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DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE

EMILE BARRAULT, Candidat à rassciublcc nationale.

Citoyens,

La classe moyenne et la monarchie constitutionnelle triomphèrent en 1830 ; le Peuple avait vaincu. Le prix delà victoire fut adjugé à la bourgeoisie qui s'enflait €71 vation souveraine, à la dynastie qui s'altrnuait en majesté citoyenne; ces deux hypocrisies se firent la part du lion et l'exclurent de leurs bénéfices, en signant contre lui un pacte d'assurance mutuelle.

La Révolution de I8^i8 est ravènement du Peuple. Le règne des fictions usurpatrices s'est à jamais évanoui.

La classe moyenne et la monarchie constitutionnelle, de 18o0 à nos jours, renvoyèrent toutes les questions sociales à l'avenir, sous le nom méprisant d'utopie, et triomphèrent une seconde fois.

La révolution de 1848 est l'avènement des questions sociales. L'utopie a pris possession de la ])lace publique, sa folie va passer raison d'état.

Enfin ce peuple , que la classe moyenne et la monarchie constitutionnelle avaient surnommé h s barbares^ se lève, et la civilisation accomplit un progrès.

Qu'est-ce en effet que la (Mvilisation, si ce n'est la réalisation graduelle et pacifique, dans l'ordre social, du sentiment religieux de la fraterniti!;?

Ce mot, écrit à cette heure au fiout de nos monuments, ne serait que le mysticisme ofiiciel ou que la Charle-vérilé de la République, s'il ne devenait le Verbe régénérateur de toutes nos institutions.

Citoyens, je suis un vieux soldat de ce nouvel é>angile que vous avez proclamé. Avant 1830 et jusqu'en 1833, à Paris, à Metz, à Liégr-, à Lyon, à Marseille, je l'ai hautement prêché. Toutrécemment, en décembre 18/t7, j'ai publié dans la Presse trois articles inliUilés : les Barbares, le Peuple, la liourg/'cisie. De 18/i3à 18ii5, rédacteiMM'u chef du C'iurrier fruuçais, je n'ai pas seulement attaqué le système des bornes^ je continuais ma mission, et j'écrivais :

« Vous êtes frères, a dit le Chrisl, aimez-vous les uns les autres. » 11 s'agit au jourd'hui d'organiserenqueiquesortele règne du Christ en ce monde. Leprincipe j)oliti((ue correspondant au sentiment moral de la Fraternité, c'e.U Y Associalvu. Salaire, otfjqnisulion du trara L classetneuf suivant les fond ioni, rêfriOuton selon Icsœiivre.s, tous ces termes de la langue de l'avenir retentissent de toutes parts, et chacun dit qu'il ij a (inchjui' chose à faire. Or, ce mol, prononcé daus un salon, peut n'être que Icpiuril dis eunuques ; ])roiionré dans l'atelier, c'est le signe du rut de la virilité. Ne douions pas de l'avenir quand tant de voix l'annoncent, croxonèàV Association qui devient une FOL » (1" septembre 1845.)

Donc, citoyens, ce que vous voulez aujourd'hui, je n'ai cessé de le désirer. Ma vie enlière témoigne do ma fidélité à nos principes. Comme le peuple, je n'ai sul>sislé que par mon travail, sans jamais mettre la dent au gâteau des privilégiés. J'ai cru à Tavenir, je l'ai attendu avec une courageuse résignation quand il m'a été interdit de le préparer, et j'en suis resté digne.

Tel j'ai été, tel je suis. A vousde juger si je mérite l'honneur de concourir, dans l'Assemblée nationale, à la solution des grands problèmes que vous avez posés.

Depuis 1789, citoyens, tous les pouvoirs se sont successivement vantés d'établir un ordre immortel, sans le Peuple, et contre le Peuple. Tous ont péri. Rien de durable ne pouvait être constitué qu'avec et pour le Peuple. Dieu soit loué, le voici à l'œuvre, et seul il a puissance de lermer l'ère des révolutions en fondant un ordre nouveau sur la base inébranlable de la fraternité. L'heure est venue de bâtir, c'est la civilisation du monde que la France édifiera en elle. Insensé qui se séparerait du Peuj^le 1 Heureux qui lui dévouera, à n'importe quel rang, sa

main, sa voix, son ame

Emile BARRAULT, 8, Rue des Petites-Ecuries.

Paris, 13 mars 1848.

Paris. — Imp. de Lacoiir, rue St-Hyacintlie-St-M:chtl, 33.

Troycs, le 13 mars 1848.

MANIFESTE

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