restaient d'une profession que je n'exerçais point dans la seule vue de m'enrichir, je les ai donnés aux sciences et aux travaux intellectuels les plus compliqués peut-être que puisse entreprendre l'esprit humain. C'est moi qui, le premier, ai donné à la France l'invenlion du Télégra-

pheéleclrique tel qu'il est pratiqué aujourd'hui; le Compte-rendu de rAcadémie des Sciences de l'Année 1838 en fait loi, et j'en appelle à témoin l'illustre citoyen Arago, membre du gouvernement provisoire, ainsi que mes amis du département qui ont été au courant de mes longues recherches à ce sujet. Une administration égoïste et sans pudeur, sous le gouvernement déchu, s'est emparé du fruit de ma découverte, après sa divulgation, sans même avoir daigné m'en donner le moindre signe de reconnaissance.

Secrétaire de la Société polir l'Instruction élémentaire', j'ai publié depuis dix ans des ouvrages destinés à l'enseignement du peuple : 1° une histoire universelle et une encyclopédie pour les écoles primaires; 2° un petit livre intitulé : Instruction civique des Français, pour les écoles élémentaires , où j'expose tout ce qu'il faut apprendre au peuple des lois civiles et politiques du pays, enseignement qui fut proscrit i^ar le dernier gouvernement, parce qu'il ne voulait pas que le peuple connut ses droits.

Une science profonde et mystérieuse , qui intéresse au plus haut point l'agriculture, a attiré aussi mes travaux de prédilection : c'est celle des insectes utiles ou nuisibles à l'homme. J'ai publié deux volumes in-S" sur cette matière, le dernier au commencement de celte année 1848, sous le titre de : Entomologie FkançAiSE, livre où j'ai appliqué une nouvelle méthode destinée, j'en suis convaincu, à opérer une grande révolution en histoire naturelle. Ces travaux m'ont valu l'honneur que je possède aujourd'hui d'être prc'sident de la Société Entomologique de France. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris a mis les trésors de ses collections à ma disposition, pour m'aider à servir la science dans les vues que j'annonce, et c'est là que je vais passer dans la contemplation des œuvres du Créateur les heures que je puis dérober aux affaires publiques ou, privées.

Je ne parle pas de mon titre de membre de la Société Asiatique , titre que j'ai acquis par les études approfondies que j'ai faites des principales langues de la terre, précisément en vue de la dissolution des divers problèmes scientifiques que je me suis proposés.

J'ai des vues particulières aussi et non moins importantes, je pense, dans l'intérêt public en matière de politique et d'administration. Citoyens , mes compatrfotes, donnez-moi les moyens de les faire connaître à la France, à l'Europe, et de les mettre à exécution s'il est possible, en m'ouvrant les portes du Grand Conseil de la Nation, en me portant à cette tribune nouvelle d'où va partir un cri qui fera tomber tous les trônes de la terre peut-être, et fera de la France , déjà le centre du monde civilisé, celui d'un empire sans pareil oi'i nous verrons un jour, sur les bords d(" la Seine, dans un palais magnifique, se rassembler le congrès universel des peuples.

Citoyens, un immense amour du bien m'enflamme ; l'honneur, la probité, la vertu sont mes idoles; faire le bien public est mon bonheur, ma vocation , ma passion ardente. Je vous demande le moyen d'agir dans ce but, seulement sur une plus grande échelle.

• Je me ferai un devoir sacré d'aller vous voir tous les ans, de parcourir toutes les communes pour m'éclairer près de vous, m'enquérir des besoins, des vœux de tous, et aviser avec tous aux moyens d'y satisfaire. Un représentant du peuple doit être le père, le conseil, le soutien, l'ami de tous. Je jure que vous trouverez

tout cela en moi, et que je réaliserai autant que personne au monde cette devise religieuse de la République française :

LIBERTÉ, ÉGALITÉ. FRATERNITE

Tlve la Bépubllque !

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